QUATRIEME ARTICLE
Q. - Racontez-nous les origines de I’Univers, le grand journal catholique de France. Comment a-t-il débute? Quweétait-il avant que Louis Veuillot devint, suivant le mot méchant de Vapereau, « l’ame et la téte de cette feuille qui, sous sa direction, ne devint pas seulement lVorgane des matuvaises passions de |’Hglise, mais une puissance avec laquelle il fallut compter »?
R. — Un journal catholique, c’est une arme de défense forgée par la nécessité des temps, un organe. de lutte et d’enseignement. Les catholiques sont attaqués par la presse, leurs ennemis — parfois des ignorants de bonne foi — ne connaissent rien de nos dogmes et les jugent, les persiflent, les calomnient tout de méme; alors des chrétiens généreux se lévent pour répondre, pour rétablir les idées et les faits, pour éclairer : ils fondent un journal. Le journal nous sera nécessaire tant qu’il y aura des ignorants et des ennemis de I’Eglise, il peut donc se promettre un long avenir.
L’Univers fut par excellence, au dix-neuvieme siécle, cette arme de défense. Mais ce n’est qwaprés quarante ans de combats, de révolutions, de luttes par le livre, de guerres Vidées, qwil a pris avec Louis Veuillot la forme definitive, la ligne de conduite immuable que nous lui voyons aujourd@’hui. Et il est resté en quelque sorte la principale résultante du parallélogramme des forces catholiques.
ep "fe premier homme marquant du groupe des catholiques avant tout, dit M. Eugéne Veuillot, fut « M. de Boulogne, prédicateur en 1777 de
-- ©Mesdames tantes du roi, » chapelain de Napoléon
en 1806, évéque de Troyes en 1808, exilé de son
diocése en 1813, mort en 1825, pair de France. » Il fonde les Annales catholiques ; le 48 fructidor les supprime (4 septembre 1797); il les remplace
‘ Voir PAmi des 4 janvier, 22 février et 29 mars.
par les Annales philosophiques, aprés le 18 brumaire; un coup de force les fait disparaitre en 1801; il les ressuscite dans les Annales littéraires. Rien ne put le lasser, pas méme l’exil. Sa plume était nette autant que courageuse; il voulait une action catholique calme, indépendante
des pouvoirs qui passent et des partis qui de--
meurent passionnés. Aussi Louis Veuillot prenant un jour des notes sur un de ses livres s’écriait-il : « Voila notre précurseur et notre vrai fondateur! »
Pendant et apres ce temps, le comte de Maistre et M. de Bonald opéraient une révolution dans les esprits : le premier les tournait vers « le pape, » le second vers le pouvoir chrétien. Quand Lamennais publia son Essai sur Vindifférence (1818- 1820), le terrain était préparé. « Voila un ouvrage qui réveillerait un mort, » dit M. de Frayssinous;
mais les morts étaient déja ressuscités, Vopinion. commengait a se faire a Pidée de V’infirmité et de la fausseté doctrinale du gallicanisme, et dudanger pour la religion de s’attacher 4 une dynastie.
Le clergé surtout comprit. Lamennais, de plus, lui souffla son ardeur pour les études religieuses, — car son Essai suppose de prodigieuses recherches, — et il se forma un courant ultramontain puissant.
I] n’y avait alors qu’un seul organe purement religieux : l’Ami de la Religion et du Roi, qui était avant tout gallican. Dans l’entourage de Lamennais, on l’avait surnommeé l’Ami de la religion du roi; la remarque était caustique, mais juste. L’abbé de Salinis et ’abbé Gerbet créérent, pourdéfendre les doctrines romaines, le Mémorial catholique (4824), qui ne paraissait que tous les mois. On y vit débuter Gousset, Doney, Rohrbacher, Guéranger, Lacordaire, tous hommes de haute valeur et qui fournirent une glorieuse carriére. Le Mémorial, dans son article-programme, se déclarait catholique romain et il n’hésitait pas 4 aborder de front tous les préjugés courants touchant les Papes, l’Inquisition, la Ligue. Il y eut scandale. Un membre éminent du clergé de Paris dit un jour a M. de Salinis, qui venait de publier
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un article en ’honneur de saint Grégoire VII : « Vous ayez done fait la gageure de soutenir toutes les théses impossibles! Non content de justifier la Ligue, vous voulez maintenant rehabiliter Grégoire VIL! »
. Lrabbé Clausel de Cousergues, conseiller de
Vinstruction publique, écrivait au méme abbé de Salinis : « Vous étes responsable de toutes les choses révoltantes qui s’impriment dans votre Mémorial. On y donne des éloges magnifiques aux brochures de M. Rohrbacher, Wrintz, Pélier, etc., qui renferment tout ce qu’on peut imaginer de plus insolent, de plus fou, de plus scandaleux contre l’épiscopat francais et contre tout ce qu'il vous plait @appeler catholique non romain! » Kt il concluait : « Votre Mémorial est schismatique,
parce qu’il fait fermenter le levain du schisme
dans plusieurs diocéses. »
On voit si les esprits étaient-calmes et les idées justes.
Le Mémorial était surtout rédigé par des ecclésiastiques. Les laiques catholiques voulurent avoir aussi leur organe pour exercer une influence politique et se frayer le chemin de la vie publique, ils fondérent le Correspondant (1829) avec
ce programme : « Liberté civile et religieuse dans
tout ’univers. » Les rédacteurs furent Edmond de Cazalés, Louis de Carné, Franz de Champagny, KE. de la Gournerie, EKugéne Boré et Léon Boré, d’Alzon, Foisset, Melchior du Lac et @autres, une magnifique phalange d’esprits droits et distingués.
Ils avaient de fréquentes réunions. « On y appor-
tait, dit Melchior du Lac, un grand amour pour la yérité, un amour passionné pour la cause de la sainte Kglise. Je ne crois pas qu'il y ait jamais eu dans la jeunesse catholique plus d’entrain, de mouyement et de vie. » C’est de la que sortirent les idées généreuses de liberté et de charité qui produisirent, sous le gouvernement de Juillet et plus tard, une poussée féconde d’couvyres catholiques et de lois libérales,
Ces deux publications furent absorbées par VAvenir. Le Mémorial fut remplacé par les Annales de Philosophie VAugustin Bonnetty, mais le Correspondant reparut apres une courte éclipse.
On sait comment fut lancé Avenir. M. Harel de Tancrel en eut le premier Vidée. I] en parla a Gerbet qui, avec les encouragements et ’approbation de Lamennais, publia le prospectus de la future feuille le 20 aott 1830, et le premier numéro le 16 octobre suivant. Lacordaire en fut aussitdt, avec Charles de Coux, un économiste distingué. Montalembert accourut du fond de VIrlande, puis d’Ekstein d’Ortigues, d’Ault-Dumesnil, d’excellents ouvriers pour le nouveau journal auquel Gerbet donna sa belle devise : « Dieu et la liberté! »
Le grand mérite de PAvenir fut de porter le coup de la mort au gallicanisme et d’orienter les esprits vers Rome. I] acceptait le pouvoir établi, mais surtout il rappelait a satiété les promesses
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de liberté inscrites dans la Charte. Pour lui, catholique avant tout, le pouvoir était chose, secondaire. L’Eglise reine, maitresse et libre dans son enseignement, tel était son idéal. Les pouvoirs humains s’opposaient-ils 4 son expansion? Alors, pour garder sa liberté, elle devait se séparer d’eux. Systéme séduisant, mais faux, qui amenait les rédacteurs de l’Avenir a traiter fort cavali¢rement et méme fort durement le gouvernement constitué. Ne l’estimant point, ils ne le respectaient pas non plus, et ce fut la une de leurs aberrations capitales. Quelle que soit ’autorité, cest un devoir de la traiter avec respect.
L’opinion se partageait. L’Avenir avait de chauds amis, mais des adversaires déclarés et puissants; les premiers se décourageaient, les seconds profitaient des violences du journal pour le rendre suspect, et les abonnés diminuaient.
L’Avenir avait plus d’influence que d’abonnés — ceux-ci ne dépassérent pas 1.200, mais c’était déja un chiffre pour le temps, et il etait lu par une élite. Au 15 octobre 1831, on perdit cent abonnés, c’est-a-dire cent appuis. Lacordaire écrivit alors a Montalembert : « La correspondance annonce un découragement si grand partout, une haine si volente, des bruits si divers et si multipliés, tous d’une nature funeste, tous injurieux, sont répandus, qu’il devient impossible de ne pas prendre une position nouvelle... » Mais quelle position prendre? Lacordaire ouvrit Vavis de cesser Momentanément le journal et de se rendre a Rome pour obtenir l’approbation du pape. Us annoncérent leur résolution au public : « Nous porterons pieds nus, s’il le faut, notre protestation a la Ville des apdtres, aux marches de la confession de saint Pierre, et l’on verra qui arrétera sur la route les pélerins de Dieu et de la liberté. »
Dans ces lignes écrites par Lacordaire, on sent Passurance d’hommes qui, ayant rendu de grands services, estiment qu’on ne saurait rien leur refuser. Cetie démarche était pour le moins imprudente : elle mettait en demeure de se prononcer le Pape, qui voulait paraitre ignorer les excés de PAvenir. I exigea un mémoire, leur fit dire par le cardinal Pacca qwils: avaient soulevé malencontreusement certaines questions brilantes, traina en longueur et finit par les condamner, non sans ménagements, dans Vencyclique Mirari vos (15 aoft 1832) qui leur parvint 4 Munich (40 septembre 1882).
« M. de Lamennais a été admirable, écrivit Lacordaire a Jules Morel. Quelque grand que fut ce coup, il s’est soumis 4 la Providence sang hésiter; persuadé qu’elle avait son secret qui serait reyele en son temps. » (14 septembre 1832). Le premier mouvement avait été le bon. Ceux qui suivirent, malheureusement, furent mauvais, et il y céda. Il rentra a La Chesnaie plein de ressentiment et prépara les Paroles d’un croyant.
L’Avenir était mort a jamais, et tous ses rédacteurs restaient ou resteraient longtemps tenus en suspicion. Il n’y avait plus de presse catholique,
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Il. — Un homme d’cuvres, de foi et de bonne volonté, M. Bailly, le pére des deux éminents religieux de l’Assomption, les PP. Vincent de Paul et Emmanuel Bailly, fonda alors la Tribune catholigue. Peu aprés, le 3 novembre 1833, paraissait un nouveau journal avec un titre trés long PUnivers religieux, politique, scientifique et liitéraire, et cette épigraphe touffue : « Unité dans les choses certaines ; liberté dans les douteuses ; charité, veérité, impartialité dans toutes. » Il sadressait « autant aux gens du monde, a la jeunesse pensante et aux hommes de bonne foi de toutes les opinions, qu’aux membres du clergé catholique francais et étranger. » Visiblement il tenait A justifier son titre et A devenir universel. Le « directeur-fondateur » était ’abbé Migne, un prétre du diocése de Saint-Flour, qui était venu faire ses études au diocese d’Orléans et s’y. fixer. Le journalisme le hantait. Curé de Puiseaux, en GAtinais, il fit partager ses idées & Pabbé Méthivier, son ami, embaucha le receveur d’enregistrement, M. Dufour de la Tuilerie, et Vinstituteur de sa paroisse, M. Toupenay, et ensemble ils s’en vinrent a Paris fonder un journal quotidien.
Cet homme ayait la ténacité de son pays d’Auvergne. Il en avait aussi les grosses finesses. I] pensa que s‘il lancait son projet sous deux noms différents, il récolterait plus d’adhérents. C’est pourquoi il annonca en méme temps la création @une feuille qui s’appellerait le Spectateur. « Nous ’présenterons, portait le prospectus, les notions les plus catholiques sur les questions les plus intéressantes par leur actualité : danses, bals, théatres, romans, prét a intérét, impdts divers, divorce, salaire du clergé, des prétres..., le tout avec la plus grande réserve. » On le voit, ‘rien n’y manquait.
