‹ L'ami des enfants et des adolescentsChapitre 84 sur 153 · A TERREUR, FLUET · texte numérisé non relu

A TERREUR, FLUET

LA TERREUR. \ oycz-vous ? Si VOUS aviez failles choses de bonne grâce , il ne vous en aurait coûté que la moitié. Voilà ce que Ton gagne à marchander avec le pauvre ; tandis qu''à moitié prix , on aurait pu encore avoir par dessus le marché la bénédiction du Seigneur. [Il prend les armes de Fluet., et soocupe à les nettoyer.)

FLUET. Mais je n**ai pas mon argent pour les autres, mon papa entend que je le ménage.

LA TERREUR. Il VOUS a douc défendu de donner quelques secours aux malheureux ?

FLUET. Rien pour rien , m^a-t-il dit en partant.^ Ne paie que ce que Ton fera pour ton service, et tâche d''avoir toujours du bon marché.

LA TERREUR. Vous lui obéisscz à merveille, à ce quMl paraît. Pour moi, je n*'aurais pu trouver de goût à rien aujourd'hui , si j'avais vu ces pauvres gens endurer la faim.

FLUET. On voit bien que vous n'avez jamais été riche. Il faut aller dans les grandes maisons pour voir comment on doit se comporter envers les pauvres. Quand vous verrez faire l'aumône , regardez si ce ne sont pas des gens du peuple , plutôt que des seigneurs. Il nous conviendrait bien de nous arrêter devant de la canaille couverte de haillons ! Si elle devenait un jour à son aise , qui trouverait-on pour nous servir?

LA TERREUR. Est-cc quo c'cst mou dcvoir de nettoyer vos armes ?

FLUET. Puisque je vous paie. Si vous ne le faites pas, j'en trouverai mille à votre place.

LA TERREUR. Cela n'cst pas sûr. Pensez-vous qu'un brave soldat veuille être, pour quelques sous, le valet de gens de votre espèce ? Nous avons de l'honneur dans l'ame, et nous savons nous contenter, au besoin, du pain de munition. Avec cela, on se moque des riches et de leur argent. Si j'avais encore

le vôtre , vous verriez. Mais patience , je parlerai à

mes camarades , et je vous attends à la première garde .

FLUET. Oh ! je ne la monterai pas longtemps.

Mon papa va bientôt m''acheter une enseigne.

LA TERREUR. Ce uc scra pas au moins dans notre régiment. Nous avons un brave colonel, qui ne prend ses officiers que parmi les vrais soldats, et non parmi des femmelettes comme vous.

FLUET. Eh bien, j''irai dans un autre.

LA TERREUR. A la bounc heure. Mais, croyezmoi, retournez plutôt auprès de votre maman; ou si vous pouvez tout acheter, faites une bonne emplette de courage. C'est la chose la plus nécessaire dans notre métier.

FLUET. Moi , je n''ai pas de courage? Pai appris un an à faire des armes....

LA TERREUR, hranlcmt la tête. Contre les lièvres peut-être, mais non contre Tennemi. Il faut là une bonne conscience, que vous n'avez pas, puisque vous traitez les pauvres comme des chiens. Vous ne ferez pas mieux que tous ceux de votre trempe, qui viennent passer un an au service, et puis se retirent dans leursterres,pourraconterleursprouesses , quoiqu'ils se soient toujours tenus cachés derrière le bagage. SCENE V.

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