LES CERISES
iLiE et Firmin obtinrent un jour de madame Dumesnil,
\ i' "iT 3 ^ '^'"'' maman, la permission d'aller jouer seuls dans le
>^f^V jL r'/ j<ndin. Ils avaient mérité cette confiance par leur ré-
ç ^ei ve et par leur discrétion. Ils jouèrent pendant quel-
\. '■ que temps avec cette gaieté paisible à laquelle il est si
^ facile de reconnaître les enfants bien élevés.
Contre les murs du jardin étaient palissades plusieurs arbres, parmi lesquels on distinguait un jeune cerisier qui portait pour la première fois. Ses fruits se trouvaient en très petite quantité; mais ils n'en étaient que plus beaux. Madame Dumesnil n'en avait point voulu cueillir, quoiqu'ils fussent déjà mûrs : elle les réservait pouile retour de son mari, qui devait, ce jour même, arriver d'un long voyage. Comme ses enfants étaient accoutumés à l'obéissance, et qu'elle leur avait sévèrement défendu , une fois pour toutes, de cueillir d'aucune espèce de fruits du jardin, ou de ramasser même ceux qu'ils trouveraient à terre pour les manger sans sa permission, elle avait cru inutile de leur parler du cerisier.
Lorsque Julie et Firmin se furent assez exercés à la course sur la terrasse, ils se promenèrent lentement le long des murs du verger. Ils regardaient les beaux fruits suspen- . - / dus aux arbres, et s'en n^ouis- ^^ saient. Ils arrivèrent bientôt ■; (' devant le cerisier. Une légère '^y^r^' secousse de vent avait fait tom-^f "^ ber à ses pieds toutes ses piii<-^~-^ .^,- , belles cerises. Firmin fut le premier à les voir; il les ramassa, mangea les unes, et donna les autres à sa sœur, les mangea aussi. Ils en avaient encore les noyaux dans la boiirhc, l(U'S([uc .liili(.' se rappela la déléu>e
46 I.i;-^ CEKISES.
que leur avait laite leur uiaiiian, de nianger d'autres fruits (|ue ceux (lu'nn leur donnait. Ah ! mon frère, s'écria-t-elle, nous avons été désobéissants, et maman se tachera contre nous. Qu'allons-nous faire?
FiRMiN. Maman n'en saura rien, si nous voulons.
JULIE. Non, non, il faut qu'elle le sache. Tu sais qu'elle nous pardonne souvent les plus grandes fautes, lorsque nous allons les lui avouer de nous-mêmes.
FiRMiN. Oui : mais nous avons été désobéissants, et jamais elle n'a pardonné la désobéissance.
JULIE. Lorsqu'elle nous punit, c'est par tendresse pour nous; et alors il ne nous arrive plus de sitôt d'oublier ce qui nous est permis et ce qui nous est défendu.
FIRMIN, Oui, ma, sœur; mais elle est toujours fâchée de nous punir, et cela me ferait de la peine de la voir fâchée.
JULIE. Et à moi aussi. Mais ne le sera-t-elle pas encore davantage, si elle vient à découvrir que nous avons voulu lui cacher notre faute? Oserons-nous la regarder en face, lorsque nous entendrons un reproche secret dans notre cœur? Ne rougirons-nous point lorsqu'elle nous caressera, lorsqu'elle nous appellera ses chers enfants, et que nous ne le méj'iterons plus?
FIRMIN. Ah! ma sœur, que nous serions de petits monstres! Allons, allons la trouver, et lui dire ce (jui nous est arrivé. Ils s'embrassèrent l'un et l'autre, et ils allèrent trouver leur maman en se tenant par la main. Ma chère maman, dit Julie, nous avons oublié vos défenses. Punissez-nous comme nous l'avons mérité; mais ne vous mettez point en colère; nous aurions de la peine, si cela vous donnait du chagrin.
Julie alors lui raconta la chose comme elle s'était passée, et sans (Chercher à s'excuser. Madame Dumesnil fut si touchée de la candeur de ses enfants, qu'il lui en échappa des larmes de tendresse. Elle ne voulut les punir de leur faute, qu'en leur en accordant le généreux pardon. Elle savait bien que sur des enfants nés avec une belle âme, le souvenir des bontés d'une mère fait une inq)ression plus prolunde que celui de ses châtiments.
^llu von cwiir
'redéric se precipile aux pieds de son Oncle.