Mais serait-il gallican ou ultramontain ? A cette question grave, il répondait avec une prudence qui laissait pourtant deviner ses convictions: « Nous avons choisi et nous choisirons encore indistinctement nos correspondants au sein des deux opinions religieuses qui se partagent la France catholique. » Il affirmait done qwil y en avait deus, et accordait ainsi droit de cité a Vopinion romaine. C’était quelque chose pour Vépoque. ;
L’Ami de la Religion et le Journal des villes et des campagnes, les deux organes gallicans, s’inquiétérent. La Tribune catholique rendit les armes et vint fusionner avec le nouveau journal, auquel le Spectatewr apporta quelques abonnés. Mais tout cela ne constituait qu’une trés maigre affluence.
Dans le premier numéro, on lisait un article intitulé : La Toussaint — Vision —, di a la plume de Gerbet, mais que le « directeur-fondateur » avait bravement signé de son nom. C’était une prophétie pleine de souffle ou saint Denis, saint Germain et sainte Genevieve annongaient les destinées chrétiennes d’une nouvelle France. Kt pendant qwils parlaient, «J érémie, fils d’Hélésias, les
Sy AMI DU
CLERGE
accompagnait en tirant des sons plaintifs du —
cinnor. »
Le format était de trente-sept centimétres en longueur et de vingt-sept en largeur ; la page ne renfermait que trois colonnes. Dans le second numero, le « directeur-fondateur » déclarait qu’il s’était, assuré « la collaboration des hommes les plus marquants de la capitale », et il en citait quinze, entre autres MM. Bailly, Choron, Lauras, Hennequin, Charles Nodier, de Paravey, Récamier, Rendu. On sait que les collaborateurs mis en vedette dans une rédaction ne collaborent jamais. Si ces hommes « marquants » ne parurent guére au journal, sauf M. Hennequin, un avocat Vavenir, il en yint d’autres qui apportérent un concours zélé, comme les deux fréres Foisset, Ozanam, Lallier, Lamache, Lacarriére, du Lac, Léon et Eugéne Boré, H. de Bonald, Turquety, qui tous avaient connu M. Bailly dans la Société
‘des Bonnes Etudes qu’il avait fondée pour les
jeunes gens. Le journal, toutefois, n’étant point Suivi, manquait d’intérét. Rien n’est stérile comme une collaboration volontaire, sans engagemeni ni direction. Mais il y paraissait de bons articles des abbés Delalle, Foisset, Jager, Lacarriére, sans parler de ceux d’Ozaman et de l’abbé Gerbet, sigonés S. S. S., car il se cachait sous des pseudonymes a cause des souvenirs mennaisiens attachés 4 son nom. Du Lac écrivait, sous le nom de Jean d’Aure, des « Lettres familiéres sur les Peres de l’Kglise. » C’était de beaucoup, a l’exception de Gerbet, le journaliste le plus expérimenté, malgré sa jeunesse, et le plus solide. Eléve de Vabbé de Salinis, il ’avait suivi chez Lamennais qui dit un jour de lui: « Il promet une épée de logigque. » Il avait publié de bons travaux dans le Mémorial catholique dés 1826, tous animés de Vesprit romain, composés dans une forte langue et remplis dune doctrine stire. Bientdt il devint le rédacteur 4 peu prés universel, et recut de ce chef 125 francs par mois (1834). Puis, molesté par Vabbé Migne, qui faisait la vie dure a tout le monde, il s’éloigna; mais l’abbé Migne lui-méme, se voyant abandonné, céda l’Univers a M. Bailly,
et du Lac reprit, avec joie et courage, cette tache —
ingrate qu'il aimait.
Ce qui caractérise Univers, dés lors, c’est la soumission franche, mais sans enthousiasme, au pouvoir établi, le dévouement au clergé, les tendances ultramontaines, et la guerre a l Université. Peu 4 peu la rédaction s’affermit, le travail se divise. « M. de Saint-Chéron, qui vient d’arriver, fait les feuilletons artistiques et, en grande partie, la politique du journal. M. Douhaire résume les cours publics, fait la plupart des articles religieux et des variétés. M. Léon Boré fait des articles historiques et philosophiques. M. Vabbé Foisset rédige les faits religieux.» (M. Bailly a Vabbé André, 20 septembre 1836). Mais malgré tant d’efforts désintéressés, le journal ne fait pas ses frais. En 1838, il doit 26,000 francs exigibles tout de suite et perd en outre 3,000 francs par mois,
Heureusement Montalembert y est entré ’année précédente. C’est une recrue précieuse, encore que souvent génante; il n’est pas riche, mais il apporte son nom et son erédit. « L’Univers se meurt, l’ Univers va mourir! lui écrit M. Guerrier de Dumast; sa crise est formidable, le péril est imminent pour Vunique journal quotidien que posséde la religion catholique...; sauf une intervention miraculeuse de Dieu, il n’y a que vous
qui puissiez le sauver. Songez que les légitimistes ‘
le veulent acheter! » (22 janvier 1838).
Montalembert comprend trop bien la nécessité @un journal catholique pour hésiter a le tirer de la. Il emprunte a gros intéréts 25,000 fr. afin de payer les dettes de Univers, et chaque mois il lui verse 4,000 francs. « Le journalisme, c’est la guerre, dit-il 4 ceux qui s’étonnent de cette prodigalité. On n’a pas encore trouyé le moyen de gagner des batailles sans tuer des soldats, pas plus que de faire aller des journaux sans tuer des écus. » Le comte F. de Mérode avance aussi une forte somme. M. Eugéne Taconet aide, et l’année suivante, M. Bailly, rassuré, peut écrire au « jeune pair », comme on l’appelle : « J’ai dit cent fois, et je répéterai bien plus encore, que ce journal vous doit la continuation de son existence et ses plus beaux jours. Je ne vous ai pas dit, a cet égard, le quart de ce que j’ai pu dire a d’autres. L’Univers, grace a vous, touche au port. » (6 décembre 1840). Ce qui ne l’empéchait point de confier plus tard 4 M. Eugéne Veuillot, en lui rappelant ces années ou il eut a souffrir aussi de Vhumeur difficile de Montalembert : « Que les amis du jeune pair ont donc raison quand ils lui reprochent de changer fréquemment Widée fixe! »
Il n’est que juste d’ailleurs de déclarer que Montalembert mit alors toute son ardeur au service du journal. Il supplie Lacordaire d’user de son influence pour appuyer P Univers, eta Rio, qui est en Angleterre et qui se cabre, au nom de ses idées légitimistes,il adresse la verte mercuriale que tout le monde connait, mais qu'il est utile de rappeler, car elle s’applique aussi bien a beaucoup de nos catholiques affadis :
— « Comment! malheureux, non seulement tu n’as pas su ou tu n’as pas voulu procurer en Angleterre, dans ta famille et ailleurs, le moindre petit subside pour l’Univers, mais tu ne prends jamais la plume pour lui donner le moindre signe de collaboration sur des sujets dont tu es seul au courant! Kt puis tu viens comme un méchant critique déclamer contre la nwllité et la mollesse de ce journal! Belle maniére en vérité de travailler au bien que de ne rien faire soi-méme et de se moquer de tous ceux qui consacrent leur temps, leur argent, leur patience et Ja capacité dont Dieu les a dotés a soutenir une entreprise qui sezle, en France, offre quelques chances @utilité et de sécurité pour la cause de l’Keglise et de la vérité !
« Si PUnivers est si dépourvu d’intérét et de nerf, dou cela vient-il? Je youdrais bien savoir si ce n’est de ce que tous les catholiques de
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France font comme toi, c’est-a-dire restent les bras croisés au lieu de combattre, et se placent
commodément aux premiéres loges pour rire et
siffler, comme s’il s’agissait d’une comédie ou ils |
n’ont rien & perdre ou a gagner, au lieu de descendre eux-mémes dans l’aréne pour défendre, selon la mesure de leurs forces, leurs biens les plus précieux ? Puis, dans cette belle et féconde attitude de spectateur dédaigneux, ils s’abonnent a la Mode et ala Quotidienne, pour se chatouiller agréablement la rate et toutes les mauvaises passions d’un parti vaincu, comme on demande un petit verre pour se donner du ton. Ah! certes, cest un dur et triste métier que de travailler pour le bien dans un pays comme la France, et de tracer péniblement un sillon consciencieux et catholique entre des oisifs méprisants comme toi, des actionnaires qui refusent tout naivement de payer leurs dettes, parce que, disent-ils, le journal n’est plus une chose de parti, et des abonnés qui écrivent qu’on est vendu, lorsqu’a une défense constante et infatigable des droits de l’Eglise on méle un peu de cette stricte impartialité et de cette modération de langage que commande impérieusement la charité chrétienne... »
Et pour que son ami se « fasse pardonner par Dieu ses jugements téméraires, » il lui enjoint d’écrire trois articles « signés F. Rio, un sur l’art, un second sur le catholicisme en Angleterre, et un troisiéme sur tout ce qu’il voudra. » (2 aotit 1839).
Comme tout cela est resté actuel! La Mode et la Quotidienne ont disparu, mais elles persistent en d’autres feuilles boulevardiéres ou passionnées qui font, hélas! les délices de nombreux catholiques.
Cette vigoureuse impulsion ne demeure pas sans résultat : les abonnés augmentent de quatre cents en quelques mois; lUnivers en compte maintenant quinze cents, mais comment vivre avec cela? Montalembert se décourage et se plaint amérement 4 M. de Dumast des catholiques francais, cette « masse torpide ensevelie dans liddélatrie des passions et des intéréts humains. » Et puis, les chefs ne disent rien. « Aucune considération ne m’arréterait, ne m’empécherait de faire de nouveaux sacrifices, si j’avais la conviction que ces sacrifices fussent utiles et légitimes, Si j’avais un mot du Pape, des évéques de France, des chefs naturels de la guerre sainte, pour me dire, comme a un soldat docile, que je fais mon devoir en m’exposant ainsi. Mais s’exposer pour ce qui peut n’étre qu’une idée personnelle, une chimére, voila ce qui me retient et me bouleverse Pame. Je ne parle pas de mes enfants, car j’ai mal au cceur de toutes leg sottises que j’ai entendu dire par des gens qui oublient que c’est justement le souci de Lavenir social et religieux de leurs enfants qui devrait leur inspirer les plus généreux sacrifices. Je répete sans cesse le mot charmant de M. de Talleyrand : « Ne me parlez pas de ces péres de famille, «ils sont capables de tout. » (20 janvier 1840) 4,
' Lecanuet, Montalembert, t. II, p. 53-60,
IIL — Mais aja idee Veuillot était connu au journal. C’est Victor Considérant qui, le premier, lui en avait révélé Vexistence. On avait diné un jour, raconte M. Eugéne Veuillot, chez un traiteur espagnol que patronnait Toussenel, et il s’agissait de prendre le café. — « Allons 4 Vestaminet de Univers, qui n’a rien de commun, Dieu merci!
avec Univers religieux, dit en riant Considérant. — Qu’est-ce que l’ Univers religieux ? lui demanda Louis.— C’est une maussade petite feuille de calotins ot Yon nous dit des injures, sous pré- - texte que les doctrines de Fourier sont immorales. » Nous avons vu, dans Varticle précédent, que le 20 novembre 1838 Louis Veuillot y faisait insérer, par lentremise de Saint-Chéron, une lettre qui prenait la défense de Bugeaud, et que le 16 juin 1839 il y publiait son premier article : un feuilleton sur la bénédiction de l’église du couvent des Oiseaux. C’était un acte de reconnaissance pour ’Ave maris stella chanté lors de son voyage a Rome par les bonnes religieuses, « afin de lui obtenir l’intercession de Maric.» I ignorait cette pieuse attention au départ. « Ce ne fuat- que quelques jours plus tard, au milieu de la mer irritée et lorsqu’il était déja triste d’avoir perdu de vue les cdtes de la France, que son compagnon, s’asseyant prés de lui a la proue du vaisseau, lui apprit de quel acte de charité il avait été l’objet et lui fit, pour la premiére fois, entendre ce chant béni. »
ll y publia d’autres articles, poussé dans cette voie par le P. Varin, son confesseur, et par l’abbé Aulanier, aumdnier des Oiseaux. Sa collaboration était Vautant mieux accueillie qu’elle était gratuite. Vers la fin de 1839, Saint-Chéron écrivant a Montalembert lui parla de ce « jeune et énergique -écrivain », qui désirait entrer a l’Univers et dont le concours serait précieux : « Mais il est trés pauvre, ajoutait-il, et nous le sommes encore plus que lui. Il sera entiérement 4 nous le jour oul nous pourrons payer un peu ses articles. » (27 deé- - cembre 1839). Un mois apres, Saint-Chéron man-
dait au jeune pair : « La collaboration de M. Veuillot nous est acquise. » (24 janvier 1840). Elle n’en resta pas moins gratuite.
