‹ L' ami du Clerge ParoissialChapitre 13 sur 276 · I. — La derniére Causerie avait, des sa pre · texte numérisé non relu

I. — La derniére Causerie avait, des sa pre

miére ligne, débarqué mes bien-aimés lecteurs. en

Afrique, comptant les y ‘laisser. Mais l’Afrique nest plus 4l’Afrique. Vous posez le regard sur elle : et voila Angleterre qui vous tire l’cil de coté, et puis Allemagne, et puis tout le monde anglo-saxon, et toute la multiplicité des questions internationales et des entreprises de nos contemporains. En un instant, vous vous trouyez avoir fait le tour du monde.

‘Lehmkuhl, Theologia moralis, t. 1, n. 1207.

2 Cl. Mare, Institutiones morales, n. 1244.

8 Lehmkuhl, Ibid, t. 1, n. 141, 4°.

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en

Jamais le genre humain dans tout son ensemble n’a paru aussi complétement ramassé en un seul bloc; jamais la pénétration réciproque n’a été aussi universelle. Tout le monde se connait, se coudoie. La vue dun homme 'd’Etat doit s’ouvrir aujourd’hui sur des étendues insoupconnées d’un

Richelieu ou d’un' Metternich. Le télescope a rem-

placé les lunettes de nos grand’méres. La fraternité des hommes n’y a rien gagné jusqu’aujour- Vhui ; elle y gagnera. Quand la Providence prépare de ces rapprochements physiques ou économiques des peuples, c’est pour en faire le prélude dune diffusion nouvelle de lalumiére et de la charité du divin Rédempteur. Les chevauchées d’Alexandre et de César n’avaient rien d’évangélique ; Vun et autre pourtant ont été les avant-coureurs providentiels de l’Evangile. Et voila que ce n’est plus seulement sous le rayon visuel des diplomates que le genre humain se trouve concentreé ; cest le Pape qui, par un acte inoui dans l’histoire de l’Kglise, le prend entre ses bras et le consacre, dans son universalité, et non plus seulement dans sa partie fidele, au Sacré Coeur de Jésus.

II. — Voyons un peu le lot gui nous est échu en Afrique. Presque le tiers de l’Afrique est francais, ou du moins destiné 4 devenir francais. Notre empire, dans sa plus grande longueur, s’y étend d’un peu plus haut que lé 37e degré nord jusqu’au 5¢ degré sud, et, dans sa plus grande largeur, du 20¢ degré de longitude est de Paris au 20e degré ouest : soit 42 degrés du nord au sud, AQ degrés de Vorient a Voccident ; soit plus de 4,600 kilometres dans un sens, et prés de 4,000 dans l’autre. Sans doute, ce sont la les mesures extrémes, et il s’en faut que dans toutes ses parties notre domaine africain y atteigne ; mais, bien que ne formant pas une figure géométrique réguliére, il est du moins continu.

Comment sommes-nous arrivés 4 la possession d’un tel trésor? I] ne faut certes point en faire honneur a la sagesse de nos hommes d’Etat, a Vexécution d’un dessein premédité, muri et suivi. Un coup d’éventail donné par un souverain barbare 4 notre représentant, et le besoin de rendre un peu d’éclat 4 une monarchie défaillante, nous ont amenés a Alger. Quelques pillages de la part de tribus montagnardes et une dispute pour un chemin de fer de banlieue, et nous voila a Tunis. Un officier du génie entreprenant, Faidherbe, et toute l’école qu’il a formée a sa suite, ont fait. de nos petits et séculaires comptoirs cdétiers de VAfrique occidentale la téte de ligne d’une prodigieuse pénétration 4 Vintérieur, sans que le gouvernement de la métropole en fit quasi avisé, parfois malgré ses désirs, et quelquefois méme en dépit de ses instructions formelles. Plus au sud, VYardeur d’un officier de marine, le lieutenant de vaisseau de Brazza, explorateur excellent et humain, nous fit un beau matin cadeau d’une vaste partie du Congo.

Bref, c’est 4 toute une légion de cadets de Gas-

cogne, agissant sans ordres, cherchant a se surpasser les uns les autres dans une sorte de prodigieux jeu de sport patriotique et de prouesses d’exploration, que nous sommes redevables de ces immensités. Jamais pareille conception ne fat entrée, il ya trente ou cuatente ans, dans la cervelle dun homme d’Etat. I n’y a la d’ailleurs rien dexceptionnel ; c’est histoire normale de la colonisation. Tous les grands empires coloniaux, celui de Espagne, celui du Portugal, celui de l’Angleterre méme, ont été fondés non par l’action reéfléchie et systématique des gouvernements, mais par l’audace @’une ou deux générations d’aventuriers privés ou de soldats excédant, leurs ordres. Et c’est une nouvelle preuve, apres tant d’autres, que la Providence, quand elle veut réaliser quelque grande chose, dédaigne volontiers de se servir des gouvernements.

Ce serait maintenant la tache du gouvernement d@aider au moins 4 lorganisation, a Vunification de ce domaine. Car les divers morceaux s’en tiennent bien les uns aux autres, sur la carte ; mais de l’unité cartographique a Punité politique il y aloin. La soudure a été effectuée, theoriquement et diplomatiquement, entre l’ouest et lest, par la convention de 1890 (complétée par celle de 1898), — entre le sud et le nord, par la convention du 20 mars 1899. Mais il n’en reste pas moins vrai que, dans la réalité des choses, et jusqu’a prise effective de possession, les attributions qui nous sont reconnues sur le continent africain se composent de trois vastes trongons qui n’ont encore aucun lien entre eux.

Le premier de ces troncons, le moins étendu, mais le plus important politiquement, est celui du nord : Algérie et Tunisie. — Le second est celui de Vouest, qui comprend notre vieille possession du Sénégal et ses récents prolongements du Soudan, de la Céte d’lvoire, du Dahomey, tout ce que nous détenons dans la Boucle du Niger et au dela de ce fleuve, juscqu’au lac Tchad. — Le troisiéme troncon enfin, le plus lointain, le moins exploré, et le moins possédé, comprend le Congo et ses prolongements septentrionaux, sur le Chari, ?Oubangui, le sud et Vest du lac Tchad.

Les origines de notre établissement en Algérie et en Tunisie sont connues de tous. — Les origines et les espérances de la colonisation européenne du Congo ont été exposées ici, longuement en 1898. Les prolongements nord du Congo sont pour nous possessions purement nominales, pas méme encore explorées complétement : car c’est une des perfidies de Angleterre de nous avoir cédé, par la convention du 20 mars, une zone qui est @ conquérir, alors que la zone britannique est seulement a occuper (sauf peut-étre le Kordofan, ou est encore le Khalife). — Les origines du trongon ouest (Sénégal-Guinée-Soudan) offrent cet interét particulier de mettre en présence deux méthodes coloniales : l'une, la méthode francaise, toute belliqueuse; l’autre, la méthode anglaise, toute pacifique ; la premiére, dont le principal

agent est le soldat; le seconde, le commercant. La j

comparaison de ces deux méthodes permet de

dégager les procédés qui produisent les meilleurs »

résultats pour le territoire colonisé et pour la

métropole qui l’administre.

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