‹ L' ami du Clerge ParoissialChapitre 158 sur 276 · de Barante, Souvenirs du baron de Barante, tu · texte numérisé non relu

de Barante, Souvenirs du baron de Barante, tu

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a la confiance, au respect.

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mort ae oe XVI: ce qui est une question de famille pour vous, Sire. » — « Ne vous mélez pas de ¢a. » — « Sire, dans les Chambres on demande le rétablissement du divorce’: ce qui est, Sire, une question de droit civil et de morale sociale. » — « Ne vous mélez pas de ca. » — « Sire, dans les Chambres on demande l’abolition des majorats, abolition qui tient de si prés a la portée du droit de propriété et 4 la constitution dela famille. » — « Kh bien! qwils s’entendent entre eux. »— «Sire, le peuple de Paris demande des pensions pour les survivants des vaingueurs de la Bastille en 1789. » — « Hatez-vous, dressez un projet de loi, déposez-le, défendez-le, et faites en sorte que « Vhéroique population de Paris » soit contente.» — «Sire, le peuple de Paris désirerait voir disparaitre les fleurs de lis. » —« Hateézvous, dressez un projet de loi, déposez-le, ou plutdt, pour aller pius vite, je vais faire moiméme des ordonnances pour gratter les fleurs de lis des armes d’Orléans, de mes armes, pour les gratter de l’écusson de France et du sceau de PEtat, pourles gratter de tous les monuments publics... Vous savez que déja je n’ai eu rien de plus pressé que de faire établir sur les drapeaux de la garde nationale le coq gaulois, parce que c’est la Révolution qui, la premiére, a mis le coq sur nos étendards... Enfin, mes chers ministres, faites

sortir de Purne toutes les lois que vous voudrez,

toutes, excepté celles qui pourraient nuire au salut de ma couronne. » Kt les ministres ne demeurent que trop fidéles au programme du roi. De peur de nuire au salut de sa couronne, plus ils vont, plus ils demeurent immobiles, implacables a toute amélioration. Aussi, un député ministériel, examinant en 1847 Voceuvre de la seconde partie du regne, arrive a cette conclusion : « Qu’a-t-on fait depuis sept ans? Rien, rien, rien! »

A Vextérieur, c’est la méme politique, pour la méme cause. Des le 25 aotit 1830, le comte Molé proclame a la tribune et dans ses dépéches ce que

Yon nomma le principe de la non-intervention.

Que ce ne soit pas un principe, mais un simple expédient de sécurité dans la possession, c’est ce que fit remarquer Metternich, en signalant a notre chargé daffaires 4 Vienne « la prétention étrange du gouvernement francais dintroduire, pour sa convenance, un nouveau droit des gens dont on

n’avait jusque-la jamais entendu parler. » Aussi,

si, dans J’Algérie, devant la citadelle d’Anvers, devant Lisbonne et la Vera-Cruz, a occupation d’Ancéne, il y eut encore de la gloire pour les armes de la Irance, il n’y en eut presque jamais pour sa diplomatie. Deux fois, il est vrai, cette royauté yvoulut se raidir contre lvs vices de son origine et les fatalités de sa destinée. Hlle réussit pour les mariages espagnols, dont les courtisans ont fort exagéré Pimportance politique. Mais pour la question d’Orient, la plus grande de toutes, quel affront! En 1840, la question d’Orient, ouverte et débattue par les cing puissances, se vidait a quatre : ’Angleterre, l’Autriche, la Prusse et la

Russie, et notre ambassadeur 4 Londres, Guizot, ne connut le traité de Londres que quarante-huit heures aprés gu’il fut signé. Oh! alors Louis- Philippe et son ministre Thiers entrent dans Vexaspération, ils font des armements immenses, ils mettent une flotte a la mer, et, au milieu d’une effervescence « aussi étourdie qu’étourdissante », ils entonnent le chant du Départ: ils vont lutter contre l’Kurope tout entiére! Mais on sait bien que la flotte ne sortira pas du port, et les Anglais, les amis que Louis-Philippe s’est choisis, au mépris de ’admirable politique de la Restauration, qui avait fait alliance, « sur le pied d’égalité compléte », avec la Russie, les Anglais, dis-je, en sont si bien convaincus que, sur tous les théatres de Londres, on répéte, chaque soir, aux applaudissements de la foule, ce refrain insultant : « Le coq gaulois chante, mais ne se bat pas!» En effet, tant de forfanteries, tant de coléres, tant de menaces aboutissent a la note diplomatique du 8 octobre 1840, ot la France souffre tout ce qu’elle avait déclaré ne vouloir souffrir 4 aucun prix. Kt pour que notre patrie rentrat dans le concert européen, il fallut que plus tard, par le traité des détroits, Guizot tendit la main 4 l’Angleterre et aux puissances qui venaient de nous blesser au vif, en répétant, comme Louis-Philippe, dont il était « la bouche», que la grande politique, c’était «le maintien de la paix partout, toujours. »

Non, la grande politique, ce n’est pas le maintien de la paix partout, toujours. La grande politique, cest partout, toujours, ’honneur, la dignité, Pintérét de la France.

Tel roi, tels ministres. Le roi a pour politique le salut de sa couronne: les ministres ont pour politique le salut de leurs portefeuilles.

Ces ministres, nous ne les chercherons pas dans la Chambre haute, la Chambre des pairs; car, en général, la Chambre des pairs ne joue qu’un réle effacé. Aussi tout homme considérable refuse-t-il de se laisser déporter dans cette pacifique retraite du Luxembourg, qui est aujourd’hui notre Sénat. C’est ala Chambre des députés, au Palais-Bourbon, que nous les trouvons, et si nombreux et si remarquables, qu'il serait difficile de rencontrer autant de grands hommes dans un seul régne... Voici Jacques Laffite, « Vami de quinze ans ». C’est un grand homme : il a une haute capacité financiére, un esprit pénétrant, une certaine facilité d’élocution, et méme de la littérature ; chose bien remarquable, car les lettres sont aussi rares chez les hommes d’argent que Vargent chez les hommes de lettres... Voici Casimir Périer. C’est un grand homme, avec sa taille élevée, son geste dominateur, son accent passionné, les fréquents éclats de sa colére. Aussi l’estime et la haine ont également attaché 4 son nom la mémoire d’une puissante personnalité, d’une hautaine figure... Voici le duc de Broglie. C’est un grand homme. I] a du talent, et lorsqwil croit que son talent est méconnu,