Le 12 février suivant il commencait ses fameux - Propos divers, qu’il interrompit bientot, le 17 juin. Alexandre de Saint-Chéron donna alors au journal une direction politique gouvernementale qui déplaisait 4 du Lac et 4 Louis Veuillot. La crise passa et celui-ci reprit, trois mois aprés, sa colla-
boration : « J’aime l’esprit de ceite feuille, écrit-il a labbé Morisseau, dont je connais et dont je respecte les bonnes intentions. Tous ceux qui la rédigent sont mes amis, gens honnéies, gens désinteéressés, presque tous jeunes et pauvres comme moi, qui font cette ceuvre pour rien et avec tant de conviction quils ne regrettent qu’une chose, de n’avoir point dargent donner en méme - temps qu’ils donnent leur travail. » (4 septembre 4840). Il signale sa rentrée par Varticle : Dun manifeste littéraire, ou il tance de trés haut, avec
‘is AMT ‘DU CLERGE ah | eee O17
Poe justice, la morale et la littérature de
Balzac.
Entre temps il travaille & Pierre Suintive, collabore au nouveau Correspondant, aux Branches WV Olivier, recueil de vers édité par Gustave Olivier, mais il revient toujours 4 son « cher Univers », malgré les tiraillements de la direction. Maintenant c’était Montalembert qui était mécontent de la guerre que le journal préchait contre
Pherétique Angleterre » (numéros du 29 septembre et du 4 octobre 1840), qui déja mettait le pied sur Orient. Il revenait précisément d’Orient ou il avait vu les choses sous un autre jour; il ne comprenait pas une guerre faite par des chrétiens pour soutenir ’empire musulman de Méhémet-Ali. D’ailleurs, il avait toujours gardé un faible pour la Charte anglaise, « qui a su seule en Europe, écrivait-il de Malte a M. Bailly, concilier d’une maniére durable la liberté et lautorité, la royauté et les institutions populaires, ouvrant ainsi Vunique route ot doivent marcher les peuples qui veulent échapper au double fléau a despotisme et de la démagogie.,
« L’Angleterre hérétique, ajoutait-il, laisse aux huit millions de catholiques qu’elle renferme la précieuse liberté d’élever leurs enfants dans la foi de leurs péres, sans Pombre d’une entraye, et la liberté non moins précieuse de fonder et de doter, sans l’ombre d’une restriction, des établissements religieux; et cela tandis que dans la France catholique nous sommes trente millions a qui ces droits imprescriptibles sont refusés par deux ou trois cent mille prétendus philosophes...
« Les flottes de VAngleterre, que l Univers re-
présente comme occupées 4 semer dans le monde un mercantilisme hérétique, transportent chaque jour au Canada, aux Antilles, dans la Guyane, aux grandes Indes et jusque dans l’Australie, des évégques catholiques reconnus et soldés par le gouvernement protestant, tandis que la France n’a d’évéque catholique dans aucune de nos colonies... » (46 octobre 1840).
- Maleré la chaleur avec laquelle étaient, développés ces arguments, qui demeurent contestables, M. Bailly ni ses collaborateurs n’en tinrent compte, et Montalembert rompit net avec lUnivers, non sans faire sonner l’ingratitude du journal, ni menacer de retirer ses fonds; il se contenta d’en suspendre les versements. Quant au journal, il affirmait sa liberté.
IV. — En partant pour VAlgérie (février 1841), Louis Veuillot n’emportait qu’un regret : celui de se séparer de cette feuille ou son influence n’était pas prépondérante encore, mais ou il versait, a gon gré, sa pensée, son cour, ses indignations, le meilleur de lui-méme. Aprés quelques mois, ce regret devient cuisant; il s’en confie 4 M. Edmond Leclerc: « J’avais bien, 4 Blidah, des bois d’orangers en fleurs, des cours tapissées de rosiers en fleurs, des haies d’aubépine en fleurs; mais je n’ai plus tout cela; et mon frére, et Leclerc, et le bureau de l’ Univers, et Mallac, et trente-six millions
de milliards de balivernes que j’aime ne se rencontrent point dans les rues d’Alger. Il faudrait pour me plaire ici que j’y fusse missionnaire apostolique. Par malheur on y parle deux langues qui n’ont point de mots pour la prédication : Varabe et la troupiére... Quand je lis ici mon cher Univers, j’enrage de n’étre point en France pour dégainer contre M. Villemain, contre l’empereur de Russie, contre les journalistes, contre les vaudevillistes, contre les feuilletonistes. Voila de la guerre : se battre contre les idées! » (Alger, avril 1841).
Au retour (fin aott 1844), il reprit avec ardeur « sa guerre », et le premier qui lui tomba sous la main fut le célébre critique Jules Janin. Plusieurs « feuilletons de J. J. » lui étaient parvenus en Algérie et l’avaient horripilé par leur sans-géne et leur étrange fantaisie. Dans une lettre a Edmond Leclerc, il fait un délicieux pastiche de J. J. a propos de la tragédie d’I[phigénie. « Mon cher ami, conclut-il, quel cuistre! Comment pourrait-il comprendre un si noble poéte et en parler dignement? » (Correspondance, t. 1, p. 91). Cette fois, Jules Janin avait produit dans le Journal des Débats un article déclamatoire et sonnant faux touchant les Mémoires de Mme Lafarge, condamnée par le jury pour avoir empoisonné son mari. Louis Veuillot, qui avait horreur de ce genre facile, abandonné et choquant, exécuta le feuilletoniste en quelques pages des plus vertes.
« L’article sur Janin, écrit-il a son frére, a eu un retentissement extraordinaire dans le petit monde des journaux. Saint-Chéron, en le lisant, gambadait comme un singe; du Lac, en en parlant, posait le double-blanc sur le double-six ; Blanche (Albéric de Blanche-Raffin) se voilait le visage et déplorait le malencontreux chef-Vceuvre; Toussenel, ivre de joie, est allé acheter un numéro dont il fait des lectures publiques, et je crois qwil a, dans ce but, retardé son départ de deux jours. Burette a subi une de ces lectures et a dit : « Je ne comprends pas ce que Veuillot a contre « Janin: il ne sait donc pas que Janin a fait « mettre aux Pélerinages une couverture de « 20 francs? » M. ’Abbé, Mallac, Dillon, criaient merveille. Durangel, qui vise aux Dédats, a eu la chair de poule, et Lafon, entendant lire cet article chez son beau-pére, a dit: « Il me semble que « jentends parler Veuillot! » Or, il ne m’avait pas encore vu et il ne sait méme pas le nom du journal que Von recoit chez lui. — C’est certainement le suffrage le plus flatteur de tous. Mais voila un succés qui présage une tempéte; et, selon toute apparence, je vais étre 4 mon tour éreinté. Bah! je suis de force! » (25 septembre 1841).
A cette lettre, il ajoute le lendemain ce postscriptum: « J’ai trouvé hier, chez mon portier, une lettre revenant d’Alger qui ne m’a pas peu surpris. Elle est de Saint-Mare Girardin 4 qui j’avais écrit de la-bas. Il approuve complétement le point de vue exclusivement chrétien sous lequel je lui
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avais présenté la question et me fait, en deux pages, un éloge sans réserve de Pierre Saintive, dont jamais personne, ni toi ni moi, n’a dit tant de bien. Il en trouve la fable belle, les personnages remarquablement inventés, vivants, ne gesticulant pas, et la conclusion haute et morale, tout en regrettant, comme tout le monde, excepté moi, que Saintive et Thérése ne fassent pas une multitude d’enfants. Je suis heureux que cette lettre ne soit pas arrivée un jour plus tot. La perspective d’un article dans ce genre aux Débats m’aurait fait peut-étre rengainer lachement ma tirade sur Janin. Hélas! mon pauvre frére, on a beau s’en défendre et s’en vouloir : on est toujours homme de lettres par une foule d’endroits! »
V.— Alors se fonda un nouveau journal religieux : Union catholique. La caisse de P Univers était vide et l’on avait des dettes. Cette nouvelle concurrence ne pouvait qu’affaiblir, sinon tuer, la courageuse feuille. Des amis intervinrent qui disalient : « Pourquoi n’accepteriez-vous pas une subvention du gouvernement? Cela vous tirerait d’affaire et vous ne deviendriez pas ministériels pour cela : yous resteriez catholiques avant tout.»
— Melchior du Lac et Louis Veuillot répondaient :
« Oui, le journal serait sauvé, mais il ne serait plus libre vis-a-vis du pouvoir. Or, nous youlons garder notre liberté complete. »
Lous Veuillot traduisait ainsi ses sentiments a Vabbé Morisseau : « Il est probable que je vais cesser ma collaboration 4 l Univers, toute gratuite jusqu’a présent, mais fort active. Ma retraite ne tient pas du tout a ce que je voudrais étre payé: je ne demande rien de semblable, puisque je peux pour le moment, grace a Dieu, m’en passer. Ma retraite tient 4 des considérations politiques. On veut faire de PUnivers un journal absolument ministériel, et je ne l’entends pas du tout. Cela
me semblerait un métier de Judas. » (22 février
Le gouvernement étudiait Pattitude du journal, il attendait des gages. Ils arrivérent sous la forme Varticles ot: la politique ministérielle était ménagée, sans flagornerie toutefois, et d’autres ou Penseignement de l’Ktat était mis au pilori.
Certain travail de neuf colonnes, dti cependant a la plume d’Alexandre de Saint-Chéron, était un réquisitoire trés ferme et trés dur contre les principes de Université. Le gouvernement rompit les négociations. « Rendons graces 4 Dieu, s’écrie Louis Veuillot, Univers a faché le ministeére et le lien de honte est rompu. J’en suis stir. Pourvu maintenant qu’on ne le renoue pas! Ainsi nous voila donc, aprés que le journal s’est bien compromis, dans la méme position embarrassée quavant, plus mauvaise méme a cause des facheuses impressions qu’a recues le public.
Néanmoins je me réjouis. J’aime mieux un journal catholique mort que vendu! » (A Foisset, 3 mai 1842).
L’Univers était libre, mais restait pauvre.
L’Union catholique, fondée par des légitimistes,
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lui faisait une guerre sourde. Elle avait pour directeur M. de Lavau. Henri et Charles de Riancey y débutaient, ’'abbé Dupanloup s’y insinuait. Elle reprochait surtout a Univers d’accepter le gouvernement établi et elle fit si bien quelle lui vola son gérant : « Nous sommes dans la crise la plus terrible que Univers ait encore vue, mande Louis a son frére, et je crois méme qwil en mourra cette fois. » (81 mai 1842). Un géerant alors, c’était un gros personnage, car il devait déposer dans les caisses de l’Etat un cau- Ationnement de 100,000 francs. « Et cela lui donnait des droits..., dit philosophiquement M. Eugéne Veuillot. Le sauveur fut un fabricant d’équipements militaires, M. Eugene Taconet, déja ami et soutien de l’Univers, mais poussé a lui venir plus largement en aide par M. Eugéne Boré, alors laique, mort quarante ans plus-tard supérieur des Lazaristes. »
Quant a Louis Veuillot, sa collaboration demeurait toujours gratuite. C’est le 12 juillet 1842 seulement qu’il put écrire a son frére : « Je puise 200 francs par mois dang la caisse de l’Univers (en vérité !) représentée par Taconet. » Mais comme il conservait sa situation, ou plutédt sa sinécure, au ministére, et que ses livres se vendent, cela lui faisait 700 francs par mois « Et je ne suis pas plus riche que si j’avais toujours été a 50 écus ou 200 francs. A quoi diable cela tient-il? Je veux étre pendu si mes dépenses personnelles vont a 250 francs. Mais voila pourquoi les positions me sont indifférentes. Puisque jamais il ne m’en reste davantage, qu’est-ce que cela me fait de gagner plus ou moins? » Jamais écrivain ne fut moins.que lui homme d’argent ; il navait qu’une passion, celle de bowquiner, mais il s’y adonnait avec volupte.
