LE BOUQUET QUI NE SE FLÉTRIT ,IA.MAIS
Elles commencèrent aussitôt leurs jeux des grandes fêtes, pour rendre la joie à leur petite sœur qu'elles aimaient fort tendrement. Hélas ! toutes ces complaisances furent inutiles. Laurette se plaignit de ce que tous ces amusements étaient usés pour elle, et de ce qu'ils ne lui causaient plus le moindre plaisir. Elle ajouta qu'elles avaient sûrement comploté ensemble de ne faire ce jour-Uà aucun jeu qui put l'amuser.
Alors Adélaïde, sa sœur aînée, jeune demoiselle de dix ans, très sensée et très raisonnable , lui prit la main, et lui dit avec amitié : Regarde-nous bien l'une après l'autre, toutes tant que nous sommes, et je te dirai laquelle de nous est la cause de ton mécontentement.
LAURETTE. Et qui cst-cc douc, ma sœur? Je ne devine pas.
ADÉLAÏDE. C'est que tu n'as pas porté les yeux sur toi-même. Oui, Laurette, c'est toi : car, tu le vois bien, ces jeux nous amusent encore, quoique nous les ayons joués, même avant que tu fusses née. Mais nous venons de travailler, et ils nous paraissent tout nouveaux. Si tu avais gagné par le travail l'appétit du plaisir, il te serait certainement aussi doux qu'à nous-mêmes de le satisfaire.
Laurette, qui, tout enfant qu'elle était, ne manquait pas de raison, fut frappée du discours de sa sœur. Elle comprit que pour être heureuse, il fallait ménager adroitement les exercices utiles et les délassements agréables. Et je ne sais si, depuis cette aventure, une journée toute de plaisir ne l'aurait pas encore plus effrayée qu'un jour entier des légères occupations de son âsre.