‹ L'ami des enfants et des adolescentsChapitre 112 sur 153 · SCENE IX · texte numérisé non relu

SCENE IX

ATTCirSTE , JULtE , D'ORGEVILLB , ÉLISE, GABRIEL, LUCIEN, SOPHIE.

d''orgeville. Je suis fort surpris que votre maman ait osé se permettre des soupçons à notre égard. Des personnes comme nous , voler des jetons !

JULIE. Elle n''a jamais eu cette pensée, monsieur, Elle a pu croire que nous les aurions mis par distraction dans notre poche; et j''aurais été capable, aussi bien qu\in autre, de celle élomderie. Mais voler! il iry a pas un mot qui ressemble à cela dans tout ce qu'elle a dit.

©""oRGEViLLE. S^il u*"}' avait eu ici que de petits bourgeois {en regardant Gabriel , Lucien et So- ^y^/e),el!e aurait pucroire tout ce qu'elle aurait voulu; mais elle devait bien savoir faire une diflerence.

GABRIEL. CY'st de nous apparemment que vous entendez parler, monsieur; votre regard me le dit. Mais il faut que je vous dise à mon tour qu'ici, à la campagne, c''est la manière de penser et de vivre, et non la naissance, qui fait la véritable noblesse,

d''orgeville. Voyez donc comme ces montaTgnards s'ennoblissent, pour un petit coin de terre qu'ails labourent ! Vous êtes bien heureux qu"*il n'y ait pas d'autres enfants que vous dans noire voisinage, et que nous soyons obligés, M. Auguste et moi, de vous recevoir dans noire compagnie pour nous aider à nous divertir. A la ville, vous n'auriez pas eu cet honneur, je vous en réponds, malgré votre manière de vivre et de penser.

l'ami des enfants. 43i

AUGUSTE. Parlez pour vous seul, M. crOrgeville. A la ville comme ici, je me ferai toujours homieur de la société de mes cliers amis.

JULIE. Oui certainement, 31. le chevalier, ils nous donnent plus de bons exemples dans un jour que nous n''en recevrions, dans un an, d'une dou- - zaine de petits gentilshommes comme vous.

Élise. Voilà, mon frère, ce que tu mérites. Pourquoi les attaquer ?

d''orgeville. Ne vas-tu pas aussi faire la philosophe, toi? Tu penses certainement comme moi dans le fond du cœur, quoique tu n''en dises rien. Est-ce que tu as oublié ce que maman nous répète tous les jours des enfants de bourgeois : Ne vous mêlez jamais avec les petites gens; dans une basse condition, on ne peut avoir que des sentiments bas? auguste. Est-ce que vous croiriez mes amis capables de prendre quelque chose dans une maison étrangère ?

GABRIEL. Dites, monsieur; nous avez-vous vus seulement approcher de la table?

SOPHIE. Au lieu que je vous ai vu, moi, tenir des jetons dans votre main, et les regarder même de fort près. (jyOrgeville s'élance vers elle, et veut la ft^aj)per. Auguste et Gabriel se mettent devant lui et le retiennent.^

AUGUSTE. Doucement , doucement ! c'est à moi que vous aurez affaire.

GABRIEL. Non , mon ami, je saurai bien défendre ma sœur. Qu'il ose seulement la menacer ! Je

lui déclare que je ne suis pas plus épouvanté de sa

taille que de sa noblesse.

d''orgeville. Oh ! je ne suis pas fait pour me battre avec de petits bourgeois.

JULIE. Fort bien. Et vous ne vous seriez pas compromis sans doute à battre une petite bourgeoise ?

d'orgeville. Je ne laisse pas attaquer mon honneur.

ÉLISE. Cette petite tille aurait encore mieux fait de se taire.

JULIE. C'est un enfant ; et Ton peut bien lui pardonner, surtout lorsqu'elle dit la vérité.

d'orgeville. La vérité ! Qu'entendez-vous donc par là ?

GABRIEL. Que vous avoz tenu des jetons dans vos mains, et que vous les avez regardés. Rien de plus. A-t-elle dit autre chose ? Et cela n'est-il pas vrai ?

D'oRGEViLLE.Je ne m'abaisse pas à vous répondre.

GABRIEL. Rien de mieux à faire , lorsqu'on n'a que de mauvaises raisons à répliquer.

Page 1