LE DEJEUNER
* AJ^^-::^J(f AI liiie jtroposition à te faire, mon cher ^^Oj%| Paulin , dit M. de Gerseuil à son fils, dans ^^^*^=^ une belle matinée de la fin du printemps. Voici un panier où j'ai mis un gâteau et des cerises. Nous irons, si tu veux, déjeuner dans la prairie voisine.
Ah! quel plaisir, mon papa, lui répondit Paulin, faisant une gambade de joie. Il prit le panier d'une main, donna l'autre à son père, et ils marchèrent ensemble vers la prairie. Lorsqu'ils l'eurent un peu parcourue pour y choisir une place agréable : Arrêtons-nous ici, mon fils, dit M. de Gerseuil, cet endroit est charmant pour un déjeuner.
PAULIN. Nous n'avons pas de table, mon papa, comment ferons-nous? M. DE GERSEUIL. Voici uu tronc d'arbre renversé qui nous en servirait, si nous en avions besoin ; mais tu peux bien manger tes cerises dans le panier. PAULIN. A la bonne heure; mais il nous manque des chaises. M. itE GERSEUIL. Et cc bauc de gazon, le comptes-tu pour rien? Vois comme il est couvert de jolies tleurs! Nous allons nous y asseoir, à moins que tu n'aimes mieux t'étendre sur le tapis.
PAULIN. Le tapis, mon papa? Vous savez bien (pi'il est encore cloué dans le salon.
M. DE GERSEUIL. Il est vrui. Il y a un tapis dans le salon : mais il y en a aussi un ici.
PAULIN. Où donc est-il? Je ne le vois pas.
M. DE GEKSEUiL. Lc gazou cst Ic tapis des champs. Le joli tapis d'une belle verdure! il est plus frais et plus douillet ([ue les nôtres. Et comme il est grand! il s'étend partout, sur les montagnes et sur les plaines. Les agneaux trouvent bien doux de s'y reposer. Imagines-tu, Paulin, combien ils auraient à souffrir sur une terre nue et desséchée? Leurs membres sont si délicats ! bientôt ils seraient tout brisés. Leurs^mères ne savent pas leur préparer des lits de plumes : le bon Dieu y a pourvu à la place des pauvres brebis. Il leur a fait cette molle couchette, où ils peuvent s'étendre. l'Aui.iN. Eni'ore mit-ih le plaisir de la manger.
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M. DE r.ERSEriL. J'eiitends ce que tu veux dire. Tiens , voici tes cerises et ton gâteau.
PAULIN, goiltant le gâteav. Ah! mon papa, qu'il est bon! Il ne manquerait plus qu'une histoire, tandis que je le mange. Si vous vouliez m'en conter une, la plus jolie que vous saurez?
M. DE GERSELiL. Je le vcux bien, mon tlls. Ton gâteau me rappelle une histoire où il y en a trois.
PAULIN. Un, deux, trois gâteaux! L'eau m'en vient à la bouche. Comme cela doit faire une histoire friande! Oh! contez , contez-moi, je vous prie.
M. DE GERSEUiL. Vlcns t'asscoir à mon côté. Bon. Mets-toi bien à ton aise pour m'entendre.
PAULIN. Me voici tout prêt. Je vous écoute de mes deux oreilles.
