‹ L'ami des enfants et des adolescentsChapitre 72 sur 153 · SCENE XII · texte numérisé non relu

SCENE XII

JULES , RAOUl , VICTOB , CARAFFA.

VICTOR. Je suis fâché que nous fassions ici notre partie.

RAOUL. Bon ! n'avez-vous pas entendu que son père n'y est pas ?

CARAFFA. Vous n'auriez pas dû accepter l'invitation, M. Jules.

JULES. Ici , ou chez moi , cela ne fait pas une grande (liff"ércnce.

RAOUL. Et puis, lorsque Albert aura perdu, nous emporterons son butin , et nous irons jouer où nous voudrons.

VICTOR. Peut-être viderons-nous aussi la bourse de la petite demoiselle.

CARAFFA. G^est bien là mon compte : mais soyez prudents. Nous mettrons d^abord les fiches à deux sous; et lorsque le jeu commencera à s^échauffer , nous les porterons à quatre.

JULES. Voussavezbien ce que vous m'avez promis?

CARAFFA. Soyez tranquille. Nous sommes d^ionnêtes gens. Notre perte , entre nous , consistera en fiches, dont nous ne paierons pas la valeur les uns aux autres. Je vais arranger les cartes de manière que nous perdions quelque chose dans les premiers tours pour les allécher.

JULES. Mais vous m'avez mis à sec l'autre jour. Je n'ai plus que six sous dans ma bourse. Comment fournir mon enjeu ?

CARAFFA. Vous ne devez rien jusqu'au compte ; et alors nous aurons assez de profit , si nous savons nous entendre.

VICTOR. Je voudrais bien que l'ami d'Albert se hâtât de venir. Ce serait un oison de plus que nous aurions à plumer.

RAOUL. Oui , je ne vois rien de si dupe que ces jeunes gens si instruits.

CARAFFA. Je pense que nous ferions bien de commencer , pour qu'ils nous trouvent au jeu. (// tire des cartes de sa poche.) Allons, je vais les

arranger pour vous faire perdre. {^11 yarcourt les cartes et les dispose.) Tenez, vous allez voir. (// donne , nne à une , deux cartes à Jules , Victor et Raoul. A Suies. ) Etes-vous content ?

JULES. Non : je demande une carte.

CARAFFA. La voici.

JULES, regardant la carte. Je crève.

CARAFFA, « Victor. Et VOUS ?

VICTOR. Une carte encore, mais bien petite.

CARAFFA. Je vous la choisis , tenez.

VICTOR, regardant , la carte. Oui, pas mal. Je crève.

CARAFFA , à Raoul. A votre tour de crever. Une carte , n'est-ce pas?

RAOUL. Non : je m'y tiens.

CARAFFA. Je m'y tiens aussi. Combien avez-vous?

RAOUL. Seize.

CARAFFA. Et moi vingt. J'ai gagné. Il ne tenait qu'à moi de perdre , en faisant le contraire de ce que j'ai fait ; et je veux le pratiquer aux deux premiers toure, pour affriander nos élourneaux. Je tiendrai la banque le premier.

JULES. Mais comment cela peut-il arriver ?

CARAFFA. Vous m'avcz assez payé votre école, pour que je vous montre mon secret : je n'ai rien de caché pour mes amis ,1 quand je tiens leur argent. Vous regagnerez avec d'autres ce que vous avez perdu avec moi, et partant quittes.

JULES. Ah ! voyons , voyons.

CARAFFA. Je cherche , en mêlant , à rassembler

par dessous, les dix et les figures , et par dessus les cartes basses de deux, trois, quatre, cinq.

Je vous en donne avec subtilité une d*'en haut et une d''en bas. Vous avez quinze ou seize. Vous eu demanderez certainement une troisième , pour approcher de vingt et un. Eh bien, je vous en dpnne alors une forte de dessous, qui vous fait crever infailliblement. ■^

JULES. Mais, pour séparer, en mêlant, les grosses des petites, vous les reconnaissez donc par derrière?

CARAFFA. Voilà mou secret, et je vous l'apprendrai quand vous m'aurez payé lu louis que vous me devez encore. La leçon est à grand marché. Demandez à ces messieurs qui profitent si bien de mes instructions. Mais je vois la petite demoiselle qui revient. Remettons-nous à notre partie, sans qu il y paraisse.

Page 1