II PREFACE
de ScgLir, lui ont succédé en l'éclipsant. On parle plus souvent de berquinades que de Berquin, et le nom propre, comme le mot qu'il a fait naître, ne se prononce pas sans une certaine nuance de dédain poli. Eh bien! disons-le délibérément, ce dédain n'est pas mérité. Le conteur ingénieux, dont les récits ont tant charmé nos grands-parents, méritait mieux qu'une vogue éphémère et je voudrais t'apprendrc à l'aimer.
Tâche un peu de t'imaginer la joie qu'éprouvèrent les enfants, vers l'an de grâce 1782, lorsqu'on leur annonça qu'un écrivain à la mode (car M. Berquin insérait d'aimables poésies dans l'Almanach des Muses) allait faire paraître, à leur intention, une gazette, une vraie gazette, à laquelle ils pourraient s'abonner et qu'ils recevraient par le courrier, tout comme leur papa recevait le Mercure de France! D'emblée, le nom du bon Berquin devint populaire et, pour employer le langage du temps, son succès alla jusqu'aux nues. Ce succès dura tant que Berquin vécut et salua, non seulement les cahiers de \\4nii des Enfa)its, mais encore chacun des volumes que publia l'auteur, tels que Je Petit GramUsson ou Sandjorl et Mertoii. Ce bienfaiteur de l'enfance obtint la reconnaissance à laquelle il avait droit. Son émule Bouilly raconte quelque part que ses jeunes abonnés lui avaient écrit tant de lettres de remerciements qu'il avait pu en former toute une collection « digne de charmer les cœurs sensibles qui aiment les sentiments naïfs et généreux ».
C'est qu'aussi Berquin, non content d'avoir une heureuse idée, avait su la mettre en pratique de la façon la plus délicate, avec l'art le mieux approprié à son jeune public. Rien de plus varié que ses récits et que ses petits drames. Ces derniers an-jLxpyt-.'Sonî i'Qstt*^ .des modèles dans lart malaisé de la comédie enfiuitine, o'u'il'eSt Si d'jmcilc'u'éviter la fadeur et le ton maniéré, où les plus habiles ont sou<'Jiiîi:'*t4C-h<3lié. Berquin est sans rival dans l'art de mettre en action une rcçbjV.i'\içi'Slt:, au, ce qui n'est pas moins rare peutêtre, dans l'art de choisir toujours une leçon morale qui puisse être mise en action. Parmi les saynètes que j'ai choisies dans VAini des Enfants et qui t'amuseront, j'en suis sûr, il en est deux au moins que je considérerais presque comme des chefs-d'œuvre, si ce n'était là un bien gros mot pour de si petites choses, et si je ne craignais d'effaroucher la modeste mémoire de Berquin. Je veux parler du Colin-Maillard et de VEpée. Il est impossible de s'inspirer plus agréablement de l'antique devise de la comédie qui prétend châtier les mœurs en riant, et de faire parler les enfants avec plus de grâce et de vérité.