‹ L'ami des enfants (volume 2)Chapitre 5 sur 276 · LÀ NEIGE · texte numérisé non relu

LÀ NEIGE

^r"^^^^"? J'RÈs plusieurs annonces trompeuses de son retour, le prin- .^^S^^pi^gy. temps était entin arrivé. Il soufflait un vent tloux qui ré- M^^^i '^{ chauffait les airs. On voyait la neige se fondre, les gazons ^^-^<ScsJ reverdir, et les fleurs percer la terre : on n'entendait que le chant des oiseaux. La petite Louise était déjà allée à la campagne avec son père. Elle avait entendu les premières chansons des pinsons et des merles, et elle avait cueilli les premières violettes. Mais le temps changea encore une fois. Il s'éleva tout à coup un vent de nord violent, qui sitllait dans la forêt, et couvrait les chemins de neige. La petite Louise entra toute tremblottante dans son lit, en remerciant Dieu de lui avoir donné un gîte si doux , à l'abri des injures de l'air.

Le lendemain matin, lorsqu'elle se leva, ah! tout, tout était blanchi. Il était tombé pendant la nuit une si grande quantité de neige, que les passants en avaient jusque aux genoux. Louise en fut attristée. Les petits oiseaux le paraissaient bien davantage. Comme toute la terre était couverte à une grande épaisseur, ils ne pouvaient trouver aucun grain, aucun vermisseau pour apaiser leur faim.

Tous les habitants emplumés des forêts se réfugiaient dans les villes et dans les villages, pour chercher des secours auprès deshonmies. Des troupes nombreuses de moineaux, de linotes, de pinsons et d'alouettes, s'abattaient dans les chemins et dans les cours des maisons, et furetaient des pattes et du bec dans les amas de débris, afin d'y trouver quelque nourriture.

Il vint près d'une cinquantaine de ces hôtes dans la cour de la maison de Louise. Louise les vit, et elle entra tout allligée dans la chambre de son père.

Qu'as-tu donc, ma fille? lui dit-il. Ah! ukmi cher paj)a, lui réixuiditelle, ils sont tous là dans la cour, ces pauvres oiseaux, qui chantaient si joyeusement il n'y a que deux jours. Ils semblent transis de iroid, et ils demandent de quoi manger. Voulez-vous me permettre de leur donner un peu de grain?

Bien volontiers, lui ilit son père. Loiuse n'en attendait pas davantage. La grange était de l'autre côté du chemin ; elle y courut avec sa bonne cher- '•licr des poignées de millet et de chènevis, qu'elle vint ensuite répandre

12 LA XEIGE.

dans la cour. Les oiseaux voltigeaient par troupes autour d'elle, et cherchaient le moindre petit grain. Louise s'occupait ù. les regarder, et elle en était toute réjouie. Elle alla chercher son père et sa mère pour venir aussi les regarder, et se réjouir avec elle.

Mais ces poignées de grain furent bientôt dévorées. Les oiseaux s'envolèrent sur les bords des toits, et ils regardaient Louise d'un air triste, comme s'ils avaient voulu lui dire : N'as-tu rien de plus à nous donner?

Louise comprit leur langage. Elle part aussitôt comme un trait, et court chercher de nouveau grain. En traversant le chemin, elle rencontra un petit garçon qui n'avait pas, à beaucoup près, un cœur aussi compatissant que le sien. Il portait à la main une cage pleine d'oiseau.x; et il la secouait si rudement, ([ue les pauvres petites bètes allaient à tout moment donner de la tète contre les barreaux.

Cela fit de la peine à Louise. Que veux-tu faire de cesoiseaux? demandât-elle au petit garçon. Je n'en sais rien encore, répondit-il. Je vais cherchera les vendre; et si personne ne veut les acheter, j'en régalerai mon chat.

Ton chat? répliqua Louise; ton chat? ah! le méchant enfant !

Oh ! ce ne seraient pas les premiers qu'il aurait croqués tout vifs ; et en balançant sa cage comme une escarpolette, il allait s'éloigner à grands pas.

Louise l'arrêta, et lui demanda combien il voulait de ses oiseaux. Je les donnerai tous à un liard la pièce : il y en a dix-huit.

Hé bien! je les prends, dit Louise. Elle se fit suivre du petit garçon, et courut demander à son père la permission d'acheter ces oiseaux. Son père y consentit avec plaisir; il céda même à sa fille une chambre vide, pour y loger ses hôtes.

Jacquot (ainsi s'appelait le méchant garçon) se retira fort content de son marché; et il alla dire à, tous ses camarades qu'il connaissait une petite demoiselle qui achetait les oiseaux.

Au bout de quelques heures, il se présenta tant de petits paysans à la porte de Louise, qu'on eiU dit que c'était l'entrée du marché. Ils se pressaient tous autour d'elle, sautant l'un au-dessus de l'autre, et soulevant des deux mains leurs cages, pour lui demander la préférence, chacun en faveur de ses oiseaux. Louise acheta tous ceux (jui lui étaient présentés, et les porta dans la chambre où étaient les premiers.

La nuit vint. Il y avait bien longtemps que Louise ne s'était mise au lit avec un cœur aussi satisfait. Ne suis-je pas bien heureuse, se disait-elle, d'avoir pu sauver la vie à tant d'innocentes créatures, et de pouvoir les nounir! Lorsque l'été viendra, j'irai dans les champs et dans les forêts, tous mes petits hôtes chanteront leurs plus jolies chansons, pour me remercier des soins que j'aurai eus pour eux. Elle s'endormit sur cette l'éllexion, et clic rêva (iirrjjc était dans une lorrl de la pln^ Im'IIi' vci'diirc.

Page 1