‹ L'ami des enfantsChapitre 54 sur 116 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

M. DE BEAUVAL, MARCELLIN, HENRIETTE, EMILIE MARCELLIN, courant avec la corbeille vers Emilie. TieilS, ITlOIl enFclllt, Voilà ta

corbeille, il n'y manque pas un seul épi.

EMILIE. — Oh ! ma chère corbeille ! Que je vous ai d'obligations, mon bon petit Monsieur! (euo aper(;oitM. de Bcauvai.) Qui est ce monsieur-là?

HENRIETTE, courant vers son père et lui sautant au cou. C'est notre bon papa.

MAiiCELLiN, à Emilie. — Oh ! c'cst uu bou père, je t'assure; tu n'as rien à craindre. Viens, je veux te présenter à lui (En savançam.) Il a bien rabroué le vieux père Hubert, pourt'avoir maltraitée.

EMILIE s'avance timidement vers M. de Beauval et lui baise la main. Monsicur, 1116

pardonnerez-vous cette liberté? Oh ! que vous avez de braves enfants !

M. DE BEAUVAL. — MarcelUn a raison ; e^ la voyant, on ne peut ilouter de son innocence. Cet air décent, ce lani 4e, n'annoncent pas une éducation commune.

EMILIE, bas à Marcellin et à Henriette. Est-Ce que j'aUrais fâché VOtre papa? il

parle tout seul...

M. DE BEAUVAL, .lui la entendue. — Non, ma chèrc fille. Si mcs enfants ont bien agi envers toi, ils n'ont rien fait que tu ne paraisses mériter.

HENRIETTE. — Et qu'elle ne mérite aussi, mon papa. Ah ! si vous aviez vu sa mère !

M. DE BEAUVAL. — Qui cst ta mère, mon enfant? (jui vous a engagées à venir dans ma terre, et quelles ressources avez-vous pour vivre ?

EMILIE. — Nous vivons... Ah! grand Dieu, je ne sais pas de quoi. Nous vivons de peu ou de rien. Nous passons le jour et quelquefois la nuit à coudre et à filer, pour avoir du pain. La vieille Marguerite donne le couvert à ma mère ; elles m'ont envoyée aujourd'hui aux champs pour glaner. Hélas ! mon apprentissage ne m'a pas trop bien réussi.

MARCELLIN, bas, à Emilie. — Pas si mal que tu penscs. Ma sœur et moi, nous voulons obtenir de mon papa qu'il te fasse donner des épis sans glaner.

M. DE BEAuvAL. — Mais oùdemeuriez-vous auparavant?

EMILIE. — Dans le village de Nanterre, qui est à quelques lieues d'ici. La vie y était trop chère ; la vieille Marguerite engagea ma mère à venir chez elle, et lui offrit un logement pour rien.

M. DE BEAUVAL, ii part. — Si dcs geus aussi pauvres exercent la bienfaisance, quels devoirs nous avons à remplir! (a Emilie.) Ton père vit-il encore? quel est son état?

MARCELLiN. — Je gagerais bien que ce n'est pas un paysan.

HENRIETTE. — Je le parierais aussi, surtout depuis que j'ai vu sa mère.

EMILIE, embanassLe. — Monpère?... je u'eu ai plus. Je ne l'ai même jamais vu. Il était mort quand je suis née. Ah ! s'il vivait encore !

M. DE BEAUVAL. Et tu ne sais pas qui il était? comment il s'appelait?

EMILIE. — Ma mère vous en instruira mieux que moi.

M. DE BEAUVAL. — Ne pourrais-je pas lui parler?

HENRIETTE. — Oh 1 oui, mou papa. Elle va venir elle-même ; elle ne m'a demandé qu'un moment pour s'arranger un peu.

M. DE BEAUVAL. — Et qui t'a élevée ?

EMILIE. — Elle seule. Monsieur. Elle m'a appris à lire et à écrire. Elle m'instruit dans ma religion et me donne quelques leçons de dessin.

M. DE BEAUVAL. — De dcssiu ? Je n'en doute plus, c'est un rejeton de quelque famille distinguée, que des malheurs ont réduite à l'indigence.

HENRIETTE. — Ah ! la voici qui vient.

MARCELLIN. — Est-ce elle?

M. DE BEAUVAL, à part. — Je brûle d'éclaircir ce mystère. Cette enfant me rappelle des traits connus, mais que je ne sais encore démêler. ..

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