‹ L'ami des enfantsChapitre 30 sur 116 · ROBERT · texte numérisé non relu

ROBERT

Robert, en entrant, va pincer un doigt à Dorothée lorsqu'elle étend ses mains en avant.

DOROTHÉE, saisissant Robert. — C'est M. Robert, je le reconnais à sa malice.

FRÉDÉRIC. ■ — • Tl e.st vrai, c'est lui ; mais il n'était pas d'abord du jeu. C'est à recommencer.

ROBERT. — Sûrement. M. Frédéric a raison.

DOROTHÉE. — A la bonne heure; mais, si je vous attrape à présent, ce sera tout de bon, je vous en préviens.

ROBERT. Oui, oui. (11 prend Frédéric à l'écart, tire à demi son masque de sa poche et le

lui montre.) VoyeZ-VOUS Cela?

FRÉDÉRIC, reculant comme s'il avait peur. — Oli ! comme il est affreux ! il m'effraierait moi-même. Cachez-le bien. Nous allons encore jouer quelques minutes et nous nous esquiverons.

ROBERT, bas à Frédéric. — C'est bien dit. Tl faut que je fasse d'abord un peu enrager ces demoiselles.

FRÉDÉRIC, basa Robert — Je vais faire le premier une malice à Dorothée. Si elle me prend elle croira que c'est vous, et rien de fait.

ROBERT, bas à Frédéric — Bou, bou ! je veux lui faire la mienne aussi.

ADÉLAÏDE. — Eh bien! Messieurs, finirez-vous vos secrets? Vous faites languir tout notre jeu.

ROBERT. Nous Voilà, UOUS voilà! (Frédéric rude autour de Dorothée avec

iir lie la tirailler par sa robe, et voyant que Robert s'éloigne pour aller chercher une chaise, il dit

tout bas à Dorothée ;) (( Je Vais me faire prendre. » (Robert revient avec une

haise et la couche sur le chemin île Dorothée. Frédéric ôte la chaise et se met en place à quatre

pattes. Dorothée le rencontre du pied, se baisse et le saisit. Frédéric rentre

sa tète dans les épaules, comme s'il avait peur qu'on le reconnût.)

D (I R liTIl ÉE. après l'avoir talonné lonslemps et fait semblant d'hésiter.

s'écrie : — C'est M. Frédéric !

FRÉDÉRIC, affectant un air iléconcerté.. Ail! dlautre, me

voilà pris !

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DOROTHÉE, ôtant son mouchoir. VoUS VOUS aviseZ donC aUSSi

de faire des malices? Je croyais que cela n'appartenait qu'à M. Robert. Allons, allons, je prendrai ma revanche. (EUe bande

les yeux à Frédéric do manière qu'il puisse y voir un peu, le conduit au milieu de la cliambre. lui fait faire deux tours et demi, et levant ses deux mains en

l'air :) Combien de doigts?

FRÉDÉRIC. Six.

DOROTHÉE, le poussant. — Pauvre aveuglc, passe

ton chemin. (Frédéric erre longtemps et se laisse houspiller par tout le monde. Dorothée surtout l'agace et lo chatouille. Il feint de la poursuivre et tombe tout à coup sur Robert.)

FRÉDÉRIC. — Ah! ah! j'en tiens un. C'est un garçon. M. Robert, (ii baisse le mouchoir.) Effectivement, je ne me suis pas trompé.

ROBERT, bas à Frédéric. — Pourquoi me prendre?

FRÉDÉRIC, bas à Robert. — Laissez faire, je vais vous pousser Duverney dans les

mains. (Avec un air mystérieux.) MotUS !

ROBERT, à part. Ah ! c'est boU,

quand je le saisirai, je veux le pincer jusqu'au sang. (Frédéric se met à bander les yeux à Robert. Aussitôt Duverney et les demoiselles emportent les bougies et se retirent sur la pointe du pied dans le cabinet, en disant l'un après l'autre avant d'y entrer :) Eh bien ! c'est-il fait? DépècheZ-

vous donc ! — Il vous faut bien du temps. — Que complotez-vous là tous

deux ? i.Vu même instant le palefrenier se présente à la porte qui donne sur l'escalier, portant d'une main une torche allumée, et, de l'autre, au bout d'un bâton, une tète de bois ensevelie sous une vaste perruque. Il est couvert dans toute sa hauteur d'une longue robe noire traînante. Frédéric lui fait signe de rester à. l'entrée du salon. Il achève de bander les yeux a, Robert et lui fait faire quelques pas.) AllonS, IcS

trois tours. Les bras étendus. (Robert tourne.) Un. Paix donc. Mesdemoiselles. Deux. Que chacun reste à sa place. Et trois. Allez, (ii le pousse.) Va, pauvre

aveugle, cherche ton chemin. (Il court aussitôt prendre son porte-voix derrière la porte, détache de la ceinture du palefrenier de grosses chaînes qui tombent autour de lui, et s'écrie :) Que

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vois-je? Le revenant! sauvons-nous! sauvons-nous! (ri feime la porte a sranri

bruit, se cache dorrièrc le prélemlu fantôine et crie avoc son porle-vuix: :) G'cst cloilC tO) Cjui

viens voler mon trésor?

RdlîEUT, tout tremblant, et sans avoir le courage de se ilébander les yeux. (^u'eutends-je

Au feu ! Au secours ! Frédéric ! Duverney !

LE PORTE-VOIX. — Il ue viendra personne. Je lésai tous fait disparaître.

Ote ton bandeau et regarde-moi. ai va se poster au côté droit du salon. Robert, sansôter son mouchoir, se cache encore la tète entre les deux mains. 11 recule à mesure du coté opposé, en entendant le bruit des chaînes que Iraîne le fantôme.) Je le VeUX ! (Robert baisse en In^mblant le mouchoir, qui lui tomlie autour du cou. Ses yeux sont fixés à terre. Il les relève peu à peu. et, considérant le fantôme, il pousse un grand cri et demeure immobile, la bouche béante. i Je te reCOnUais ! Tu CS Robert ! (Robert, à ce mot, se met à courir de tous côtés pour se sauver. Il trouve la porte fermée. Il tombe à genoux à (iuel(|ues pas. étend ses bras devant lui et détourne la tèle. Le porle-voix continue :i CrOlS-tU dOUC

m'échapper ?

lioHERT. dune voix entrecoupée. — Je ue VOUS ai rieu fait. Cc u'est pas moi qui vous ai volé.

LE piiRïE-voix. — Tu ne m'as pas volé ?Tu es capable de tout. Qui est-ce qui seringue les passants? Qui leur accroche au derrière des queues de lapin? Qui pêche leurs perruques à l'hameçon? Qui estropie les chiens et coupe la queue à tous les chats? Qui voulait tout à l'heure piquer les fesses à ses amis? Qui est-ce qui a dans sa poche un masque effroyable pour faire peur à deux enfants ?

ROBERT. — Ah ! c'est moi, c'est moi. Je suis le plus méchant dos hommes. Mais je vous demande pardon, je ne ferai plus rien à l'avenir.

LE PORTE-VOIX. — Et tout cc que tu as fait? Tu ne feras plus rien? Qui m'en répond?

ROBERT. — Moi, moi...

LE poRTE-vdix. — Me le promets-tu?

ROBERT. — Oui, je vous le jure.

LE PORTE-VOIX. — Eh bien! je te fais grâce. Il ne tiendrait pourtant qu'à

moi de te lOUdroyer. (Le fantôme agite sa torche, ijui répand un grand éclat de lumière et s'éteint, Robert tombe étendu tout de son long, le visage contre terre.)

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