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lorsque, pour parler clair, il est battu, il se retranche dans le dégoit des hommes et des choses @ici-bas... Voici Guizot. C’est un grand homme, un trés grand homme. Qui ne connait sa taille votitée par le travail, son front noble mais triste, gon sourire froid et dédaigneux? Guizot, qui, maleré son impopularité, remporte les plus beaux triomphes oratoires ; car, lorsqu’il parle, si graves et si majestueuses que soient ses harangues, on ne cause plus, on tousse peu et l’on ne s’endort point... Voici son rival, Thiers, ou, comme lon dit, M. Thiers, ou méme comme l’on dit, a cause de sa taille qui est supérieurement exigué, voici le petit M. Thiers. C’est un grand homme, non pas par son manque de tenue ni par son défaut d’organe, mais par sa rare. lucidité d’esprit en toutes choses. Aussi est-il successivement le ministre de toutes les idées, de tous les partis, de tout le monde, bien qu'il soit beaucoup moins fort dans le pouvoir que dans l’opposition, et, si on voulait le laisser faire, il serait le ministre des huit portefeuilles a la fois... Voici encore le comte Molé- C’est un grand homme : froid, silencieux, ombrageux, personne ne le surpasse dans l’intrigue politique. On lui reproche seulement « d’étre sujet 4 renier trois fois avant que le cog ait chanté. » Voici et le général Sébastiani et le maréchal Soult et le général Gérard et Dupin et Cousin et M. Cunin-Gridaine et les autres... Or, tous ces grands hommes se disputent les portefeuilles avec Vapreté de joueurs implacables. Luttes sourdes, luttes ouvertes; drames de couloirs, drames de tribunes; comédies des uns, duperies des autres, rien ne les arréte dans cette concurrence effrénée, ou l’on ne s’adresse qu’aux hommes et aux passions du jour, privant le présent de toute dignité, Pavenir de toute espérance. A peine un ministére est-il constitué, qu’avant tout il faut le renverser, pour prendre a sa place « le fardeau du pouvoir. » Et tel président du Conseil a beau, pour soutenir la lutte, ou se mettre des vésicatoires sur la téte, ou ne plus se coucher pendant des semaines, ou ne plus marcher pendant des mois 1, ce sont, a propos de ces lois insignifiantes, telles que loi de disjonction, loi @incompatibilité, loi d’indemnité Pritchard, des ébranlements, des craquements, des dislocations, des transformations, des renversements ; et, aprés des tournois d’éloquence, aprés des exercices desprit plutot que des discussions sérieuses, aprés ce qu’on appelle des luttes de tribune, les ministeres succédent aux ministéres si nombreux et si divers par les dates du calendrier, — car c’est a peu prés la leur seule diversité, — que, pour vous en donner, Mesdames et Messieurs, seulement quelque idée, il me faudrait véritablement, ce que

‘« Je vis avec trois heures de sommeil en ce moment... M. Biett veut que je me remette aux vésicatoires sur la téte pour me préparer a la session... » Lettre du comte Molé. CG. de Barante, Souvenirs du baron de Barante, vi, 116, 120, 157. Voir aussi Ibid., vy, . at

page

vous n’exigerez pas sans doute, la mémoire dun bachelier. Aussi, le 45 juillet 1840, le baron: de Barante, désespéré de toutes ces crises gouvernementales, au milieu desquelles « notre pays s’en va, » écrit-il que Académie des sciences morales ‘et politiques devrait mettre au concours cette question : « Trouver le moyen de former un ministére qui ne tombe pas 1. » Jamais l’Académie des sciences morales et politiques ne mit cette question au concours, parce qu’elle savait bien que tous ces grands hones: consumés dun mal moral, l’intérét personnel, ne se résigneraient jamais au chagrin de ne pas gouverner la France... $i, 4 partir du 29 octobre 1840, le ministére est devenu plus stable, le mal n’a pas pour cela com- plétement disparu. Une session approche-t-elle ? Les aspirants ministres, animés d’ardeurs déclamatoires, créent une question factice, et, autour de cette question factice, ils provoquent une agitation factice aussi pour secouer le ministére et faire tomber quelque portefeuille sur lequel ils jetteront la main, s’ils le peuvent. Lisez leur correspondance a tous... Ainsi, lorsque je cherche dans ce gouvernement de véritables passions poli- ‘tiques, des passions élevées, désintéressées, fé- Gondes pour les hommes et pour la patrie, je ne rencontre, autour des affaires de la journée, que de Pégoisme individuel, que des vanités jalouses,

“que des manceuyres de coteries, qui non seule-

ment compromettent la liberté politique de la ‘France, mais encore qui, 4 ses yeux et aux yeux de VEurope, rabaissent la dignité nationale.

Re Hélas! dans la société aussi quel abaissement!

a IV

Cette société, ce n’est pas a la cour que nous la -trouverons; car, 4 part les fétes brillantes données, en 1837, pour le mariage du duc d Orléans, ‘il y a peu de société, peu de fétes 4 la cour, si -méme il y a une cour. A cela on donne deux raisons : l’une est. que cette royauté « intronisée sur ‘les barricades », comme disent ses amis, est préoc- “cupée des luttes qu’il faut soutenir pour son existence, et l’autre est que cette royauté n’est pas riche. Les députés ont beau célébrer « le prince -honnéte homme et bon Francais qui nous gou- verne, » ils marchandent avec le « Roi-citoyen » “comme avec un entrepreneur. Aprés de longues discussions ot ils débattent les différents prix, dix-huit millions désirés par le roi, quatorze millions proposés par la commission, ils ne lui votent qu'un traitement de douze millions, et non pas

avec ce sourire qui fait passer tant de choses,

mais avec la protestation de cent sept boules noires! Louis-Philippe n’est pas plus heureux pour ses enfants, qui forment une nombreuse et brillante lignée. S’il obtient, selon son expression, «une faible dot d’un million » pour sa fille ainée, il échoue pour la dotation du duc de Nemours, ce prince qui vient de laisser une mémoire si hono-

1 Ibid.

rée, parce que, 4me d’élite, planant au-dessus de la popularité, il n’a jamais ambitionné qu’un seul suffrage : celui de sa conscience. Le projet de dotation du due de Nemours, qui est de 500,000 fr. de rente, fait tomber deux ministéres, ’un en 1837, Pautre en 1839, et, malgré l’obstination du roi, qui veut encore représenter ce projet en 1844, il ne peut jamais obtenir les honneurs de la discussion publique. Aussi, un jour, Louis-Philippe raconte a son ministre Guizot toutes ses perplexités a ce sujet. « Il s’échauffe en entrant dans le détail de ses charges, de ses dettes, des absurdités qu’on deébite sur sa fortune. Et, me prenant tout a coup les mains, il me dit avec un

trouble extréme: « Je vous dis, mon cher ministre, ©

« que mes enfants n’auront pas de pain * Cette sociéte, ou la trouverons-nous donc? Dans

les salons sans doute ? Non. « Je n’allais plus.

euére dans le monde, raconte encore Guizot, et le monde n’offrait plus 4 moi ni a personne le méme attrait. Les salons n’étaient plus le foyer de la vie sociale. On n’y trouvait plus cette variété et cette

aménité de relations, ces conversations’ intéres-

santes sans but et animées sans combat, qui ont fait si lonetemps le ee es Mae et Vagrément de la société frangaise 2. » .

Cette société, oti la Esha -nous done? Dans les lettres peut-étre ? Non. Alors on ne fait plus de Vart pour le triomphe de la vérité; on ne fait plus méme de l’art pour l’art: on ne fait plus de Vart que pour de l’argent. On ne se sert plus de la plume que comme d’un instrument de lucre, on

ne réve plus un nom que comme une valeur com-

merciale, on ne voit plus dans la littérature qu’une industrie, et cest dans cette dégradation que s’éteint la génération littéraire léguée par la Restauration, Pune des générations les mieux douées qu’ait jamais possédée la France!

