‹ L'ami des enfantsChapitre 44 sur 116 · SCÈNE XI · texte numérisé non relu

SCÈNE XI

SOPHIE, CllAULOTTE, AdATUE, SAIM'-FIUMLX

ciiARLoïTE. — Je suis bien fâchée que vous vous soyez défait de vos boucles, monsieur de Saint-Firmin.

AGATHE. — Vous uous donoez là un bel exemple.

SAiiNT-i-iRMiN. — C'est celui que j'ai reçu de Sophie. Si je n'avais pas vu faire à Charles une si vilaine action, je me réjouii'ais d'avoir trouvé l'occasion de faire une bonne œuvre. Que je vais regarder mes boucles de similor avec plaisir !

SCÈxNE Xll

M. DE MELFORT, SOPHIE, AGATHE, CHAIiLOTTE, SAINT-FIRMIN

JONaS

Les enfants s'assomblrnt en peloton, Sopliie et Saint-Firmin rcgai'drnl un [)eu île li-avers le petit Jonas

et se parlent à l'oreilli'.

M. DE MELFORT, aux rieinoiseiies de Saint-Feii\ . — Boujour, Mesdemoiselles", je vous remercie de l'honneur que vous avez fait à ma fille; mais permettezmoi, je vous prie, d'écouter en votre présence ce petit garçon. Il m'attendait sur l'escalier, et il ne veut pas me quitter sans m'avoir parlé devant vous. (A Jonas ) Voyous, qu'as-tu à me dire?

JONAS, à Sophie et à saini-Kirniin. — Mos bounes petites personucs, je vous prie, pour l'amour de Dieu, de ne m'en vouloir pas tle mal ; mais je ne puis me taire ; et ce serait mal fait à moi si je gardais ce que vous m'avez fait prendre sans le consentement de votre père. Je sais que les enfants n'ont rien à donner.

M. UE MELFoHT. — Ou'sst-ce douc quc ceci"^

JONAS. — Je vais vous le dire. Ce jeune monsieur m'appelle par la fenêtre pour amuser avec mon violon ces petites demoiselles. Il y avait encore un autre petit monsieur bien joli, mais un bien méchant coquin.

M. m: MELFoisT. — Quoi! mon fils?

JONAS. — ■ Pardonnez-moi, cela m'est échappé. Je joue de mon mieux les

LE PETIT .TOLIELIR DE VIOLOX 07

airs que je sais ; et ces bonnes petites personnes me font la grâce de me donner un morceau de gâteau, un mouchoir pour l'envelopper, avec une poignée de petites pièces : je ne sais pas ce qu'il y avait.

M. DE MEI. FdKT. Eli bicU ?

JONAS. — Eli bien ! le méchant petit monsieur m'a pris le gâteau que je voulais porter à mon pauvre père, qui est aveugle. Passe pour cela. Mais il sort de la chambre en cachette et, lorsque je me retire tout joyeux avec mon petit paquet, il me guette au passage, me prend mon mouchoir avec tout l'argent, et met mon violon en pièces. Tenez, le voyez-vous? (ii se met à piciiiLMi Toute ma richesse, avec laquelle je me nourrissais, moi et mon père !

M. DE MELFdiiT. — L)is-tu Vrai? Ce serait une effroyable méchanceté. Quoi ! mon fils... ?

CHAKLOTTE. — Sa couduile dans tout le reste rend ceci très croyable. Demandez à Sophie elle-même.

M. DE MELFdi'vT. — Va, mou ami, ne t'aillige pas; je saurai te dédommager ; mais est-ce là tout?

joxAs. — Non, Monsieur, écoutez seulement. Dans le chagrin où j'étais, je suis rentré pour raconter l'aventure à ces bonnes petites personnes. Elles n'avaient pas assez d'argent pour payer le dommage. Voilà cette jolie demoiselle qui me donne son dé d'or, et ce jeune monsieur ses boucles d'argent. Je ne pouvais pas les pi'endre : mon père aurait cru que je les aurais volés. Je savais que vous alliez revenir; je vous ai attendu pour vous les rendre : les voici... Mais je n'ai donc plus de violon. 0 mon violon ! ô mon pauvre père !

M. DE MELFoiiT. — Que vicus-tu de me raconter? Est-ce toi, est-ce vous, mes braves enfants, que je dois le plus admirer? Excellente petite créature, dans une extrême indigence, tout perdre, et, dans la crainte de faire le mal, courir le risque de laisser mourir de faim un père que tu aimes !

JONAS. — Est-ce donc si beau de ne pas être un méchant? Non, le pain mal gagné ne profite pas. C'est ce que mon père et ma mère m'ont toujours dit. Si vous vouliez seulement m'acheter un violon, tout serait réparé. Ce que le dé et les boucles m'auront valu de plus, c'est le bon Dieu qui m'en tiendra compte.

AI. DE MELi-'dRT. — Il faut tjue toii père et toi ayez une droiture bien extraordinaire pour ne pas soupçonner seulement la corruption des autres hommes. Dieu veut se servir de moi pour répandre sur vous ses l^ienCaits. Reste avec nous. Je veux d'ai^ord te mettre auprès de Saint-Firmin ; nous verrons ensuite ce que nous aurons de mieux à faire.

jONAS. — Quoi ! auprès de ce petit ange? oh ! je suis transporté de joie.

(Il baise la niain de Saint-Firmin.) Mais nOIl (avec

tristesse), je ne veux pas laisser mon père tout seul. Sans moi, comment ferait-il pour vivre? Quoi ! je serais dans la richesse, et il mourrait de faim! Oh ! non. M. DE MELEOHT. — Excellcut enfant ! et qui est ton père?

jDNAS. — Un vieux paysan

aveugle, que je nourrissais

avec mon violon. Il est vrai

qu'il ne mange, comme moi,

qu'un morceau de pain avec du lait cru. Mais le

bon Dieu nous en donne toujours assez pour la

journée, et nous ne nous mettons pas en peine

du lendemain : il y pourvoit aussi.

M. DE M EL FOUT. — Eh bicu ! jc vBux prendre soin de ton père, et s'il y consent, je le ferai entrer dans une maison de charité où l'on a une attention extrême pour les vieillards et pour les infirmes. Tu pourras l'y aller voir quand tu voudras.

(Jouas pousse un eii ili' joie, et court tout autour île la clianilire, eoinnir lioi-s de lui-niènic.)

JONAS. — Oh ! I^ieu, mon pauvre père ! Non, cela va le faire mourir de plaisir. Je ne puis rester plus longtemps ; il faut que je l'aille cbercher et

que je vous ramène ici. ill oouil vers la pairie. Soplne et SainlFiimin piennent la main de M. (le McU'oi'l, et s'essuient li'S yeux.)

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