L'AMOUR DE DIEU ET DE SES PARENTS
ÉLÉNE et Théophile étaient tendrement chéris de leurs parents, et les aimaient avec la même tendresse.
Depuis quelques jours, ils avaient pris Tliahitude de courir au fond du jardin après leur déjeuner, et de n'en revenir qu'au bout d'un quart d'heure, pour se mettre à leur travail.
Cette conduite fit naître la curiosité de M. de Florigni, leur père. Ses deux enfants, jusqu'alors, avaient été fort studieux ; et il avait su leur rendre le travail si agréable, qu'ils laissaient souvent leur déjeuner à moitié, pour courir plus vite à leurs leçons.
Que devons-nous penser de ce changement? dit-il à son épouse. Si nos enfants prennent une fois le goût de l'oisiveté, nous leur verrons bientôt perdre les heureuses dispositioiis qu'ils avaient montrées. Nous perdrons nous-mêmes nos plus chères espérances, et le plaisir que nous avions à les aimer. Madame de Florigni ne put lui répondre que par un soupir. Le même jour elle dit à ses enfants : Qu'allez-vous donc faire de si bonne heure dans le jardin? Vous pourriez bien attendre que votre travail fût fini pour vous livrer à vos récréations. Hélène et Théophile gardèrent le silence, et embrassèrent plus tendrement que jamais leur maman.
Le lendemain au matin, lorsqu'ils crurent n'être vus de personne, ils s'acheminèrent doucement vers le berceau de chèvrefeuille qui était au bout de la grande allée. Madame de Florigni attendait ce moment, et les suivit sans en être aperçue, à la faveur d'une charmille épaisse, le long de laquelle elle se glissa sur la pointe des pieds. Lorsqu'elle fut arrivée près du berceau, et qu'elle fut postée dans un endroit d'où elle pouvait tout remarquer à travers le feuillage, Dieu! de quelle joie son cœur maternel fut saisi, lorsqu'elle vit ses deux enfants joindre leurs mains, et se mettre à genoux! Théophile disait celte prière. Hélène la répétait après lui :
u Seigneur, nmn Dieu, je te prie que nos parents ne meurent pas avant « nous. Nous les aimons tant, et nous aurons tant de plaisir de faire leur u bonheur, lorsque nous serons devenus grands!
« Rends-nous bons, justes et sages, pour que notre papa et notre mamati « puissent tous le--, jours se réjouir de nous avoir donné la vie.
« Entends-tu, iinui Dieu? Nous voulons aussi faire tout ee qui est dans H tes cniiiiiiaiiileiui'iil-. »
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Après cette prière, ils se levèrent tous deux, s'euihrassèreut teudrement, et retournèrent à la maison, en se tenant par la main.
Des larmes de joie coulaient le long des joues de leur mère. Elle courut à son époux, le pressa sû'r son sein, lui redit ce qu'elle avait entendu; et ils furent Tun et l'autre aussi heureux que s'ils avaient été transportés tout d'un coup avec leur famille dans les délices du paradis.