SCÈNE VIII
lies PRÉCÉDENTS , X.E BAILLI.
LE BAILLI. Avec votrc permission.
LE PREVOT. Que voulez-vous ?
LE BAILLI. Je suis bailli du château ; je veux voir ce qui se passe ici. (^ Marcel et à Geneviève.) Ha , ha ! vous êtes venus voir votre fils ; c''est fort tendre de votre part. Eh bien ! qu'en pensez-vous? Avez-vous autant de satisfaction de lui que vous en aviez hier ? Vous imaginiez , parce qu'il était soldat , qu'il pouvait se jouer de tout le monde. {A George.) Monsieur le militaire, on paie chèrement un soufflet. Cette leçon vous rendra une autre fois plus respectueux envers des gens comme moi.
LA TERREUR. Allez-vous-cn, monsicur, ou bien nous reprendrons les choses au point où George les a laissées hier. Qu'avez-vous à chercher ici?
LE BAILLI. Je suis daus le château de monseigneur ; je pense que personne n'a le droit de m'empécher d'y faire l'inspection.
LA TERREUR. Faitcs-y l'inspection, mais non des moqueries. {En le prenant par le bras.) Sortez, ou je vous montre le chemin.
GEORGE. Un moment, camarade! (^ Marcel.) Mon père , achevez de lui payer votre dette pour qu'il vous laisse en repos.
THoaiAs. Oui , finissons avec lui j qu'il n'en soit plus question.
MARCEL. Voilà votre argent. {Il lui com'pte quatorze écus.) Vous n^aurez pas la peine de vendre notre cliaumière.
GENEVIÈVE. Nous aurons soin, à l'avenir , de n'*être jamais en arrière envers monseigneur ; du moins aussi longtemps que vous serez son bailli. C'est trop alFreux de vouloir gagner sur le pauvre I Acheter à vil prix tout le grain de la contrée, lorsque la moisson est abondante ! en faire des amas dans ses greniers, pour le vendre ensuite trois fois plus cher dans le temps de disette ! prêter à plus forte usure qu'un juif! cela est-il donc d'un chrétien, ou même d'un homme? Voilà pourtant ce que vous avez fait, et ce qui nous a ruinés.
MARCEL. Tais toi donc, femme.
GENEVIÈVE. Non j il faul lui apprendre qu'on n'frst pas des buses, et qu'on voit tout son manège.
MARCEL, au hailli. Eh bien, cela fait-il votre compte ?
LE BAILLI , à part. Que trop , morbleu ! {Haut «/ froidement.) Oui, cela complète bien les trente écus. Mais d'où diantre avez-vous eu cet argent?
MARCEL. Que vous importe? Vous êtes payé.
GENEVIÈVE. Nous n'a VOUS pas de compte à vous rendre.
LE BAILLI. Voyez, comme ils font les fiers I
GENEVIÈVE. Nous voilà quittcs. Nous nous serions trouvés heureux de pouvoir vous souhaiter mille bénédictions , si vous vous étiez comporté n 1 1 i i 1 ,î n e nt envers nous. Mais vous ne le
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méritez pas. Il noiis eût mieux valu avoir affaire à un Turc.
LE BAILLI. Prenez garde à ce que vous dites , vieille radoteuse ; vous êtes encore sous ma juridiction.
GEORGE. Point d''injures , monsieur; mon père» ne les souffrira plus. Il sait à qui porter ses plaintes.
THOMAS. Vous ne nous tenez plus les mains garrottées; nous pouvons nous faire rendre justice. Nous remplirons nos devoirs envers monseigneur ; mais si voué croyez nous mener de force comme auparavant, vous vous trompez.
LE BAILLI. De quel ton me parlez-vous? Je crois [en montrant Geo?ye) que cet audacieux vous a tous endiablés. Ne me poussez pas à bout, ou je vous montrerai ce que je suis.
LE PRÉVÔT. Un mot encore , et je te fais sauter les yeux de la tête.
LA TERREUR , le poussaut par le hras. Allons , sortez.
LE BAILLI , se retournant. Si vous me faites lâcher un décret...
LE PREVOT. Voulez-vous me jeter ce drôle à la porte? Je l"'apprendrai à nous venir braver. (^Les soldats le saisissent, et veulent le mettre dehors, he colonel paraît , suivi du capitaine et du sergent. )