En ce moment il poussait a ressusciter le Correspondant. A cdté du journal, fait d’articles rapides et volants, il faut la revue avec ses études plus fouillées, plus doctrinales et qui restent. Des
réunions se tiennent chez le baron de Montreuil °
dans ce but. On y discourt longuement, sans conclure, et ’on ne s’entend pas. Cette mollesse, ces louvoiements font trépigner Louis Veuillot qui exhale ses indignations dans le sein de Théophile Foisset : « Ce que j’ai de trop, je tremble qu’on ne lait pas assez... Je suis trop ignorant pour n’avoir pas de la violence ; il leur manque du sang, de la haine contre une société ot ils ont leur place et dont les velours et la dentelle les empéchent de voir les plaies et de sentir les corruptions. Ils ignorent ce qui se passe dans la rue, ils n’y ont jamais mis les pieds ; moi, j’en viens, j’y suis né, et pour tout dire, j’y demeure encore. Eh bien! Dieu me dirait : « Ces institu- « tions, ces arts, cette civilisation, je vais tout « réduire en poudre! » je me prosternerais et je n’userais de mon droit de priere que pour lui demander de sauver les Ames. » (Mai 1842).
Il disait cela au sortir d’une séance de la Chambre des députés ot M. Louis de Carné, par
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tactique, croyant se concilier la faveur des députés haineux et mieux réussir ainsi 4 défendre PEglise, avait désavoué la presse catholique trop zélée. Cette faiblesse provoqua les impiétés de M. Isambert, et la protection hautaine de M. Dupin « Je dis, s’écriait Louis Veuillot, que j’ai vu la France cracher sur l’Eglise catholique, et il résulte pour moi de cette séance que la religion n’est que tolérée. Si cela convient & mes fréres, je n’ai rien 4 dire, mais en mon Ame et conscience, je ne puis me soumettre aux conditions que Von nous présente et je ne m’y soumettrai pas. Ce sera beaucoup que je me taise... Je ne suis pas découragé, je ne suis pas fatigué, je ne suis pas désespéré, je suis dégotité, et ce sentiment indomptable me pése au dela de tout ce que je puis dire. Oui, j’aurais besoin de m’enfermer, de prier et surtout de pleurer. » (Méme lettre).
Le Correspondant dut cesser de paraitre, grace a Vinertie des catholiques. Il ressuscita toutefois VPannée suivante (1843). Mais Louis Veuillot n’en prend pas son parti. Voila donc ce qu’a produit «la haute littérature catholique » en deux années” et plus : quatre ou cing brochures publiées par Olivier! « Croisons nos bras, reposons - nous durant quelques années, vaquons a nos petites affaires, 4 nos petits voyages, 4 nos petits volumes" connus de trois a quatre cents lecteurs pieux et de quelques milliers de petites filles; nous avons assez fait pour les combats du bon Dieu. » Il sagit maintenant d’aller dans les taudis porter des bons de soupe. Une heure de temps et vingt sous d@aumodnes toutes les semaines paieront a Dieu, a nos fréres et 4 la société la dette de notre intelligence, de nos loisirs et de notre amour. Nous sommes de fiéres gens}...
« Pour les spectateurs qui n’ont jamais su et ne sauront jamais que se faire des oratoires tendus de velours, qu’ils s’y enferment, quils y prient a leur aise! Si l’on ne fait que jeter par la fenétre leurs crucifix et leurs prie-Dieu sculptés, je n’y verrai pas grand mal. Ils ont raison de donner du pain aux pauvres, mais ils ont tort de ne pas donner la lumiére aux riches, et je ne leur impute pas a ignorance, mais 4 couardise et lacheté, le peu de souci ot ils demeurent sur ce point. Celui qui ne fait pas tout le bien qu'il pourrait faire, cest qwil n’aime pas tout le bien qu’il doit aimer, comme il le faut aimer. Malheur aux riches parce qwils craignent le combat! malheur aux trafiquants parce que dans le combat ils cherchent le gain! malheur au lache qui ne donne une part de son bien que pour avoir le droit de jeter au loin son épée! I] sera dit de ce temps qw’il n’a pu produire un riche assez intelligent et assez dévoué pour se mettre entierement, corps et biens, au service de l’Eglise. Quoi! toujours et partout la prudence humaine! Pas un homme, pas un riche, pas un lettré qui se montre transporté de la folie de la croix et qui compte absolument sur Dieu! Il faut que ces grandes taches incombent toujours
a des jeunes gens ou mal pourvus d’expérience, ou dénués de fortune, ou manquant d’une certaine abondance nécessaire des dons de l’esprit, et il ne se rencontrera pas enfin trois ou quatre hommes pour former, en mettant en commun ce qu’ils possédent, l’homme qu’il faut! Helas! de quelle fagon aimons-nous Dieu! » (A Foisset, 28 nov. 1842).
Nous avons tenu a ne pas écourter cette citation, si violente, — et au fond si juste, — ne fiit-ce que pour faire remarquer en faveur de Vépoque actuelle, si triste qu’elle soit, que nombre de riches ont apporté depuis une partie de leur fortune 4 l’Eglise. La presse catholique n’en est plus & mendier les capitaux nécessaires, aussi a-t-elle pris un essor considérable, elle compte dans les hautes sphéres politiques et elle a descendu jusque dans les chaumiéres pour leur apporter la lumiére chrétienne, le pain de lame. Les hommes non plus nont pas manqué. Kt cependant combien encore se croisent les bras et n’ouvrent jamais leur bourse pour cette couvre de la presse, la meilleure de toutes, celle des cuvres de miséricorde spirituelles qui est la plus urgente et sera la mieux récompensée! A ces riches il manque la foi, gui serait le meilleur appui de leur fortune. La foi leur donnerait la bonté qui les inclinerait vers le peuple et éteindrait le foyer de la révolution. Le mot de la Bruyére est toujours vrai: «Si les grands s’avisaient d’étre bons, quelle idolatrie ! »
VI. — Mais revenons a l’ Univers. Louis Veuillot attache a la rédaction Edouard Ourliac, lauteur spirituel dela Physiologie de l’Ecolier, « bon converti, bon chrétien, excellent coeur, excellent esprit dont vous lirez de fort aimables articles, écrit-il 4 Pabbé Morisseau. Cela palira beaucoup vos chers Propos. divers ; mais vous en serez content et la religion y gagnera » (27 novembre 1842) ; puis Léon Aubineau, « un de nos amis, un jeune archiviste qui a beaucoup de talent. » (Au méme, 7 décembre 1842). Cette derniére lettre est datée de Lille, ou il fait une campagne en faveur de l Univers. Au mois de janvier suivant, il la continue a Nancy. Son voyage sera moins fructueux que celui du Nord, mais il y est trés accueilli, tras fété. « Les curés sont éperdus de joie lorsqu’ils me voient, je suis fait pour les divertir; ils me le rendent bien. Je ne suis jamais si content qu’avec ces ames franches, rudes, dévouées ; je bénis Dieu de m’avoir rendu agréable a ces bons ouvriers de la vigne céleste. » Ses lettres sont remplies de ses éloges des curés de campagne. Fils du peuple, comme la plupart d’entre eux, chez eux il se retrouvait chez des fréres de méme race, de mémes origines, de mémes sentiments.
A Nancy il rencontre Lacordaire qui donne des conferences « inexprimablement belles, » et qui un jour, dans une séance de la société de Saint- Francois Régis, «’exhorte solennellement, » devant cing cents personnes, « a garder le célibat pour la cause du bon Dieu et de la presse chrétienne. »
L’AMI DU CLERGIC
Ces deux hommes n’étaient pas fait pour s’entendre. L’un était toujours un peu dominateur, se confinait dans des sphéres supérieures ou l’on n’était pas tenté de le suivre, aussi ses conversations devenaient fatalement des monologues ; Vautre, simple, cordial et bon, aimait, cherchait et forcait la réplique; on jouissait de Peécouter, mais tout le monde était a laise, y allait de son esprit; les entretiens avec lui étaient attachants, comme ses ripostes éblouissantes. De Nancy il rapporte les éléments de la Résurrection dune ville qui fait partie de Ca et Id. Le héros de cette résurrection chrétienne, c’est M. Guerrier de Dumast.
Quand il rentra aux bureaux de l’Univers, V Union catholique avait disparu; les deux feuilles avaient fusionné. En annoncant cet événement, du Lac déclarait que le journal suivrait sa meme ligne de conduite :
« L’Union catholique, ajoutait-il, vient associer ses travaux a ceux del Univers... Les écrivains qui avaient cru utile de partager leurs forces pour attaquer ’ennemi commun par deux cétés a la fois se sont donc ralliés sous une seule banniére et ont confondu leurs efforts, leurs travaux, leur ardeur, leur existence entiére, dévoués a servir ayec courage, indépendance et inébranlable fidélité la cause de l’Eglise et de la nationalité francaise.
« Rien n’est changé dans la direction de I’ Univers, dans sa constitution sociale : nos forces sont doublées, voila tout. »
Cette note ne disait rien de la politique, parce que sur ce point chacun gardait ses convictions et que les divergences persistaient, profondes autant que bigarrées. Louis Veuillot et du Lac acceptaient le pouvoir établi, sans plus ; Saint-Chéron. était gouvernemental; le comte de Lavau attendait ’avénement de Henri V. Du Lac et Saint- Chéron étaient tous deux rédacteurs en chefs; M. Taconet et M. Bailly, tous deux administrateurs. Les principaux rédacteurs des deux feuilles” étaient admis aux séances du comité. On devine que les débats pouvaient étre orageux quand on abordait les questions politiques. Saint-Chéron trouvait toujours qu’on était dur pour le ministére; le comte de Lavau, qu’on Pattaquait trop mollement. « Un exemple, dit M. Eugéne Veuillot, montrera comment les choses se passaient. C’était jour de séance. Louis Veuillot remet a du Lac un article, celui-ci y jette les yeux et le fourre précipitamment dans sa poche. — Est-ce pour le soumettre au comité que vous ne l’envoyez pas & Vimprimerie ? lui dit mon frére. — Par exemple! je ne l’envoie pas tout de suite parce qu'il me parait salé et ne peut plaire a tout le monde. Or s’il revenait en épreuves avant la fin de la séance, on demanderait 4 le lire, et l’on voudrait Vadoucir, sinon l’écarter. Je Venverrai quand la séance sera levée. — Trés bien! Et moi je pars pour n’avoir pas 4 dire quel article j’ai fait. » Du Lac dont la volonté était calme, résolue
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et rude, usa plusieurs fois de ce procédé quelque peu irrégulier. Naturellement il y eut des protestations... »
Kn fin de compte c’était du Lac et Louis Veuillot qui restaient les maitres, d’abord parce qu’ils
ayaient Vintelligence plus haute, le caractére plus ferme, et qu’ils étaient dans le vrai, ensuite parce quwils avaient entrainé de leur cété M. Eugéne Taconet qui possédait la caisse.
