‹ L'ami des enfants et des adolescentsChapitre 66 sur 153 · JULES , AUGUSTE · texte numérisé non relu

JULES , AUGUSTE

AUGUSTE. Que vas-tu donc faire chez Albert? JULES. Il faut que je lui parle. Tu le connais aussi, toi ?

AUGUSTE. Seulement pour l'avoir trouvé quelquefois chez nos amis. Vous n'étiez pas alors trop liés ensemble.

JULES. Je le vois plus souvent depuis que mon père a loué un appartement dans cette maison. Nous avons causé le soir dans le jardin. Il est même venu le premier me trouver dans ma chambre, où nous nous sommes amusés à quelques petits jeux.

AUGUSTE. Tu n'as plus que des jeux en tète , à ce qu'il me paraît. Je te vois toujours faufilé avec des jeunes gens, tels que Raoul et Victor, dont je n'attends rien de bon.

JULES. Tu ne les connais que trop bien! Plût à Dieu que''ie ne les eusse jamais connus !

AUGUSTE. Que me dis-tu , mon ami ? Mais il est encore temps de rompre société. C'est de toi seul qu'il dépend de fuir ou de rechercher leur entretien.

JULES. Ah! ce n'est plus en mon pouvoir. Me trahirais-tu, si je te confiais mon embarras?

AUGUSTE, Nous sommcs amis depuis Tenfance , et tu crains de m'ouvrir ton cœur.

JULES. 0 mon cher Auguste, ils m'ont rendu bien malheureux I Ils m'ont engagé à des choses qui vont

me perdre , si mon papa vient à les découvrir. Je

n'ai plus un moment de repos.

AUGUSTE. Tu m'^épouvantes, au moins. Qu'estce donc, mon ami?

JULES. Je me suis laissé entraîner hier chez Ca— raffa, ce jeune Italien qui voyage. Il y avait à déjeuner du vin de Champagne et des liqueurs. J''en ai bu pour la première fois ; on m"'a fait jouer, et ils m''ont gagné tout mon argent.

AUGUSTE. Te voilà bien puni d'aller boire et jouer comme un libertin. Mais que cette aventure te serve de leçon. Ne joue plus, et ta perte sera un gain pour toi.

JULES. Oh, ce n'est pas tout! Ecoute-moi seulement, et ne me chasse pas de ton cœur. Comme je n'avais plus d'argent, et que je croyais toujours prendre ma revanche en continuant de jouer, ils m'ont gagné ma montre , la garniture de boutojis d'argent de mon habit , mes boucles , mes boulons de manche, et tout ce que je pouvais a^ir sur moi de quelque valeur. Je dois encore un louis à l'Italien. Si je ne le paie pas aujourd'hui, il doit venir demain trouver mon papa ; et tu connais sa sévérité ?

AUGUSTE. Je ne vois qu'un parti à prendre ; c'est do lui avouer ta faute, et de te soumettre à sa punition. Je suis sûr qu'il te ferait grâce, en voyant ton repentir.

JULES. Jamais , jamais. Tu ne sais pas ce que j'aurais à craindre de sa première fureur.

AUGUSTE. Mais que veux-tu donc faire?

JULES, Je n^ose te le dire.

AUGUSTE. Voyons toujours.

JULES. JVii découvert ma peine à Raoul et à Victor. Je leur ai dit tous les malheurs qui ne manqueraient pas de m'arriver, si mon papa savait ma perte ; et nous avons fait un complot pour me tirer dVmbarras.

AUGUSTE. Cela doit être bien imaginé.

JULES. Ce n'est pas certainement ce quMl y aurait de mieux à faire. Mais que veux-tu ? Je leur ai déjà fait lier connaissance avec le jeune Albert. Il a de Fargent , lui ; je lui ai vu une bourse toute pleine d'écus.

AUGUSTE. Eh bien ! est-ce que vous prétendez le voler ?

JULES. Dieu m'en préserve ! Ils veulent seulement lui faire ce quMls m'ont fait ; ensuite ils partageront avec moi le profit, pour que je puisse payer ce que je dois.

AUGUSTE. Comment î pour sortir d'un mauvais pas où tu es tombé par ta faute, tu leur donnes de sang-froid ton ami à dépouiller? Et d'où savez— vous , vous autres , que vous serez les plus heureux? Ne t'exposes-tu pas à perdre encore davantage?

JULES. Oh que non ! J'ai vu qu'il jouait sans malice.

AUGUSTE. Est-ce que lu joues en aigrefin, toi?

JULES. Que veux-tu dire? Je joue en garçon d'honneur.

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AUGUSTE. Voilà pourquoi tu as perdu. Et si ^ comme je Tespère, tu joues toujours de même, estu sûr de gagner?

JULES. Je ne sais comment cela doit arriver; mais Raoul m''a bien assuré qu'ils avaient de petites adresses particulières , et que ceux qui ne les entendent pas })erdent toujours avec eux.

AUGUSTE. Des adresses ? Il n**)' a qu'un mot pour nommer cela ; ce sont des escroqueries. Et toi, Jules, tu voudrais t''en servir ou en profiter? Tu sais que je ne sois pas riche ; mais, quand je devrais le devenir comme Crésus , je rougirais d'acquérir ma fortune à ce prix , et je voudrais, pour tout au monde, ignorer encore ton dessein.

JULES. Mon cher Auguste, prends pitié de moi ! jeté promets —

AUGUSTE. Qu'oscs-tu mc promettre pour t''airfer à trâmper?

JULES. Non , je veux dire que si j'ai le bonheur de gagner de quoi satisfaire ce maudit CaralTa , je romps sur le champ tout commerce avec les joueurs, et que je ne touche plus une carte de ma vie. S'il m'arrive de manquer à cette promesse, tu peux aller trouver mon papa, et lui dire tout, tout. {^Auguste branle la tète.) Et puis ce n'est pas moi qui peux lroim^)er ; je ne suis pas adroit. C'est Caraffa qui prend la chose sur lui. Je me laisserai seulement donner des cartes, ils m'ont promis de ne rien prendre de moi- si je perds , et que je ne serai de moitié que dans le profit.

AUGUSTE. Eh bien! je veux être témoin de laparlie.

JULES. Je ne demande pas mieux. Je cours inviter Albert pour cet après-midi. Son père est h la campagne , et ne doit revenir que dans quelques jours.

AUGUSTE. A merveille. Mais je te préviens que si tu te permets quelque tromperie —

JULES. Eh ,'mon Dieu , non ! Ne me tourmente pas davantage, ne suis-je pas assez malheureux? Je voudrais ne t''avoir pas dit mon secret.

AUGUSTE. Je voudrais aussi que tu Tousses gardé, je n''aurais à répondre de rien.

JULES. Et à qui aurais-tu à répondre?

AUGUSTE. A ma conscience. Je vois qu'Hun honnête jeune homme va être trompé.

JULES. Mais ce n''est pas moi qui trompe , ni toi non plus.

AUGUSTE. Garderais-tu le silence, si tu voyais un filou escamoter une bourse, même à un étranger?

JULES. Bon ! Albert en sera quitte pour quelques écus. C'est peut-être un bonheur pour lui. Cette leçon le dégoûtera du jeu.

AUGUSTE. Oui, comme tu tVu dégoûtes toi-même. On joue encore pour regagner ce que Ton a perdu, et Ton emploie des moyens infâmes.

JULES. Doucement! j'entends quelqu'un à la porte.

AUGUSTE. Cest le jeune Albert lui-même.

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