Cette société, la voici enfin : c’est la bourgeoisie

qui, depuis la révolution de 1830, est la seule

classe dirigeante, avec tous les pouyoirs, toutes les franchises, toutes les prérogatives, qui traite la noblesse en vaincue et le peuple en suspect, qui est maitresse de tout comme ne l’avait jamais été en France aucune aristocratie. Or, selon le mot du duc d’Orléans lui-méme, fils de Louis-Philippe, la bourgeoisie « ne voit dans la France Guiune ferme et une maison de commerce. » Oui,

a Vesprit francais si vif, si brillant, si généreux, elle imprime les allures d’une compagnie industrielle! Sans doute, l’esprit de la classe moyenne peut faire merveille et fait merveille, lorsqu’il est mélé a celui de l’aristocratie et a celui du peuple, et quil apporte 4 l’un et 4 autre ses qualités, eest-a-dire son activité dans les affaires, sa modération dans les idées, son amour de J’ordre et de la stabilité, garanties du travail et du bien-étre ;

mais, sous Louis-Philippe, il est seul, seul en-—

fermé dans ses priviléges et ses préjugeés, et, étant

1 Guizot, Mémoires pour servir a lhistoire de mon

temps, Iv, 218.

2 Toid., m, 241-2

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seul, et croyant pouvoir éire tout, il rapetisse, il rabaisse le caractere national.

Et si, Mesdames et Messieurs, nous passons a la morale, entendez-vous, au milieu du débordement de la licence, ce bruit de voix qu’on n’avait jamais connu? Le Saint-Simonisme, ave¢ un systeme qui est une espéce de bindme, de trindme exprimé en termes cabalistiques, ébranle la famille, la propriété, Pautorité; et les apdtres saint-simoniens, « compagnons de la femme,» se donnent un costume officiel, voyagent et, de ville en ville, préchent leur religion par le travail, le chant, la conversation familiére, la prédication en grande assembiée, fomentent les instincts qui livrent VPhomme ala soif jalouse du bien-étre matériel et a l’égoisme de ses passions. Aprés la dispersion de la famille saint-simonienne, le Fouriérisme, avec un systeme de phalanges et de phalanstéres, autre espece de binédme et de trindme, enseigne qwil n’y a plus de société, plus de: gouvernement, plus de droit, plus de devoir, par la raison quil n’y a plus de créature libre. Pierre Leroux, avec une espéce de mysticisme panthéiste, préche que la patrie est un mal, parce que les pouvoirs y commandent aux citoyens; que la famille est un mal, parce que le pere y commande au fils; que la propriété est un mal, parce que le propriétaire en jouit a Vexclusion des autres, c’est-a-dire qwil voudrait la fin de toute propriété, de toute famille, de toute patrie. Proudhon proclame que « la propriété, c’est le vol. » Enfin, cest une propagande effrénée de sophismes et de réves qui, en déchainant tous les appétits a la fois, remue Vordre social jusque dans ses fondements. Or, que dit, que fait le gouvernement de Louis-Philippe? Eh! que peut-il dire, que peut-il faire? Le mal est dans les esprits, et, lui, il est absorbé, ou dans les affaires de chaque jour, ou dans les travaux des chemins de fer et des ponts et chaussées! Guizot en convient, et, malgré la modération de son langage, se condamne lui-méme : « Nous n’avons pas pris assez de soins ni fait assez d’efforts pour soutenir dans la presse, dans les journaux, dans ’enseignement public, par des moyens de tout genre, une forte lutte contre les idées fausses qui assaillaient sans relache le gouvernement dont la garde nous était confiée... Emportées, surmontés par les affaires de chaque jour, les dépositaires du pouvoir perdent souvent de vue cette part de leur tache, et, satisfaits de vaincre dans Varéne politique, ils ne se préoccupent pas assez de la sphere morale dans laquelle ils ont aussi tant et de si orands combats a livrer !. »

Et puis, si, en 1842, en 1843, vers le milieu du regne, nous entrons dans les salons des bourgeois, dans les boutiques, dans les ateliers, dans les mansardes ; si nous nous arrétons sur la rue,

! [bid., vi, 808.

sur la promenade publique, aux tournebrides ou les: cochers se désaltérent, nous voyons tout le monde penché sur des romans, ce genre de littérature dont la vogue est le signe de ’abaissement d’un peuple. Kt quels romans dévore-t-on ainsi ?- Deux romans d’Kugéne Sué, ot sont mises en cuvre les théories de Saint-Simon, de Fourier, de. Pierre Leroux et de Proudhon, ot la haine de. Vautorité est poussée jusqu’a la fureur, ot la satire de tout ce qui existe est faite avec ’exaspération des passions elles-mémes, ot toute dépravation, se promenant d’un bouge a un autre bouge, peut trouver une pature au nom de la morale so-— ciale. Eh bien! oti les lit-on, ces deux romans corrompus, corrupteurs, qui s’appellent les Mystéres de Paris et le Juif-Errant? Dans les journaux sans doute, puisque c’est alors l’avénement du roman-feuilleton. Mais dans quels journaux ? Dans les journaux mémes qui sont les organes du gouvernement, des Tuileries, « du Chateau » :dans le Journal des Débats, dans le Constitulionnel. Bien plus, si le feuilleton du Journal des Débats vient a s’intcrrompre, le vieux ministre-: maréchal Soult s’emporte, et, apprenant que la raison en est qu’Hugéne Sué est en prison pour. négligence obstinée dans son service de garde national, le maréchal-ministre se hate de faire ouvrir les portes de la prison au romancier, afin que le journal reprenne vite cet appétissant feuilleton que, en 1848, Saint-Mare Girardin, ’un des rédacteurs mémes du Journal des Débats, éclairé par les résultats, ne craindra pas d’appeler, avec toute cette littérature, «-satanique '. » Pour le Juif- Errant, publié par le Constitutionnel, Montalembert peut parler a la tribune de la Chambre des pairs, le 414 janvier 1845, « de ce journal redevenu fameux, ou trois anciens ministres du 4¢r mars, Vhonorable M. Thiers, ’honorable M. de Rémusat et "honorable M. Cousin avaient l’avantage d’étre les collaborateurs de Phonorable M. Sué 2. » Nous pourrions dire la méme chose en 1837, lorsque le Journal des Débats publie plusieurs parties des Mémoires du Diable, monstruosités morales sous les enseignes de la vertu, par Frédéric Soulié. Nous pourrions dire la méme chose encore, lorsque l’Hpoque, journal ministériel, publie le Péché de M. Antoine, par George Sand, qui est a sa seconde phase, lapostolat politique, socialiste. Eh! qu’importe cette révolte contre Vordre établi par la Providence? Pour le gouvernement de Louis-Philippe, il parait qwil n’y a qu’une question essentielle : le développement de la prosperite publique, Pélévation du cours de‘la rente, la circulation de l’or! Ne sait-il donc pas que les idées une fois nées ne s’anéantissent plus, qu’elles brisent les liens de leur captivité, qu’un jour peut-etre elles éclateront dans les faits sans lui, malgré lui, contre lui peut-étre? Car le pouvoir

* Saint-Mare Girardin, Cours de littérature dramatique, I, 3738, Note.

2 Montalembert, Discours, u, 25,

qui laisse compromettre les droits de Dieu est bien prés de perdre les siens.