-Quelque temps aprés, du Lac entra chez les Bénédictins. [1 n’était que simple tonsuré et @ailleurs ne recut jamais les ordres, mais il avait dés longtemps des aspirations vers la vie religieuse, et il céda a son attrait. Louis Veuillot fut done obligé de le remplacer comme rédacteur principal : « Ce n’est pas setlement un ennui inimaginable, déclare-t-il, c’est un véritable malheur que cette nécessité. Mais elle est absolue. Il faut. que je prenne le fardeau, ou que VUnivers, aprés avoir chancelé quelques jours entre le légitimisme étroit de ’ Union catholique et le ministérialisme, tombe dans un de ces abimes. Je ne puis ainsi laisser périr une cuvre de cette importance. Je me dévoue donc. Jamais
je n’ai rien fait avec plus de chagrin, car non seulement la capacité-me manque, du Lac n’étant plus la, mais je vais avoir encore 4 subir des luttes et des tracasseries dont je ne finirais pas de vous donner le détail si je voulais l’entreprendre. Venez a mon secours devant Dieu, mon cher ami. Songez tous les matins, a la messe, que je suis accablé, seul sur la bréche, pas un ami autour de moi pour me consolur et m’aider,
et sans cesse piqué par les cousins et les mouches pendant que je combats. » (A l’abbé Morisseau, 43 mars 1843).
Désormais il est « secrétement rédacteur en chef » et remplace du Lac « sous le voile du Pére Bailly. » — « Rien ne se fait sans mon consentement, et juse de politique pour que ma volonté plaise 4 PUnion que nous ne youlons point bles-
ger. Saint-Chéron est prié de se tenir sous terre, et j'ai quatre mille francs par an. » Pour étre plus prés du journal il s’est mis en pension chez M. Bailly, ot il. est « logé, nourri, chauffé, blanchi, raccommodé, tisané s'il le faut et clystérisé en cas de besoin, moyennant la somme de 4800 francs par an. » (A son frére, 28 mars 1843).
Louis Veuillot n’était pas homme a eniretenir une situation fausse. I savait ce qu'il voulait, et ce qu’il voulait ille voulait bien. Puisqu’il était rédactcur en chef, il en assumerait les charges, mais avec les charges l’autorité et les prérogatives. Bientét il mande dans Jintimité a
M. Eugéne Veuillot : « Je suis rédacteur en chef de cette facon que Taconet m’appartient absolument, que rien ne passerait contre ma volonté,
que je ferais tout passer contre la volonté des autres, mais que je dois me montrer coulant pour les autres et prudent pour moi. » C’est un vrai « mariage 4 la mode.» La séparation est inévitable «et sera fort désirable. Les nouveaux venus ne
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sont visiblement entrés dans la communauté qu’avec la prétention de tout prendre. » (Avril 1843).
La situation était done délicate ; elle se dénoua cependant, sans cassure. Les principaux rédacteurs de ’Union, comme Henri et Charles de Riancey, le comte d’Horrer, l’abbé Le Dreuil resterent a l Univers et Louis Veuillot: devint rédacteur en chef, sans conteste. Cette décision était le triomphe de Vidée catholique : la presse respectueuse du pouvoir, mais libre vis-a-vis de Etat. Pas de faveurs officielles, mais pas de compromissions. Louis abandonna son « sous-cheffat » et Eloi Mallac, son directeur, cette fois définitivement. Depuis quelque temps d’ailleurs, s'il gardait la place, il ne touchait pas d’appointements. Sa voie était trouvée, il-y entra de pleine joie, pour y travailler a plein collier. — Ce n’est pas qu'il n’ait concu quelques regrets. Journaliste, certes, il Pétait, comme pas un, cependant il était plus littérateur encore que journaliste. En quelques années il avait écrit, avec son Ame surtout, des livres admirables de forme littéraire, d’esprit, de pieté communicative, Rome et Lorette, les Pélerinages de Suisse, Pierre Saintive, le Sub tuum ou Agnés de Lauvens, ’Honnéte femme, et il composait les Frangais en Algérie. Le succés les avait tous couronnés. Son ame restait pleine de poésie et de chants, son esprit avait concu une
multitude de plans de livres nouveaux et sa plume jouissait d’avance de les écrire pour faire ©
connaitre I’Kelise, la vérité, la beauté éternelle, pour faire aimer Dieu. Tous ces « livres révés, » toutes ces fleurs a peine écloses, mais vivantes déja dans sa puissante imagination, dans son cceur tendre et pieux, tout cela, « au vent! »
Dans Ca et Id, il expose en guelques pages péné--
trantes la tristesse de ses adieux a tant de beaux réves. .
Déja il avait un nom, il était redouté et admiré, il comptait des amis méme parmi les écrivaing boulevardiers ou universitaires : son talent avait séduit tous ceux qui savaient manier une plume. Il pouvait écrire des ouvrages de longue haleine qui eussent recueilli les faveurs des lecteurs du présent et du public de l’avenir, atteindre rapidement le sommet de la gloire. I] fallait renoncer a tout cela; il le fit généreusement. Les verges remplaceraient les lauriers; la haine, les outrages, les injustices, les éecourements, seraient son lot abondant, au lieu des éloges publics, des palmes flatteuses, des distinctions officielles, du fauteuil
académique. La méchanceté fut si criante alors:
que c’est aujourd’hui seulement que les lettrés universitaires ont découvert Louis Veuillot. Il y eut complot, dans leur clan, pour V’ignorer ou pour le dénigrer, et quand Jules Lemaitre publia son étude étincelante, mais bien incompléte, sur Vécrivain catholique, pour beaucoup ce fut une révélation.
Mais il jugea quil y avait mieux a faire que décrire de beaux livres: c’était de combattre; et
-dés longtemps d’ailleurs
de sa brillante plume d’aigle ou de cygne, il fit une épée. Dieu Vavait doué a la fois de vigueur et de mesure. Son style put paraitre violent, sa ligne de conduite demeura immuablement calme et sage. Il acheya et fixa ’évolution de l’esprit catholique dans la presse. Les uns, comme l’école de Avenir, avaient trop méprisé le pouvoir; les autres, comme le parti de ’Union catholique, Vavaient ou trop encensé ou trop injurié; il se garda des exces et resta dans le juste milieu de la doctrine et du respect. D’autre part, il apportait a la défense de l’Kglise, outre son merveilleux talent, une force vierge. Les anciens rédacteurs de l’Avenir gardaient, malgré tout, une sorte de tare, et restaient suspects. A Rome, il suffisait de parler de «la queue de Lamennais » pour indisposer le Souverain Pontife et les cardinaux. Louis Veuillot n’avaitaucune attache a la doctrine mennaisienne, aucun penchant pour ces hommes, aucune compromission.auprés de n’importe quel parti; c’était Vhomme nouveau des nouveaux temps catholiques, c’était la jeunesse et l’avenir.
Il est le maitre maintenant, il peut sans entrave exposer, développer, claironner son programme parfaitement arrété.
« L’Univers appelé a une renommeéee si brillante, dit M. Kugéne Hatin, ne prit de l’autorité que quand M. Veuillot en fut devenu rédacteur en chef. » Cette autorité commence avec l’ampleur et la netteté de ses déclarations :
« Nous ne sommes entiérement hostiles qu’a la source radicale du désordre, a ’impiétée, a la dépravation des doctrines, a Veffroyable avilissement des moeurs. Justes envers tous, soumis aux lois du pays, dévoués a celles de l’Kglise, — libres et chrétiens, — nous réservons notre hommage et notre amour 4 Vautorité vraiment digne de nous qui, sortant de l’anarchie actuelle, fera connaitre qu’elle est de Dieu, en marchant vers les nouvelles destinées de la France, une croix a la main...
« Kglise et Patrie! c’est-a-dire soumission aux vérités de la foi; soumission aux adorables volontés de la Providence, méme lorsqu’elles pésent sur nous, et surtout lorsque leur poids semble plus extréme; constance dans le travail qui parait inutile, générosité dans le sacrifice méconnu, loyauté dans le combat le plus vif et contre l’ennemi le plus déloyal. Pardon, oubli, dévouement dans la défaite et dans la victoire 4 l’adversaire vainqueur ou vaincu, parce qu’il est moins un adversaire qu’un frere et que c’est pour lui-méme que l’on a lutté contre lui.
« Oui, obéir a ’Eglise contre nos désirs et contre les instincts mémes de nos cceurs ; contre ces instincts encore aimer des fréres ingrats... Nous sommes chrétiens; ce n’est que dans nos consciences et dans nos cwurs que nous aurions pu trouver des obstacles’ insurmontables. Nous y avons regardé longuement; nous n’y avons rien vu qui dit nous arréter; nous poursuivrons notre chemin...
«Nous rendrions justice au Pouvoir, quand — méme on affecterait de nous croire soudoyés par lui; nous blamerions, s’il le fallait, nos amis les plus généreux, dussent-ils aussit6t nous abandonner... »
Voila ce qu’écrivait le jeune rédacteur en chef, 4 peine agé de trente ans. Comment ne pas admirer et cette fermeté et ces envolées? On sent quwil est sur son terrain et qu’il posséde ses idées. On prévoit aussi qu’il saura se defendre contre tous ceux, amis et ennemis, qui l’attaqueront. Car ce ne sont pas seulement des contradictions qui Vattendent, mais des coléres, des délations méme. Jusqu’a cet excellent Ozanam qui bientdt, lui pré- — sent, dans une réunion présidée par l’archevéque de Paris, lui prédira le sort de Lamennais, et l’accusera de frapper sur des hommes « assez malheureux pour ne pas croire, » dont il empéche le retour.
« Nous voulons bien que les blasphémateurs sauvent leur ame, lui répond-il le lendemain, mais nous ne voulons pas qu’en attendant ils en perdent d’autres... [1 importe sans doute qu’ils se sauvent, mais ilimporte aussi qu’ils cessent de nous perdre. Leur Ame n’en vaut pas deux, et encore moins en vaut-elle cent ou mille...
« Mais ils auraient pu se convertir, donner un erand exemple... — Oui, c’est ainsi que vous les voyez. Nous les voyons, nous, dans les écoles, au milieu d’une jeunesse quwils abreuvent sans scrupule de tous les venins de Verreur: ils ont Vaudace sur le front, la raillerie 4 la bouche; ils nous permettent de croire qwils ont l’athéisme au cour. Nous comptons par centaines leurs victimes, et dans nos Ames mémes s’agite un reste de leurs poisons. Puisse Dieu les convertir demain! Notre affaire est de leur échapper aujour@hui!
-« Mais ilne faut pas manquer a la charité! — Ne pourriez-vous pas d’abord étre vous-mémes plus charitables envers nous? Quelle est donc cette étrange pondération qui vous pousse a nous reprocher en quelque sorte de n’étre pas chrétiens ?...»
On peut étre stir que la campagne sera rudement menée... Montalembert est 4 Madére avec sa femme malade:c’est donc Louis Veuillot qui devra combattre presque seul dans les luttes de 1844 pour la liberté de ’enseignement. Mais il ne laissera rien a dire. Nous avons d’ailleurs raconté tout cela en son temps, et sa Lettre ad M. Villemain, qui était le pendant de la brochure de Montalembert, Du devoir des catholiques dans la question denseignement, et le procés de V’abhé Combalot, condamné 4 quinze jours de détention (6 avril 1844), et celui de PUnivers (4 mai 1844) dou son rédacteur en chef et son gérant Barrier sortirent honorés dune amende de trois mille francs et d’un mois de prison *.
* Voir nos articles de année derniére sur La liberté Penseignement au XIX* siécle, n* des 26 janvier, 28 féevrier, 11 mai, 8 juin, 17 aout et 14 septembre.
C’était la vengeance de M. Villemain. Mais la Conciergerie mit au front de Louis Veuillot lauréole de la persécution qui appelle toujours le respect. Il fallait la prison a ? Univers pour que nulle
gloire, nulle consécration ne lui manquat !.
QURSTIONS de science ecclésiastique CONSULTATIONS DIVERSES
Q. — Le Saint-Esprit est-il communiqué substantiellement ou accidentellement dans le sacrement de confirmation ?
R. — Quand il se présente une question a résoudre, la premiére chose 4 faire est toujours d’en bien préciser les termes.
Ici les expressions « substantiellement ou accidentellement communiqué » ont besoin d’étre expliquées.
