‹ L'ami des enfants (volume 2)Chapitre 86 sur 276 · LE BOUQUET QUI NE SE FLÉTRIT JAMAIS · texte numérisé non relu

LE BOUQUET QUI NE SE FLÉTRIT JAMAIS

liATHE. Eh! bonjour, ma chère Eugénie. C'est une excellente idée que tu as eue de venir me voir aujourd'hui.

Ei'cÉME. Maman vient de me permettre de passer tout le reste de la soirée avec toi.

AGATHE. J'en suis bien charmée ; le temps est si beau! Il nu' semble que nos amis nous en deviennent plus chers, quand lanatur(; est riante. EiGÉME. Je le sens aussi. Tiens, (h unie-moi la main. Connue nous alhins jaser et courir ensemble !

AGATHE. Veux-tu commencer par faire quelques touis dans le busquet? EUGÉNIE, Vraiment oui , c'est fort bien pensé. Nous pourrons y causer plus il notre aise.

AGATHE. Je te demande seulement la permissidu de m'assenir (|U('l(|ue- Ibis pour liavailler à m<tn ouvrage.

'••if' I.K Holc^lKT (in XK SJ-: FLKrin'l" .iamais.

EUGENIE. A la bonne heure. Je t'aiderai mèm^, si tu veux.

AGATHE. Oh! non, je te remercie. Je ne voudrais pas qu'il y eût un seul point d'une autre main que de la mienne.

EUGÉNIE. Je vois que c'est pour en faire un cadeau.

AGATHE. Tu l'as deviué.

EUGÉNIE. Et l'ouvrage presse donc hcanconii ?

AGATHE. Tu sais que c'est le A de ce mois le jour de' Saiute-Hosalie. Je ne me consolerais de ma vie, si ce tablier de tilet n'était fait pour ce jf»ur-là.

EUGÉNIE. Rosalie, dis-tu? Je ne connais personne de ce nom-là parmi toutes les demoiselles de notre société.

AGATHE. C'est pour une de mes amies particulières; (th 1 une tendre el excellente amie, à qui je dois peut-être tout mon bonheur.

EUGÉNIE. Et comment cela, s'il te plaît, ma chère Agathe? Je meurs d'envie de le savoir.

AGATHE. Dis-moi, Eugénie, n'as-tu pas remar([ué, depuis ton retour, un grand changement dans mon caractère ?

EUGÉNIE. Puisque tu veux que je te dise, j'en conviendrai franchement avec toi : je ne te reconnais plus. Comment as-tu fait pour changer à ce point? Lorsque je te quittai, il y a quinze mois, pour aller passer un an chez ma tante, tu étais vaine et acariâtre. Tu offensais sans pitié tout le monde, et la moindre familiarité te paraissait un outrage. Aujourd'hui tes manières sont simples et prévenantes. Tu as un air de complaisance et d'affabilité qui te gagne tous les cœurs. Je t'avouerai que moi-même je t'aime cent fois plus que je ne t'aimais alors. Tu prenais quelquefois des airs de hauteur qui me révoltaient. Il me venait à chaque instant l'idée de rompre avec toi ; au lieu qu'à présent je goûte un plaisir inexprimable dans ton entretien. Et ce qui achève de me ravir, c'est que tu as l'air d'être beaucoup plus heureuse.

AGATHE. Je le suis aussi, ma chère amie. Ah ! j'étais bien à plaindre dans le temps dont tu me parles. Je faisais également le désespoir de ma famille et de tous ceux qui s'intéressaient à mon bonheur. La pauvre demoiselle Brochon surtout, que je la faisais soulfrir! Elle pourtant qui m'aimait avec tant de tendresse, qui remplissait si bien la parole (|u'elle avait donnée à maman, le jour de sa mort, de tenir sa place auprès de moi, de me porter tout l'amour d'une mère !

EUGÉNIE. Il faut convenir que tu na])ouvais pas tomber en de meilleures mains pour recevoir une éducation distinguée. 11 n'est point de parents qui ne souhaitassent de la voir auprès de leur lille.

AGATHE. Tu ne sais pas encore tout ce que je lui dois. Je veux te le raconter. C'est l'histoire d'une matinée , qui restera toujours gravée dans mon souvenir. Le 4 de ce mois il y aura un an, c'était le jour de sa fête ; je uréveillai d'assez bonne heure. Elle dort encore, me dis-je à moi-même :

Page 1