AN
rences extérieures, quant aux appétits purement sensitifs, quant & V’espace et la durée. L’homme au contraire s’élance, par son ame intelligente, des choses sensibles aux choses immatérielles, du finia Vinfini, du corporel au spirituel, du périssable a ’immuable, du temps a l’éternité. I vit étroitement uni 4 des idées, & des désirs qui dépassent tout le monde qui l’entoure; la région ou il se complait davantage c’est celle des vérités et des biens nécessaires, impérissables. Si telle est la nature de notre Ame qu’elle vit de choses éternelles, comment serait-elle. faite pour mourir, ? Que Vanimal périsse avec le périssable dont il se nourrit, rien d’étonnant. Mais Ame humaine, si différente de ’&me animale, ne saurait avoir la méme destinée.
« On veut, dit fort justement a ce propos M, Auguste Nicolas, que ce qui se repait d’immortalite soit mortel? On veut que l’Ame, qui ne vivrait qu’un jour, qui ne ferait. que passer du néant au néeant, s’éprit damour, dans ce court passage, pour ce qui est éternel; que toutes ses puissances fussent employées a contre sa nature, et que Ja pensée humaine, tendue, absorbée dans. le sein de étre, y trouvat le néant, et s’éteignit dans les sources mémes de la vie ? Non, toute ma raison se révolte contre cette contradiction, et je m’écrie avec La Bruyére : « Je « ne concois pas qu’une 4me que Dieu a voulu « remplir de l’idée de son tre infini et deses véri- « tés éternelles, puisse étre anéantie 1. »
é) Sa fin derniere. — La fin premiére et derniére de Dieu dans la création, c’est sa gloire extrinséque, gloire qui jaillit dela manifestation de ses perfections infinies reproduites dans des étres sans nombre. Mais cette manifestation suppose qu il existe des étres intelligents, capables de connaitre ces perfections, de comprendre le but que Dieu s’est proposé, et de le’ glorifier. Seule, dans le monde visible, Ame humaine est douée d’intelligence, seule elle peut connaitre Dieu et l’aimer. Elle le sait ; elle sent que tel est son devoir permanent, car au fond de toutes ses pensées, de toutes sés tendances, de tous ses désirs, bon gré mal eré, elle trouve Dieu. Sa nature est ainsi faite, et sa nature nous révéle sa destinée, qui est évidemment de procurer la gloire externe du Créateur. Done notre Ame vivra tant que Dieu voudra sa propre gloire, c’est-a-dire toujours.
Concluons. L’essence méme de Pame humaine, et ce qui en découle comme de sa source, 4 savoir, son désir vif, profond, impérieux, toujours présent, @une existence perpétuelle et pleinement heureuse, sa vie intellectuelle dans un monde immuable et éternel, sa fin derniére qui se rattache par un lien nécessaire 4 sa constitution intime, tout en elle réclame Vimmortalité, tout proteste contre l’anéantissement. Et ce cri de sa nature, Dieu ne peut pas l’étouffer, parce quil ne peut pas se contredire.
Aug., Nicolas, Etudes philosophiques sur le Christianisme, re p., t, J, ch. 8,
| LAMI DU CLERGE De toute facon donc V’ame est immortelle :
s’assimiler ce qui. serait .
intringéquement, en vertu-méme de sa nature ; extrinséquement, puisque Dieu lui-méme Va eréée dans de telles conditions qu’il l’a garantie contre Vaction de sa puissance infinie, et s'est engagé a ne lui retirer jamais le concours dont nulle créature ne saurait se passer. Elle est immortelle en droit et en fait.
6. Maintenant, un mot de réponse directe aux difficultés contenues dans les questions posées.
Ad I. Est-il juste Vinvoquer la contingence de lame pour en conclure, avec notre correspondant, que « par sa nature méme elle est mortelle, comme tout étre contingent » ? — C’est vrai au sens abstrait, ontologique, et sil’on ne considere que la puissance absolue de Dieu. C’est faux au sens concret, selon ordre établi par la puissance ordinaire de Dieu, ainsi que nous l’ayons exposé. La contingence reste, c’est impossible autrement ; mais reste aussi linflux divin perpétuel réclamé par la nature de soi immortelle, et assure par Vauteur méme de la nature.
Mais alors, dira-t-on, « son immortalité ne vient pas de sa nature, mais de la seule volonté divine. » — Elle lui vient de la volonté divine nécessairement, puisque c’est de 1&4 que procedent toutes choses: elle lui vient aussi de sa nature créée incorruptible, ou, si l’on veut encore, de la volonté divine réalisée dans une nature impérissable.
