‹ L' ami du Clerge ParoissialChapitre 156 sur 276 · YL · texte numérisé non relu

YL

a un langage factice et artificiel et un ton faux... ’

« Cette facon de dire n’est tolérée a Véglise que parce qu’elle est tres commune; ailleurs elle ne serait pas supportable... Que penserait-on d’un homme qui se mettrait 4 parler ainsi dans un salon ? I] ferait au moins sourire.

« Il y avait, il y a quelque temps, un brave eardien au Panthéon, qui, pour énumérer les beautés de son monument, prenait absolument le ton de beaucoup de prédicateurs, et toujours il provoquait Vhilarité chez les visiteurs, et ils s’amusaient autant de sa facon de parler que des belles choses qu’il lear montrait.

«On ne devrait pas laisser monter en chaire un homme qui n’a pas une parole naturelle et vraie. Caraumoins est-il convenable que le faux soit banni de la chaire de vérité !. »

Malheureusement ce défaut qué tous les maitres signalent, il n’est pas aussi facile de l’éviter et de s’en corriger que l’abbé Mullois semble le croire. « Hst-il done si difficile, ajoute-t-il, est-il donc si difficile d’étre soi-meme? Prenez votre voix habituelle, votre maniére habituelle, agrandissez tout

cela en proportion de Vauditoire et de la vérité |

que vous traitez. » Le conseil est bon, mais, quoi qu’en dise M. Mullois, il est peu facile a suivre, et

c’est pour cela qu’on le suit si rarement. [lest trés |

difficile de porter dans un sermon sur les grandes vérités de la religion prononcé deyant un nombreux auditoire sa voiaw' habituelle, sa maniére habituelle, le ton méme de la conversation en prenant seulement soin de lagrandir en proportion de l’auditoire et de la vérité qu’on traite. Il est tres difficile et trés rare que cet agrandissement ne dégénére pas en emphuse.

Cest précisément pour vaincre cette difficulté et éviter ce défaut gqu’on a besoin du secours de Vart, et de fréquents exercices. « A en juger par le petit nombre de ceux qui y réussissent completement, deux exercices de paroles, la lecture d’un morceau littéraire et le débit dun sermon solennel, doivent présenter des difficultés particuliéres enter, Rien n’est plus fréquent que d’entendre lecteurs et préedicateurs, ou débuter sur un ton guindé, emphatique et faux, ou, sils ont eu le mérite de débuter sur un ton simple et juste, se hater, pour ainsi dire, d’en sortir, pour se lancer a la suite de je ne sais quelles intonations solennelles et boursouflées, — victimes plus ou moins inconscientes de ce préjugé ridicule que, pour étre a Ja hauteur de certains sujets, il faut cesser de marcher sur la terre, et que le seul moyen d’arriver a la distinction est de renier la nature.

« Ktrange illusion! Leur ton devient faux, grotesque, odieux dans la mesure ou il cesse d’étre

‘ Ibid., chapitre x.

naturel. Il n’y a de vrai et-de beau, en diction, que la nature.

«Un moyen stir de se poser dés le début dans la nature, cest, pour le prédicateur, de commencer par quelques avis familiers, et pour le lecteur, de traduire tout d’abord silencieusement en termes simples et usuels les expressions plus nobles du . morceau qu’il veut déclamer. Le moyen de n’étre pas naturel quand on préyient son auditoire qu’il y aura tel jour un service pour telle personne, ou qu’il y a promesse de mariage entre Monsieur un ~ tel et Mademoiselle une telle? ‘1 »

La vérité cependant est que ce moyen, grace a Vhabitude qu’ils ont contractée de parler d’une maniére emphatique dés quwils sont en chaire, certains prédicateurs le trouvent fort bien. Chez eux, méme des annonces fort simples ne sont pas exemptes d’un certain ton d’emphase.

D’autres font les annonces sur un ton naturel, mais leur pouvoir de parler.en chaire ne va pas plus loin. J] n’y a pas bien longtemps nous assistions a la grand’messe dans une paroisse de campagne. Le curé monta en chaire, selon son habi-

tude, aprés Vévangile. Il commenca par annoncer

a seS paroissiens quelques modifications qui seraient faites dans les offices du soir, et en particulier une procession dont il indiqua le parcours. Tout cela fut dit sur le ton d’une conversation distinguée, et dune maniére a la fois élégante et naturelle. Aprés cela M. le curé fit le signe de la croix avec beaucoup de gravité et d’ampleur, il récita sur un ton solennel un texte latin dont il donna la traduction, et puis adieu la parole! Voila notre homme monté sur des échasses. En indiquant le parcours de la procession il parlait ; maintenant il préche. Les paroissiens s’y attendaient. Pendant qu’on leur expliquait le trajet qui serait parcouru par la procession, et Vordre suivi, et la disposition des banniéres, ils étaient tout yeux et tout oreilles. Maintenant que le signe de croix est fait, plus rien qui les intéresse. Ls prennent leurs dispositions pour dormir, ou pour voir ce qui se passe a l’église et se rendre compte de lassistance. C’est le moment. Si aprés le signe de croix M. le curé eit continué a parler, cela les ett étonnés Vabord, et ensuite cela efit dérangé leurs habitudes. Is se seraient dit : « C’est étonnant! M.le curé ne préche pas aujourd’hui ? C’est pourtant une grande féte. Il a donc encore quelque chose a nous dire? » Mais non; M.le curé préche: il n’a plus rien 4 leur dire.

Si M. le curé ett continué a parler 4 ses. paroissiens, s’il avait eu, apres son signe de croix, encore quelque chose a leur dire, cela ett dérangé leurs habitudes, parce que cela les aurait pour ainsi dire forcés a écouter.

Si apres le signe de la croix M.le curé etit parlé sur un ton indiquant, a ne pouvoir s’y tromper, qu’il avait quelque chose a dire A ses paroissiens, sur un ton naturel et en méme temps vif, éner-

* Parlons ainsi, 1. II, chap. vin, p. 270.

ere avi Cont Fi

Buieeuy, LNs ae

Page 1