LA RENTE DU CHAPEAU
N paysan entra un jour dans une boutique, et, mettant son chapeau sur le comptoir, )%^<^J il pria le marchand de lui prêter six francs sur ce gage. Me prends-tu pour un sot? lui répondit celui-ci. Je ne te prêterais pas deux sous sur une pareille guenille. Tel qu'il soit, répliqua le paysan, je ne vous le donnerais pas pour vingt écus, et j'ai pourtant bien besoin de l'argent que je vous demande. Il y a huit jours que je vendis ici du blé; je devais en recevoir le montant aujourd'hui, et je comptais là-dessus pour payer demain ma taille, si je ne veux voir saisir mes meubles. iMais le pauvre homme qui me doit vient d'enterrer son fils; sa femme en est malade de chagrin, et ils ne peuvent me payer (jue dans huit jours. Comme j'ai pris souvent de la marchandise chez vous, et que vous me connaissez pour un honnête homme, j'ai pensé que vous ne feriez pas difficulté de me prêter les six francs dont j'ai besoin. Ce n'est rien pour vous, et c'est beaucoup pour moi. En tout cas, voilà mon chapeau qui vous en répond. C'est une caution plus sûre que vous ne pensez. Le marchand ne fit que ricaner en haussant les épaules, et lui tourna le dos sans pitié.
Le comte de *** se trouvait alors par hasard dans la boutique. Il avait écouté avec attention le discours du paysan, et avait été frappé de l'air de probité que respirait su physionomie. Il s'approcha doucement de lui, et lui mettant six fraucs dans la main : Voilà ce que vous demandez, mon ami, lui dit-il ; puiscpie vous trouvez des gens si durs, c'est moi qui aurai le plaisir de vous obliger. Il stnlit brus(|iKMin'nt à ces nntts, en lançant un regard d'indignation au iiiiiichand ; t'1 son carrosse était iléjà loin, avant