Dans la Confirmation, le Saint-Esprit est « communiqué »: c’est un point gui est certain et sur lequel il n’y a pas a discuter.
Tl est communiqué d’une maniére spéciale en rapport avec l’effet du sacrement : c’est encore un point hors de conteste. Mais il ’est de la maniére générale quil Vest par les autres sacrements et
. par les autres moyens de sanctification. Par la
grace sacramentelle et spéciale dela Confirmation, le Saint-Esprit est donné de la méme facon que par la grace du baptéme et dans toute infusion de la grace sanctifianie. Le mode de communication est le méme; la communication spéciale opérée par le sacrement de Confirmation a de particulier qu'elle se termine dans le sujet al’effet propre au sacrement de Confirmation, qui est de rendre parfait chrétien le fidéle né a la grace par le baptéme.
~ C’est ce gui ressort de l’enseignement commun sur g
la grace en général et sur la grace sacramentelle en rapport avec la grace sanctifiante.
Or, en toute infusion de la grace, le Saint- Esprit nous est donné de deux maniéres : 4° pour habiter en nous ; 20 pour étre en nous le principe
qui nous éléve a l’étre surnaturel et nous donne
de produire les actes de la vie surnaturelle. Dans la Confirmation, il nous est communiqué pour habiter en nous, non pas que cette communication commence en nous Jinhabitation de VEsprit-Saint, puisqu’elle a pris naissance a la premiére infusion de la grace sanctifiante au baptéme; mais l’inhabitation est plus parfaite en ce que l’Esprit-Saint nous est plus intimement, plus profondément, plus efficacement uni. Il nous est aussi communiqué comme principe de vie et d’opération surnaturelles en ce qu’il nous donne de
‘ Lire surtout le premier vol. de Louis Veuillot, par M. Eugéne Veuillot. (Paris, Retaux).
Se ae ‘LAMI DU CLERGE oe | 523
vivre plus parfaitement et d’étre disposé 4 des acles plus parfaits de vie surnaturelle.
Cette « communication » est-elle « substantielle ou accidentelle? » Avant de répondre, il nous faut encore expliquer en quel sens ces deux expressions peuvent se prendre.
« Substantiellement » peut se rapperter 4 l’Ksprit-‘Saint : ce mot signifie alors que le Saint-Esprit nous est communiqué « dans sa substance » et, ce qui est le méme, dans sa personne.
« Accidentellement » ne saurait guére lui convenir : car dans l’Esprit-Saint il n’y a pas d’accident ; cette expression « accidentellement, » appliquée a l’Ksprit-Saint, n’est done susceptible d’aucun sens acceptable.
« Substantiellement » peut se rapporter 4 l’4me du confirmé : et alors ce mot signifie que la communication de |’Esprit-Saint entre dans la substance de lame et fait partie de son étre substantiel. :
« Accidentellement » appliqué 4 lame signifie que cette communication crée dans |’Ame un accident nouveau, un nouveau mode d’étre et d@opérer, une faculté nouvelle, une nouvelle habitude.
Si Ton étudie la question dans sa formule en tenant compte de ces explications, on voit qu’elle est difficile & entendre dans un sens bien logique.
Pour qu’elle fit logique, en effet, il faudrait que -
les deux expressions « substantiellement » et « accidentellement » fussent contradictoirement opposées, et, pour cela : 1° qu’elles se rapportassent au méme objet; 20 que lun des deux termes de la disjonctive fit la négation de l’autre. Or, l’opposition ne saurait exister pour le Saint-Esprit, puisqu’une seule des expressions lui convient ; elle ne saurait donc exister que du cété de l’Ame. La question devrait alors se traduire ainsi: « La communication de ]’Esprit-Saint estelle substantielle ou accidentelle dans l’d4me du
confirmé? » Mais, ainsi formulée, la question — laisse de cété la substance de |’Esprit-Saint pour |
ne concerner que la substance et les accidents de l’Ame, et ce n’est pas ainsi qu’on l’entend. Evidemment on demande si la communication de l'Esprit-Saint est la substance de I’Esprit-Saint ou un accident de l’Ame et ici les deux expressions « substance » et « accident, » ne se rapportant pas aun seul et méme objet, ne peuvent avoir entre elles Yopposition contradictoire qu’exigerait la logique.
Malgré le vice constitutionnel de la question, nous la prendrons telle qu’elle se présente et nous la résoudrons sous ses différences faces.
D’abord nous devons affirmer que ce qui nous est donné ou communiqué dans la Confirmation, c’est l’Esprit-Saint dans sa substance et sa personne:il ne saurait en étre autrement, l’Esprit- Saint nous étant donné, car il est identiquement sa substance et sa personne. C’est donc dans sa substance et sa personne qu’il nous est donné par
la Confirmation pour habiter en nous plus parfaitement et pour étre en nous le principe d’une vie surnaturelle plus parfaite et d’opérations surnaturelles plus excellentes, conformément a ce qui a été dit plus haut.
Maintenant, comment l’Hsprit-Saint est-il regu dans ’Ame? Est-ce pour faire partie de la substance de l’A4me ou comme un accident de cette substance? — Ni lun ni J’autre. Si la substance de l’Esprit-Saint devenait notre substance, nous serions Dieu comme lui, ayant en nous la nature divine qui est la méme chose que la substance divine ; nous serions ie un seul et méme Dieu, puisqu’il n’y a qu’und’ seule et méme substance ou nature divine; et, comme nous enirerions en Dieu par la personne de 1’ Esprit-Saint, nous serions avec lui la troisiéme personne de la Sainte Trinité. C’est du pur panthéisme et de Vabsurdité. — Si la substance de l’Esprit-Saint
sunissait 4 notre substance comme wun acci-
dent, il faudrait admettre une série d’autres absurdités, savoir quune substance puisse, restant substance, devenir Vlaccident d’une
autre substance; qu’une substance infinie soit recue dans une substance finie comme un simple accident de celle-ci; qu’une substance bornée puisse recevoir un accident infini, ete. — La présence substantielle de Esprit-Saint en nous n’est done en nous ni substance ni accident, et, dans ce sens, elle n’est ni substantielle ni accidentelle.
Comme habitant en nous et comme principe de vie et d’opération surnaturelles, le Saint-Esprit nous éléve a une haute dignité et 4 un degré surnaturel de vie. C’est un sceau divin qui produit en notre ame une empreinte divine, dont il est la cause efficiente, parce qu’il la produit, exemplaire, parce qu’elle nous forme 4 son image, et finale, parce qu’elle nous dispose 4 le voir et jouir éternellement de sa vue. ;
Cette dignité, cette élévation de notre vie, cette empreinte du sceau divin qui sont les effets de la présence substantielle de VHsprit-Saint, sont en nous ala fois accidentellement et substantiellement: accidentellement, parce que ces effets modifient notre 4me; substantiellement, parce qu’ils affectent, non seulement nos actes et nos facultés, mais encore la substance méme de notre Ame qui est élevée 4 une maniére d’étre supérieure. Dans ce sens, ce que nous recevons de l’Esprit-Saint substantiellement présent, est & la fois substantiel et accidentel. Et ainsi la communication qui nous est faite de lHsprit-Saint dans la Confirmation est a la fois substantielle et accidentelle.
Résumons en quelques mots notre réponse.
Dans la Confirmation, le Saint-Esprit nous est substantiellement et personnellement donné, non pour que sa substance devienne la nétre ou que la
nétre devienne la sienne, mais pour étre le prin- |
cipe d'une élévation surnaiurelle qui se produit en nous accidentellement et qui informe 4 la fois la substance de notre ame, ses facultés et ses actes.
52h ere AMI DU CLERGE
Cette solution est 4 la fois contre ceux qui prétendent que ce n’est point dans sa substance, mais dans sa seule efficience, que le Saint-Esprit nous ~ est donné; et contre ceux qui prétendent que le Saint-Esprit informe notre Ame de sa propre substance : deux erreurs qui sont l’une et l’autre contraires 4 la foi divine catholique: la premiére, parce quelle contredit l’Ecriture, ’enseignement constant des saints Péres et le sentiment de ]’Eglise; la seconde, parce qu’ellé contredit en outre la définition du Concile de Trente sur la cause (ou la nature) de la justification. (Sess. v1, De Justi}, ¢. vil, ante med.). ;
Pour compléter notre réponse, il n’est pas inutile d’ajouter que dans la Confirmation nous recevons, avec le Saint-Esprit et de la méme maniére, les deux autres personnes de la Sainte Trinité, qui dans les wuvres ad extra sont inséparables lune de l’autre. C’est par appropriation que effet de la Confirmation est attribué au Saint-Esprit, bien qu'il soit commun aux trois personnes divines. L’union que la communication del’ Esprit- Saint établit entre iui et l’Ame du confirmé n’est pas une union hypostatique comme celle de la nature divine et dela nature humaine dans |’'Incarnation.
Q.—L’Ami du Clergé (page 335) est d’avis qu’on peut donner un billet de confession a un futur « dont on ne peut tirer le plus petit aveu, » pourvu qwil soit «entré au confessionnal, et que, extérieurement, il ait paru se confesser. »
Tl semble que cette décision, mise en pratique, aurait © de graves inconvénients, entre autres celui de ruiner la coutume salutaire qui, chez nous, oblige les fiancés & se préparer au mariage pa le sacrement de Pénitence.
Tl est str en effet qu’un vedio homme muni d’un billet de confession obtenu dans de telles circonstances, ne manquera pas de faire savoir qwil arefusé de se soumettre aux exigences du prétre. Dés lors, les jeunes gens qu'il aura inyités a ses noces se sentiront encouragés 4 limiter et plusieurs le feront au moment voulu. Bientot tout le monde saura qu’on peut impunément mépriser la loi, et le billet de confession deviendra un sujet de risée, voire un trophée que se pinta & étaler Pincrédulité triomphante.
En outre, le prétre, dans ces conjonctures, joue un role de dupe. Aux yeux du monde, il passera pour naif a Vexcés, puisquil aura yu une confession réelle dans ce qui n’en est pas méme l’ombre ; — a moins cependant qu’on ne le traite de menteur. En tout cas il passera pour un homme faible, et son ministére sera discrédité.
Ein vain emploierait-on cette formule & double sens :
« J’ai entenau un tel au saint tribunal. » Le peuple, peu habitue aux distinctions, comprendra ces paroles dans
leur sens obvie qui est celui dune confession satra-
mentelle, et alors seréaliseront les inconvénients signa-
lés plus haut. S’il les comprenait autrement, le scandale — serail pire encore : on conclurait que ce qui est exigé ce West plus la confession, mais une simple formalité consistant & se présenter.
Quant au danger d’une confession hypocrite ef -mensongére, ou dun mariage civil, ce sont de moindres maux en comparaison du mépris des sacrements et de la religion; et on ne doit pas l’éviter 4 ce prix, d’antant que ce danger a pour cause unique la malice du personnage en question.
Tl m’a paru que ces raisons d’ordre général rendraiont
plutot ‘illicite ‘la pratique que vous conseillez ou que vous permettez, en vous basant sur des motifs d’ordre
“privé. Qu’en pensez-vous?
R. — Trois simples remarques suffiront, il nous semble, pour montrer clairement que notre premiére
décision estinattaquable. 4° Le cas d’un futur entré
au confessionnal et dont on ne peut tirer méme le plus patit aveu, doit étre trés rare, exceptionnel en quelque sorte. Nous supposons en effet qu'il se présente trés poliment et sans faire aucun scan-
“dale (car s’il venait y faire du scandale il devrait
étre traité comme le futur du cas précédent), et alors, avons-nous dit, « un prétre habile et bienveillant, par de douces sollicitations et par des questions amicales, pourra tirer de lui au moins un commencement de confession, et s’en servir pour le rapprocher au moins un peu de la religion, lui donner quelques avis salutaires, et méme obtenir de lui quelques promesses, et alors, méme quand il ne pourrait pas lui donner absolution, son travail n’aurait pas é6t6 complétement inutile. » Et nous deyons avouer que, quoique nous ayons beaucoup confessé, nous n’avons jamais rencontré de futur dont nous n’ayons pu cbtenir au moins quelque aveu, et que nous connaissons nombre de prétres, ayant beaucoup confessé comme nous, qui toujours aussi ont obtenu au moins quelques aveux de tous ceux qui se sont ainsi présentés poliment au confessionnal : et alors ils n’ont jamais eu de difficultés sérieuses relativement au billet de confession.
