‹ L'ami des enfants (volume 2)Chapitre 7 sur 276 · AMANT · texte numérisé non relu

AMANT

s'appelait Aiiiaiid, ruTiisa de recevoir la sienne, et dit: Je iiei»eii\ rien prendre, ni(in])ère; je me sens malade ; mangez ma portion, ou partagez-la entre les antres. .Mon pauvre enfant, qu'as-tu donc? lui dit Bertrand en le prenant dans ses bras. Je suis malade, répondit Amand, très malade : je veux aller me coucher. Bertrand le porta dans son lit; et, le lendemain au matin, accablé de tristesse, il alla chez un médecin, et le pria de venir, par charité, voir son fils malade, et de le secourir.

Le médecin, qui était un homme pieux, se rendit chez Bertrand, quoiqu'il fiU bien sur de n'être pas payé de ses visites. Il s'approche du lit d'Amand , lui tàte le pouls ; mais il ne peut y trouver aucun symptôme de maladie : il lui trouva cependant une grande faiblesse ; et, poui' le ranimer, il voulut lui prescrire une potion. Ne m'ordonnez rien, monsieur, lui dit Amand ; je ne prendrais pas ce que vous m'ordonneriez.

LE MEDECIN. Tu ne le prendrais pas! et pourquoi donc, s'il te plait?

AMAND. Ne me le demandez pas, monsieur, je ne peux pas vous le dire.

LE MÉDECIN. Et qui t'cu cmpèche, mon enfant? Tu me parais être un petit garçon bien obstiné.

AMAND. Monsieur le médecin, ce n'est point par obstination, je vous assure.

LE MÉDECIN. A la bonnc heure, je neveux pas te contraindre; mais je vais le demander à ton père, qui ne sera peut-être pas si mystérieux.

AMAND. Ah! je vous en prie, monsieur, que mon père n'en sache rien.

LE MEDECIN. Tu cs uu cufaut bien incompréhensible ! Mais il faut absolument que j'en instruise ton père, puisque tu ne veux pas me l'avouer.

AMAND. Mon Dieu, monsieur, gardez- vous en bien : je vais plutôt vous le dire; mais auparavant, faites sortir, je vous prie, mes frères et mes sœurs.

Le médecin ordonna aux enfants de se retirer ; et alors Amand lui dit : Hélas ! monsieur, dans un temps si dur, mon père ne gagne qu'avec bien de la peine de quoi acheter un mauvais pain : il le partage entre nous; chacun n'en peut avoir qu'un petit morceau , et il n'en veut prestpie rien garder pour lui-même. Cela me fait de la peine de voir mes petits frères et mes petites sœurs endurer la faim. Je suis l'aîné; j'ai jtlus de force qu'eux; j'aime mieux ne pas manger, pour ipi'ils puissent partager ma portion. C'est pour cela (jne j'ai fait semblant d'être malade, et de ne pouvoir pas manger; mais que mon père n'en sache rien, je vous en prie.

Le médecin essuya ses yeux, et lui dit : Mais toi, n'as-tu pas faim, mon cher ami?

AMAND. Pardonnez-moi, j'ai bien faim; mais cela ne me fait pas tant de mal que de les voir soufirir.

LE MÉDECIN. Mais tu uiourras bientôt, si tu ne te nourris pas.

AMAND. Je le sens bien, monsieur, mais je mourrai de bon coMir : mou pèic anra uni' iHtncbr de lUMin-^ à remplir; et Idi^ipie jr -^ciai aiqu'ès du

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l)on Dieu , je le prierai de donner ;'i luanyer à mes petits frères et à mes petites sœurs.

L'hnnnète médecin était liors de lui-même d'attendrissement et d'admiration, en entendant ainsi parler ce généreux enfant. Il le prit dans ses l)ras, le serra contre son cœur, et lui dit : Non, mon cher ami, tu ne mourras pas. Dieu, noire père à tous, aura soin de toi et de ta famille : rends-lui grâce de ce qu'il m'a conduit ici ; je reviendrai bientôt. Il courut à sa maison, chargea un de ses domestiques de toutes sortes de provisions, et revint aussitôt avec lui vers Amand et ses frères affamés. Il les fit tous mettre à table, et leur donna à manger jusqu'à ce qu'ils fussent rassasiés. C'était un spectacle ravissant pour le bon médecin, de voir la joie de ces innocentes créatures. En sortant, il dit à Amand de ne pas se mettre en peine, et qu'il pourvoirait à leurs nécessités. Il observa fidèlement sa promesse : il leur faisait passer tous les jours abondamment de quoi se nourrir. D'autres personnes charitables , à qui il conta cette aventure, imitèrent sa bienfaisance. Les uns envoyaient des provisions, les autres de l'argent, ceux-là des habits et du linge; en sorte que, peu de jours après, la petite famille eut au-delà de tous ses besoins.

Aussitôt que le prince fut instruit de ce que le brave petit Amand avait fait pour son père et ses frères, plein d'admiration de tant de générosité , il envoya chercher Bertrand, et lui dit : Vous avez un enfant admirable; je veux être aussi son père ; j'ai ordonné qu'on vous donnât tous les ans, en mon nom, une pension de cent écus. Amand et tous vos autres enfants seront élevés à mes frais dans le métier qu'ils voudront choisir ; et , s'ils savent en profiter, j'aurai soin de leur fortune.

Bertrand s'en retourna chez lui enivré de joie, et, s'étant jeté à genoux, il remercia Dieu de lui avoir donné un si digne enfant.

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