M. DE GERSEUIL. Les trois Gâteaux. Il y avait un enfant de ton âge qui s'appelait Henri. Son papa et sa maman l'envoyèrent à l'école. Henri était un fort joli petit garçon, et il aimait ses livres plus encore que ses joujoux. Il fut un jour le premier de sa classe. Sa maman en fut instruite. Elle y rêva toute la nuit de plaisir ; et le lendemain, s'étant levée de bonne heure, elle appela sa cuisinière, et lui dit : Marianne, il faut faire un gâteau pour Henri, puisqu'il a si bien récité ses leçons. Marianne répondit : Oui, madame, de tout mon cœur; et aussitôt elle se mit à pétrir un gâteau de fleuide farine choisie. Il était fort grand, grand comme tout mon chapeau rabattu. Marianne l'avait rempli d'amandes, de pistaches, de fleur d'oranger, de tranches de citrons confits. Elle avait glacé le dessus avec du sucre; en sorte qu'il était blanc et uni comme de la neige. Le gâteau ne fut pas plutôt cuit, que Marianne le porta elle-même à l'école. 'Lorsque le petit Henri l'aperçut, il sauta autour de lui, en frappant dans ses mains. Il n'eut pas la patience d'attendre qu'on lui donnât un couteau pour le couper ; il se mit à le ronger à belles dents, comme un petit chien. Il en mangea jusqu'à ce que la cloche sonnât l'heure de l'étude; et lorsque l'heure de l'étude fut finie , il se remit à en manger. Il en mangea encore le soir jusqu'à l'heure de se mettre au lit. Un de ses camarades m'a même assuré que Henri, en se couchant, mit le gâteau sous son chevet, et qu'il se réveilla plusieurs fois la nuit pour le grignoter. J'ai bien quelque peine à le croire; mais il est très sur, au moins, que le lendemain au point du jour il recommença de plus belle, et qu'il continua de ce train toute la matinée, jusqu'à ce qu'il ne restât pas une seule miette de tout ce grand gâteau. L'heure du dîner arriva; Henri n'avait plus d'appétit, et il voyait avec jalousie le plaisir que prenaient les autres enfants à faire ce repas. Ce fut bien pis encore â l'heure de la récréation. On venait lui proposer des parties de boule, de paume, de volant : il n'avait pas envie de jouer, et ses compagnons jouèrent sans lui, quoiqu'il en crevât de dépit. Il ne pouvait plus se soutenir sur ses jambes; il s'assit dans un coin d'un air
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Ixtudeur, et tout le monde disait : Je ne sais ce qui est arrivé à ce pauvre Henri. Lui qui était si gaillard, qui ainiait tant à courir et à sauter voyez comme il est triste, pâle, abattu ! Le principal vint lui-même, et fut très inquiet en le voyant. 11 eut beau le questionner sur la cause de son mal, Henri ne voulut point l'avouer. Heureusement on découvrit que sa maman lui avait envoyé un grand gâteau, qu'il s'était dépêché de le manger, et que tout le mal venait de sa gourmandise. On envoya aussitôt chercher le médecin, qui lui fit avaler je ne sais combien de drogues plus amères les unes que les autres. Le pauvre Henri les trouvait bien mauvaises ; mais il fut obligé de les prendre, de peur de mourir; ce qui lui serait infailliblement arrivé. Au bout de quelques jours de remèdes et d'un régime très rigoureux, sa santé se rétablit enfin; mais sa maman protesta qu'elle ne lui enverrait plus de gâteaux.
l'AiLiN. Il ne méritait plus d'en sentir seulement la fumée. Mais, mon papa, ne voilà qu'un gâteau, et vous me disiez qu'il y en avait trois dans votre histoire?
M. DE GEUSEiiL. Patieucc, mou ami, voici le second.
Il y avait dans la pension d'Henri un autre enfant qui s'appelait François. François avait écrit à sa maman une lettre fort jolie, où il n'y avait pas une seule rature. Sa maman, en récompense, lui envoya aussi, le dimanche suivant, un gâteau. François se dit en lui-même : Je ne veux pas me rendre malade comme ce goulu d'Henri. Je ferai durer mon plaisir plus longtemps. Il prit le gâteau, qu'il eut beaucoup de peine à porter, et il alla l'enfermer dans son armoire. Tous les jours, pendant les heures de récréation, il s'esquivait adroitement d'entre ses camarades, montait sur la pointe du pied dans sa chambre, coupait un morceau de son gâteau, et renfermait le reste à double tour. Il continua de même jusqu'au bout de la semaine, et le gâteau n'en était encore qu'à moitié, tant il était grand ! Mais qu'arriva-t-il? A la fin, le gâteau se dessécha et se moisit ; les fourmis trouvèrent aussi le moyen de s'y glisser pour en avoir leur part; en sorte que bientôt il ne valut plus rien du tout, et François fut obligé de le jeter en pleurant de regret; mais personne n'en fut fâché pour lui.
PAL'ux. Ni moi non plus. Comment! garder un gâteau pendant huit jours, sans en donner un morceau à ses amis! Fi, (jue c'est vilain ! Mais voyons le troisième, je vous prie, mon papa.
M. DE GEusELiL. Il y avait encore dans la même pension un enfant dont le nom était Gratien. Sa maman lui envoya un jour un gâteau, parce qu'il aimait beaucoup sa maman, et que sa maman l'aimait encore davantage. Aussitôt que la pâtisserie fut arrivée, Gratien dit à ses camarades : Venez voir ce que m'envoie maman, il faut tous en manger. Ils ne se le firent pas répéter deux Ibis, et ils couiurent autour du gâteau, c(^inme tu vois les ahcilli's voltiger aiitoiii' de cette Heur (|ui vient (récldic. (".l'alien s'rt;iit