ABA
R. — La question renferme un double aspect :
Vobservation des statuts diocésains, et obligation pour un curé d’instruire suffisamment les enfants qui lui sont confiés.
4o Qnand les statuts diocésains ont déterminé un temps de fréquentation des catéchismes en deca duquel il n’est pas permis d’admetire a la premiére communion, cela s’entend de Ja premiére communion solennelle et oblige les curés en consclence. :
Cette mesure est d’ailleurs tout 4 fait louable quand elle porte sur l'ensemble du diocése dune maniére uniforme, et peut produire des fruits salutaires en présence de l’indifférence compléte, ou a peu prés, des parents pour linstruction religieuse de leurs enfants.
20 Méme pour les premiéres communions faites en particulier, le curé ne doit s'y résoudre que si les enfants ont une dose suffisante d’instruction, et ont été soumis a une épreuve assez longue. De fait, si vous admettez celui ci ou celle-la aprés quelques séances de catéchisme, bientot la nécessité de suivre les cours du catéchisme ne sera plus comprise, et beaucoup de parents demanderont pour leurs enfants une premiére communion privée pour étre plus tot quittes. Les faits sont la pour démontrer la vérité de notre remarque.
D’ailleurs Vintérét de ’enfant lui-méme l’exige. Sil a montré une grande négligence a suivre les cours ordinaires du catéchisme alors que la premiére communion était en jeu, comment voulezvous que dans la suite il fasse des efforts pour continuer a s’instruire? Comment alors le laisser se lancer dans la vie avec le mince bagage théologique qui lui restera de quelques lecons mal comprises ? Aussi nous répétons a satiété a2 nos vénérés confréres : instruisons le plus possible et instruisons encore les enfants; c’est pénible parfois, mais il s’agit de leur salut.
Q. — Quelle est la législation ecclésiastique qui gouverne les nombreuses congrégations ot Yon ne fait pas de yoeux, v. g. Oratoriens, Sulpiciens, Eudistes, etc. ?
R. — Le P. Gautrelet a étudié ce point avec sa compétence ordinaire. Ne connaissant rien de plus précis, nous citons le passage :
Le titre de congrégations séculiéres donné a plusieurs Instituts modernes n’exclut pas de ces congrégations les trois vosux simples qui se font en religion. Cette expression, dans le langage du droit canon, signifie dabord que ces congrégations ne prétendent se soustraire en aucune sorte a la juridiction de lV Ordinaire. Leurs veux restent en quelque sorte des veux privés. Les supérieurs n’ont pas mission de les recevoir au nom de I’Higlise ni méme an nom de la congrégation. Les individus se lient, s’obligent vis-a-vis de Dieu, mais leurs engagements n’étant acceptés ni de l’Eglise ni de la Congrégation, ne leur imposent aucune obligation spéciale vis-a-vis la congrégation, ni par rapport 4 l’/Eglise. Les membres de ces congrégations non seulement ne sont pas compris sous le nom de religieux ou de réguliers, dans le sens recu ordinairement, et ne peuvent s’attribuer les priviléges accordés par le droit canon aux religieux ou réguliers qui ont
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fait les voeux solennels, 4 moins d’une concession particuliére et solennelle ; mais ils ne font méme point partie des congrégations religieuses proprement dites.
Parmi ces congrégations nous indiquerons d’abord celle des Prétres de Saint-Lazare, instituée par saint Vincent de Paul, et approuvée par Alexandre VII. On y fait des veux simples, auxquel on ajoute celui de stabilité. Cette congrégation, d@’aprés la pensée de son saint Fondateur, ne fait pas partie des ordres religieux, mais du clergé séculier. Celle del’ Oratoire, fondée en Italie, par saint Philippe de Néri, en France par le cardinal de Bérulle. La congrégation du Trés Saint-Rédempteur, dont le fondateur est saint Alphonse de Liguori et qui de nos jours a pris de grands déyeloppements. Celle de Saint-Sulpice, fondée par M. Ollier, de nouveau approuvée par Pie IX en 1863; dans cette derniére on ne fait pas de yooux.
