VI AVERTISSEMENT
Fauteur que le fut le jury des examinateurs de 1817; ou bien le sera-t-il davantage que le jury de 1820? Que vont décider messieurs les censeurs sur cette pièce monarchique et nationale que son auteur soumet de nouveau; mais, cette fois, publiquement, à leur examen? S'ils sont aujourd'hui les juges de l'auteur, le public un jour sera leur juge.
Avant de terminer, il faut donner quelques éclaircissements sur cette nouvelle édition.
L'auteur ayant voulu que sa comédie fut un fidèle tableau de mœurs, VAmi des Lois de 1822 n'est et ne doit être au fond que V Ami des Lois de 1793. On a voulu, et l'on voudrait peut-être encore y voir une pièce de circonstance : sans avoir l'impertinence d'établir des points de comparaison, l'auteur peut dire que lAini des lois est, comme Tartufe et toutes les comédies de mœurs et de caractères, une pièce de toutes les circonstances. Sous tous les gouvernements, en effet, il y aura des classes d'hommes frondeurs par habitude, mécontents par système; il y aura des esprits remuants, ennemis de l'ordre établi , des factieux enfin ; mais il y aura aussi de ces hommes à principes outrés, toujours en deçà de leur siècle , brouillons d'une autre espèce, qui poussent les gouvernements à
'< ils sollicitent particulièrement l'attention, les examinateurs •< ont 1 honneur de lui proposer d'autoriser la reprise de l'Ami des Lois, etc.
iVERlISSEMENT. vu
leur perte avec les meilleures intentions du monde. Voilà les exagérations dont le poète comique doit s'emparer; qu'il doit produire et personnifier sur la scène, afin que ceux qui s'y livrent s'en corrigent; afin que ceux qu'elles séduiraient s'en méfient et s'en garantissent. Or , c'est là particulièrement le but moral de VAmi des Lois.
Ce qui vient d'être dit est pour le fond de l'ouvrage.
Quant aux formes, on pourra remarquer que les augmentations que la pièce a reçues sont un développement d'effets de scène qui étaient inachevés , de situations plutôt indiquées que tracées et soutenues, de raisonnements écourtés qui manquaient de force et quelquefois de justesse. Ces additions sont un éclaircissement ou un complément de ce que la peinture des caractères et la marche de l'action offrait de vague, de heurté et d'incomplet dans une œuvre écrite avec toute la précipitation du jeune âge. On ne veut pas dire que l'exécution soit aujourd'hui sans reproche; mais elle offre du moins un mieux relatif, qui pourra satisfaire les personnes instruites des difficultés de l'art. Cette classe de juges , qui est l; plus éclairée , n'est pas la moins induli^ente.