Encore si, au milieu du vertige dont elle semble prise, cette royauté donnait l’ordre et la sécurité qui sont la dette de tout gouvernement! Mais comment le pourrait-elle? Née d’une insurrection,

elle doit vivre au milieu des insurrections, parce aque si des hommes croient que le pouvoir qui les

gouverne n’a pas le droit de les gouverner, ils s’insurgent, sous prétexte d’établir un pouvoir quwils disent légitime 4 la place d’un pouvoir qu’ils appellent usurpatear. Aussi, légitimistes, bonapartistes, républicains, anarchistes, tous les partis, avec tous les moyens, s’entrechoquant dans un immense péle-méle, veulent faire 4 leur profit ce qu’a fait 4 son profit le duc d’Orléans en 1830. Au bout de deux années de sédition, de désordre, danarchie, qui épouvantent de leur audace presque toutes les cités de la France, voici la duchesse de Berry, Marie-Caroline, mére du duc de Bordeaux, comte de Chambord, qui accourt en Vendée, qui croit, avec sa vive imagination, que les tombes vont se rouvrir, et que, dans le Bocage, les Mauges et ’Anjou va recommencer la guerre des Géants; et letat de siége est déclaré avec ses attributions, visites domiciliaires, arrestations, mises en jugement, avec la levée de 1832; et, d'un bout a l’autre de la France,. se raniment les coléres anciennes et nouvelles, et de la naissent des proces qui tiennent les esprits dans un état fébrile et qui aboutissent a des imprécations de tous les camps les uns contre les autres. Voici, le duc de Reichstadt étant mort en 1832, Louis- Napoléon, avec « son étoile » et son fidéle Persieny, le grand manipulateur de conjurations, et qui, a deux époques différentes, en 1836 et en

4840, tente des coups de main a Strasbourg et a

Boulogne, tandis que Louis-Philippe, croyant satisfaire les bonapartistes en ramenant de Sainte- Héléne, dans une pompe triomphale, la dépouille de Napoléon Ir, les exaltera. Et les complots suc-

‘cédent aux complots. Tantédt ce sont d’immenses

insurrections gui glacent d’épouvante, comme a Lyon et 4 Paris. Tantét ce sont des tentatives de destructions partielles, avec des machines infernales, comme celle de Fieschi qui tue cing généraux. Tant6t ce sont de simples coups de fusil tirés 4 bout portant, comme ceux d’Alibaud. Partout des conspirations : ici, dans une salle de clinique, conspiration des étudiants en médecine et des artilleurs de la garde nationale; la, dans les tours de Notre-Dame, conspiration ; dans la rue des Prouvaires, conspiration ; au quartier Saint- Merri, conspiration. Conspiration de Martin Bernard, conspiration de Barbés, conspiration de Blanqui : dans la seule année 1835, il y a sept conspirations. Et contre Louis-Philippe poursuivi, cerné, traqué par une légion d’assassins, que ni le supplice, ni la clémence ne peut désarmer, il y a, de 1835 a 1846, sept attentats, sans parler des

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innombrables affronts peut-étre encore pires que tout le reste pour le prestige de sa personne et Yautorité de son pouvoir. Et des loges des sociétés secrétes, qui ne sont sérieusement organisées en France qu’aprés 1830, un cri de révolte, de fureur et @envie ne tarde pas a répondre au culte du Veau dor qui regne en haut, et, au milieu de la sombre rumeur des sombres événements causés par les scandales financiers de la derniére année du régne, Voreille attentive entend comme un bruit souterrain : c’est la mine qui attaque, qui creuse, qui ébranle cet édifice régulier, bien fait, mais sans consistance et sans durée, parce qu’il n’est bati que sur un fond de sable mouvant.

Du moins, cet établissement de juillet, qui a vieilli sans. s’affermir, va-t-il racheter par la grandeur de sa chute Pabaissement de son origine et de sa vie? Il va tomber comme il s’est élevé, comme il a vécu: les causes finissant toujours par enfanter leurs conséquences.

Done, sous prétexte de réformes parlementaire et électorale, une campagne de banquets s’organise partout. Le vieux souverain ne s’émeut pas : « J’ai consacré cent millions 4 fortifier, 4 créneler, a bastionner Paris contre l’émeute! J’ai fermé Vére des révolutions ! »

Cependant les banquets politique prennent des proportions inquiétantes : « Je vais faire venir d’ Afrique mes régiments treitbes au feu de cent batailles contre les Bédouins! »

Cependant on dresse le procés du régime: on parle de la révolution de la conscience. Pendant six semaines, (irritants débats tiennent ’opinion publique en surexcitation. Enfin, le journal Le National organise un banquet et une manifestation populaire pour le 22 février 1848. « Interdisons le banquet comme illégal! » Devant cette interdiction, les membres de opposition reculent. | Aussi, le soir du 24 février, aux Tuileries, Louis- Philippe court radieux au-devant de Salvandy, ministre de l’instruction publique: « Eh bien! Salvandy, vous nous disiez hier que nous étions sur un volcan; il est beau, votre volcan. Ils renoncent au banquet, mon cher; oui, oui, ils renoncent. Je vous avais bien dit que tout s’évanouirait en fumée! — Je n’avais cependant pas tort, Sire, répondit Salvandy, en s’inclinant avec un dos de ministre, un dos cintré. Pour faire une réyolution, ii ne leur manque qu’un duc W’Orléans. » C’était toucher une corde sensible; car, au sujet des insurrections d’Espagne et d’Italie, Louis- Philippe avait souvent répété qu’elles ne réussiraient pas, parce qu'il leur manquait un duc d’Orléans. Et alors, plus radieux encore, il s’adresse 4 la reine: « Tu viens d’entendre Salvandy, ma chére Amélie; il dit qu’ils n’ont pas un duc d’Orléans. Je le crois bien. Aussi, les voila qui reculent *. » Il se vante.

4 Imbert de Saint-Amand, La Révolution de 1848,

'. journée, Thiers,

En effet, agitation commence le 22 février ; le mercredi 23, elle s’aggrave, maloré la pluie. Louis-Philippe a beau remplacer Guizot par Molé, et Molé par Thiers et Odilon Barrot, il a beau essayer quatre ministéres coup sur coup: son heure est venue! Ah! les voici, sortis de nouveau de leurs bas-fonds et dirigés par les sociétés secrétes, les émeutiers, héros, héroines de 1830! La voici, la méme populace : elle va renverser ce qu’elle a élevé. Elle arrive, elle déborde, elle roule le long des rues, elle hurle, et le soir, et la nuit, et le lendemain, poussant des cris sauvages dans l’ivresse des barricades, elle procéde avec des pavés a la démolition d’un tréne sorti dun tas de paves, pendant que les soldats, levant la crosse en lair presque partout, laissent se déchainer le pillage, Vincendie, les plus furieuses passions, au bruit du tocsin général, sinistre écho des vengeances révolutionnaires. Le 24 février, 4 midi, au mugissement de cette émeute qui gronde comme un tonnerre en courroux, Louis-Philippe, dans son

cabinet des Tuileries, est entouré de la reine, de

la duchesse d’Orléans, du duc de Montpensier, de la duchesse de Montpensier, du maréchal Soult, du général Gérard, de plusieurs ministres de la de Rémusat, Cousin; on veut parler, on veut discuter, on veut s’entendre, on veut faire quelque chose : on ne peut pas; on est comme glacé par la stupeur, par le saisissement, la défaillance. La reine seule, dont le courage croit avec le péril, prie, supplie, adjure, et, avec des paroles ardentes et des yeux qui rayonnent de flammes, préche la mort plutét que l’abdication : car, Messieurs, c’est le privilége des femmes d’étre héroiques lorsque les hommes chancellent... Mais, pendant que l’on se perd dans les cris et les sanglots, les balles des gardes nationaux sifflent

