‹ L'ami des loisChapitre 26 sur 63 · ACTE III, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE III

FORLIS.

Grâce pour quelques-uns.

PLAUDE.

Ces livres superflus Vous font-ils en un an croître un épi de plus ? La nature , les champs , voilà notre grand livre ; Et celui-là sait tout qui sait nous faire vivre.

FORLIS.

La modération n'est pas votre défaut.

DUBRISSAGE.

Tant mieux. Le modéré n'est pas ce qu'il nous faut.

FORLIS.

Si ce mot, dont en vain l'on veut faire une injure,

Désigne en ce moment ces gens froids par nature ,

Que rien à leur sommeil ne saurait arracher,

A moins qu'un bon malheur ne les vienne chercher,

Et de qui l'existence équivoque et flétrie

D'un inutile poids fatigue la patrie ;

Je hais autant que vous ces cœurs faux et glacés

Qui , vivant dans ce monde , en semblent effacés.

Mais , si vous entendez par ce mot l'homme sage

Qui, d'esprit et de cœur, non moins que de langage,

Contre les intrigants défend la vérité,

En dût-il perdre un peu de popularité;

Qui sert, même en risquant encor de lui déplaire,

Le peuple pour le peuple et non pour le salaire ;

Patriote, et non pas de ceux-là dont la voix

Va crier liberté ! jusqu'au plus haut des toits ;

Mais de ceux qui, sans bruit, sans parti, sans systèmes.

Prêchent toujours la loi, qu'ils respectent eux-mêmes:

Si fuir les factions , c'est être modéré ,

J'accepte cette injure, et m'en trouve honoré.

4o L'AMI DES LOIS.

PL AUDE, bas a D abris sage.

Quel est donc ce monsieur?. .. Quelque noble sans doute,

DUBRISSAGE.

Moi, les gens sans parti sont ceux que je redoute.

FORLIS.

Oh! C'est par modestie et non de bonne foi Que les gens sans parti vous donnent de l'effroi : Et sans citer des noms que personne n'ignore , Convenez qu'il en est de plus à craindre encore»

DUBRISSAGE.

l'^Ioi , je n'en connais pas.

FORLIS.

Si j'étais indiscret!....

DUBRISSAGE.

Sont-ce ces mécontents armés contre un décret * ? Ces héros d'outre-Rhin, et leurs castes altières?....

FORLIS.

\ous les cherchez trop loin par delà nos frontières. Non, les miens s'aiment trop pour nous quitter ainsi. Ces prudents ennemis sont près de nous, ici. Ce sont tous ces jongleurs, dont l'adroite grimace, Qui leur a mérité quelques succès de place. Assemble à leurs tréteaux, sous leur trône poudreux, La troupe des oisifs chez nous toujours nombreux, La troupe des fripons, non moins nombreuse encore* Celle aussi de ces gens que rien ne déshonore, j

Parce qu'ils ont usé même le déshonneur, *

Se sauvant du mépris, en inspirant Thorreur. Ce sont ces ennemfs de tout frein légitime, 1

Qui , lorsqu'on les soumet , disent qu'on les opprime ; \ Censurent tout pouvoir, sont prompts à s'en blesser,

La loi (\\\\ supprime la noblfsse.

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