LA POULE
o^iRiEN Cyprien était heureux d'avoir un père d'un cœur si tendre , d'un esprit si équitable ! Lorsqu'il avait été pendant queh]ues jours sage et dihgent, il pouvait se promettre que M. de Tourville ne manquerait pas de lui en témoigner sa satisfaction par une récompense tlatteuse. Il avait du goût pour la culture des fleurs et pour le jardinage. Son papa s'en était aperçu, et il profita de cette remarque pour lui procurer, par ce moyen, de nouveaux plaisirs.
Ils étaient un jour à table. Cyprien, lui dit son père, ton précepteur vient de me dire que tu commençais aujourd'hui l'histoire romaine et la géographie de l'Italie; si dans huit jours tu peux me rendre un compte exact de ce que tu auras appris, je te défie d'imaginer le prix que je réserve à ton application.
Cyprien, comme on peut le croire, retint aisément ce discours. Il travailla toute la semaine sans se rebuter. Que dis-je ? il y prit tant de plaisu', qu'en vérité c'eût été à lui d'en récompenser son papa.
Le jour de l'épreuve arriva sans l'inquiéter. Il soutint à merveille son examen. Il savait déjà toute l'histoire des rois de Rome; et il traçait luimême sur la carte les accroissements progressifs de cet empire naissant. M. de Tourville, transporté de joie, prit et serra la main de son fils. Allons, lui dit-il en l'embrassant, puisque tu as cherché à me causer du plaisir, il est juste que je t'en procure à mon tour. 11 le conduisit, à ces mots, dans le jardin, et lui en montrant un carré : Je te le cède, lui dit-il. Tu peux le diviser en deux parties; cultiver dans l'une des fleurs, et dans l'autre des légumes à ton choix. Ils allèrent ensuite vers une petite loge adossée à la cabane du jardinier. Cyprien y trouva une bêche, un arrosoir, un râteau , et tous les autres instruments du jardinage, fabriqués exprès pour sa taille, et proportionnés à ses forces. Les murs étaient tapissés de paniers et de corbeilles. On voyait sur des planches des boites remplies de griffes et d'oignons de fleurs. (>t des saebets pleins de graines