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LES REVENANTS

raarade; car une nuit que de sa chambre ce dernier faisait jouer ses fils en les tirant pour promener les papiers, l'autre les tira aussi à lui de son côté assez brusquement pour qu'il fût obligé de les laisser échapper, ou de les lâcher. Celui qui voulait attraper l'autre le croyait bien endormi, et eut peur à son tour que ce ne fût l'esprit du père qui était mort qui tirât ces fils. Il les laissa là, et n'osa plus en tirer aucun. Le lendemain ils s'expliquèrent; la mèche fut ainsi découverte : il ne fut plus question de troquer de chambre. Tu vois bien, mon frère, qu'il ne faut jamais croire aux revenants , et que ce sont des contes qui ne doivent jamais nous faire.peur.

M. DELMAS. Allons ! tu ne t'es pas trop mal tiré de ton histoire.

l'aîné. Eh bien ! tenez, mon papa, voilà qui est fini : cette histoire-là me rassure, et je n'ai plus peur, plus du tout; donnez-moi la clef de l'armoire, et je m'en vais chercher mon habit tout seul.

M. UELMAS. Soit, mais ne promets-tu pas plus que tu ne peux?

l'aîné. Non ! vous verrez, il ne m'arrivera plus rien, pas plus qu'à mon frère; mais quelque chose qu'il m'arrive, je n'aurai pas peur, vous allez voir.

M. DELMAS. Allons ! preuds cette lumière et va hardiment, tu verras qu'il ne t' arrivera rien ; je te le garantis.

(L'aine prend un flambeau et entre dans la chambre voisine}. SCÈNE VI. — M. DELMAS, son fils cadet.

M. DELMAS. Ton histoirc l'a rassuré ; j'en suis charmé, car il est honteux à un garçon de son âge d'avoir peur des revenants.

LE CADET. Oh ! pour moi, je n'en aurai plus de peur de ma vie ; mais je crois qu'à mon frère actuellement le cœur lui bat bien fort.

(On entend, dans la clianibrc voisine, l'ainu ([ui appelle à lui en criant.}

l'aîné. Ah! mon Dieu! mon papa! mon frère! mon papa!

SCÈNE Vil. — M. DELMAS, ses deux fils. (L'ainé revient dans le salon tout effrayé, sa chandelle éteinte, et s'essuyant le visage.)

M. DELMAS. Eh bien! qu'est-ce qu'il y a donc? qu'est-ce iju'il t'est arrivé?

l'aîné. Ah 1 mon papa ! vous le croirez si vous voulez ; mais cela est bien vrai, et je l'ai bien senti.

M. DELMAS. Eh bien! qu'est-ce que tu as senti.

l'aîné. J'ai senti qu'en ouvrant la porte du cabinet où est l'armoire, on m'a donné un grand coup tout au milieu du visage, et on a éteint ma lumière.

M. DELMAS. Et ijuel coup pcut-oii t'avoii' donné? cela n'est jias croyable.

l'aîné. Je ne sais pas si cela est croyable, mais cela est vrai, toujours. Ah! mon Dieu ! j'en tremble encore ; et, tenez, voyez ma chandelle éteinte, et la mèche tout écrasée ; vous voyez bien que je ne mens pas.

LES KEVENANTS. -ITo

M. DELMAS. Il y a quelque chose là dessous : allons, je veux voir d'où cela peut venir. Sûrement, j'en découvrirai la cause naturelle. Rallumez ce flambeau.... Restez ici tous les deux, je veux voir moi-même ce qui peut en être.

(U entre dans la clianibrc.) SCÈNE VIII. — Les deux petits DELMAS.

LE CADET. On t'a donné un coup dans le visage, et on a éteint ta chandelle? Cela est singulier. Est-ce que l'esprit de maman t'en voudrait? et lui as-tu fait quelque chose?

l'aîné. Oui! mon frère! je me rappelle qu'elle voulait que j'étudiasse un matin mes Évangiles, et je ne l'ai pas voulu; je lai impatientée bien fort ; c'est peut-être cela qui a mis son esprit en colère contre moi.

LE CADET. Oh! dame! mon frère, cela pourrait bien être; pourquoi ne l'as-tu pas dit? moi je ne l'ai pas chagrinée du tout; voilà pourquoi son esprit ne m'a rien fait.

l'aîné. Tu vois que j'avais bien raison de ne vouloir pas aller tout seul dans ce cabinet ; oh ! si j'y rentre jamais. ...

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