‹ L'ami des enfants et des adolescentsChapitre 98 sur 153 · THOMAS, GEORGE · texte numérisé non relu

THOMAS, GEORGE

GEORGE. 0 Dieu, n'aurais-je fait qu'enfoncer

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mes parents plus avant dans la peiue! Si je pouvais,

au prix de mon sang , les secourir!

THOMAS. Cesl de Pargent qu il leur faudrait ; et tu n'en as pas à leur donner, ni moi non plus. Il ne tenait cependant qu'oïl eux d''en avoir la semaine dernière ; mais ils n''en ont pas voulu, et ils ont bien fait. C'est une chose affreuse de tremper ses mains dans le sans; de son semblable !

GEORGE. Et comment donc, mon oncle?

TH03IAS. Us trouvèrent un déserteur couché sur le ventre dans un fossé. Ils firent semblant de ne pas le voir. Ils auraient pourtant gagné vingt écus à Taller dénoncer au bailli.

GEORGE. Que dites-vous?

THOMAS. Le forgeron du village ne fut pas si scrupuleux , et il gagna la récompense.

GEORGE, avec un mouvement de joie. 0 mon oncle! je puis sauver mon père, mais il me faut votre secours. Puis-je compter sur vous ?

THOMAS. En tout , mon ami. Que faut-il faire ?

GEORGE. Agir, et garder un secret. Me le promettez-vous ?

THOMAS. Cela nV'st pas difficile.

GEORGE. Mais savez-vous tenir votre parole?

THOMAS. Comme tu me parles !

GEORGE. Quelque chose qui puisse en arriver !

THOMAS. Pourvu qu''iln'y ait pas de mal, sVntend.

GEORGE. Personne n'aura à s'en plaindre.

THOMAS. Eh bien , tu ii'as qu'à parler.

GEORGE. Ecoutez-moi donc... Mais si vous alliez me trahir î

THOMAS. Il faut que ce soit une chose bien extraordinaire.

GEORGE. Cela peut être ; mais il n'y a pas de mal pour vous.

TH031AS. Qu''est-ce donc enfin?

GEORGE. Je déserte ce soir; vous irez me déclarer ; il vous en reviendra vingt écus , et je paie la dette de mon père.

THOMAS. Et il n''yapasde mal, me disais-tu! Fou que tu es ! J''irai te conduire au gibet, moi ton oncle.

GEORGE. Que parlez-vous de gibet ? Un soldat n''est jamais puni de mort la première fois qu'il déserte , à moins qu'ail n'ait quitté son poste , ou fait un complot.

THOMAS. Oui ; mais il passe par les verges, jusqu'^à rester sur la place.

GEORGE. Je n'ai pas à le craindre. Je suis aimé dans le régiment ; mes camarades sauront me ménager.

THoaiAS. Non, mon ami , cela ne peut pas être. Ne tromperions-nous pas le roi?

GEORGE , en pleurant. Le roi! Ah! il ne saurait m^en vouloir. S'il connaissait ma situation, il viendrait me porter l'argent lui-même.

THOMAS. Mais si ton père le savait !

GEORGE. D'où le saurait-il, si nous gardons notre secret à nous deux? Je ne mourrai pas pour cela. 'J'ai si souvent hasardé ma vie pour le roi, je puis bien la hasarder pour mon père qui me l'a donnée. Songez qu'il est votre frère, et que nous le sauvons de la mendicité , peut-être de la mort.

THOMAS. C'est le diable qui m'a retenu ici ; je ne sais quel parti prendre.

GEORGE. Vous m'avez donné votre parole, voulez-vous la fausser? Je déserterai toujours dans mon désespoir , et mon père n'y gagnera rien. Ne me refusez pas, ou vous n'avez jamais aimé votre famille.

THOMAS. Tu me tiens le couteau sur la gorge , comme un assassin. (// 7'este en suspens. )

GEORGE. Décidez-vous tout de suite , le temps presse.

THOMAS. Mais si tu me trompais, si tu allais mourir!

GEORGE. Il n'y a pas à le craindre. Je sais souffrir. A chaque coup , je penserai à mon père , et je supporterai la douleur.

THOMAS. Et bien , je fais ce que tu veux. Mais sMl en arrive autrement —

GEOR E. Que voulez-vous qu'il en arrive? Embrassons-nous, et gardez-moi le secret. On fera l'appel ce soir à six lieures ; si je ne m'y trouve pas, je serai tenu pour déserteur. Vous me conduirez alors au colonel , et vous direz que vous m'avez surpris fuyant dans la forêt.

THOMAS. C'est la première tromperie que j'aurai faite de ma vie.

GEORGE. Ne vous la reprochez pas, mon oncle ; elle nous vaudra à tous deux des bénédictions. Embrassons-nous encore , et allons rejoindre mon père. Mais , je vous en conjure , ne laissez rien

remarquer. SMl peut y avoir quelque mal, Dieu me le pardonnera sans doute. Que ne doit pas supporter un bon fils pour sauver ses parents? {Ils sortent. y

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