Nous pourrions en indiquer plusieurs autres, mais hors @’état de les énumérer toutes, nous préférons nous borner 4 ce que nous venons de dire. Quel que soit leur nom, quelles que soient les obligations qu’elles imposent a leurs membres, l’Kglise en les approuvant les recommande a notre respect; et les services importants que ces congrégations rendent au peuple chrétien, la vie sainte qui distingue leurs membres, leur méritent l’amour, la reconnaissance et la yénération des fidéles*.
Le P. Piat de Mons, en termes plus courts, exprime la méme pensée, c’est-a-dire que sans voeux on n’a pas létat religieux :
An ad statum religiosum necessarium sit ut constlia evangelica sub voto promittantur ?
Resp. — Alii negant, quia Patres Congregationis de Oratorio, a S. Philippo Nerio institute, vere sunt religiosi, licet vota non emittant ; habent enim novyitiatum, professionem, regulas sequendas, ac tendunt ad divine charitatis perfectionem.
Alii vero communissime affirmant. Etenim ex natura sua status exigit stabilitatem et immobilitatem ; que in statu religionis aliunde haberi nequit nisi per votum. Id etiam constat ex usu et praxiah initio Ecclesix usque nune.
Non obstat prioris opinionis argumentum, nam ipsemet Gregorius XIII, illam erigens Congregationem, eam presbyterorum et Clericorum scecularium nuncupat *.
En conséquence la législation qui gouverne ces sociétés, c’est le droit commun mitigé par leurs statuts approuvés par le Saint-Siége.
AME DU CLERGE et les livres
1° Consultations
Q. — Quel est le véritable auteur de VImitation de Lamennais ?
R. — Cette question a souleyé, il y a quelques années, des discussions et donné lieu a des recherches qui n’ont pas encore abouti.
Pendant longtemps, Félicité de Lamennais a bénéficié de Vadmiration des lecteurs francais pour Vauteur de Imitation, 4 cause dela traduction célébre qui est, selon M. de Sacy, « le chef-
5 Tratté de l'état religieum, t. I, p. 466.
* Piat de Mons, Preelectiones juris regularis,t.I,p.4.
-LVAMI DU CLERGE
@oceuvre de Vécrivain aussi bien que le chef- @oeuvre du prétre. » : ;
Or, ce livre, qu’on n’a jamais cessé de réimprimer depuis 1824, qui est maintenant dans toutes les mains, est-il bien de Félicité de Lamennais ?
La chose a été contestée récemment. On a prétendu que les belles réflexions placées & la suite des chapitres ne sont pas de lui ; on est allé jusqu’a lui refuser la paternité de la traduction.
Qu’y a-t-il de fondé dans ces hypothéses ? Nous avons été amené a le rechercher en écrivant la vie de Vabbé Jean-Marie de Lamennais, frére de Feélicité 1.
Ce frére, qui fut un modeste, un saint occupé toute sa. vie d’ceuvres charitables, avait néan-
moins, sans jamais signer, collaboré aux premiers ouvrages de son frére.
Nous croyons que les premieres éditions de I’ Imitation mennaisienne sont en partie son ceuvre.
Nous n’avons point la prétention, disons-le tout de suite, d’établir ce point avec une rigueur mathematique. Ici, comme ailleurs, la modestie de notre héros nous a bien des fois embarrassé et dérouté.
Mais ’examen et le rapprochement des textes, joints a certaines déclarations de Féli, nous ont conduit a une probabilité telle, qu’elle équivaut, pour nous, a une certitude morale. Nous soumettons, d’ailleurs, nos raisons au jugement du lecteur. ‘ -
En 4820 paraissait a Paris une traduction de l’Imitation sous ce titre : L’Imitation de Jésus- Christ, traduction nouvelie, par E. Genoude, augmentée dune préface et de réflexions a la fin de chaque chapitre, par labbé F. de Lamennais.
