‹ L'ami des enfants (volume 2)Chapitre 6 sur 276 · LA NEIGE · texte numérisé non relu

LA NEIGE

Tous les arbres étaient couverts d'oiseaux qui voltigeaient sur les hranehes en gazouillant, ou qui nourrissaient leurs petits : et Louise souriait dans son sommeil.

Elle se leva de fort bonne heure, pour aller donner à manger à ses petits hôtes dans la volière et dans la cour; mais elle ne fut pas aussi contente ce jour-là qu'elle l'avait été la veille. Elle savait le compte de l'argent qu'elle avait mis dans sa bourse, et il ne devait pas lui en rester beaucoup. Si ce temps de neige dure encore quelques jours, dit-elle, que vont devenir les autres oiseaux? Les méchants petits garçons vont les donner tout vifs à leur chat ; et faute d'un peu d'argent, je ne pourrai pas les sauver.

Dans ces tristes pensées, elle tire lentement sa bourse, pour compter encore son petit trésor. Mais quel est son étonnement de la trouver si lourde ! Elle l'ouvre, et la voit pleine de pièces de monnaie de toute valeur confondues ensemble : il y en avait jusqu'aux cordons. Elle court vite à son père, et lui raconte, avec des transports de surprise et de joie, ce qui vient de lui arriver.

Son père la prit contre son sein, l'embrassa, et laissa couler ses larmes sur les joues de Louise. Ma chère fille, lui dit-il, tu ne m'as jamais donné tant de satisfaction que dans ce moment. Continue de soulager les créatures qui souffrent; à mesure que ta bourse s'épuisera, tu la verras se remplir.

Quelle joie pour Louise ! Elle courut dans la volière, ayant son tablier plein de chènevis et de millet. Tous les oiseaux voltigeaient autour d'elle, en regardant leur déjeuner d'un œil d'appétit. Elle descendit ensuite dans la cour, et offrit un ample repas aux oiseaux affamés.

Elle se voyait alors près de cent pensionnaires qu'elle nourrissait. C'était un plaisir , un plaisir ! jamais ses poupées ni ses joujoux ne lui en avaient tant donné.

L'après-midi, en mettant la main dans le sac de chènevis, elle trouva ces paroles écrites dans un billet: «Les habitants de l'air volent vers toi, Sei- « gneur, et tu leur donnes la nourriture ; tu étends la main, et tu rassa- « sies de tes bienfaits tout ce qui respire. » Son père l'avait suivie. Elle se tourne vers lui, et lui dit : Je suis donc à présent comme Dieu : les habitants de l'air volent vers moi; et lorsque j'étends la main, je les rassasie de mes bienfaits ?

Oui, ma fille, lui dit son père ; toutes les fois que ta fais du bien à quelque créature, tu es comme Dieu. Quand tu seras plus grande, tu pourras secourir tes semblables, comme tu secours aujourd'hui les oiseaux ; et tu ressembleras alors à Dieu bien davantage. Ah ! quel bonheur pour l'homme, lorscju'il peut agir comme Dieu !

Pendant huit jours, Louise étendit sa inaiiuit rassasia toutceipii avait fuini autour {VvWv. Kniiii la neige se l'undil, les clianqjs reprirent leur ver-

LA NEKiE

dure; et les uiseaux i[m iravaieiit pas osé s'écarter de la maison, tuuriiérent leurs ailes vers la Ibi'èt.

Mais ceux qui étaient dans la volière y restaient renfermés. Ils voyaient le soleil, volaient contre la fenêtre, béquetaient les vitrages. C'était en vain; leur prison était trop forte pour eux: Louise n'imaginait pas encore leur peine.

Un jour qu'elle leur apportait leur provision, son père entra quelques moments après elle. Elle fut bien aise de voir qu'il voulait être témoin de ses plaisirs. Ma chère Louise, lui dit-il, pourquoi ces oiseaux ont-ils l'air si inquiet? il semble qu'ils désirent quelque chose. N'auraient-ils pas laissé dans les champs des compagnons qu'ils seraient bien aises de revoir?

Vous avez raison, mon papa; ils me semblent tristes depuis que les beaux jours sont revenus. Je vais ouvrir la fenêtre, et les laisser envoler.

Je pense que tu ne ferais pas mal, lui répondit son père ; tu répandrais la joie dans tout le pays. Ces petits prisonniers iraient retrouver leurs amis; et ils voleraient au-devant d'eux, comme tu cours au-devant de moi lorsque j'ai été quelque temps absent de la maison.

Il n'avait pas fini de parler, que déjà toutes les fenêtres étaient ouvertes. Les oiseaux s'en aperçurent, et en deux minutes, il n'en resta pas un seul dans la chambre. On voyait les uns raser la terre du bout de l'aile, les autres s'élever dans les airs, et quelques-uns s'aller percher sur les arbres voisins, et ceux-làpasser et repasser devant la fenêtre avec des chantsde joie.

Louise allait tous les jours se promener dans la campagne ; de tous côtés elle voyait ou elle entendait des oiseaux. Tantôt une alouette partait à ses pieds, et chantait sa joyeuse chanson en s'élevant dans les nuages ; tantôt c'était une fauvette qui fredonnait la sienne, en se balançant sur la plus haute branche d'un buisson : et lorsqu'elle en entendait quelqu'un se distinguer par son ramage, Louise disait : Voilà un de mes pensionnaires; on connaît à sa voix iju'il a été bien nourri cet hiver.

ÂMÂND.

N pauvre manœuvre , nommé Bertrand , avait six enfants en bas âge, et il se trouvait fort embarrassé pour les nourrir. Par surcroît de malheur, Tannée fut stérile , et le pain se vendait une fois plus cher que l'an passé. Bertrand travaillait jour et nuit; malgré ses sueurs, il lui était impossible de gagner assez d'argent pour rassasier du plus mauvais pain ses enfants

allâmes. 11 était dans une extrême désolation. Il appelle un jour sa petite famille, et, les yeux pleins de larmes, il lui dit : Mes chers enfants, le pain est devenu si cher, qu'avec tout mon travail je ne peux gagner assez pour vous substanter. Vous le voyez : il faut que je paye le morceau de pain que voici du produit de toute ma journée. Il faut donc vous contenter de partager avec moi le peu que je m'en serai procuré ; il n'y en aura certainement pas assez pour vous rassasier ; mais du moins il y aura de quoi vous empêcher de mourir de faim. Le pauvre homme ne put en dire davantage : il leva les yeux vers le ciel, et se mit à pleurer. Ses enfants pleuraient aussi ; et chacun disait en lui-même : Mon Dieu, venez à notre secours, pauvres petits malheureux (pie nous sommes! assistez notre père, et ne nous laissez pas mourir de faim.

Bertrand partagea son pain en sept portions égales: il en garda une pour lui, et distribua les autres à chactiii de ses enfants. Mais un d'entre eux, qui

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