SCÈNE III
DUBRISSAGE, FILTEAU, FORLIS, VERSAC, Madame VERSAC, PLAUDE.
MADAME VERSAC
Eh! comment donc? voici monsieur Plaude! VERSAC, bas a Forlis,
En personne , C'est l'inquisition.
L'ingrat nous abandonne.
PLAUDE.
Le service public...
MADAME VERSAC
Vous excuse.
PLAUDE, lui remettant une brochure.
Voici Ma dissertation nouvelle.... Celle-ci J'ose croire, madame, aura quelque influence; Et doit, en moins d'un mois, régénérer la France.
FORLIS.
En moins d'un mois!
VERSAC
C'est fort!
^ PLAUDE.
Oui, messieurs; en deux mots, Voici comment : j'arrive à la source des maux. Il n'en est qu'une.
FORLIS.
Qu'une?
PLAUDE.
Importante et très-claire :
C'est la propriété.
FORLIS.
Je ne m'en doutais guère.
PLAUDE.
De la propriété découlent, à longs flots-, Les abus , les excès , presque tous les fléaux. Sans la propriété, point de voleurs; sans elle. Point de supplices donc, la suite est naturelle. Point d'avares, les biens ne pouvant s'acquérir; D'intrigants , les emplois n'étant plus à courir ; De libertins, la femme, et complaisante et bonne. Étant à tout le monde et n'étant à personne ; Point de joueurs, non plus; car, sous mes procédés, Tombent tous frabricants de cartes et de dés. Or, je dis : si le mal naît de ce qu'on possède. Donc , ne plus posséder en est le sûr remède. Murs, portes et verroux, nous brisons tout cela: On n'en a plus besoin, dès que l'on en vient là...
FORLIS.
Monsieur rend à l'état de signalés services : Il détruit les vertus , pour mieux tuer les vices.
VERSAC
Avec lui, nous voilà revenus, je le voi, A ces jours où la force était l'unique loi.
PLAUDE.
Suivez bien : je remonte aux deux sources premières Des maux des nations : les arts et les lumières. Je proscris ce savoir, et ces arts empestés : D'artistes , d'érudits , nous sommes infestés. De leurs livres, tout pleins des poisons de leurs âmes. Je ne fais qu'un bûcher, je livre tout aux flammes.