jusque dans !a-cour des Tuileries, les émeutiers

sont 4 la porte, le cabinet est envahi, de toutes parts on crie abdication. Louis-Philippe prend la plume, tremble, hésite, rédige une formule, en recommence une autre, se raccrochant aux derniers débris de l’espérance : « Mais dépéchez-vous donc! Vous n’en finissez pas! » Alors il abdique en faveur de son petit-fils, le comte de Paris. « Sire, lui dit Cremieux, il faut partir! » Ul hésite. « Sire, reprend Crémieux, il faut partir!!! » Louis-Philippe se dépouille de son uniforme, et, a laide de la reine, endosse des habits bourgeois, et la famille royale s’échappe au galop, et, trouvant trois misérables équipages envoyés a la hate par le duc de Nemours, elle court jusqu’a Versailles, escortée par des gardes nationaux et deux escadrons du 2¢ cuirassiers. A Versailles, Louis-Philippe se coupe la barbe, se grime, se coule dans un vieil habit, se coiffe d’un vieux chapeau, loue une voiture et part avec la reine pour le chateau de Dreux, ot il arrive & onze heures du soir, d’ot il repart de grand matin, le 25 février, sous le nom de M. Lebrun, avec sa femme, Mme Lebrun, enveloppe sa téte d’un foulard, se met. des lunettes ; puis, aprés une série d’incidents, de tri-

pulations et d’angoisses, arrive 4 Trouville, se cache au fond d’une ruelle, dans la maison d’un vieux marin; puis, aprés une nouvelle série Wincidents, de tribulations et d’angoisses, arrive au Havre, ou la tempéte gronde sur les flots comme la révolution sur la France, ot il tend vainement les bras vers sa vieille amie, la terre britannique, oti il désespére de son salut jusqu’au jeudi 2 mars. Ce jour-la, il peut enfin s’*embarquer en blouse bleue, sous le nom de William Smith, a bord du vapeur Express, et, pour n’étre pas reconnu, il s’asseoit sur un banc, et la reine, assurément digne d’un meilleur sort, s’asseoit sur un autre, toujours sous le nom de Mme Lebrun, et c’est ainsi qu’elle part, la royauté de Louis-Philippe! Elle

part, sans rien recueillir de cette banale commisé-

ration qui s’attache aux grandes catastrophes, surtout a celles qui sont rapides comme la foudre! Elle part dans Visolement, abandonnée par les amis de sa fortune! Elle part sous le déeuisement des plus vulgaires fugitifs! Et si, au fracas lugubre de cet effondrement sans cause apparente, la France pense a elle, c’est pour lui dire :

« Pars. done, royauté de Louis-Philippe! Tu n’as jamais été faite pour moi. Moi, ce que j’aime dun impérissable amour, ce qui est V’objet de

toutes mes aspirations sous toutes mes mobilités,

ce qui dans tous les temps m’a tiré toutes mes larmes, larmes de joie, larmes de douleur : c’est la grandeur, qui, quoi qu’en disent les découragés et les sceptiques, fera toujours partie de mes destinées... Or, toi, qu’as-tu de grand? Est-ce ton origine? Mais tu ne peux te réclamer ni de la majesté des siécles, puisque tu n’as pas le droit hérédi-

taire; ni de la volonté nationale, puisque tu as

éludé mes suffrages; ni de la consécration religieuse, puisque tu l’as discréditée par ton indifférence, puisque, pour tout dire d’un seul mot, tu n’es qu’une négation. Hst-ce ta politique? Cite tes

lois fécondes, montre-moi l’éclat de ta diplomatie.

Est-ce ton gouvernement? Tes grands hommes ont eu beaucoup plus souci de leurs vanités et de leurs intéréts que de ma gloire et de mon bien. Et ta primauteé intellectuelle, ot est-elle? Et ce que l'on appelle en Europe la société francaise, qu’en as-tu fait? As-tu pu seulement garantir la sécurité publique? Tu me vantes la prospérité des affaires: mais- toute la vie d’un peuple n’est pas dans le

cours de la Bourse. Encore si, pendant ces dix-

huit ans, ot tu m’as humiliée en ne croyant qu’a la puissance des intéréts, oui, encore si tu avais sauvegardé la morale! Mais, par la plus coupable des prévarications, tu as toléré, tu as accueilli, tu as flatté la perversion des intelligences; tu as laissé germer et se développer les passions qui détruisent les peuples, parce que tu croyais qu’elles ne toucheraient point a ta couronne : ne sachant pas, gouvernement sans lumiére, que toutes les barriéres sont impuissantes quand les pensées éternelles sont éteintes dans les ames! Et voila que tu me laisses aux prises avec le plus nouveau, le

plus redoutable des ennemis : le socialisme, qui va faire de moi peut-étre la proie des factions, peut-étre le jouet des aventures, qui va me suspendre peut-étre au penchant des abimes! »

La- dessus, Mesdames et Messieurs, la France, pressée par lV’instinct du salut au milieu de l’anarchie, se jette 4 genoux et, avec le cri le plus pénétrant, appelle a son secours Celui qui seul peut la sauyer, le Dieu des nations.

-« QUESTIONS de science ecclésiastique abe CONSULTATIONS DIVERSES

Q. — Hn dehors de la grace, dans quelle mesure la vertu est-elle une affaire de tempérament, d’dge, de j sexe, de miliew et de climat?

2 R. — Dans quelle mesure ?.. . Impossible, cher =a confrére, de vous le dire. Personne n’en sait rien; personne n’en pourra jamais rien savoir. Mesure est un terme quwil faut laisser aux mathématiciens; il n’a pas de sens in moralibus. A chaque matiére sa langue propre; c’est le seul moyen d’en parler comme il faut.

Je sais bien que vous ne demandez ni des

grammes, ni des centimetres, ni aucune mensuration technique de potentiel, capable de figurer sous le symbole d’une valeur déterminée dans une equation. Le mot mesure a un sens large, j’allais presque dire mMoi-méme un sens moral, gue tout le monde entend bien. Oui, et c’est précisément le vague de sa signification qui en rend la définition impossible. Mieux vaudrait ne pas s’en servir, puisqu’il ne peut que donner le change a lesprit en lui laissant croire inconsciemment qu'il cache une idée susceptible de précision, alors qu’en réalité cette idee ne peut qu’étre essentiellement confuse, point de départ d’équivoques facheuses dans le raisonnement.

Les relations mutuelles du corps et de l’ame wont pas de commune mesure matérielle qui nous permette de les apprécier a la maniére des forces physiques de la nature, toujours susceptibles d’étre mesurées d’aprés la quantité du mouvement local qu’elles peuvent produire. Le probléme que vous posez 1a est Wordre psychologique; il échappe donc aux estimations de la sensibilité, au moins dans sa solution complete.

Ces réflexions préliminaires ne m’empécheront point de vous offrir une réponse que vous trouverez, je l’espére, satisfaisante; mais i] était bon de les formuler, non pas pour vous, mais pour Vautres qu’auraient pu séduire peut-étre un peu trop les modernes théories positivistes sur la vertu et le vice, sur l’ensemble des phénomenes de la dynamique humaine. Il y a la un péril : gardonsnous en bien et, pour étre assurés de n’y pas tom-

-volonté, dont elles sont des modifications, disons

laisse intacte la distinction réelle des deux vies, —

hee évitons scrupuleusement jusqu’a l’emploi des termes suspects.

