‹ L'ami des enfantsChapitre 53 sur 116 · M. DE BEAUVAL, MARCELLIN · texte numérisé non relu

M. DE BEAUVAL, MARCELLIN

MAHCELLiN. — MoH papa, entendez-vous ce qu'il dit? M. DE UEAUVAL. — Oui, luon fils, et je lui pardonne volontiers son humeur.

MARCELLiN. — Mais Comment pouvez-vous garder ce méchant homme?

M. DEBEAuvAL. — Il ii'est pas méchant, mon ami. C'est un zèle outré pour nos intérêts qui l'égaré. Il m'est très attaché, et il remplit exactement ses devoirs.

MARCELLIN. — Mais s'il est injuste?

M. DE liEAUVAL. — Tu vieus d'euteudrc qu'il ne croit pas l'être. Son unique défaut est de suivre trop littéralement ce qui lui a été prescrit et de n'avoir pas assez d'intelligence pour faire de justes distinctions entre les personnes et les circonstances.

MARCELLix. — ExpHquez-moi cela, mon papa, je vous prie.

M. DE uEArvAL. — Très volontiers, mon ami. En l'installant dans sa place, je lui ai ordonné d'écarter de ce village les vagabonds et d'amener devant le juge ceux qu'il y surprendrait. Cet ordre ne pouvait regarder que ces malheureux qui se nourrissent de vols et de brigandages, et qui viendraient piller ou assassiner.

MARCELLIN. — ^ Ah ! je comprends. Et lui, il regarde comme des scélérats ceux qui n'ont, pour subsister, que les secours des autres ; et il ne s'informe point si c'est la vieillesse, des maladies ou des malheurs inévitables qui les ont réduits à cet état.

M. DE BEAuvAL. — Très bien, mon fils, car les circonstances changent bien la nature des choses. Par exemple, tu as mis trop peu de réflexion dans la querelle que tu as eue avec lui. Sais-tu si la mère de cette petite fille n'est pas une personne vicieuse, si la petite fille elle-même ne t'a pas fait un mensonge et n'a pas dérobé effectivement ces épis à mes gerbes ?

MARCELLIN. — Nou, mou clier papa, c'est impossible.

M. DE BEAUVAL. — Pourquoi cela serait-il impossible ? As-tu pris des éclaircissements? Sais-tu qui elle est, quelle est sa mère, et dans quel dessein elles sont venues ici?

MARCELLIN. — Ah ! si VOUS l'avicz seulement vue ! si vous l'aviez seulement entendue ! son langage, sa figure, ses larmes !... Elle est si pauvre, qu'elle a besoin d'une poignée d'épis pour se procurer du pain. A-t-on besoin d'en savoir davantage? Dois-je laisser mourir un pauvre de faim, parce que je ne sais pas encore s'il mérite mon assistance ?

LA PETITE CLANEUSE

M. ni: lîi: ALVAL. — Embrasse-moi, mon fils ; conserve toujours ces généreuses disposilions envers les pauvres et Dieu te bénira comme il m'a béni moi-même pour de pareils sentiments, en les faisant naître dans ton jeune cœur. La clémence est toujours préférable à la sévérité. L'insensibilité ne peut conduire qu'à l'injustice, et, si celui qui sollicite notre pitié ne la mérite pas, c'est sa faute, et non pas la nôtre.

MARCELLix. — Mais, mon cber papa, il n'est guère prudent de confier à des personnes comme Hubert un emploi où l'on peut commettre des injustices.

M. DE BEAUVAL. — Tu aurais raison, mon fils, si je lui avais laissé le pouvoir de condamner ou d'absoudre lui-même. Il ne peut, tout au plus, commettre qu'une injustice passagère, à laquelle il est facile de remédier ; et cet inconvénient est inévitable. Pour juger les clioses suivant les principes de l'équité, j'ai dans mon bailli un homme plein de lumières, de droiture et de noblesse dans les sentiments. Il m'a rendu un témoignage favorable de la petite fille et de sa mère, lorsqu'il les a reçues dans le village; et il m'a appris qu'elles demeurent chez la vieille Marguerite, qui est une très honnête femme.

MARCELLiN. — Mais SI Ilubert avait battu la petite fille, comme il l'en a menacée?

M. DE iiEAivAE. — 11 ue 86 Serait jamais porté à cet excès. Je lui ai défendu, sous peine de perdre son emploi, de frapper qui que ce soit, même les personnes qu'il prendrait en faute; et il suit à la rigueur les ordres que je lui donne.

MARCEKEix. — Ail ! mou cher papa, voici ma sœur qui revient avec la petite fille.

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