ÉLISE, GABRIEL, LUCIEÏT, SOPHIE, ROBERT
ROBERT revient avec iin flambeau. Il marche vers Vendrait où tous les enfants sont rangés. Il ^arrête à Sophie^ qui se trouve la premièî^e. Allons, donnez-moi votre petite main. (Elle lui tend la main gauche.) Non, pas celle-là ; celle qui est derrière le dos. Bon.
SOPHIE, en regardant sa inain^ et poussant un fjrand cri. 0 mon Dieu ! quelle vilaine main j'ai là! noire comme du charbon! Est-ce qu'houe restera noire toujours?
ROBERT. N'ayez pas peur, j''en parlerai à mon coq, il vous la rendra blanche comme la neige.
(Les ajilres enfants n'ont pas la patience d'attendre que Robert "vienne visiter leurs mains , ils regardent avec précipitation, et on les entend s'écrier presque tous à la fois : )
AUGUSTE. Comme j''ai les doigts tout noircis !
JULIE. Et moi donc ? Ce vilain Robert î
Élise. Le coq mériterait qu'on lui tordît le cou.
GABRIEL. Je n'ai pas mal accommodé mes manchettes.
LUCIEN. C'est comme si j'avais trempé la main dans le pot au noir.
d'orgeville , élevant ses mains d"^ un air trioni- •phant. Voyez-vous, il n'y a que moi qui les ai conservées propres.
ROBERT, courant à lui, et le saisissant par le collet. C'est donc vous, M. le chevaher , qui avez les jetons. Rendez-les tout de suite ; sinon , je vous fouille et je vous noircis de la tète aux pieds.
ÉLISE. Le noircir? 0 mon frère! que deviendrais-tu? Si tu les as , dépêche-toi de les rendre.
MADAME DE GRAMMONT. SoUgCZ-VOUS , Robcrt,
à ce que vous dites ?
ROBERT. Je suis sûr de mon fait. Les jetons , ou un visage de nègre le plus foncé du Congo.
d'orgeville, en pâlissant et avec une profonde consternation. Se pourrait-il que sans y penser
( // fouille dans ses poches. ) Il est vrai que je les ai tenus dans les mains. ( // fait comme s'il les trouvait dans un coin de sa veste. ) Eh , mon Dieu! les voilà! qui aurait imaginé?... [Tous les enfants paraissent frappés de surprise et d^ Orgeville de confusion . )
MADAME DE GRAMMOiXT. Robert ! [Il s'^approcîie d'elle. ) ( Haut. ) Emportez votre coq et votre lumière, et allez nous ouvrir les volets. [Bas. ) Gardez-vous d"'apprendre aux domestiques comment vous avez retrouvé les jetons. Dites qu"'ils étaient au fond d'un tiroir.
ROBERT. Il suffit , madame. ( // sort. ) SCENE XV.
Mme DE GRAIHaiONT, AUGUSTE, JULIE, D'ORGEVILLE, ÉLISEf GÂBaiEI., LUCIEN, SOPHIE.
MADAME DE GRAMMONT, au.v enfa?its. Mcs amis, passez dans ce cabinet, vous trouverez de Feau pour vous laver les mains. Prenez bien garde à salir vos habits.
SOPHIE. Oui, pourvu que ce noir s'en aille. Si j'allais rester barbouillée !
MADAME DE GRAMMONT. Ce u'cst qu'uno détrempe de suie; une goutte d'eau remportera. Vous, M. le chevaher , comme vos mains sont propres , vous pouvez rester ici. { Les enfants passent dans le cabinet.)