Il est trés vrai que les éléments matériels internes et externes qui intéressent la vie sensible dy composé humain ont leur retentissement, leur influence indirecte sur la genése de ges vices et de

ses vertus. C’est 14 une doctrine chére 4 nos vieux

maitres de la scolastique. Longtemps avant les prétendues découvertes de la science contemporaine, saint Thomas en avait tracé hardiment leg grandes et les petites lignes dans les admirables ° pages de la seconde partie de la Somme, ot sont analysées, avec une finesse qui n’a point été dépassée, les deux théories psychologiques des — Vertus et des Passions. Notre « Vieux Moraliste » a amplement puisé la ses plus belles études sur « Vacte humain. » Ai La vertu est chose en soi spirituelle, assurément, encore que certaines vertus d’ordre inférieur plongent profondément leurs racines dans le terrain mouvant de la chair et de Vappétit sensitif. Mais, bien qu’inhérentes a Vintelligence et a la

des « qualités » habituelles, elles dépendent ce- — pendant du monde matériel, au moins tout comme | Vintelligence et la volonté elles-mémes en dépendent. Dépendance extrinséque évidemment, qui

psychologique et organique, intacte aussi la distinction des deux principes qui en sont la source, mais dépendance vraie tout de méme, qu'il faut admettre comme le plus certain des faits ope rience. Se

Molles carne bene aptos mente videmus, dit saint Thomas : ceux qui-ont une sensibilité tactile — et, en général, la sensibilité délicate, aisément impressionnable, subtile dans ses perceptions,sont — aussi des gens d’intelligence plus remarquable. La théorie scolastique n’éprouve aucun embarras 4 ~ expliquer cela, tandis que les philosophies modernes se heurtent infailliblement, soit 4 la négation des faits, soit 4 identification positiviste des . deux ordres de phénomenes qui ont pour sujets distincts la matiére et esprit. Rien n’arrive a Vintelligence, aucune idée n’y est possible qui | n’ait sa source naturelle dans le phantasma de Vimagination, dans cette enveloppe, mateérielle encore, que les sens externes transmettent a la « phantasia », la grande et unique pourvoyeuse de esprit. Ces données de la sensibilité subissent, il est vrai, avant d’étre digérées par Vintelligence, une élaboration d’ordre spirituel; encore est-il pourtant que ces données sont 1° rigoureusement indispensables et 20 matérielles.

Conséquence : De méme qu’un estomac bien servi par les organes qui préparent le choix et la digestion du bol alimentaire, fonctionne bien et nourrit convenablement lorganisme tout entier, de méme aussi une intelligence bien « servie » par les organes des sens internes et externes est en état d’acquérir, en nombre et en qualité, des perceptions idéales plus parfaites que celles qui ne —

lui arriveraient qu’aprés avoir subi déja des déformations a travers un organisme sensible atrophié, mal équilibré.

- Voila pourquoi et comment, en principe géné-

ral, cette complexion corporelle, assez mal définie @ailleurs, 4 laquelle on donne vulgairement le nom de tempérament, exerce une profonde influence sur la marche des opérations intellectuelles et, par contre-coup, sur le jeu de la liberte, par contre-coup aussi, non moins nécessaire, sur

‘les vertus.

On s’exposerait fort 4 se faire mal entendre, si Von disait criment qu'il y a des gens vertueux ou vicieux par tempérament. Cette formule ne manque pourtant pas de vérite, si on a soin de n’y voir que ce qu’elle contient réellement, c’esta-dire une influence indirecte, quoique trés efficace, une influence purement. dispositive de la matiere sur esprit.

Nous rencontrons des gens chez qui le silence des passions charnelles laisse le champ relativement libre aux paroles sanctifiantes de Vesprit, aux élans vertueux de la volonté. S’ils sont vertueux, c’est toujours librement, a coup stir; mais leur liberté est moins génée; elle se meut plus a Vaise dans le cercle des appétitions raisonnables et honnétes que chez certaines autres natures, pour qui c’est tout une affaire d’Htat que d’arriver & discipliner les emportements de Ja chair révol-

.tée, irritable au moindre frdlement d’une barbe

de plume.

La vertu.donc, toujours spirituelle dans son principe, et en définitive ceuvre de liberté (je parle surtout de la vertu morale), est une résultante dun double effort de la volonté : Veffort initial de la volition des actes bons frequemment répétés et Veffort continu qu'il faut dépenser a combattre les oppositions antagonistes de la sensibilité désordonnée.

Or, cette opposition de la sensibilité désordonnée est elle-méme une résultante d’une foule de causes mateérielles, tant internes «u’externes. L’énumeération en serait longue : les imperfections des cing sens’ externes, de la mémoire, du sens commun, de l’imagination ; les troubles physiologiques du systéme nerveux, du sang, de lestomac, du cerveau, du cceur; le froid et le chaud, le sec et Vhumide, le beau soleil et la pluie maussade; une rage de dents ou un autre bobo du méme genre, une maladie en régle, le sexe, lage, le climat, la besogne professionnelle, le milieu social, l'éducation de jeunesse, les rencontres, les accidents, un orage, une catastrophe, une mouche, un cheveu, un microbe, un atome de poussiére, etc., il y a tout cela, et bien d’autres choses encore, dans ’innombrable série des facteurs matériels qui peuvent rendre pénible ou aisée la genése de la vertu et du vice.

Il est clair que la justice divine saura juger chacun suivant ses mérites, qu’elle accusera et excusera les hommes d’aprés le degré de liberté qu’ils auront mis dans l’action bonne ou le péché. Crest

la un point qui nous échappe. Une seule chose nous importe, c’est de bien savoir que nous ne serons jugés que sur nos cwuvres. Moins riches de mérites, plus facilement coupables a Voccasion, ceux qui auront eu un bon tempérament; moins condamnables aussi dans l’ensemble, et mieux récompensés a l’occasion, ceux qui auront doublé la valeur de leur vertu par les triomphes remportés sur un tempérament vicieux.

Voila, cher confrére, en quelques mots simples, Vossature de la réponse substantielle qu’appelait votre question. Il faudrait un volume, plusieurs peut-étre, pour la traiter en détail. C’est, au fond, tout le probléme des relations du corps et de ’ame au point de vue de la morale. Nous ne saurions entrer ici dans une pareille étude. D/ailleurs, reportez-vous seulement aux nombreux articles, si finement et profondément analysés, que nous a donnés le « Vieux Moraliste » sur tout cela ; vous trouverez 1A, je pense, satisfaction 4 peu pres compléte 4 votre curiosité, en méme temps qu’un enseignement trés solide sur la vraie nature de Vacte humain, de ses vertus, de ses passions et de ga liberteé. .

Q. — Comment expliquer a des protestants ces pa-

roles appliquées a la trés sainte Vierge : « Cunctas

heereses sola interemisti in universo mundo » 2

R. — D’abord on ne doit pas entendre le mot sola en ce sens que la sainte Vierge aurait anéanti les hérésies seule, & V’exclusion de toute autre cause, mais en ce sens gu’elle a efficacement contribué pour sa part, elle seule, a lVextinction de toutes les hérésies.

Pour saisir d’un seul coup d’ceil la. part universelle et prépondérante qu’a la sainte Vierge dans la défaite et ’extinction de toutes les hérésies, il faut se reporter jusqu’a la premiére annonce du Messie et de sa Mére, au Protévangile: De quelque maniére qu’on interpréte le texte, on ne peut nier que la Mére de Dieu ne doive répondre aux morsures du serpent en lui écrasant la téte. Les hérésies sont des morsures par lesquelles le démon tente de déchirer le corps mystique du Christ, dont la sainte Vierge est mystiquement la Mére; | chaque fois que le démon revient 4 la charge, elle lui écrase la téte en anéantissant lhérésie.