M. de Genoude, gui signait encore de son nom de plébéien, avait connu l’abbé Féli a Saint- Sulpice, et depuis ils avaient travaiilé ensemble au Conservaieur. Convertis tardivement lun et VYautre, ils avaient eu, presque en méme temps, leur période d’exaltation mystique. “L’Imitation devint leur livre de chevet, et ils virent dans la diffusion du saint livre une ceuvre d’apostolat. Ces pages sorties, comme l’Evangile, du sein dela mort, selon Vexpression de Michelet, étaient faites pour toucher et consoler un homme tel que VYabbé Féli. Cet entretien tendre et sublime, ce dialogue d’amitié entre Jésus et son serviteur fidéle a lieu sur Jes ruines, sur le tombeau du genre humain 2.
Or, la sombre imagination de Féli ne révait que ruines et tombeaux. Les images qui viennent le plus souvent sous sa plume sont des images funébres. Obsédé par la vision @une société dont il n’apercevait que les miséres, il sentit le besoin de
1 Get article est extrait d’une Vie de Jean-Marie de Lamennais, qui paraitra prochainement sous la signature du R. P. Laveille, de VOratoire. On sait que le procés de béatification du serviteur de Dieu est comee Michelet, Histoire de France, t. V, p. 10, édition Hachette, 1841.
rafraichir son coeur a la source pure oti le pauyre moyen Age avait bu pour tromper ses douleurs. Il savoura l’Imitation, puis il voulut répandre autour de lui ce baume qu'il estimait souverain contre la souffrance humaine. Bien des fois on avait traduit en francais ’admirable livre. Aucune de ces traductions ne le satisfit, et sa premiére pensée fut de s’attaquer lui-méme au texte afin d’en rendre, s'il était possible, la simplicité et Vonction.
Crétait ’époque des controverses suscitées par le deuxieme volume de l’Fssai sur Vindifférence. Obligé de faire face 4 ceite levée de boucliers, Pabbé Féli chargea son ami Genoude du travail quwil avait réyé d’entreprendre. Celui-ci accepta, mais a la condition que la traduction paraitrait au moins sous le patronage de celui qu’on saluait alors comme le prétre le plus illustre de l’Hglise de France. De la les deux noms qui figurent sur le
titre du volume publié en 4820. A ne consulter que
ce titre, on croirait — et de fait on a cru longtemps — que préface et réflexions sont en entier de l’abbé Féli. Néanmoins, il suffit de lire attentivement le post-scriptum placé a la suite de la préface pour se convaincre qu’une main différente de celle de Genoude et de celle de Féli lui-méme a tenu la plume. Voici les premiéres henes de ce post-scriptum : « On a cru qwil serait utile de placer a la fin des chapitres de l’Imitation quelques réflexions qui en fussent comme le résumé. Elles tiendront lieu des pratiques du P. Gonnelieu. Ces pratiques qui furent écrites dans un siécle ou il y avait encore de la foi dans les cceurs et de la simplicité dans les esprits semblent devenues insuffisantes dans des temps malheureux ot le raisonnement a tout attaqué et tout corrompu. On s’est néanmoins efforcé Vatteindre, par des moyens différents, le méme but que s’était proposé ce pieux écrivain, en fixantl’attention surles principaux préceptes, ou sur les principaux conseils contenus dans chaque chapitre. Un homme de beaucoup de talent, et, ce qui vault mieux encore, @une piété trop rare aujourd@’hui, a bien voulu nous aider dans ce travail, que nous prions Dieu de bénir et de faire fructifier!. »
Cet «homme de beaucoup de talent et dune picté trop rare » qui a aidé Féli 4 composer les pratiques ou réflexions, qui est-il ? Serait-ce M. de Genoude ? Outre que ces qualificatifs ne paraissent pas lui convenir enticrement, quel motif aurait eu l’abbé Féli de taire son nom, surtout lorsqu’il Vindique en termes exprés comme le véritable auteur de la traduction * ?
On sait que le second fondateur de la Gazette de France ne porta jamais Vhumilité jusqu’a Vhéroisme. Ce n’est point lui, 4 coup str, qui efit accepté de parti-pris tanonymat en laissant a un autre-la gloire d’une de ses ceuvres.
