SCENE PREMIERE
LE COMTE DE MONHEiN. Avcz-vous cu la bonté de réfléchir à mes propositions?
LE PÈRE DE FAMILLE. NoD ; car il n''y a point à réfléchir. Quand deux êtres qui se sont juré une éternelle fidélité , et qu^un enfant , le fruit de leur tendresse mutuelle , force à maintenir leurs serments, veulent se séparer , sur quoi peut-on réfléchir alors? Que peut-on faire?
LE COMTE DE MONHEiN. Aussi , mon dcssciu est si ferme , qu''il ne s^agit plus , eu ce moment , que de quelques formalités.
LE PERE DE FAMILLE SOmie. Soit. (^Ufl domCS-
tique entre.) Faites descendre ma fdle. {Le doniès-
tique va pour sortir ; le père de famille le rap— . pelle et lui parle has. Le domestique sort. )
LE COMTE DE MONHELM. Agréez-\ous Ics offrcs que j'ai faites pour sa pension?
LE PÈRE DE FAMILLE. Comme VOUS voudrez. Je reprends ma fille chez moi , et j'espère qu'elle ne manquera jamais de rien.
LE COMTE DE MONHEiM. Cependant il est juste de prendre des arrangements.
LE PÈRE DE FAMILLE. Fort bien : arrangez cela vous-même au gré de vos désirs.
LE COMTE DE MONHEIM, prenant la plume. J'aurai fini en deux mots. (// s'assied pour écrire.) Sophie arrive.)
LE PÈRE DE FAMILLE. Tu devincs saus doutc , ma fille, pourquoi je t'ai fait appeler?
SOPHIE. Ouij et, au point où en sont les choses, j'attends ce moment avec plaisir.
LE PÈRE DE FAMILLE. Vous voulcz donc absolument me donner ce chagrin ?
• SOPHIE. Je ne puis me résoudre à vivre davantage avec lui.
LE COMTE DE MONHEIM se lève et donne un papier ail pèî^e de famille. Le voici.
LE PÈRE DE FAMILLE. AiuSÎ tOUS IcS dcUX VOUS
renoncez Tun à l'autre , et le comte de Monheim vous accorde une pension de quatre mille florins. Est-ce là votre volonté à l'un et à l'autre ?
SOPHIE. J'en suis très contente.
LE COMTE DEMONHEiai. Certainement.
LE PÈRE DE FAMILLE. Il CSt doilC illUtlle de VOUS
faire davantage aucune remontrance.
SOPHIE. Mon père ! . . .
LE COMTE DE MONHEiM. Ma résolutiou cst ferme.
LE PÈRE DE FAMILLE. Il faut douc bicu , malgré moi, y consentir. Allez signer cet écrit. [Ils sigtient.) Voilà qui est terminé. Cependant voici encore une difficulté. Avec lequel des deux restera reniant ?
SOPHIE. I ensemble \ \^ ^"'^ "^^*"^-
LE CO.MTE DE ilONHEDI. i (Je SUIS l)ère.
LE PÈRE DE FAxMiLLE. Cela cst vrai. — Vos droits sont les mêmes : voilà pourquoi...
SOPHIE. On m^arracherait plutôt la vie que mon enfant.
LE COMTE DE MONHELM. Le flls CSt à moi , Ct
je ne consentirai jamais. . .
LE PÈRE DE FAMILLE. Voycz-vous, mcs cnfaiits,' ceci devrait vous apprendre , vous forcer à renoncer à vos cruels desseins. Des cœurs sensibles qui se confondent ainsi dans un enfant ne sont point ennemis; ce ne peut être qu\in malentendu. (// prend le papie7\) Faut-il le déchirer?
LE COMTE DE MONHEiM. Gardcz-YOus-en bien.
SOPHIE. Non, non, mon père.
LE PÈRE DE FAMILLE. Il faut CCpCudaut VOUS
décider. Voulez-vous que Tenfant choisisse entre vous doux?
SOPHIE. Oh ! je le veux bien.
LE C03ITE DE M0NHEI3I. Et moi aussi. [Le père de famille sort. ) Au reste , je souhaite que vous
viviez heureuse ; je me sépare sans nourrir aucun sentiment de haine.
SOPHIE. Puissiez-vous trouver à l'avenir un bonheur que vous trouviez jadis près de moi , et qu''enrm vous n"*}' pouvez pUis trouver. [Le jjère de famille rentre avec V enfant ^ Sophie court mo devant de son fils , et le ca?^esse. ) N'est-ce pas, tu restes avec moi ?
FRÉDÉRIC. Oui, maman; oui, ma chère maman.
LE COMTE DE MONHEiM , le prcjul dans ses hras. Tu veux donc me quitter , mon fils?
FRÉDÉRIC. Non papa , je veux rester avec toi.
LE PÈRE DE FA3IILLE. Mais , mou petit aiiii , ton père et ta mère se séparent pour toujours , et il faut que tu leur dises avec lequel des deux tu veux; rester.
SOPHIE. C'est avec moi , n'est-il pas vrai?
LE COMTE DE MO^■HEIM. Avcc uioi , mon enfant ?
FRÉDÉRIC. Avec papa et avec maman. {Ils se détournent tous deux, le père de famille s"* en a]perçoit... Courte pause. ^ Mais pourquoi avezvous Tair si fâché? Vous, papa et maman , qui étiez autrefois si bons!... [D'un ton caressant, et les tirant à lui tous les deux par leurs habits. ) Vous ne vous en irez pas. Vous resterez tous deux avec moi. ( Le père et la mère^ se baissant en même temps pour embrasser leur enfant., se rencontrent , se regardent avec attendHssement , et s'embrassent. )
LE PÈRE DE FAMILLE. Je te remcrcic , nature , tu ne m'as point abandonné !
LE COMTE DE MONHEiM. Vcux-tu me pardonner?
SOPHIE. J"'oublie tout. ( Ils s'eynbrassent avec trans]port. )
LE PERE DE FAMILLE soulève re?ifanf dans ses bras , pou?' qu'il les embrasse en même temps tous les deux. Voulez-vous encore vous séparer?
SOPHIE. Non , mon père.
LE COMTE DE MONHEIM. Ce tendre lien nous réunit à jamais. Oui , je faime ; oui , je suis heureux.
LE PÈRE DE FAMILLE, essuyatit SCS larmes de ses inains. Mes enfants, ce sont les douces larmes d''un père.
DRAME EN UN ACTE
PERSONNAGES
CASIMIR, I enfant sMc madame PhOSl^LK ,\ de Fkuiry.
DUMONT , domestique.