‹ L'ami des enfants (volume 2)Chapitre 4 sur 276 · LES JARRETIÈRES ET LES MANCHETTES · texte numérisé non relu

LES JARRETIÈRES ET LES MANCHETTES

ouisE. Le joli JOUI' (jue (.•L'iui des étreiiiies! xVli! mu sœur, il me tarde bien ((iril arrive.

soiMiiE. Tiens, ne m'en parle pas. Ce mois crotté de décendjre me paraît plus long à lui seul que tout le reste de Tannée. Que de belles choses nous allons avoir ! J'y rêve la nuit, ou je m'éveille pour y penser. ^ LOUISE. Te souviens-tu, Tannée dernière, comme tous -ijis— les amis de papa et de maman nous apportaient des bonbons et des joujoux? Nous en avions tant, que nous ne savions où les fourrer.

SOPHIE. Et la veille, comme le salon fut éclairé de bougies ! Je crois y être encore. Il y avait une grande table couverte de jolis présents. iMamun nous appela d'une voix douce. Venez, mes chères filles, recevez ces cadeaux d'aussi bon cœur que je vous les donne. Elle nous embrassait et pleurait de joie. Je ne Tai jamais vue si contente que ce jour-là, en nous voyant frapper dans nos mains, et danser, comme des folles, autour de la chambre. LOUISE. Elle était, je crois, encore plus heureuse que nous. SOPHIE. 11 semblait que c'était elle qui recevait ses étrennes. LOUISE. Il faut donc qu'il y ait un grand plaisir à donner 1 Sais-tu ce (juc nonsdevrions faire, Sophie? Nous sommes bien petites, et nous ne posséd(uis pas grand'chose ; mais nous pouvons encore nous procurer ce plaisir. SOPHIE. Comment cela, ma sœui?

LOUISE. C'est dans ([uinze jours le iireniier jour d(3Taii, et nous avons de l'argent dans notre bourse.

SOPHIE. Oui, j'ai près de six francs, moi. Qu'en ferons-nous? LOUISE. Tu sais bien que c'est après-demain saint Thomas, fête de la paroisse? H y a une foire le long de la rue. Il faudra nous lever de bonne heure, bien travailler, et apprendre avec soin toutes nos lerons, pouiqu'on nous permette d'aller à la foire Taprès-midi. J'ai douzt^ Irancs e-ii pièces de douze sols. Nous prendrons chacune la moitié de notre argent. et nous en achèterons les plus jolies choses que nous pourrons trouver Nous les porterons ici bien enveloppées; et la veille du preuiier de Tan, nous irons dunuer leséti'ennes aux enlaids de lu poi lière.

10 Li:s .iAi;i:i:Tii:in:s et u:< man(Hi:ttes.

soi»niK, Mais il faudrait que les entants de notre i)auvie trotteur en eussent aussi quelque ehose.

LOUISE. Tu as raison; je n'y songeais pas. Oh ! comme ils vont sauter de joie! Cette aubaine ne leur est sûrement pas encore arrivée.

SOPHIE. Nous serons donc les premières qui leur aurons causé ce plaisir! 0 ma sœur ! il faut que je t'embrasse pour cette pensée.

LOUISE. Oui; mais un moment, il m'en vient une autre. Cet argent (}ue nous voulons déj)enser...

SOPHIE. Eh bien ! il est à nous, et nous pouvons en disptjser comme il nous plait.

LOUISE. Je le sais aussi. Mais...

SOPHIE. Mais quoi donc?

LOUISE. C'est de nos parents que nous l'avons reeu. Si nous en laisons des cadeaux, ce n'est pas nous qui les ferons, ce seront nos parents.

SOPHIE. Oui, cela est vrai. Nous n'en avons pourtant pas d'autre que celui-là.

LOUISE. Écoute, nous pouvons trouver un autre moyen. Je sais broder assez joliment, et toi, tu ne connnences pas mal à tricoter.

SOPHIE. A quoi cela nous servira-t-il ?

LOUISE. Tu peux bientôt tricoter une paire de jarretières pour mon papa. Moi, depuis quinze jours, je lui brode des manchettes. Il faut faire en sorte, et nous le pouvons, que notre besogne soit achevée deux ou trois jours avant le premier de l'an.

SOPHIE. Pourquoi donc, ma sœur?

LOUISE. Nous les porterons à notre papa, qui se fera un plaisir de nous les acheter, et qui nous les payera trois fois plus qu'elles ne valent, oh! j'en suis bien sûre.

SOPHIE. Mais la foire tient après-demain ; et nous ne pouvons pas achever d'ici là, toi tes manchettes, et moi mes jarretières.

LOUISE. Cela n'est pas nécessaire non plus. L'argent dont nous avons besoin après-demain pour nos emplettes, nous pouvons l'emprunter de notre bourse, et nous serons en état de nous le rendre avant de donner nos étrennes. Ainsi nous pourrons dire, en toute vérité, que c'est nousmêmes qui aurons fait ces cadeaux aux pauvres enfants.

SOPHIE. Voilà qui est fort bien imaginé. C'est toujours toi qui as le plus d'esprit. Il est vrai cpie tu es l'aînée.

i.oiisE. Une lions serons contentes d'avoir su gagner de quoi donner tant de joie à de petits malheui'eux !

soiMME. Oh! si c'était demain, ce grand jour!

LOUISE. 11 viendra bienti'tt à pi'ésent; et nous aurons toujours du plaisir à l'altendre.

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