II. — Aveux forcés ou libres
Ici nous citerons seulement quelques faits bien authentiques et bien frappants. Le 9 octobre 1853, vingt personnes réunies chez M. le curé d’Herblay consultérent les tables; Vame évoquée répondit constamment juste et conformément a la morale catholique. Huit jours apres, M. labbé Gay, s’y trouvant accidentellement, consentit a y assister, malgré sa répugnance, mais avec la secréte pensée de forcer l’auteur de ces manifestations a se révéler. Il s’y rendit donc 4 Vissue des vépres, aprés avoir prié Dieu qwil ne s’y produisit rien, ou que ce fit pour sa gloire et la confusion de Satan. On obtint un commencement de rotation; mais ce euéridon, tres habile précédemment, gardait un silence si opiniatre que les opérateurs fatigués allaient quitter la partie, quand l’un d’eux lui dit : Hs-tu un mauvais esprit? — Le pied si rétif jusque-la se léve de six a huit pouces et frappe un coup. — Quels sont les prénoms de l’abbé Gay? — Réponse juste. — Quel est ton nom a toi? Il frappe un D puis un Z#, a la troisiéme lettre il s’agite convulsivement et frappe un M, et complete enfin le mot Demon. On fut dans la stupeur. Un chapelet bénit fut mis sur le guéridon, lequel resta immobile ; le chapelet été, le guéridon répond qu'il peut parler, qu'il est malheureux, qu'il souffre, etc., et chaque fois qu’on replace le chapelet, la méme immobilité se reproduit. — Pro-
: U Se és-verbal fut rédigé et envoyé & Mer l’évéque de Worsailles. (Lettre de M. Pabbé:Gay du 24 octobre
J CLERGE
1853 4 1 Univers).
Dans la fameuse séance de Lizoux dont nous avons déja parlé, M. Thévenot, officier supérieur de cavalerie en retraite, ayant tracé sur le parquet le monogramme du Christ, le guéridon refusa d’avancer. — Faites donc avancer, disait-il aux expérimentateurs. — Nous essayons bien, mais nous ne pouvons pas. — Il y a done quelque chose qui te géne? dit M. Thévenot au guéridon. — Oui, fut-il répondu. Le monogramme fut efface, et le guéridon se remit en marche, mais ne put jamais s’approcher de la place ou avait été tracé ce monogramme.
Citons maintenant une lettre de M. Pabbé Chevojon, vicaire alors de Saint-Roch, prétre tres pieux, trés instruit et tres peu suspect de crédulité et encore moins de mensonge. « Monsieur, écrit-il 4 M. des Mousseaux, je m’acquitte enfin de la promesse que je vous ai faite, mais vous savez quelles sont nos occupations a Saint-Roch. Voici done les détails que vous désirez. L’année derniére, ayant entendu raconter par des hommes sérieux les phénomenes les plus extraordinaires en fait de tables tournantes, parlantes et dansantes, je fus curieux de voir et de juger par moiméme. On me présenta d’abord dans une famille ot. deux jeunes enfants possédaient une puissance particuliere pour ces sortes d’expériences. Nous étions une douzaine de personnes, et pendant deux heures se passérent sous mes yeux les choses Jes plus étranges. Un énorme guéridon de salon s’ébranla et répondit a toutes les questions qui lui furent posées, et cela avec une précision, une intelligence saisissantes. Ilse nomma Satan, nia le ciel et Penfer. Mais ce qui nous frappa davantage et est plus caractéristique en effet, ce qui me pénétra pour moi de la plus intime conviction, ce fut ’expérience d’un tabouret. Il me fut impossible de faire tenir sur ce tabouret un chapelet bénit
que j’y posai jusqu’a six fois. Je me mis avec:
deux autres personnes pour empécher les convulsions du tabouret, car c’étaient de véritables convulsions. Six fois de suite le chapelet fut jeté par terre, et une fois méme au milieu du feu 2 plusieurs pas de 1a; tous nos efforts furent vains; je me ressentis moi-méme pendant assez longtemps des secousses qui m’avaient été imprimées. Deux jours aprés ces expériences, en ayant parlé 4 quelques-uns de mes amis, je revins avecl’und’eux pour lui faire partager mes convictions. Nous nous trouvames en compagnie d’un médecin protestant : les mémes choses se produisirent et d’une maniére aussi frappante; seulement, pour le tabouret, au leu @un chapelet bénit je pris un petit crucifix Vargent que je porte toujours avec moi, je l’y déposai, mais a peine avais-je retiré la main que le crucifix était jeté a terre. Je l’y remis de nouveau, et cette fois mon ami et le médecin prirent le tabouret par les pieds, Visolérent du sol et
opposerent toute leur énergie a ses ébranlements
| “convulsifs ; la) lutte dura quelques minutes, mais. ala fin il fallut céder 4 la puissance occulte mystérieuse, et, malgré toute la force de résistance, le crucifix fut rejeté et je le recus dans mes mains. Le tabouret étant remis 4 terre, j’en approchai encore une fois mon Christ en disant : Tu vas baiser ce crucifix, et avec calme. Mais au méme
“moment le tabouret échappa aux mains des enfants et glissa sur le parquet ala distance de
- plus @un meétre. Je le fis reprendre, j’approchai encore mon Christ, et le tabouret se renversa; trois fois consécutives la méme chose se reproduisit. Voila, Monsieur, des faits que j’affirme sur ma conscience et sur mon honneur. Du reste, tout cela est maintenant connu, indubitable. Il n’y a qu’une difficulté a résoudre, celle de la cause de pareils phénomeénes. Tout ce qui s’est dit sous ce rapport me parait puéril; on fait des efforts qui ne font que rendre le mystére plus insaisissable. Pour Moi qui ai yu, qui ai expérimenté, il n’y a pas un doute possible: Esprit du mal est la, c’est lui qui agit, et qui se manifeste. — Veuillez agréer... L. Chevojon, 3 novembre 1854. » — Une autre fois Vesprit forcé déclara se nommer : Astaroth.
