SCENE X. — LÉOXOR, JULIE, DOROTHEE, ADÉLAÏDE, DUVERN'EY l'aîné
LÉONOR. Voilà deux bons vauriens aux prises. Nous verrons ce qui en arrivera. L'un vaut bien l'autre.
DLVERNEY l'aîné. Ah! mademoiselle, de grâce ne faites pas cette injure à votre frère et à mon ami, de le comparer avec un aussi méchant garçon que Robert.
ADELAÏDE. M. Duvemcy a raison. L'un n'a que des gentillesses, l'autre ne fait que des noirceurs.
JULIE. Tout cousu qu'il est de méchanceté, je suis sûre que mon frère l'attraperait mille et mille fois.
DOROTHÉE. Quel scrvicc il nous rendrait de nous délivrer de ce mauvais garnement! Nous n'aurions plus de plaisir à nous trouver ensemble s'il était de notre société.
LÉONOR. Pourvu que Frédéric ne pousse pas les choses trop loin! Il se croira peut-être tout permis envers lui.
DUVERXEv l'ainé. Il n'en saurait jamais faire assez. Ces âmes noires et basses ont besoin d'être frappées à grands coups. C'est le meilleur service qu'on puisse lui rendre; et je suis persuadé que son père nous en saura un gré infini. Hélas ! il donnerait la moitié de sa fortune pour avoir un enfant comme Frédéric.
DOROTHÉE. Ah çà, Léouor ! ne va pas au moins contrarier ton frère dans ses desseins.
LÉONOR. Mais, ma chère amie, ma position est fort délicate. Je tiens ici la place de maman, et je ne puis rien permettre qu'elle n'eût elle-même approuvé.
ADÉLAÏDE. Laisse-le faire. Nous prenons tout sur nous. JULIE. Oui, ma sœur. Guerre, guerre aux méchants!
SCENE xr. — FRÉDÉRIC, LÉONOR, JULIE, DOROTHÉE, ADEL,\IDE , DUVERXEY l'aîné.
FRÉDÉRIC, accourant Joyevx. Voilà mes batteries toutes dressées. Il peut venir à présent. Nous le recevrons.
LÉONOR. Mais enfin, peut-on apprendre?....
DOROTHÉE. Oui, oui, nous voulons être du complot, et nous vous aiderons de toutes nos forces.
FRÉDÉRIC. Il n'est pas nécessaire, mesdemoiselles. Il est brutal, et je ne veux pas vous exposer. Je viens d'arranger toutes choses avec le palefrenier. Il m'a compris à demi-mot, et il me secondera à merveille.
LÉONOR. Au nifuns faiil-il que nous sachi(Uis....
CÛLIX-IVL\1LLAK1). 77
FRÉDÉRIC. Voici tout ce que vous devez savoir. Nous allons jouer à colinmaillard, pour qu'il nous trouve l)ien en train lorsqu'il reviendra. Après quelques tours je me ferai prendre. Vous me laisserez voir un peu à travers le mouchoir, afin que je puisse le prendre à mon tour. Quand je lui banderai les yeux, vous vous retirerez tout doucement dans le cabinet de mon papa, en emportant les lumières, et vous me laisserez seul avec lui. Je vous appellerai lorsqu'il en sera temps.
DUVERNEY l'aîué. Mais s'il va te rosser dans votre tète-à-tête?
FRÉDÉRIC. Bon! tu as vu comme je l'ai terrassé. Je ne le crains pas. Je viens de voir encore tout à l'heure combien il est poltron. Mais avant tout, il faut faire- descendre les petits, car il pourrait monter là-haut toutde suite, et leur faire quelque frayeur. Julie, va les chercher et amène-les ici.
JULIE. Oui, oui, j'y cours.