‹ L'ami des enfants (volume 2)Chapitre 233 sur 276 · I.K l'KTIT PRISONNlKPv. iOi · texte numérisé non relu

I.K l'KTIT PRISONNlKPv. iOi

nient que c'est si peu , si peu, que ma pitié ne doit guère embarrasser sa reconnaissance. Je ne pourrai jamais lui pardonner de trouver toujours en moi quelque chose à redire. Ce n'est pas qu'il se soit avisé de m'en exposer tout haut son sentiment, je l'aurais rabroué d'une belle manière : mais je vois fort bien à sa mine que je lui parais étourdie, brouillonne, orgueilleuse, que sais-je? Lorsqu'il m'arrive de parler des défauts des autres en leur absence, pour l'instruction de mes amis, à la manière dont il les défend on croirait que je ne débite que des calomnies. Voilà maintenant mon petit juge lui-même condamné. Il faut qu'il soit bien coupable puisque ses parents ont oublié la folle tendresse qu'ils avaient pour lui. Je suis charmée qu'ils apprennent enhn à le connaître. Je parierais qu'il mérite un traitement plus rigoureux. L'obstination est un vice épouvantable. De plus, c'est un dissipateur maladroit. Tout l'argent qui lui vient de son père , il le prodigue vilainement à de la canaille, sans avoir l'esprit de s'en faire honneur pour lui-même. Si encore il avait dépensé ses deux louis en bas de soie, en boucles à la mode ou en d'autres choses essentielles, on pourrait l'excuser; que dis-je? faire même son éloge. Cependant, je ne laisse pas, comme je te l'ai dit, que de le plaindre un peu, parce qu'il est ton frère. C'est toi que je plains tendrement d'être sa sœur. Il ne m'est pas possible aujourd'hui de t'aller voir. Le temps est beau pour la promenade ; et j'essaie une robe d'un goût ravissant. Adieu, crois-moi toujours ta plus sincère amie , Honokine.

Mademoiselle, je suis pénétrée aussi vivement que je dois l'être des protestations que vous me faites d'une sincère amitié. J'aurais souhaité seulement qu'elle vous eut engagée à parler de la tendresse de mes parents pour mon frère avec un peu plus de respect, et à le traiter lui-même avec plus d'égards, surtout lorsqu'il est malheureux. Je ne reçois point vos condoléances sur le malheur que vous supposez pour moi de lui appartenir de si près. J'en fais mon plaisir et ma gloire. Je me tlatte que vous en jugerez de même en lisant la lettre qu'il vient de m'écrire et que j'ai l'honneur de vous envoyer. Quoiqu'elle n'éclaircisse point l'afïtiire, il me semble que ce n'est pas là le ton d'un criminel. Je vous félicite du bon goût de votre parure, et vous souhaite beaucoup de plaisir dans votre promenade. DOROTHEK.

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Je sens, ma chère sœur, combien tu dois être touchée de mon sort; et je t'écris cette lettre pour te prier en grâce de ne point t'aflliger. Xe pense pas que je sois coupable. Au moins je crois ne pas l'être. Les deux louis sont en de bonnes mains, et beaucoup mieux placés que dans les miennes.

402 J.K l'K'm i'i;ibux\ii-:i;.

Pourquoi donc ou luire uu secret, me diras-tu? Pourquoi le cacher à tes parents, qui auront sujet de te regarder comme un enfant opiniâtre ou dissimulé, puisque tu leur refuses la confiance que tu leur dois? Voilà ce qui fait mon embarras, ma chère sœur, et je ne sais que répondre. J'ai besoin d'y réfléchir encore. Dans ma solitude j'ai tout le temps qu'il me faut pour cela. Si je trouve que j'ai eu tort, je le dirai, je découvrirai toute l'aventure. Je suis sur que mes chers parents, qui m'ont déjà pardonné tant de fautes, me pardonneront encore celle-ci. Je souffre de leur inquiétude bien plus que de ma prison. Adieu, ma chère sœur. Conserve ton amitié au pauvre reclus. Daniel.

TvoWvènu UWvc de \)oYo\\\ée de, 5oup\j à WonoYUU de Cias\e,\.

Je t'ai écrit peut-être un peu trop durement, ma chère Honorine, en l'envoyant, il y a une demi-heure, la lettre que je venais de recevoir du pauvre Daniel. Je te prie de me le pardonner, et de n'attribuer mon dépit qu'au chagrin de te voir soupçonner mon frère avec tant de légèreté. Comme il doit être actuellement bien rétabli dans ton opinion, j'espère que tu me feras grâce en sa faveur. Je ne puis cependant te cacher que ses affaires, au moins en apparence, prennent une mauvaise tournure. Un de nos domestiques a vu la bourse dans la boutique du confiseur voisin. Il n'a fait semblant de rien, et il l'est venu dire à mon papa, qui doit s'habiller cette après-midipour aller prendre des éclaircissements. Il n'est pas croyable que mon frère ait dépensé deux louis d'or en friandises, lui qui se prive de tout pour satisfaire son cœur généreux. Mes parents eux-mêmes ne peuvent le croire; mais comment la bourse se trouvé-telle dans cette boutique? Il ne l'a pas perdue, puisqu'il sait où elle est, et qu'il assure que c'est en de bonnes mains. Pourquoi donc en faire un mystère? En vérité, je n'y conçois rien. Quoi qu'il en soit, je suis tranquille sur son compte, et j'espère que tout ceci ne se terminera qu'à son avantage. Adieu, je t'embrasse pour notre raccommodement, et suis toujours ta bonne amie, Dorothée.

Kéipoi\se d'HoAAOYiue de C.(]if.\e\ i\ \a \e\\Ye \n-ecéde\\\c.

Me voilà, ma chère Dorothée, tout aussi tranquille que toi sur le sort de Daniel, et aussi bien persuadée que cette affaire va se terminera son avantage. Il apprend déjà dans sa retraite qu'il n'est pas lui-même exempt des défauts qu'il me reproche, et la correction sévère qu'il va recevoir me donnera beau jeu. Voilà ce qui me tranquillise, et la manière dont je conçois que tout ceci doit se débrouiller heureusement pour lui. Il est essentiel, pour sa perfection luiissante, (ju'il soit puni avec la dernière rigueur. Couuncut doiu- ! monsieur l'hypocrite! vous faites accroire à vos p;uviits (pic vous donnez votre argent à des malheureux, pour. leur

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