« Dans le salon @une des plus illustres familles de France, raconte Elie Méric, cing personnes, dont je dois taire les noms, faisaient tourner et parler une table, en employant les signes convenus. La porte du salon s’ouvre; la marquise de M. entre, elle était chez elle; aussitdt la table fait des bonds, échappe aux mains des médiums, puis refuse de continuer ses communications. Dans la séance suivante, on demande a la table l’explica-
tion de ses mouvements désordonnés de la veille, elle répondit : La marquise de M. porte sur elle une relique de la vraie croix. La marquise inter- rogée sur ce point déclara qu’elle avait en effet, dans un médaillon attaché a sa montre, une parcelle de la vraie croix. — Un autre jour, dans la méme maison, un des évéques les plus vénérables de notre pays dit en s’adressant aux curieux, trés sincéres d’ailleurs, qui mettaient la table en mou- -vement : Il s’est passé dans mon diocése, il y a quelque temps, un fait grave connu de moi seul : demandez a la table quel est ce fait. La table répond, et traduit la pensée cachée de son interrogateur. Le prélat ému, troublé, dit 4 ses amis: Assez, Messieurs, croyez-mol, je vous engage a ne plus recommencer ce jeu. »
Enfin Pailloux raconte cet autre fait. On demandait si c’était vraiment lame évoquée .qui était la ; il fut répondu : Non. — Qui done es-tu ? — Le démon. — Et que me veux-tu ? —
"va, cesse de peiner, je suis la tout préta Vaider, a te soutenir; écoute mes paroles, accepte mes conseils. Y es-tu? que t’en semble? laisse en paix ta -sotte conscience; n’as-tu pas gagné quelque chose a me croire? Mais toi, que j’aide, il faut me payer aton tour : je me donne 4 toi, il faut te donner a moi; que dis-je? tu viens d’accepter mon secours ; je te le déclare, tu m’appartiens. (Perrone, p. 203).
avoir: :,
Ill. — Résultats du spiritisme
Bien des personnes, aprés s’étre adonnées aux pratiques du spiritisme, méme quand elles voulaient les cesser, se trouvaient obsédées sang cesse, la nuit, par des bruits:insolites dans les meubles qui se remuaient, frappaient, s’élevaient en Pair, et rendaient des sons:é¢tranges. Que ce soit réalité, ou plutdt imagination troublée, Vobsession n’en existe pas moins. D’autres personnes furent vraiment possédées, d’autres éprises dun amour violent et dépravé dont elles ne pouvaient se défaire, d’autres devinrent folles, d’autres se suicidérent. (Bizouard, 6¢ vol.).
M. de Saulcy se livra longtemps a des expé-
riences spirites. Ourais je dans ma poche ? demanda-t-il un jour a la table. — Un pistolete — Que faut-il en faire ? — Tirer sur moi. I] lutta plusieurs jours entre le désir de tirer sur la table, et la crainte mystérieuse des conséquences qui pourraient en résulter. Quelques jours aprés, il demanda ce qui serait advenu s'il avait tiré ; et VPagent moteur lui répondit que la balle aurait fait deux trous, ’un dans la table et autre 4 sa figure. Une autre foisla table désigonant son voisin lui dit de mettre sa main sur sa téte ; M. de Saulcy ne le fit point et demanda plus tard ce qui serait advenu s'il l’avait fait.
jours, lui fut-il répondu. M. de Saulcy eut le bonheur de se convertir et de renoncer pour toujours au spiritisme. (Bizouard, 4¢ vol.).
