‹ L'ami des enfants (volume 2)Chapitre 210 sur 276 · I.KS LAXTKKXES, ETC. .l'iT · texte numérisé non relu

I.KS LAXTKKXES, ETC. .l'iT

M. de Fonboiiiie aurait eu etleetivement ce malheur à craindre. Je viens d'être instruit d'un événement funeste, qui prouve combien les effets de la peur sont terribles sur les enfants. Je vais vous le raconter, mes amis, et j'espère que cet exemple vous guérira de la manie odieuse que vous avez de chercher à vous effrayer les uns les autres, surtout dans les ténèbres.

Le jeune Charles de Pommery, enfant plein d'esprit et de talents, avait pris un goût si vif pour la musique, que non content de la leçon de clavecin qu'il recevait chez lui dans la matinée, il allait encore tous les soirs la répéter chez son maître, qui demeurait dans le voisinage de la maison de son père.

Son frère Auguste, très bon enfant aussi, mais dont les goûts étaient plus tournés vers la dissipation, employait ce temps à forger dans sa tète mille nouvelles espiègleries. Il s'était aperçu que Charles rentrait le plus souvent tout seul au logis, et quelquefois dans l'obscurité. Il forma le dessein de lui faire peur. Depuis quelques jours il s'exerçait à l'insu de sa famille à marcher sur des échasses. Un soir il les prend à ses pieds, s'affuble d'un grand drap blanc, qui, malgré sa hauteur, traînait jusqu'à terre, couvre sa tète d'un chapeafl noir à bords rabattus, d'où pendait un long crêpe de deuil : et, dans ce grotesque attirail, il se place debout, à l'entrée de la maison, pour attendre son frère. Celui-ci revenait dans la joie innocente de son âge, fredonnant l'air qu'il venait de répéter. 11 n'était plus qu'à trois pas de la porte, lorsqu'il aperçut le colosse monstrueux (lui agitait ses bras, et marchait à lui pour le repousser. Frappé d'un effroi mortel à cet aspect, il tombe tout à coup par terre sans connaissance. Auguste, qui n'avait pas prévu les suites de son détestable badinage, dépouille aussitôt son épouvantail, et se jette à corps perdu sur son frère, en lui prodiguant les plus tendres caresses, et tous les secours qu'il crut propres à le ranimer. Mais, hélas! le petit malheureux était déjà comme mort. Ses parents accourent, et parviennent enfin à le rappeler au sentiment de la vie. Il ouvre les yeux, et les regarde d'un air stupide. On l'apelle des noms les plus chers, il ne peut les entendre. Sa langue s'agite en vain dans sa bouche, elle ne rend plus que des sons inarticulés. Le voilà sourd, muet et insensé, sans doute pour la vie. Il s'est écoulé plus de six mois depuis cette déplorable aventure, et tout l'art des médecins n'a pu rien opérer. Peignez-vous, si vous le pouvez, mes amis, la désolation de ses parents. Il serait peut-être à désirer pour eux qu'il eût cessé de vivre. Ils n'auraient pas tous les jours sous les yeux un sujet de pleurs et de désespoir. Mais leur allliction n'est rien encore en comparaison de celle d'Auguste. Depuis ce temps, il ressemble plus à un squelette qu'à une créature vivante. Il ne i)eut ni manger ni doiniir. Ses larmes l'épuisent, et ses remords le dévorent. Cent fois, iluiis la joiii'nét", il marche

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ou s'arrête d'iiii pas égarr, il tord ses mains, s'arrache les cheveux , et maudit sa naissance. Il appelle, il embrasse son frère, qui ne le reconnaît plus. Je les ai vus Tuii et l'autre, et je ne puis vous dire lequel des deux est le plus infortuné.

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