De plus, il n’est pas d’hérésie qui, directement ou indirectement, n’aille a l’encontre de quelqu’u des priviléges de la sainte Vierge. :

L’arianisme et ses rejetons, le nestorianisme et Veutychianisme, aboutissaient a nier sa maternité divine. La proclamation de cette maternité divine et le triomphe de la Vierge Mére de Dieu furent la condamnation et la ruine de l’hérésie.

Le macédonianisme, en niant la divinité du Saint-Esprit, rabaissait le rédle de la sainte Vierge dans le mystére de l’Incarnation, attribuant 4 une | créature l’couvre du Saint-Esprit en elle. C’est encore une erreur qu’écrase le privilége de la Maternité divine.

Les hérétiques du moyen 4ge étaient hostiles a

la sainte Vierge ; c’est par la dévotion 4 la sainte

Vierge, par le Rosaire, qu’ils ont été vaincus.

Le protestantisme attaque directement la sainte Vierge et indirectement de plusieurs maniéres, en supprimant le culte des saints, en niant leur puissance d'intercession, en faussant la vraie notion du péché originel et de ses suites, ce qui tourne a la négation du privilége de l!'immaculée Conception, en ouvrant la porte au rationalismeetau na-

turalisme, qui sont la négation de l’économie di-

vine et conséquemment du réle de la sainte Vierge dans le mystére de l’Incarnation et de la Rédemption. Le culte de la sainte Vierge, la profession de foi en ses prérogatives de Mére de Dieu, les

miracles éclatants dus 4 son intercession, la pro-

clamation de son Immaculée Conception, sont lécrasement du protestantisme et de ses rejetons, le rationalisme et le naturalisme.

Enfin, toute hérésie, s’attaquant 4 Jésus-Christ dans sa personne, dans son corps mystique, dans sa doctrine et dans son cuvre qui est l’Eglise, atteint ’honneur de sa Mére qui est, a ce titre, intéressée 4 la défaite de Verreur. Il est évident qu’elle emploie a la vainsre toute la puissance d'intercession dont elle jouit auprés de Dieu et toute Vinfluence qu’elle peut exercer sur les hommes par les bons offices de sa protection et de sa tendresse maternelle. Elle a ainsi une action trés efficace dans les triomphes que remporte |’Eglise sur toutes les hérésies.

A elle seule, elie les combat toutes, elle les écrase toutes. Nulle victoire sur l’hérésie dans laquelle elle n’intervienne et ne trouve son propre triomphe.

Ces explications sont. bonnes pour les protestants comme pour les catholiques. Mais pour que les protestants les acceptent, il faut qu’ils aient déja commencé par admettre les mystéres de |’Incarnation et de la Rédemption tels que l’Kglise nous les enseigne, et quils ne refusent pas obstinément d’en tirer les conséquences au sujet des priviléges et prérogatives dont ces mystéres sont la source pour la sainte Vierge. Or un protestant qui en serait arrivé a ce point, ne serait déja plus protestant.

Q. — Questions sur les Confréries. 1° Existe-t-il un manuel des confréries plus récent que le P. Beringer (édition 1893), et qui ait du nouveau? Je parle d’un manuel s’occupant des confréries en particulier, et non d’un traité général sur les confréries, tel que celui, excellent d’ailleurs, de M. Tachy.

Qo Tl a été répondu dans VAmi du Clergé que le prétre délégué pour ériger une confrérie au nom du supérieur de l’Ordre, comme il arrive pour le Rosaire, doit employer la formule des religieux. Mais comment doit-il Vemployer? Doit-il la prononcer? Doit-il seulement la transcrire ? Que doit-il y changer, ou que doit-il

nécessairement exprimer? La formule donnée par les

manuels du Rosaire est-elle nécessaire ?

3° Les prétres qui recoivent actuellement le pouvoir du scapulaire bleu, soit directement et sur une demande expresse, soit comme membre vy. g. d’un conseil de la Propagation de la foi, peuvent-ils recevoir

-LVAMI DU CLERGE

sh a :

seulement du scapulaire sans receyoir dans la confrérie? Peuvent-ils recevoir dans la confrérie ?

40 Pour la réception dans l’Association de la gainte

Famille, la consécration suffit sans linscription. (Rép.

du 380 mars 1898).

consécration ?

5° Une confrérie universelle de’ sa nature par suite de son agrégation 4a une archiconfrérie universelle, peut- elle étre limitée par ses statuts a une localité ?

6° Pour l’Apostolat de la priére, faut-il une érection ou agrégation autre que le dipléme que donne le directeur diocésain a chaque centre particulier ?

7° Vous avez enseigné que Vautel de la confrérie est nécessaire pour la validité de l’érection. Or les diplomes d’érection que j’ai vus ne parlent que de l’église, et ne s’occupent pas de Vautel. Quid?

8 Une fraternité de tertiaires perd-elle son existence canonique dans les mémes conditions qu’une confrérie ?

9° Ol trouver les indulgences attachées a la visite des églises franciscaines et que le Bref du 31 janvier 1893.2 rendues aux tertiaires?

10° Le Bref du 7 juillet 1896 accorde- t-il aux tertiaires les absolutions générales du 1 et du 2¢ ordre? Faut-

L’inseription suffit-elle sans la

il les comprendre sous le terme « indulgences et bonnes

CUuvres ? »

R. — Ad I. Le seul Manuel récent que one connaissons est celui du P. Hilgers, publié en 1897 ; mais comme il n’est qu’un abrégé du P. Beringer, il n’y a rien de nouveau, sinon quelques — décisions que nous avons données 4 leur date. ©

Ad II. Parlons de l’érection de la confrérie du Rosaire par délégation, et nous verrons comment doit s’y prendre le prétre délégué. Rappelons d’abord que l’érection d’une confrérie est un acte | de juridiction : elle résulte du décret émané de celui qui a les pouvoirs compétents. Or, un décret acquiert sa valeur au moment de la signature, et il n’est nullement besoin d’en faire la lecture.

Donec, pour ériger la confrérie du Rosaire, il suffit d’un décret signé de celui qui a le pouvoir — d’ériger : la solennité qui accompagne ordinaire-— ment la promulgation de ce décret et la rédaction | du procés-verbal ne sont que de conseil.

Pour ja confrérie du Rosaire, sur quoi porte la délégation ? Renferme-t-elie un vrai d’ériger la confrérie, ou bien simplement charget-elle tel prétre déterminé de promulguer le décret d'érection signé a l’avance par les supérieurs de lYOrdre?

D’aprés les nouveaux statuts du Rosaire, les supérieurs sont obligés de déléguer le prétre pour V’érection elle-méme. On lit a Varticle rv: « Instituendce sodalitati in designata aliqua ecclesia

Magister Generalis deputet per consuetas litteras

sacerdotem sui Ordinis ; ubi Conventus Sodalium Dominicanorum desint, alium sacerdotem Eplecorg acceptum. »

Nous appelons attention sur la forme future du participe instituende, qui indique que les letires du maitre général renferment une vraie délé- gation pour une érection future, et non pas la promulgation d’une érection déja faite.