20 Mais en supposant le cas, qui assurément a di se présenter quelquefois, ’Ami a dit que « le prétre qui alors refuserait le billet de confession
ne pourrait étre blamé, puisque, aucune confes-
sion n’ayant été faite, il n’y a rien qui tombe sous le secret sacramentel. » Il suit de la que si un prétre se trouvait dans un pays ot le billet de confession donné a ces sortes de personnes causerait un vrai scandale et devrait tourner au mépris du sacrement et de ses ministres, il ne devrait pas le donner, puisqu’il n’y est pas obligé. Encore faut-il qu’il ne se fasse pas illusion et agisse bien prudemment.
30 Si au contraire le confesseur croit que le refus du billet de confession fera plus de mal que de bien (et nous pensons qu'il en serait ainsi au moins dans le plus grand nombre des paroisses de France), pourquoi le refuserait-il, puisqu’il ne fait aprés tout qu’attester une vérité, & savoir, quil s'est présenté au tribunal de la pénitence; qu’il évite bien des difficultés; et qu'il peut méme en profiter pour relever aux yeux du futur le respect du confessionnal, en lui disant, par exemple : « Mon ami, je pourrais 4 la rigueur vous refuser un billet de confession puisque vous ne voulez pas du tout vous confesser, mais pour moi tout ce qui se passe au confessionnal est sacré et absolument secret, je vais vous donner un certificat attestant simplement ce qui est public, a savoir, que vous vous étes présenté au tribunal de la pénitence, et croyez bien qu'il y a dans tout cela
personnes sur qui de telles paroles pourraient faire plus d’impression qu’une confession faite sans sincérité et sans contrition ni bon propos, uniquement pour avoir un billet.
Q. — Jecrois qwil faut étre trés prudent actuellement
avant d’attribuer au démon les faits de télépathie ou de suggestion. Je sais bien qu'il ne faut pas tomber dans Vexcés opposé ; au lieu de voir le diable partout, il ne faut pas vouloir ne l’apercevoir nulle part. Il y a un
. milieu 4 tenir. On'se montre souvent trop affirmatif.
Ainsi derniérement M. Pabké Blane énoncait dans sa revue |’ Université Catholique — dans un article ot il attaquait ce que la vétre a publié sur le somnambulisme — ce principe renversant que la lecture a travers un corps opaque est cerfainement surnaturelle., Or, tout son argument repose sur des équivoques relatives aux mots lumiére, opague,-voir. Un appareil photographique enregistre les rayons X passant a travers ma
peau qui est opaque. Or un cil suffisamment sensible —
peut faire ce que fait la plaque. C’est désolant de montrer une telle ignorance de la nature de la lumiére!
Actuellement on étudie beaucoup la télépathie et la clairvoyance. J’en connais des faits inouis, arrivant a
des personnes trés pieuses. Cela a tous les caractéres .—
d’un don naturel. Nous confondons l’anormal et le préternaturel. Flammarion vient de publier un livre trés documenté la-dessus (malgré son deuxiéme chapitre, qui est antichrétien). Le clergé fera bien d’attendre, au lieu de donner d’avance des jugements.
A la page 174, vous citez un passage du Rituel. J’ai con- ~
sulté la-dessus quatre professeurs de théologie, qui m’en ont donné de trés larges interprétations. Is n’admettent pas que cela suppose une affirmation dogmatique.
R. — Cette note semble exacte et sage, et en tout ecnforme a la doctrine toujours défendue par
PAmi du Clergé qui n’aime et ne préche l’exagé-
ration ni dans un sens, nidans un autre. — Quand 2 3 . . ’ A °
il sagit de faits de télépathie, de suggestion, de clairvoyance ou autres de ce genre sur lesquels se
font 4 notre époque beaucoup d’expériences et des —
études sérieuses, ilest assurément dangereux de se
prononcer trop tét; sur bien des cas la lumiére
nest pas encore faite, mais se fera sans doute plus tard. Lors donc qu’on ne peut prouver ni Vextra-naturel ni le naturel, il faut rester dans le doute et parler et agir en conséquence ; sans doute on peut pencher davantage, selon les circonstances et les données qu’on a, d’un céoté ou de lautre, mais sans émettre de véritable affirmation : Sapiens nihil affirmat quod non probet.
Le Rituel romain nous donne avec beaucoup de sagesse les régles propres 4 distinguer l’action du démon; sans doute il ne prétend point donner 1a
de décision dogmatique ; il serait cependant au.
moins téméraire de les rejeter ou de n’en pas tenir compte, parce qu’il nous transmet le sentiment et lenseignement de l’Kglise. — Voici du reste ses propres paroles : « Signa obsidentis demonis sunt : ignota lingua loqui pluribus verbis, vel loquentem intelligere ; distantia et occulta patefacere ; vires supra wtatis seu conditionis naturam ostendere, et id genus alia, quae cum plurima concurrunt, majora sunt indicia. »
quelque chose qui n’est pas humain, quelque “chose que vous ne soupgonnez pas. » Il y a des
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Evidemment dans un fait ou chez une personne qui réunirait tous ces différents signes il y aurait opération démoniaque. Mais aussi il est a remarquer : 4° que le Rituel lui-méme donne bien a entendre que quelques-uns de ces signes, pris ins rément, ne sont pas toujours un indice certain ;
20 qu'il n’indique point jae a quelle distance ia vue peut s’étendre, et jusqu’a quel degré @’occultation elle peut pénétrer en s’aidant de moyens trés licites, tout en restant naturelle; c’est au bon
sens et a la science a le déterminer selon les temps et les circonstances ; — 30 qu’il ne parle aucunement de la vue & travers des corps opaques, et si on voulait comprendre cela dans les mots et id genus alia, nous dirions de méme Rituel ne le détermine pas, c’est au bon sens et a la science de le déterminer selon les temps et les circonstances, et 4 nous de rester dans le doute quand nous ne pouvons avoir de vraie certitude, et d’agir on conséquence. .
Q. — Dans lAmi du Clergé du 14 mars 1900, p. 288, on étudie le cas d’un paysan guérisseur, qui a « une réputation quasi-européenne. » On approuve les missionnaires qui lui ont interdit d’exercer son art et Pont empéché ainsi de continuer & faire ses paques. On se demande comment on pourra l’absoudre a Varticle de la mort. Je trouve trop sévére la solution exposée; eu égard, bien entendu, aux données qu’on nous fournit.
En effet, les médecins admettent quil y a tout un goupe de maladies nerveuses que l’on guérit par suggestion, rien qu’en agissant sur Vimagination du malade, et rien qu’en lui persuadant fortement qu'il sera guéri. Le comité médical de Lourdes l’a proclamé, et refuse, pour ce motif, d’examiner des cas de guérison qui peutétre sont de vrais miracles, mais des miracles dont lexistence pourrait étre contestée par les spécialistes.
Or, d’aprés les données gu’on nous apporte, notre suérisseur ne semble pas faire autre chose que de la suggestion. On nous dit: « Il y a invocation au moins
‘implicite du démon, » car cet homme ne donne au malade « qu’un petit morceau de pain, fait boire dans son verre et fait quelques passes. Quelle proportion naturelle peut-il exister entre cela et Veffet voulu? » — Mais il y ena une : cest de frapper imagination, de faire croire 4 un fluide ou a je ne sais quelle force émanée de lopérateur.
On ajoute «: Il recommande d’avoir confiance en Dieu et en lui; une confiance sans doute infaillible : quel orgueil! Il n’est pas un seul des saints thaumaturges qui ait recommandé d’ayoir confiance en lui; Dieu était tout, eux n’étaient rien. » — Mais aussi notre homme a la bonne foi de ne pas se donner comme un saint, un thaumaturge. S’il parlait de la confiance en Dieu seul, cela reviendrait a dire : Je fais des miracles. Jl a Vhumilité de ne pas prétendre si haut. Il déclare tout bonnement que cest lui qui guérit, et avec la grace ordinaire de Dieu. I] a parfaitement raison, puisque c’est sa force de volonté qui subjugue Vimagination du malade et le transforme. Vous appelez cela de l’orgueil ? Non, c’est de la vérité.
Du moins, ne devrait-il pas avoir la modestie de ne pas parler de sa personne? — Mais il ne peut pas faire autrement. Pour agir sur Vesprif du malade, il faut lui dire : C’est moi qui agis, c’est moi qui veux ; et non pas : Crest une cause inconnue.
On ajoute, il est vrai, quiln’a pas voulu se séparer d’un livre spirite d’Allan Kardec; c’est la une faute, car ce livre est antichrétien, quoiqwil n’ait pas été mis 4 l’Index. Mais cette faute n’a rien a faire avec l’art de
: Comme le-
Vopérateur et n’autorise pas 4 lui interdire de guérir. De ce qu’il a ce livre, il ne s’ensuit pas, comme on nous
Vinsinue, « qw’il doit assurément étre adonné plus ou
moins au spiritisme. » Voila un homme condamné sur . des hypothéses! Il peut avoir d’autres motifs de tenir 3 ce livre, par exemple, qu’un paysan n’aime jamais a céder ce qu'il posséde, ou que certains passages ont
trait a la guérison des maladies par suggestion. Je
n’examine pas s'il n’etit pas mieux valu le laisser dans la bonne foi. Je ne m’occupe que de art de guérir. Ladessus non est inguietandus.
Dans le numéro de Ami du Clergé du 1 février 1900, p. 103, ‘on a donné des principes larges et sages — sur ces matiéres.
R. — C’est 4 tort, croyons-nous, que notre correspondant trouve la solution donnée a ce cas trop sévére ; quelques courtes observations suffiront pour l’en convaincre. 19 Dans une mission les Péres ont refusé de Vadmettre ad la communion. Or, ils ont di certainement peser son cas avec maturité, et il est bien plus facile de résoudre un cas avec justesse en interrogeant celui qui en est auteur, et en le faisant parler, que sur un simple exposé toujours trop succinct. On sait d’ailleurs que les missionnaires sont, en général, assez larges dans leurs décisions, et quils tiennent beaucoup 4 faire réussir leur mission, et a faire approcher surtout bon nombre d’hommes de la sainte table; si donc ils ont repoussé celui-ci, cest assurément qu’ils étaient convaincus de. son indignité, et que leur conscience ne leur permettait aucunement de l’admettre. — Il y a déja la une présomption tellement grave qu’elle oe a peu pres a une certitude.
20 Il est tout a fait a croire que le sorcier est adonné aux principes néfasltes du spiritisme, et il posséde un livre d’Allan-Kardec dont il ne veut se séparer a aucun prix. Si notre correspondant veut se reporter au catalogue de l’Index, il y trouvera nommément inscrits plusieurs livres d’Allan Kardec, et si tous n’y sont pas nommeément, ils y sont au moins implicitement. Car ils sont Combes dans les livres condamnés par euxmémes; qu’on se reporte en effet aux principes génaraax dont il suffit de citer le « 20 : Libri apostatarum, hereticorum, schismaticorum, et quorumcumque scriptorum heeresim vel schisma propugnantes, aut ipsa religionis fundamenta uteumque everientes. » Or Allan-Kardee peut étre regardé comme un apostat et un hérétique, et ses livres ont pour but de renverser les fondements de la religion. — Sans doute bien des paysans naiment pas céder ce qu’ils possédent, mais cet homme n’est pas un paysan ordinaire, c’est un savant, au moins prétendu. Ou’on remarque enfin que c'est celui qui a exposé le cas, et qui connait bien l'homme, qui le croit adonné au spiritisme.
