‹ L'ami des enfants et des adolescentsChapitre 150 sur 153 · DE BELLECOMBE. C'cst bien, ccla t''occupera du moins · texte numérisé non relu

DE BELLECOMBE. C'cst bien, ccla t''occupera du moins

LA PIPE. Comment, c^est bien ? quel plaisir d"'assommer ce drôle de ma béquille !

M. DE BELLEcoMBE. Je me flattc que ce nY^st pas là ce bon travail dont tu me parlais, que d*'assoramer les gens ?

LA PIPE. Ce serait toujours cent fois mieux. X^raiment, il ferait beau voir la Pipe tricoter comme une femme ! Je me contenterai d'envoyer les aiguilles à tous les diables. Mais cela me lit naître une pensée : Tu peux donc travailler? J'allai cliez un fourbisseur ; je m''ofîris à lui pour dérouiller les vieilles lames et les remettre à neuf. J'aurai la douceur de manier encore des sabres et des épées. Et puis cela me vaudra dix sous par jour : mon capitaine, faites-moi Thonneur de les recevoir.

M. DE BELLECOMBE. Nou, noH, mou ami ! gardeles pour toi. Un coup de vin est dé temps en temps nécessaire à ton âi^e.

LA PIPE. Du vin ? Ob ! je ne m'y jouerai plus. J6 nous connais trop bien l'un et l'autre. Si j'en buvais aujourd'bui seuleinent une goutte, demain j'en voudrais boire untouneau.

M. DE BELLE<x)iMBE. Tu pcux avoir d'autrcs besoins 5 moi, je n'en ai aucun.

LA PIPE. Oui , lorsque vous manquez de tout ! lorsque vous ne vive/ que de pain et d'eau avec votre familie ! C'est aussi trop fier, mon capitaine ! \^ous me refusez parce que je ne suis pas votre camarade. 0 maudite jambe, maudite jambe I qui m'a empêcbé d'être un Clievert !

M. DE BELLECOMBE. Tu 1116 coiinais mal, mon enfant. Si je recevais rien de personne au mon Je , ce ne serait que du roi ou de toi.

LA PIPE. Comment ! tous les deux sur la même ligne ?

M. DE BELLECOMBE. Mon Toi n'est que mon maître ; je vois comme un dieu dans un ami , et tu es le seul que j''aie sur la terre.

LA PIPE se jetant dans ses bras. Hé bien, mon ami capitaine, prenez donc mes dix sous.

M. DE BELLECOMBE. Je t''ai dit quc je n'en avais pas besoin, je ne l''ai pas trompé. Mais, écoule, il peut venir un temps où une plus forte somme me serait nécessaire. Fais quelques épargnes, pour être en état de me Tolfrir.

LA PIPE. Oh! je vous comprends: c'est pour moi, plus que pour vous-même, que vous me parlez ainsi j mais n"*importe. Je pi'ends vos paroles à la lettre , et mon argent me deviendra sacré ; je n'y toucherai que pour mon tabac , et prendrai bien garde à ne pas me mettre en colère , de peur de casser ma pipe.

M. DE BELLECOMBE. Fort bicu, mou eufaut . Vasen fumer une enThonneur de notre amitié. Je vois venir madame de Bellecombe ; je voudrais m' entretenir quelques moments avec elle.

LA PIPE. Oui, mou capitaine; aussi bien j"'ai besoin de prendre un peu l'air. Vous m'avez ému comme la pensée d'une bataille.

Page 1