I.Ti LES MAÇONS SUR L'ECIÎKLU
élevé au-dessus de lui, qui, par la même opération, le faisait passer à un quatrième; et ainsi, de mains en mains, le moellon parvenait en un moment à la hauteur de l'échafaud sur lequel étaient les maçons prêts à remployer.
Que penses-tu de ce que tu vois? dit M. Durand à son fils. Pourquoi tant de personnes sont-elles employées à bâtir cette maison? Ne serait-il pas mieux qu'un seul homme y travaillât, et que les autres allassent faire chacun leur édifice?
Vraiment oui, mon papa, répondit Albert. Il y aurait alors bien plus de maisons qu'il n'y en a.
As-tu bien pensé, répondit M. Durand , à ce que tu me dis là, mon fils? Sais-tu combien d'arts et de métiers appartiennent à la construction d'une maison comme celle-ci? 11 faudrait donc (pi'un homme seul, qui en entreprendrait l'édifice, se formât dans toutes ces professions; en sorte qu'il passerait sa vie entière à acquérir ces diverses connaissances, avant de pouvoir être en état de commencer un bâtiment.
Mais supposons qu'il pût s'instruire en peu de temps de tout ce qu'il faudrait savoir pour cela. Yoyons-le tout seul , et sans aucun secours , creuser d'abord la terre pour y jeter ses fondements, aller ensuite chercher ses pierres, les tailler, gâcher le mortier, le plâtre et la chaux, et préparer tout ce qui doit entrer dans sa maçonnerie. Le voilà qui, plein d'ardeur, dispose ses mesures, dresse ses échelles, établit ses échafauds ; mais dans combien de temps penses-tu que sa maison puisse être élevée jusqu'au toit?
ALBERT. Ah! mon papa! je crains bien qu'il ne vienne jamais à bout de l'achever.
M. DURAND. Tu as raisou, mon fils. Et il en est de cette maison comme de tous les travaux de la société. Lorsqu'un homme veut se retirer à l'écart et travailler pour lui seul ; lorsque, dans la crainte d'être obligé de prêter ses secours aux autres, il refuse d'en emprunter de leur part, il ruine ses forces dans son entreprise, et se voit bientôt contraint de l'abandonner. Au lieu que si les honmies se prêtent mutuellement leur assistance, ils exécutent en peu de temps les choses les plus embarrassées et les plus pénibles, et pour lesquelles il aurait fallu le cours d'une vie entière à chacun d'eux en particulier.
Il en est aussi de même des plaisirs de la vie. Celui qui voudrait en jouir tout seul n'aurait à se procurer qu'un bien petit nombre de jouissances. Mais que tous se réunissent pour contribuer au bonheur les uns des autres, chacun y trouve sa portion.
Tu dois un jour entrer dans la société, mon lils : tiiic rexenqile de ces ouvriers soit toujours ])réseiit à ta nuMnoire. Tu vois combien ils s'abrègent et se facilitent leurs travaux par les secours nuitiuMs (juMIs se diument.
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