LES QUATRE SAISONS
,c..^;V,-h! si 1 hiver pouvait durer toujours ! disait j^^„.^p le petit Fleuri an retour dune course en ^Jm^^ traîneau , en s'amusant dans le jardin à former des hommes de neige. M. Gombault , son père, l'entendit, et lui dit: Mon fils, tu me ferais plaisir d'écrire ce souhait sur mes tablettes. Fleuri l'écrivit d'une main treinblottaiite de froid. L'hiver s'écoula, et le printemps survint. Fleuri se promenait avec son père le long d'une plate-bande, où fleurissaient des jacinthes, des auricules et des narcisses. Il était transporté de joie en respirant leur parfum, et en admirant leur fraîcheur et leur éclat. Ce sont les productions du printemps, lui dit M. Gombault : elles sont brillantes, mais d'une courte durée. Ah! répondit Fleuri, si c'était toujours le printemps !
Voudrais-tu bien écrire ce souhait sur mes tablettes? Fleuri l'écrivit en tressaillant de joie.
Le printemps fut bientôt remplacé par l'été.
Fleuri, dans un beau jour, alla se promener avec ses parents et quelipies compagnons de son âge , dans un village voisin. Ils trouvaient sur la route , tantôt des blés verdoyants qu'un vent léger faisait couler en ondes comme une mer doucement agitée, tantôt des prairies émaillées de mille fleurs. Us voyaient de tons côtés bondir de jeunes agneaux, et des poulains pleins de feu faire mille gambades autour de leurs mères. Ils mangèrent des cerises, des fraises et d'autres fruits de la saison, et ils passèrent la journée à s'ébattre dans les champs. N'est-il pas vrai. Fleuri, lui dit -M. Gombault, en s'en retournant à la ville, que l'été a aussi ses plaisirs? Oh! répondit-il, je voudrais qu'il durât toute l'année! et, à la prière de son père, il écrivit encore ce souhait sur ses tablettes. Enfin l'automne arriva.
Toute la famille alla passer un jour en vendanges : il ne faisait pas tout à fait si <'liaud (|ue dans l'été: l'air était doux r\ le rjcl s")-cin; les ceps
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de vigne (''taiciit cliargés de grappes noires, <tii (riiii jaune ddr ; les melons ivliondis, étalés sur des couches, répandaient uik! odeur délicieuse; les branches des arlires c()ur])aient sous le poids des plus beaux fruits. Ce fut un jour de régal pour Fleuri, qui n'aimait rien tant que les raisins, les melons et les figues. Il avait encore le plaisir de les cueillir lui-même.
Ce lieau temps, lui dit son père, va bientôt passer : l'hiver s'achemine à grands pas vers nous pour rappeler l'automne.
Ah! répondit Fleuri, je voudrais bien qu'il restât en chemin, et que l'automne ne nous quittât jamais.
M. GOMBAULT, Eu scrais-tu bien content. Fleuri?
FLFj.'Ri. Oh ! très content, mon papa ; je vous en réponds.
iMais, repartit son père, en tirant ses tablettes de sa poche, regai'de un ])eu ce qui est écrit ici. Lis tout haut.
FLEURI Ut. « Ah! si l'hiver pouvait durei" toujours ! »
M. r.oMBAULT. Voyous à présent quelques feuillets plus loin.
FLF.L'Ri ///. « Si c'était toujours le printemps ! «
M. GOMBAULT. Et sur ce feuillet-ci, que trouverons-nous?
FLEURI lit. « Je voudrais que l'été durât toute l'année! »
M.GOMBAULT. Reconuais-tu la main qui a écrit tout cela?
FLEURI. C'est la mienne.
M. GOMBAULT. Et quc vieus tu de souhaiter à l'instant même?
FLEURI. « Que l'hiver s'arrêtât en chemin, et que l'automne ne nous quittât jamais. »
M. GOMBAULT. Voilù qui est assez singulier. Dans l'hiver, tu souhaitais que ce fût toujours l'hiver ; dans le printemps, que ce fût toujours le printemps; dans l'été, que ce fût toujours l'été; et tu souhaites aujourd'hui, dans l'automne, que ce soit toujours l'automne. Songes-tu bien à ce qui résulte de cela ?
FLEURI. Que toutes les saisons de l'année sont bonnes.
M. GOMBAULT. Oiu, mon fils, elles sont toutes fécondes en richesses et en plaisirs ; et Dieu s'entend bien mieux que nous, esprits limités que nous sommes, à gouverner la nature.
S'il n'avait tenu qu'à toi l'hiver dernier, nous n'aurions plus eu ni printemps, ni été, ni automne. Tu aurais couvert la terre d'une neige éternelle, et tu n'aurais jamais eu d'autres plaisirs «pie de courir sur des traîneaux et de faire des iKuninesde neige. De combien il'autres jouissances n'auraistu pas été privé par cet an-angement !
Nous sommes heureux de ce qu'il n'est pas en notre pouvoir de régler le cours de la nature. Tout serait perdu pour notre boiilieni-, si nos vœux téméraires étaient exaucés.