‹ L'ami des enfants et des adolescentsChapitre 137 sur 153 · CASIMIR, PROSPER, FABIEN, PRISCILLE , AGATHE · texte numérisé non relu

CASIMIR, PROSPER, FABIEN, PRISCILLE , AGATHE

FABIEN, courant se jeter dans les bras de Prosper et de Casimir. Ah, mes bons amis, mes frères I vous devez être bien fâches contre moi I

CASIMIR. Nous ! pourquoi donc ?

PROSPER, Vemhrassant encore. Va, mon cher Fabien, je ne le suis plus.

FABIEN. Quel joU jardin vous m'avez arrangé? Vous me donnez vos plus belles fleurs, sans que je VOUS aie encore fait aucun plaisir.

CASIMIR. Tu nous en fais assez, pourvu que tu sois content.

FABIEN. Oh, si je le suis ! Mes bons frères, pardonnez-moi, je vous prie. Je vous ai ofl'ensés, je vous ai repoussés de mes bras. Je ne le ferai plus. Nous serons toujours amis, et tout ce que j'ai vous appartient comme à moi-même.

CASIMIR. Oui, oui, que tout soit commun, nos peines et nos plaisirs.

PROSPER. Embrassons-nous encore, pour mieux commencer à ne faire qu'un à nous trois. {Ils s'emht^assent.) {Priscille et Ayathe s'' embrassent

aussi ^ laissent tomber des larmes cC attendris^

sèment.^

CAShMiR. Maintenant, il faut aller nous rafraîchir sous le berceau. Venez aussi, mes petites sœurs. Allons. Asseyons-nous.

PROSPER. Fabien, c'*est à toi de faire les honneurs du goûter. Tu es aujourd'hui le roi de la fête.

FABIEN. Oh! je suis sûr que je n'aurai jamais rien mangé de si bon appétit , qu'à ce repas d'amitié. (^11 présente à la ronde des gâteaux et des fruits et ils commencent à manger. )

PROSPER. Et bien , cela n'est-il pas mieux que de se chamailler ensemble ?

AGATHE. Il n'y a point de querelles qui valent ces poires.

CASIMIR. Quelle sera la joie de maman , de nous voir si bien d'accord !

PRisciLLE. Elle mérite bien que nous lui fassions ce plaisir. Quand tu la connaîtras, Fabien I... ]Mais tu l'as déjà vuel

FABIEN. Oui , ma sœur , j'en ai reçu mille caresses. Elle a une figure si douce, qu'elle ne peut pas (Être méchante. J'ai senti à sa voix que je n'aurai pas de peine à l'aJiner.

pRlspii^ï^p. Et cpmme elle nous aime à son tour.

AGATHE. Il ne faut que se divertir pour lui plaire.

PRiScin,E. Nous étions bicfi à plaindre à la mort de notre première maman. Mon papa qui passe toute la journée au palais , ne pouvait guère s'occuper de nous. Il manquait toujours quelque chose à nos

i'ami des enfants. 543

habits, etnQtre éducation était encore plus négligée.

AGATHE. Nous ucus sei'ioûs bientôt accoutumées à la fainéantise.

PRisciLLE. Mais depuis que notre nouvelle maman est entrée dans la maison , notre bonheur a recommencé. Elle nous procure tous les amusements de notre âge , et y prend part avec nous. On dirait qu'elle est plus occupée de notre santé que de la sienne. Je n'ai pas encore eu le temps de m'apercevoir qu'il me manque la moindre chose. Elle pourvoit d'avance à tous mes besoins.

AGATHE. Et moi, j'ai été malade, oh, bien malade. C'est elle qui a eu soin de moi. Elle était toujours auprès de mon ht à me consoler. Elle m'a donné je ne sais combien de gelées de groseilles et de cerises confites. Je serais déjà morte sans ses secours.

FABIEN. 0 mes chères sœurs, que me dites-vous.

PRISCILLE. Tu sais aussi que nous n'étions guère exercées, avant ton départ, à travailler de nos mains? maman s'est chargée de nous l'apprendre. Grâce à ses leçons , nous savons passablement coudre, broder, faire du filet, et nous venons même d'entreprendre avec elle un grand ouvrage de tapisserie.

CASIMIR, à Fabien. Tiens, vois-tu ces manchettes si joliment festonnées ? cVst le chef-d'œuvre de Priscille et sou [iremier cadeau.

PRISCILLE. Ah*! j'en ai été bien payée. X'as-tu pas cultivé pour moi mou parterre. Ne m'as-tu pas

donné des bouquets de les plus jolies fleurs ! Entends- tu , Fabien? maman ne veut pas que nous travaillions pour nos frères sans qu'ails travaillent aussi pour nous , et ils en font encore plus que nous ne penserions à leur en demander.

AGATHE. Oh oui. Je veux te montrer le petit bateau de liège que Prosper m'a fait avec son canif, ïu verras ses cordages de soie , ses voiles de satin, et ses banderoles de ruban. Il vogue tout seul sur le vivier.

PROSPER. Puisque tu m''avais tricoté des jarretières...

AGATHE. Vraiment, des jarretières ! Je sais bien faire autre chose aujourd'hui. Ah, Fabien! situ voyais certaine bourse à bandes vert et lilas ! Tout le vert est de ma façon, au moins ; demande à ma sœur. Tu en seras content, j'en suis sûre.

FABIEN. Comment ! vous m'avez fait une bourse ? [Priscille fait signe à Agatlie de se taire.)

AGATHE, embarrassée. Non , Fabien , elle n'est pas pour toi... Elle est bien pour toi; mais maman m'a défendu de te le dire. {Bas en souriant.) Elle veut te surprendre aussi, avec un habit neuf et une veste brodée. Tu verras.

PRISCILLE. Cette petite étourdie ne peut rien garder sur son cœur.

AGATHE. C'est que j'avais tant de plaisir de lui en parler! Nous avons toujours pensé à toi , mon Irore.

FABIEN. Oh! je vous remercie. Mais, ditesmoi, ctes-vous donc heureuses ?

pRisciLLE. Si nous le sommes! Que pourrait-il manquer à notre bonheur? Notre maman est si bonne ! Je ne sais comment elle s^y prend, mais elle a le secret de tourner tout en plaisir. Je ne m^amuse jamais si bien qu'à jaser avec elle. L'instruction vient en badinant.

AGATHE. Il faut voir , quand nous lisons ensemble de petits contes qu'un de nos amis nous donne exactement le premier de chaque mois.

PRISCILLE. 0 mon Dieu ! tu m'y fais penser, Agathe! Il ne nous a pas encore envoyé \e dernier. Il faut qu'il ait été malade de ces grandes chaleurs.

AGATHE. J'en serais bien fâchée. C'est mon bon ami, à moi. Il sait les histoires de tous les petits garçons et de toutes les petites filles du monde. Ce serait drôle si nous trouvions quelque jour la nôtre dans son livre.

PRISCILLE. J'en serais bien aise , à cause de maman ; je voudrais que tout le monde connût sa bonté, et combien nous l'aimons.

CASIMIR. Et moi, à cause de notre second papa ,

qui nous traite comme si nous étions ses véritab les

enfants.

Page 1