JULIEN ET ROSINE
x^, -N jour que M. de Lorme s'amusait à lire dans un coin du salon, où sa femme et sa fille travaillaient en silence à quelque ouvrage de broderie , leur Julien arrive essoufflé, les yeux troubles de larmes, les cheveux en désordre, son habit jeté en travers sur ses épaules, et l'un de ses bas roulé sur le talon. Il tenait une raquette à la main : Ma petite maman , venez , venez vite chez la pauvre mère de Christophe et de Frédéric. Ah! maman ! ils n'ont rien mangé de là journée ! Frédéric m'a prié de jouer à la balle avec lui pour oublier qu'il avait faim ; et ils n'auront à dîner que demain après le marché. Je leur ai offert tout mon argent. Croiriez -vous qu'ils n'ont pas voulu le prendre, et je leur ai dit : Venez avec moi, vous verrez. Aussitôt ils ont répondu que nous les avions encore secourus la semaine dernière, et qu'ils n'osaient venir si souvent nous importuner; et puis, la pauvre mère Martin s'est mise à pleurer... Mais il ne faut pas que je pleure, car mon papa tra-
Hi2 CAROLINK.
vaille. [En ph'uranf. nicore plus fort.) Ah! ma sœur, si tu Pavais vue, tu aurais aussi pleuré, je t'assure. Et Julien , se baissant vers elle , prit un coin de son tablier pour s'essuyer les yeux.
La mère attendrie laissa tomber son ouvrage de ses mains, en regardant son cher Julien ; et le père, pour cacher une larme, se couvrit les yeux de son livre. Venez, mes enfants, leur dit la mère, en les serrant tous deux contre son cœur : allons voir si nous pourrons soulager ces pauvres malheureux.
Pendant que Frédéric, Christophe et leur mère éplorée embrassaient les genoux de leur bienfaitrice, Rosine tira doucement son frère par le pan de son habit, et lui dit bas à l'oreille : Écoute, tu sais bien ce petit gâteau que ma bonne nous a donné pour notre goûter... Ah! mon Dieu , s'écria Julien en se retournant tout à coup, cela est vrai ! tâche d'amuser ici maman sans faire semblant de rien. Je cours le chercher. — Le voilà, reprit Rosine, baisse-toi. Et Rosine, soulevant en cachette le chapeau de Frédéric, qui s'était par hasard trouvé sur la table, fit remarquer à Julien le petit gâteau (jue sa main légère avait adroitement glissé par-dessous.
CAROLINE
A petite Caroline , dont nous avons déjà parlé , /jouait un jour auprès de sa mère, occupée en ce moment à écrire quelques lettres. Le coiffeur étant , madame P... lui dit dépasser dans le cabinet de e voisin avec Caroline, et de donner un coup de cises cheveux. Au lieu d'un coup de ciseau, le coiffeur en donna tant et tant, que la tète de la petite fille fut entièrement dépouillée. Sa mère entra dans le moment où l'on venait d'achever cette malheureuse opération. Ah! ma pauvre Caroline, dit-elle, en jetant un cri, tes beaux cheveux perdus! Manian, lui répondit naïvement Caroline, ne t'alflige pas ; ils ne sont pas perdus ; un les a mis dans le tiroir.
Les vacances dernières, pendant son séjour à la campagne , on sei'vit à dîner un poulet. Madame P...., seule avec ses enfants , après en avoir donné à sa fille aînée, en présenta un morceau à Caroline. Non, maman, répondit-elle avec un soupir, je n'en mangerai pas. — Et pourtiuoi donc, ma fille? — Maman, c'est que nous nous voyions tous les jours, et que nous vivions familièrement ensemble. — Mais ta sœur en mange. — Oh ! ma sœur peut bien en manger : elle ne le connaissait pas autant que moi. Que ne doit-on pas espérer d'une enfant née avec un esprit si ingénu, et un cœur si tendre ! Qu'elle ressemble de plus en plus à sa mèr(\ et tous mesvceux pour elle seront renq»lis.
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