‹ L'ami des enfants (volume 2)Chapitre 207 sur 276 · CASTOR ET POLLUX · texte numérisé non relu

CASTOR ET POLLUX

^ Kux jeunes ciiieiis étaient élevés par M. de Sainval ^ (|ui les avait appelés Castor et Pollux, dans l'espérance qu'ils s'aimeraient l'un l'autre, comme les deux héros célèbres dont ils portaient les noms. Mais I'' ([uoiqu'ils fussent nés de la même mère, qu'ils eussent toujours été nourris ensemble, et traités avec une égalité parfaite, ils ne tardèrent pas à manifester un caractère bien opposé.

Castor était doux , affable , docile ; Pollux , mutin , hargneux et querelleur. Castor bondissait de joie lorsqu'on lui faisait des caresses; mais il ne trouvait pas mauvais qu'on caressât aussi son frère. Pollux , même quand M. de Sainval le tenait sur ses genoux, trouvait encore à grogner s'il adressait un sourii-e à Castor, ou s'il lui faisait le signe le plus léger d'amitié.

Lorsque les amis de M. de Sainval se faisaient suivre de leurs chiens, en lui rendant visite, (^astoi- allait les joindre, et cherchait à s'amuser avec eux. Comme il était d'un naturel souple et liant, et qu'il avait les manières très prévenantes, ses camarades se trouvaient tout de suite à leur aise avec lui. On les voyait jouer et caracoler ensemble, comme s'ils avaient été amis de collège. Le généreux Castor semblait chercher à faire briller leur grâce l't leur légèreté pour leur pro(;urer (jueliiues amitiés de son maître, et les rendre agréables à ses yeux.

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Que faisait Pollux pendant tout ce temps? Il se tenait dans un coin, d'où il ne cessait d'aboyer contre les chiens étrangers. Quelqu'un d'eux, par malheur, l'approchait-il de trop près, il lui montrait les dents, et souvent lui mordait la queue ou les oreilles. S'il voyait M. de Sainval en caresser un pfiiir sa gentillesse, il poussait des cris effroyables, comme si la maison eût été au pillage.

M. de Sainval avait remarqué dans Pollux ce caractère odieux et il commençait déjà à ne plus l'aimer. Castor, en revanche , gagnait tous les jours quelque chose dans son affection.

Un jour qir'il était à table, il résolut de les éprouver d'une manière encore plus décidée qu'il n'avait fait jusqu'alors.

Les deux frères étaient auprès de lui. Pollux était le plus avancé, parce que l'honnête Castor, pour éviter les querelles, se faisait un plaisir de lui céder le pas. M. de Sainval donna à Pollux un morceau de viande succulent, qu'il se mit tout de suite à manger. Castor n'en parut point mécontent, et il attendait sans murmure que son tour arrivât. Son maître ne lui jeta qu'un os décharné : il le re(;ut d'un air satisfait; mais à peine PoUux eut-il aperçu que son frère avait eu aussi sa part, quoique bien inférieure à la sienne, qu'il rejeta avec indignation le morceau qu'il tenait à la gueule, et se jeta sur lui pour lui arracher le sien. Castor ne lui opposa point de résistance; et, imaginant que son os flattait peut-être davantage le goût capricieux de son frère , il se fit une joie de le lui céder.

N'allez pas croire, mes amis, que cette condescendance de la part de Castor fût un effet de sa faiblesse ou de sa pusillanimité. 11 avait fait ses preuves de force et de courage dans une occasion où son frère s'était mis sur les bras, par ses grogneries, un dogue du quartier. Pollux, après avoir provoqué le combat, avait pris lâchement la fuite. Castor, quoique resté seul, le soutint en héros; et il eut la gloire de mettre en déroute son ennemi.

M. de Sainval savait cette anecdote ; ainsi le caractère de Castor étant déjà bien établi dans son esprit, il l'appela, lui fit prendre le morceau choisi qu'il avait jeté à Pollux, et que celui-ci avait négligé, et il dit : Castor, mon brave chien, il est juste que tu aies la portion de ton frère, puisqu'il t'a enlevé la tienne.

Pollux le regardait en grognant. M. de Sainval ajouta : Puisque tu as été complaisant et généreux envers celui (jui ne te montrait (ju'une jalouse envie, tu seras désormais mon chien d'appartement, et ton frère ne sera que chien de basse-cour. Allons, qu'on mette Pollux à la chaîne, et qu'on lui (construise un chenil.

l^oUux fut enchaîné dans la basse-cour, et Castor eut ses allées franche.» dans tous les appai tcments.

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CASTOK ET POLLUA.

l'avantage dans le jugement de M. de Sainval; mais le bon cœur de Castor saignait de la disgrâce de son frère ; et il chercha tous les moyens de lui en adoucir les amertumes. Lorsqu'on lui donnait un morceau friand , il le prenait proprement dans sa gueule, et le portait à Pollux : il frétillait de la queue, pour l'inviter à s'en régaler. La nuit, il allait le trouver dans son chenil, pour le distaire de ses peines, et réchauffer ses membres engourdis par le froid.

Mais l'envieux Pollux, loin d'être sensible à des attentions si tendres et si délicates, ne le recevait qu'avec des hurlements et des morsures. Bientôt la rage alluma son sang, ulcéra son cœur, et dessécha ses entrailles. Il mourut en désespéré.

0 vous, enfants! s'il en était quelqu'un du caractère affreux de Pollux, voyez le sort qui vous menace; une vie pleine d'humiliations et de chagrins, suivie d'une mort cruelle.

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