‹ L'ami des enfants et des adolescentsChapitre 69 sur 153 · SCENE Vil · texte numérisé non relu

SCENE Vil

EÉZ.ÈNZ , ALBC&T.

ALBERT. Les amis de mon papa prennent bien leur temps pour venir le complimenter sur son ar— ifivée.Ilne m'a pas été possible de l'aborder.

HÉLÈNE. Il me semble que ses plaisirs doivent aller devant les tiens. Tu as doaic quelque chose de bien important à lui dire?

ALBERT. Très important pour moi, puisqu'il s'agit d'aller me divertir chez mes amis.

HÉLÈNE. Chez M. Jules, sans doute?

ALBERT. Oui, chez lui-même.

HÉLÈNE. J'en étais sûre. Je t'ai cependant fait entendre combien celte société me déplaisait.

ALBERT. Il est vraiment fort à plaindre de ne pas être dansâtes bonnes grâces. Comment faut-il .-donc, être fait pour avoir cet honneur?

HÉLÈNE. Mais,, comme toi, m.on frère.

252 l'ami des KNFANTS.

ALBERT. Tu penses te moquer?

HÉLÈNE. Je parle sérieusement , je t"'assure. ïu es un fort aimable et fort brave garçon.

ALBERT. Que prétends-tu dire par là ?

HÉLÈNE. Je crois parler assez clair : faut-il expliquer les mots les plus simples à qutlqu''un aussi bien instruit? Je veux dire, un jeune homme bien né, sensible , honnête et très poli envers tout le monde, excepté envers sa sœur.

ALBERT. Parce que sa sœur est une petite moqueuse, qu^elle fait quelquefois endèvcr son frère, et qu^eîle se croit plus raisonnable et plus avisée que lui.

HÉLÈNE. Vraiment j"'avais oublié ia modestie , dans son élose.

ALBERT. Mais que veut dire tout ce babil ? Je te demande pourquoi tu viens me faire des plaisanteries au sujet de M. Jules? Le connais-tu assez pour en parler?

HÉLÈNE. Je cherche à le connaître par ses actions.

ALBERT. Est-ce qu'ail t"'appelle pour en être témoin?

HÉLÈNE. Je puis en juger par les personnes qu''il fréquente, et par leurs liaisons.

ALBERT. Ah ! j''entcnds ; il te déplaît parce que je le fréquente et que je suis de sa société.

HÉLÈNE. Voilà un |)etit trait dMmmeur, mon frère. Il me semble qu'il a des liaisons plus anciennes et plus étroites que la tienne. Et voilà les

personnes que j\^i entendu nommer plus d'une fols des vauriens.

ALBERT. Des vauriens?

HELENE. Oui, qui jouent ensemble pour se gagner vilainement leur argent, et le manger plus vilainement encore.

ALBERT. Voyez la belle merveille, qu'ils s\imusent à jouer, lorsqu*'ils sont réunis ! Nous jouons bien aussi, nous autres, à gagner ou à perdre, et nous dépensons notre argent comme il nous plaît. Et puis, n'ai-je pas été de leurs parties? Tai vu ce qu'ils jouent, et je les ai même gagnés quelquefois.

HÉLÈNE. Oui, tu leur as gagné leur monnaie, et ils te gagneront tes écus.

ALBERT. Que t'importe ? C'est moi qui les perdrai , non pas toi. Mais voilà bien ma sœur ! Elle serait désolée de ne pas troubler mes plaisirs, quand je ferais tout au monde pour la rendre heureuse.

HELENE , lui prenant la main. Non , mon frère! tes plaisirs sont les miens; mais je ne me consolerais jaçpais, s'ils te faisaient perdre tes bonnes qualités Ôt ton repos , et à moi la douceur de t'aimer.

ALBERT. Oui, je sais que tu m'aimes. Je t'aime bien aussi ; mais tu m'affliges de croire que je ne suis pas en état de me conduire.

HÉLÈNE. Tu ne serais pas le premier qui aurait

eu cette confiance, et qui cependant Mais voici

mon papa.

SCEl^E VIII.

Page 1