3° Nous sommes loin de nier quil y ait des maladies nerveuses qui se guérissent par suggestion, en agissant fortement sur Vimagination du malade et en lui persuadant qu’il sera cuéri 5 mais alors presque toujours cette guérison n’est que momentanée. Cependant si notre guérisseur se contentait d’agir sur l’imagination du malade
—VAMT
WSO y aie tty
ie oes geeoeu les
petit morceau de pain, faire boire dans son verre, ajouter quelque passe et recommander d’avoir une confiance, sans doute infaillible, en Dieu et en lui, sans doute au méme degré ou a peu prés
(ce qui semble une vraie impiété), constituent des
pratiques superstitieuses par elles-mémes, puisqu’il ne peut exister aucune proportion naturelle ou divine entre elles et l’effet voulu. Or, quelle que soit lintention du prétendu sorcier, il ne lui est pas permis de recourir 4 des pratiques superstitieuses, il ne lui est pas permis non plus de jeter
les autres dans la superstition, ni de leur impo-
ser une confiance superstiticuse : Non sunt facienda mala ut eveniant bona.
Nous avons dit que le confesseur « devait agir comme les Péres, & moins que les dispositions de cet homme s’améliorent, et qu’il veuille bien s’amender. » Or, s'il est tant soi peu disposé, il corrigera ce qui est évidemment mauvais dans sa conduite, il cessera de recourir a des pratiques certainement superstitieuses et prendra d’autres moyens (licites) d’agir sur l’imagination et de la subjuguer par la force de sa volonté, comme font certains médecins habiles que nous ne condamnerons jamais, et alors il pourra continuer 4 guérir et pourra aussi étre admis aux sacrements.
On veut bien admettre que nous avons donné au der février 1900 des principes larges et sages sur la superstition; mais ceux du mois de mars, Join d’étre en désaccord avec eux, y sont parfaitement conformes.
Q. — Est-il permis, dans une paroisse ot n’existe pas la confrérie du Mont-Carmel, de tenir un registre paraphé par le curé d’une paroisse ot cette confrérie est
établie, pour y inscrire, 2 chaque imposition du scapu-
ie
occasion d’oubli ou de négligence dans cette inscrip-
laire, les noms des personnes qui l’ont regu? Le contraire, c’est-a-dire obligation, pour un confrére qui
préside la confrérie, d’inscrire les noms des personnes -nouvellement munies du scapulaire dans les paroisses
-yoisines, est onéreuse pour lui et devient facilement
tion.
Si la permission n’existe pas, ne pourrait-on Vobtenir de Rome assez facilement, dans l’intérét. méme du gain des indulgences ?
R. — Relisez votre billet, cher confrére, et vous verrez qu’il ne péche pas par Vexcés de clarlé ; ce qui nous oblige 4 faire plusieurs suppositions.
Nous sommes dans une paroisse qui n’a pas de confrérie du Mont-Carmel; on y donne cependant le scapulaire. Qui le donne?
Si e’est le curé de la paroisse ot la confrérie est établie, il doit, aprés avoir regu les personnes, en prendre les noms sur une liste particuliére, écrite par n’importe qui, et les transcrire ou les faire transcrire sur leregistre de sa confrérie. Du moment que les noms sont écrits sur une liste, les fidéles gagnent les indulgences.
-Supposons que le scapulaire soit donné par le curé de la paroisse ol n’existe pas la confrérie,
et de la ‘subjuguer par la force de sa volonté, “nous ne le blamerions pas; mais donner un simple
nd gas he alt Pes Ppit)
agissant en vertu de pouvoirs personnels, comment devra-t-il s’organiser pour la transmission des noms?
4° Ti est certain que Vinscription des noms est nécessaire pour gagner les indulgences. Nous en
avons pour preuve le décret de la Sacrée Congré-
gation des Indulgences du
26 janvier 1871, ot il est dit : ;
Sacerdotes qui predictum indultum benedicendi scapularia ab Apostolica Sede legitime obtinuerint, penes se habeant privatum regestum, et quam primum commode possunt, transmittere teneantur ad superiores respectivee sodalitatis vicinioris canonice erecte no-
mina receptorum, ut in album ipsius sodalitatis referantur.
La Sacrée Congrégation de la Propagande expose la méme doctrine dans sa circulaire du 30 juillet 1889, adressée aux missionnaires : .
Quant 4 inscrire sur le registre des confréries les fidéles qui ont été admis, c’est 14 une condition regardée comme absolument nécessaire pour que les fidéleg puissent gagner les indulgences attachées aux confréries. On ne peut déroger a cette loi que par des indults particuliers, qui n’ont de valeur que pour des cas etdes
lieux déterminés. ‘
Il s’agit ici de véritables confréries, et non des scapulaires de la Passion et de l’Immaculée-Conception, qui au témoignage de la Sacrée Congrégation des Indulgences (27 avril 1887) ne forment pas des confréries. Et cependant les Théatins
conseillent Vinscription pour cette derniére. Elle
est méme obligatoire, si lon veut faire partie de
la nouvelle confrérie de l’Immaculée-Conception.
2° L’inscription peut se faire soit sur un registre, soit sur une feuille volante :
Le prétre qui a obtenu des pouvoirs personnels, dit M. Tachy', se procure ordinairement un registre. La Sacrée Congrégation des Indulgences, dans le décret du 26 janvier 1871 en fait la recommandation expresse : penes se habeant privatum regestum. Il nous semble toutefois qu’une feuille détachée qu’on enverra a la confrérie la plus proche, suffit pour remplir cette condition, sans que le prétre en question soit obligé d’inscrire d’abord les noms sur un registre et d’en prendre ensuite une copie pour l’envoyer a la confrérie la plus proche. C’est ce que nous concluons de la circulaire de la Propagande du 30 juillet 1889: Fidelium nomina scripto referat in catalogum quem tpse posiea subsignadit, et ad prowimiorem Confraternitatem seu domum religiosam, uti superius dictum est, transmittat. C’est bien la feuille méme d’inscription que le prétre est censé envoyer. Il n’y a ailleurs aucune nécessité pour lui de conserver les noms des personnes qu’ila admises dans les confréries, lorsque ces noms ont été inscrits sur les registres de la confrérie.
30 Comme la confrérie du Mont-Carmel a, comme toutes les confréries de scapulaires, un rite déterminé pour la réception, Vinscription des noms peut étre faite par n’importe qui, suivant le décret du 25 septembre 1845 : « Inscriptio materialis a quocumque fieri potest, dummodo ab habente facultatem tantum Christifidelis sit rite receptus 2. »
4 Tachy, Traité des Confréries, n. 273.
2 Decreta auth. n. 331, ad 1.
La Sacrée Congrégation de la Propagande a donné un commentaire de ce décret dans sa circulaire du 30 juillet 1889 :
Si a cause du grand nombre de fidéles qui veulent se faire inscrire ou pour tout autre motif, ’inscription des noms devient trop difficile pour le prétre quia le droit de recevoir dans une confrérie, il est permis. 4 ce prétre de désigner une ou deux personnes chargées d’inscrire les nouveaux associés sur les listes des confréres. Luiméme cependant doit signer ces listes et les envoyer a la plus proche confrérie de méme nom.
40 I] faut envoyer les noms 4 une confrérie de ce nom. Bien que les documents parlent de la confrérie la plus proche, on a toute liberté de Jes envoyer 4 une confrérie de ce nom située n’importe ou. Rien n’empéche alors, si l’on craint quelque négligence de la part de telle confrérie pour la transcription, deles adresser aux religieux dont dépend la confrérie, qui s’°empresseront de les transcrire sur leurs registres.
50 La confrérie qui recoit les noms est obligée par un précepte positif de les transcrire sur son registre ; mais ’omission de cette seconde inscription ne nuit en rien aux personnes.
Eile ne nuit pas a la validité de la réception, puisque Vinscription n’est pas absolument nécessaire quand il y a ea un autre mode de réception ; pour les autres cas, nous supposons une premiére inscription valide. Elle ne nuit pas non plus au gain des indulgences, d’aprés le décret de la Sacrée Congrégation des Indulgences du 10 actt 4899, ad vir. (Amt, 1899, p. 1054).
Aprés ces longues explications, vous saisirez mieux les motifs de notre réponse.
Un registre paraphé 4 ’avance par le directeur d'une confrérie ne peut étre d’aucune utilité. Si, au contraire, quand une réception a eu lieu et que les noms ont été transcrits sur un registre paroissial, ce méme directeur venait apposer, une fois par an, par exemple, la signature comme directeur de la Confrérie, on pourrait regarder ce registre comme un registre supplémentaire, ce qui dispenserait et d’envoyer les noms et de les transcrire. C’est notre opinion. En tout cas, il n’y aurait aucun danger pour les membres.
Q.— 1°Un prétre a eu trés injustement son traitement supprimé pendant sept mois. N’ayant plus de bénéfice, il s’est cru dispensé de Vobligation d’appliquer, aux jours prescrits, les messes a la paroisse. Cependant comme il disait deux messes les dimanches et les jours de féte chémée, bénéyolement il disait la seconde pour ses paroissiens et prenait un honoraire pour la premiére. Certains prétres n’approuvent pas cette maniére d’agir. Si ce curé, disent-ils, n’a plus de traitement, il jouit du presbytére et de ses dépendances, par conséquent il ne peut pas soutenir qu’il n’a pas de bénéfice, et comme tout curé il doit la messe 4 ses paroissiens quand les lois ecclésiastiques le prescrivent.
Ont-ils raison? Est-ce le curé supprimé qui a le droit pour lui?
2° Dans le cas ot il se serait trompé, est-il obligé de restituer 4 la caisse du séminaire diocésain les hono-
raires pergus pour la premiére messe, pendant les sept mois de la suppression de son traitement? En vertu d’une
-TVAMI DU CLERGE
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concession apostolique, les honoraires des messes de
oN : Pes . . “ binage et des fétes supprimées doivent servir a lentretien des séminaires. :
R. — La suppression de son traitement ne privait pas le prétre de son bénéfice; elle lui enlevait seulement une partie des fruits, la principale sans doute, mais elle lui créait un droit 4 revendiquer les fruits injustement soustraits, et Ini laissait celui de les recevoir comme lui appartenant, s’ils étaient rendus : ce qui s’est déja fait pour d’autres.
Conséquemment : ;
Ad I. Il était tenu d’appliquer la messe pro
populo, ex justitia, et ne pouvait recevoir un
honoraire pour son autre messe. :
Ad II. Il doit 4 la caisse diocésaine des séminaires les honoraires qwil a recus pour sa premiére messe, & exception toutefois du surplus que ses paroissiens auraient ajouté au montant du tarif, en vue de compenser par cette aumone le traitement © supprimé,
Q. — Les églises favorisées de indulgence de la Portioncule ou de-l’indulgence toties quoties du Rosaire, pourront-elles jouir de ces faveurs cette année ?
R. — Voici le texte de lexception : « Indulgentiam alias concessam adeuntibus pietatis causa templum sancte Marie Angelorum Ordinis Fratrum Minorum extra Assisii moenia a vesperis Calendarum Augusti ad sclis occasum diei sequentis. » Cette indulgence est maintenue.
Les textes de droit doivent s’interpréter dans leur sens naturel et obvie, et il n’est pas permis de les étendre de casu ad casum. Or, dans le cas il n’est parlé que de lindulgence de la Portioncule 4 gagner le 2 aotit 1900 par la visite du sanctuaire de Notre-Dame des Anges @ Asszse. C’est avis aussi des canonistes qui ont commenté ce document.
« Devant les termes si clairs de la constitution de Léon XIII, dit M. Planchard, 4 peire est-il besoin de faire remarquer que l’indulgence maintenue en vigueur est celle que l’on gagne le deux aout en visitant l’église de Notre-Dame des Anges d’Assise. C’est en vain que l’on prétendrait pouvoir visiter une autre église 1. »
* Revue Théol. frangaise, 1899, p. 721.
2 KS IMPRIMATUR
Lingonis, die 6 junii 1900.
+ Sepastianus, Hpiscopus Lingonensis.
Le gérant : J. Marrrimr.
LANGRES, — IMPRIMERIE MAITRIER ET courTOT.
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