PAR SA SERVANTE
soutenir ses regards et ses reproches? N'importe, je vais lui tout avouer.
Elle s'élance aussitôt hors de sa chambre; et apercevant sa mère qui se promenait toute seule dans le jardin, elle vole vers elle, se jette dans ses bras, l'embrasse étroitement, et couvre de larmes ses joues et son sein. La confusion et le trouble l'empêchaient de parler.
m"* de blamont. Qu'as-tu donc, ma chère Amélie?
AMÉLIE. Ah ! maman.
.m""" de blamont. Que veulent dire ces larmes?
AMÉLIE. Ma chère maman !
m"^ de blamont. Parle-moi donc, ma fille. D'où te vient cette agitation?
AMELIE. Ah ! si je croyais que vous pussiez me pardonner!
m"^ de blamont. Je te pardonne, puisque ton repentir paraît si vif et si sincère.
AMÉLIE. Ma chère maman, j'ai été une fille désobéissante. Je suis allée plusieurs fois, malgré vos défenses, chez mon cousin Henri.
M""' de BLAMONT. Est-il possiblc , mon Amélie? toi qui craignais tant autrefois de me déplaire !
AMELIE. Ah! je ne suis plus votre Amélie! si vous saviez tout!
m"^ DE BLAMONT. Tu iii'inquiètes. Achève ta confidence. Il faut que tu aies été trompée. Tu ne m'avais pas donné jusqu'à présent de mécontentement.
AMELIE. Oui, maman, jai été trompée. C'est Nanette , Nanette,...
m"* DE BLAMONT. Quoi! c'est elle !
AMÉLIE. Oui, maman. Et pour qu'elle ne vous en dit rien, je vous ai souvent dérobé les clefs de la cuve et du buffet. Je vous ai volé pour elle je ne sais combien de sucre et de café.
m""" de BLAMONT. MaUieureusc mère que je suis! C'est de la part de ma fille que j'ai essuyé ces horieurs! Laissez-moi, indigne enfant. J'ai besoin d'aller consulter votre père pour concerter avec lui la conduite que nous devons tenir envers vous.
AMELIE. Non, maman, je ne veux pas vous quitter, il faut d'abord me punir; mais promettez-moi de me rendre un jour votre amitié.
m"^ de BLAMONT. Ah ! malheureusc enfant, tu seras assez punie !
M"" de Blamont s'éloigna à ces mots, et elle laissa Amélie toute désolée sur un banc de gazon. Elle alla trouver M. de Blamont ; et ils cherchèrent ensemble les moyens de sauver leur enfant de sa perte.
On fit bientôt après appeler Nanette. Après l'avoir accablée des jjIus sévères reproches, M. de Blamont lui ordonna de sortir sur-le-champ de sa maison. Elle eut beau pleurer et prier qu'on la traitât avec moins de rigueur, elle eut beau promettre qu'il ne lui arriverait plus rien de seniblaitlp à l'avenir, M. de Blamont fut inexorable. Vous savez, lui répondilil, avec (juelle douceur je vous ai traitée, et quelle indulgence j'ai eue pour
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VOS défauts. Je croyais vous engager, par mes bontés, à répondre aux soins que je prends de Téducation de mon enfant; et c'est vous qui l'avez portée à la désobéissance et au vol. Vous êtes un monstre à mes yeux. Sortez de ma présence, et songez à vous corriger, si vous ne voulez pas tomber entre les mains d'un juge plus terrible.
Ce fut ensuite le tour d'Amélie. Elle comparut devant ses parents dans un état digne de compassion. Se» yeux étaient entlés de larmes; tous les traits de son visage étaient bouleversés. Une pâleur effrayante couvrait ses joues; et tout son corps frissonnait d'un tremblement pareil aux convulsions de la fièvre. Hors d'état de proférer une parole, elle attendait dans un morne silence la sentence de son père.
Vous avez, lui dit-il d'une voix sévère, vous avez trompé , vous avez offensé vos parents. Qui vous a portée à en croire une fille scélérate plutôt que votre mère qui vous aime si tendrement, et qui ne désire rien tant au monde que de vous rendre heureuse ? Si je vous punissais avec l'indignation que vous m'inspirez, si je vous chassais pour jamais de ma vue, ainsi que la complice de vos fautes, qui pourrait m'accuser d'injustice?
AMÉLIE. Ah ! mon papa, vous ne pouvez jamais être injuste envers moi. Punissez-moi avec toute la rigueur que vous jugerez nécessaire, je supporterai tout. Mais commencez par me prendre encore dans vos Ijras ; nommez-moi encore votre Amélie.
M. DE BLAMONT. Jc nc saurais sitôt vous embrasser. Je veux bien ne pas vous châtier, en faveur de l'aveu que vous avez fait de vous-même ; mais je ne vous nommerai mon Amélie que lorsque vous l'aurez mérité par un long repentir. Faites bien attention à votre conduite. Les punitions suivent toujours les fautes, et c'est vous-même qui vous serez punie.
Amélie ne comprenait pas bien encore ce que son père avait entendu par ces dernières paroles. Elle ne s'était pas attendue à un traitement si doux. Elle alla donc vers ses parents avec un cœur brisé. Elle baisa leurs mains, et leur promit de nouveau la soumission la plus aveugle.
Elle tint en effet la parole qu'elle avait donnée. Mais, hélas! les punitions suivirent bientôt, comme son père le lui avait annoncé. La méchante Nanette répandit sur son compte les propos les plus injurieux. Elle racontait tout ce qui s'était passé entre elle et Amélie, et elle y ajoutait mille horribles mensonges. Elle disait qu'Amélie, par de basses prières , et à force de dons volés à ses parents, avait travaillé si longtemps à la corrompre, qu'elle s'était enfin laissé engager à lui ménager des entrevues secrètes avec son cousin Henri; qu'ils se voyaient tous les soirs â l'insu de leurs parents , et qu'Amélie était souvent rentrée fort tard au logis. Elle racontait tout cela avec des détails si alTreux, que tout le monde prit les idées les plus désavantageuses d'Amélie.
il lui fallut essuyer, à ce sujet, les plus cruelles mortifications. Lors-