4 Préface, page xvul. Hdition de 1820, Paris, a la librairie grecque, latine, allemande, rue de Seine, ne 12, 2 Préface de l’édition de 1820, p. XX.
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Cet anonyme, qui était-il donc? Ne serait-ce pas celui qui, tout en fournissant sa bonne part de travail, avait autrefois laissé l’abbé Iéli signer seul les Réflexions sur Vélat de VEglise et le Guide spirituel? Ne serait-ce pas Vhumble, le pieux abbé Jean ?
Le soupcon atteint presque la certitude pour quiconque compare les réflewions insérées dans Védition de 1820 aux autres écrits ascétiques du saint prétre. Méme simplicité, méme franchise @allure, méme absence de préoccupations littéraires, souvent méme fond didées et mémes tournures.
Mais si l’abbé Jean n’est pas étranger a la premiére édition de Imitation mennaisienne, quelle est sa part de collaboration ? Cette part est considérable, Féli nous l’apprendra lui-méme.
Son intimité avec M. de Genoude avait duré peu de temps; dés le mois de juillet 1820, ils étaient brouillés 1. Du reste, la traduction de 1820 ne Vavait jamais satisfait. Surchargée de périphrases, embarrassée de longueurs, assez terne en somme, elle ne rendait ni Ja piété nila douceur persuasive de Voriginal. A son avis, c’était un travail a refaire ; il le refit. En 1824, une nouvelle édition paraissait. Cette fois, le volume portait en titre : L’Imitation de Jésus-Christ, traduction nouvelle par M. Vabbé F. de Lamennais, avec des réflexions a la fin de chaque chapitre ?.
Le succés fut immense. Le sublime inconnu du xrve siecle avait enfin trouvé un traducteur de génie. Tous les recueils littéraires du temps rivalisérent d’éloges. Or, dans ce nouveau volume, a la suite de la merveilleuse traduction, l’abbé Feéli placait toujours les réflexions de l’édition de 1820 —preuve quil ne les jugeait pas indignes du texte, — et cette fois il avouait que la plupart n’étaient pas de lui. Reprenant, dans sa preface, la phrase que nous avons citée plus haut, il la modifiait ainsi : « Un homme de beaucoup de talent et, ce qui vaut mieux encore, Vune piété trop rare aujourd’hui, a bien voulu se charger de la plus grande partie de ce travail, que nous prions Dieu de bénir et de faire fructifier. »
Tl devait’ préciser plus exactement, quatre ans plus tard, la part de son mystérieux collaborateur. Hn 1828, il se trouvait 4 Gap, chez M. le marquis de Roussy, préfet des Hautes-Alpes. La maitresse de maison, Mme de Roussy, avait entendu dire que tout n’était pas de lui dans l’Jmitation qui portait son nom *. I] lui avoua que la plupart des réflexions étaient en effet l’couvre dune main a lui connue. Elle lui présenta alors son exemplaire, en le priant de marquer celles qui lui appartenaient en propre, ce qu'il fit immédiatement avec une parfaite bonne grace. Dans
‘ Voir notre Luamennais inconnu, p. 106.
2A Paris, ala librairie classique élémentaire, rue du Paon, n° 8, 1824.
+ Hille faisait allusion, évidemment, 4 une édition 4 elle connue de Imitation mennaisienne, & une édition qu’elle avait eu le loisir d’étudier, et non a Védition qui venait de paraitre (1828) dans laquelle tout élait de Féli.
tout ’ouvrage, Mme de Roussy n’en compta que dix-sept,1. = ;
Done, si nos conjectures sont fondées, labbé ‘ Jean serait auteur de toutes les Réflexions, sauf . dix-sept, qui ont accompagné Ja traduction de son frére dang toutes les éditions depuis 1824 jusqu’a 4828. En 1828, le malheureux Féli, ruiné par ses libraires, fut obligé de céder & ses créanciers la propriété de ses ouvrages. I] écrivait alors a un de ses amis, Benoist d’Azy+ «Je ne puis pas méme
‘Voiei quelles étaient ces dix-sept réflexions marquées | par Féli comme étant de lui :