En résulte-t-il que, « comme preuve rigowreuse, excluant tout doute, il wy en a gqwune seule (etablissant son immortalité) : la volonté de Dieu, que nous ne pouvons connaitre que par la Reévélation »? — La Révélation est pour nous le seul moyen de connaitre la volonté de Dieu, quand elle a pour objet des choses de ordre surnaturel; rien de plus vrai, ces choses formant un domaine totalement au-dessus dela portée de l’intelligence humaine. Mais si cette méme volonté a pour objet des choses qui appartiennent a l’ordre naturel, la raison peut la découvrir dans ces choses qui constituent le domaine propre de’son activité. L’im= mortalité est assurément de ce nombre. Or, en étudiant de prés ame humaine dans sa constitution intime, la raison constate que tout en elle exclut la possibilité de la dissolution ou de Vaneéantissement; et comme la nature des étres nest autre chose en définitive que l’expression concréte de la volonté divine a leur égard, il lui suffit de connaltre la premiére avec certitude pour étre également stire de la seconde;.et de méme qu’avec ses seules forces elle pénétre la nature elle-méme, de méme elle n’a pas besoin de la Révélation pour discerner quelle est a son sujet la volonté de Dieu qui l’a créée telle, de toutes pieces.
Ce nest done point au nom de la Révélation, mais au nom de la raison, que nous venons de présenter la démonstration métaphysique du dogme capital de Vimmortalité de Vame. La philosophie chrétienne traditionnelle, la scolas-
tique ne l’a puisée ni dans la Bible ni dans VEvangile. Elle l’a .déduite toute entiére des simples notions de l’essence ou de la nature de Lame, de ce quelle a de plus intrinséque et de plus intime. Telle qu’elle a su la fournir, elle simpose, tant elle apparait claire, solide, en harmonie parfaite avec le sens intime et la droite raison. Aussi, « a l’étudier attentivement, dit Melchior Cano (De locis theol., 1. xit, ¢. 4h). Ve: preuve intrinséque de ’immortalité de l’Ame s’ap- -puie sur des arguments si puissants, qu’elle force la conviction de toute intelligence bien dress¢e et sans parti-pris. » — « Sur cette question, ajoute un autre philosophe, Banés (P. 1, g. 75, a. 6), notre premiére conclusion, la voici : C’est une erreur de dire que Vimmortalité de lame humaine ne peut pas étre démontrée par la raison naturelle. »
Ad II. En fait, il est trés vrai que le désir du bonheur qui est en nous n’est pas satisfait ici-bas. Nous ajoutons : en droit il ne peut pas l’étre, cest impossible en raison. méme de la nature de ce désir. En effet ila pour objet; non pas une félicité quelzonque, mais la félicité absolue, laquelle ne se congoit pas sans la perpétuité; car la mesure de la volonté dans ses appétits n’est autre que la mesure de l’intelligence dans ses perceptions : celle-ci voit et montre le bon, le bien universel, cest au bon, au bien universel que celle-la se ' porte nécessairement. Or le bien universel, parfait, n’est pas de ce monde. Donc, que Vhomme péche ou non, son désir ne peut étre combié sur terre; innocent ou coupable, quelque bonheur quil y gotite, il n’est pas satisfait, il ne saurait Pétre, et malgré tout il aspire au bonheur souverain. Par je peche il est déchu de ses droits au bonheur de ce monde et de Jautre, il n’a plus droit qu’a la souffrance ; mais il n’est nullement atteint dans son désir naturel d’une félicité sans mélange qui ne finisse point; et supposé que Dieu dans sa bonté n’etit pas décidé de réhabiliter Vhomme, son désir, inassouvi 4 jamais, eft été son plus terrible chaitiment. Ainsi l’argument emprunté au désir inné du bonheur tire sa vraie force non pas de ce fait, inévitable en soi, que ce désir n’est pas rassasié ici-bas, mais de ce que par sa nature méme et son objet il emporte ’ame dans une région supérieure au monde visible et au temps, dans léternité.
§ 3. — Preuve extrinseque ou morale
La preuve métaphysique ou intrinséque se déduit de la nature méme du sujet; la preuve extrinséque se tire du dehors. La premicre est
directe, rigoureuse, apodictique; car la nature
dun étre est comme un principe qui, une fois posé, oblige 4 admettre toutes les conséquences qui en découlent logiquement. La seconde est indirecte ; sa valeur, si grande qu’elle apparaisse,
n’est pourtant pas absolue; seule, elle mexclurait —
pas tout doute, mais rapprochée de la premiére elle l’éclaire, elle en fait mieux saisir la force, en méme temps quelle y trouve pour elle un appui solide.
Telle la démonstration ab eatrinseco de Vimmortalité de ’A4me humaine. Elle se fonde avant tout sur ordre moral, et par la-méme sur l’ordre de la Providence divine dont l’ordre moral-est la partie principale. Vient ensuite la Tradition qui
confirme la thése toute entiére, en nous montrant
la croyance perpétuelle et. universelle a l’immortalité. Développons ces deux moyens de preuve.