Mais il n’en est pas de méme pour tous. Le journal Le Monde (15 février 1863) rapporte le fait suivant :« A Tours, deux’ époux déja Agés, mais encore bien portants et jouissant d’une erande aisance, se livraient depuis prés de deux ans aux pratiques du spiritisme. Presque chaque soir ils réunissaient un certain nombre d’ouvriers, Whommes, de femmes et de jeunes gens des deux sexes, devant lesquels ils faisaient des évocations; des questions de toute espece étaient adressées aux esprits. Ceux qui connaissaient de vieille date ces deux personnages et leurs sentiments sur la religion n’ont jamais été surpris des scénes qui se passaient chez eux. Etrangersa toute idée chrétienne, ils s’étaient jetés dans la magie, ou ils passaient pour maitres consommeés, Leur foi aux
-communications des esprits ne connaissait pas de
bornes. Convaincus, par suite de leurs rapports avec les esprits, que ceux-ci les engageaient vivement 4 quitter le monde, afin d’aller jouir dans une autre vie dune plus grande somme de hbonheur, ils consommérent avec le plus grand sangfroid un double suicide, qui causa un grand scandale dans la ville de Tours. Le 11 février, ayant
prétexté un petit voyage pour le lendemain, ils ©
choisirent les draps qui devaient leur servir de suaires et en désignérent l’usage dans un testament, oti ils consignérent la nature des motifs qui les portaiént 4 renoncer 4 la vie. Des voisins, ayant soupconné quelque chose d’extraordinaire, pénétrérent de force dans la maison et trouverent
— Fouw pour tou- .
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les deux cadavres;la femme donnait encore quel- | ques signes de vie, mais on n’avait aucun espoir de la saver. »
Tous les médecins sérieux signalent les dangers des expériences de spiritisme, 4 la suite desquelles méme des hommes robustes ont été pris de troubles nerveux et de-tremblements si violents, qu’ils étaient contraints de se mordre les doigts en mangeant; d’autres ont éprouvé des vomissements, des congestions, des oppressions ou des palpitations ; des dames ont eu des crampes,
des crispations, des crises de nerfs ; d’autres sont |
tombées en catalepsie ou en épilepsie ; 4 Nuremberg, le 45 avril 1853, la suite d’une de ces séances, un négociant est mort subitement, et a Vienne un jeune homme de seize ans fut atteint dune maladie mortelle ; 4 Liegnitz une femme devint folle aprés avoir entendu la table lui prédire quelle mourrait dans deux ans. Lia Gazetie de Munich parle d’un sieur Benario mort ainsi d’apoplexie, et de plusieurs autres saisis de crises de nerfs ou dattaques épileptiques. Le spiritisme poussant au dégotit de la vie, et vantant le bonheur d’en sortir, n’importe comment, de combien de suicides et de cas de folie ou d’idiotisme n’at-il pas été cause!
Citons a présent un passage du livre de Mati- gnon, Les morts et les vivants : « Vous parlez de guérisons obtenues par le spiritisme, je veux bien quil y en ait eu quelques-unes, mais vous ne parlez pas des cas ou, sur la foi des esprits, on prendra les maladies a rebours, jusqu’a ce que la mort s’en suive. Vous dites qu’il nous met entre les mains un moyen de connaitre les sentiments intérieurs de nos ennemis et de nos proches : — Oh! Monsieur, quel instrument dangereux! quelle arme 4 deux tranchants! et qu’il est 4 craindre qu’elle ne nous blesse! Voyez comme elle s’en va porter le ravage dans les affections les plus pures et les plus saintes. Un ami, je suppose, concoit un doute sur la fidélité de son ami; il s’en va consulter les esprits, lesquels a tort ou a raison l’affermissent dans ses soupcons : voila deux cours séparés 4 jamais. Chose plus triste encore! un soupcon traverse imagination d’un époux; il interroge une table ou un médium, et aussitdt le mystérieux interlocuteur lui jette un ow? fatal; » ou bien, comme Vhistoire est, hélas! trop authentique, on demande e une table : Gombien M. X...
a-t-il Venfants ? — Trois, est-il répondu. — C’est impossible. — On réitere la question. — Trois, est-il encore répondu. Stupéfaction universelle. — Eh
bien voyons alors : Combien Madame X... a-t-elle denfants? — Quatre! « Ne frémissez-vous pas a la seule pensée des maux que doit causer cette terrible réponse? De la la désunion entre ceux qui s’aimaient; dans les familles des inimitiés a mort, des calomnies odieuses, des haines implacables. Voila quels pourront étre et quels ont été trop souvent les fruits de ces conversations avec un autre monde! Il y a quelques années un Américain déshéritait ses sept enfants, sur la révélation
LVAMI DU- Bee
dun derkain esprit qui avait dit quils étaient le - fruit de Vadultére. Je ne crains pas d’avancer que, si le spiritisme obtenait universellement créance, | il serait un des dangers les plus sérieux qui puissent menacer. » (Perrone). S’il est diabolique,. il ne s’étendra que jusqu’ol. Dieu le permettra directement. S'il est naturel, qui empéchera d’y recourir? Qui en limitera les effets ? Que devien- ~ draient les secrets d’Etat, les secrets de famille, et méme les secrets de confession ? Tout serait a sa discrétion.