‹ L'ami des loisChapitre 17 sur 63 · ACTE 11, SCENE · texte numérisé non relu

ACTE 11, SCENE

DUBRISSAGE.

Après? l'on prend toujours l'esprit de son métier: Eh bien ! un journaliste a l'esprit journalier : Quand tout change, que rien n'est arrêté, n'est stable, Voulez-vous donc qu'il soit immobile, immuable? Que , dans ce grand conflit de tant d'opinions , Il n'en ait qu'une seule, et soit sans passions? De peur de se tromper , il les épouse toutes ; Vous n'avez qu'un chemin, il a toutes les routes; Il prend Tune , il prend l'autre , et ne se trompe pas ; Car toujours l'intérêt a dirigé ses pas.

FILTEAU.

Qu'avec moi , sans détour , votre bouche s'explique : Que pensez-vous du plan de notre république? Notre France coupée en vingt ou trente parts, Trente petits états , sans bornes , sans remparts , Ayant chacun ses lois , ses mœurs , son chef unique , Tout cela me paraît un rêve politique Qui pourrait être court.

Il faut donc se hâter, Tandis qu'il durera, mon cher, d'en profiter. Je pense comme vous , et je doute qu'il dure. Une réflexion cependant me rassure :

En tenant ces états , fut-ce précairement , Du moins, cher vice-roi, pour dédommagement, Il nous en restera quelques débris utiles, Quelques riches hameaux, quelques petites villes; Enfin, chez l'étranger, quelque bon placement. Par nous, en temps prospère, assuré sagement. Envisageons le port, même avant la tourmente; Et n'attendons jamais que le sort se démente; Roseaux souples, tournons au premier coup de vent;

Ce sort veut nous trahir? nous, prenons le devant. Trompons cette fortune ingrate qu'on maîtrise, Et qui nous obéit, alors qu'on la méprise; Ne pouvant l'arrêter , aidons le mouvement ; Et, de loin, ménageons un raccommodement. Que j'en sais qui, suivant les routes fructueuses. N'ont jamais fait, mon cher, que des chutes heureuses!.. . Vous riez!...

I FILTEAU.

Oui, vraiment.

Et de quoi riez-vous?

FILTEAU.

Lorsque nous discourons, je crois revoir en nous Ces deux prêtres romains , dont parle la satire , Qui ne pouvaient jamais se regarder sans rire.

DUBRISSAGE.

Nous pouvons rire aussi , car nous aurons de quoi. Mais parlons d'autre chose un peu; ça, dites-moi, La petite Versac vous a, je crois, su plaire?

FILTEAU.

Selon... Et vous?

DUBRISSAGE.

Ces nœuds faisaient bien mon affaire ; Mais lorsque je verrai le Poitou sous mes lois^ Pourrai-je bien descendre à ces liens bourgeois?

FILTEAU.

Et moi donc, gouverneur du Haut et du Bas-Maine, Ne puis-je pas serrer une plus noble chaîne ?

DUBRISSAGE.

Oui , mais , mon cher Filteau , croyez-en mes avis : Tenons toujours le dez, pour l'oter à Forlis. Cette enfant-là d'ailleurs est unique héritière ;

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