Le décret de la S. Congrégation des Indulgences du der février 1891 approuve une nouvelle formule de délégation pour l’érection de la confrérie

2 r = ; @agrégation —

pouvoir

du Rosaire ot on lit :«Tenore igitur presentium Rev... vel illum sacerdotem Episcopo acceptum, quem ipse fortasse impeditus sibi substituerit, delegamus qui, premissa apposita concione, Confraternitatem SSmi Rosariiin dicta ecclesia nomine et auctoritate nostra erigat. »

Le décret de la S. Congrégation des Indulgences du 8 février 1899 ‘ interpréte dans le méme sens l’article dont nous parlons: « Juxta * Decretum S. C. Indulgentiarum d. d. 20 maii 4896, ad VI, Magister generalis Ord. Preedicatorum ~ pro erigenda confraternitate SS. Rosarii certum * gacerdotem delegare debet. » Comme on le voit, le prétre est lui-méme délégué pour ériger la confrérie du Rosaire, et non pour rendre publique l'érection faite par un autre.

Comme il agit au nom des religieux, il emploiera la formule méme des religieux, en y insérant - cependant ce qui a trait 4 la délégation. Pour plus de stireté, it-demandera en méme temps que la - délégation un formulaire tout préparé. Au bas de ce formulaire, il apposera sa signature, laissant a - d@autres, s’ils le désirent, le soin de le transcrire,

Ad III. Les documents que nous avons ne nous permettent pas de résoudre cette question.

.Adressez-vous au supérieur général des Théatins, église San-Andrea della Valle, via de’Chiavari, 8, & Rome. Nous serons heureux de communiquer a ee BOS lecteurs la réponse que vous aurez recue.

Ad IY. D’aprés le sommaire des indulgences de la Sainte-Famille, c’est dans la consécration seule daprés la formule approuvée que réside la condition essentielle pour faire partie de l’association. On y lit, en effet : « Die quo consociationem adiea rint, emissa Consecrationis formula a Nobis per Nostram Rituum Congregationem probata. »

En comparant cel article avec la réponse du 30 mars 1898, qui déclare de simple conseil Vinscription matérielle, on conclut que Vinscription ne suffif pas pour faire partie de l'association, mais we quw’il faut la consécration.

o Ad Y. Une confrérie de la sorte peut pour le bon ordre se limiter 4 une localité. Mais cette limitation ne peut en aucune maniére atteindre des ___ actes que le droit commun regarde comme valides. my Ad VI. Les statuts de lApostolat de la priére - approuvés le 41 juillet 1896 par la S. Congrégation des Evéques et Réguliers, ne font mention ni d’érection, ni d’agrégation autre que celle contenue dans le diplome dagrégation donné par le directeur diocésain 4 chaque centre particulier.

Ad VII. Nous étudierons ce point avec les plus grands détails dans un prochain numéro.

Ad VIII. Oui.

Ad IX. Dans le Sommaire des indulgences de lOrdre séraphique, qui se trouve dans les Rescripta authentica, p. 385 a 402.

Ad X. La question est controversée, et nous avons donné les raisons pour et contre dans

her by,

1 Ami, 1899, p. 896.

diverses circonstances depuis Pépoque de la publication du Bref du 7 juillet 1896.

Q. — Une religieuse enseignante, qui, malgré la défense de sa régle et de ses supérieures, continue a donner, sans permission, la discipline 4 ses éléves, péche-t-elle mortellement? Quand e&t-ce qu'il y a mépris grave de la régle ? Est-il nécessaire que ce soit sur plusieurs points ala fois ou est-il suffisant que ce soit sur un seul point? Dans: le cas précédent, y a-t-il mépris grave de la régle?

R. — fl faudrait, pour vous répondre exactement, avoir sous les yeux les constitutions et régles de l'Institut religieux dont vous parlez. Ce genre de préceptes n’oblige sous peine de péché mortel gu’autant que l’autorité législative du supérieur l’entend ainsi; et l’on ne peut interpréter la pensée des supérieurs que d’aprés le texte ou ils ont formulé leur volonté.

En principe, les régles n’obligent pas sub gravi, ni méme sub levi PAR ELLES-MiMES. Tous les moralistes et auteurs ascétiques font cependant remarquer que le per accidens est gros et fréquent en pareille matiére. Le désordre moral (scandale, mépris de l’autorité, du vceu, de la grace, etc.) qui accompagne généralement la transgression délibérée des points de la régle, peut avoir de graves conséquences au point de vue de la conscience. C’est 4 vous de voir, d’aprés toutes les circonstances du fait allégué, si la religieuse en question met dans ses actes une malice grave, en violation d’un précepte qui Vobligerait sub gravi. Ceest trés possible; mais Vénoncé de votre cas, trop peu détaillé, ne nous permet pas de Vaffirmer avec certitude. Tu videris.

Q. — Lecteur assidu de Ami, je viens vous proposer une difficulté que je vous serai reconnaissant de vouloir bien résoudre.

Ils’agit du baptéme des adultes moribonds (paiens ou musulmans) que Von rencontre sans connaissances, et qui n’ont pas auparavant, du moins au su du missionnaire ou de ceux quil peut interroger, manifesté le désir de recevoir le baptéme. :

Je trouve développée, dans les deux numéros de janvier et février 1900 de la Pastoral Gazette de Bombay (numéros dont je yous envoie les articles qui traitent ce sujet), une ligne de conduite qui me parait en contradiction avec le décret du Saint-Office, 830 mars 1898, tel que je le trouve reproduit par yous, au n° 29 de l’année 1898, p. 649. ’

Comme cette question est trés pratique dans toute Vétendue des Indes Orientales, en la traitant avee toute la clarté qui distingne Amz, vous rendrez un grand service a bien des missionnaires.

R. — En effet, il parait difficile d'accorder les conclusions pratiques extraordinairement larges de la Pastoral Gazette avec le décret du 30 mars 1898. Nous avons longuement traité cette question dans l’Amz. (Année 1894, p. 83 ; année 1896, p. 694, et p. 1048). Reportez-vous 4 ces différents articles, au dernier surtout, ot vous trouverez développées la doctrine et la pratique qu’il faut tenir sur cette question délicate, conformément aux décisions anciennes et récentes du Saint-Office.

Q. — L’Ami ne voudrait-il pas nous dire si la femme peut légitimement quitter son mari, ivrogne de profes-

sion, dépensant a boire l’'argent nécessaire 4 l’entretien

de la famille ? Les auteurs quej’ai entre les mains sont vraiment laconiques dans l’explication des causes qui peuvent légitimer la separatio a toro et habitatione.

R. — La séparation a toro est un fait qui en soi porte atteinte au droit de justice qu’ont mutuellement les époux l’un sur l'autre. Sans raison grave suffisante, cette séparation constituerait donc une grosse injure envers le conjoint abandonné, et obligerait 4 réparation, c’est-a-dire 4 la réunion. Voila le principe général qui domine toute cette matiére. :

. En fait, quelles sont les causes graves qui peuvent, en bonne théologie morale, autoriser cetie extrémité, toujours trés grave, de la séparation? Les auteurs n’en parlent point d’une maniére détaillée, et cela pour deux motifs : 40 les anciens théologiens laissaient ce probleme aux canonistes, et ils avaient raison; la discipline ecclésiastique soumettait alors la procédure en séparation au jugement des officialités diocésaines, et c’était au juge qu’il appartenait de décider, suivant les cas, de la valeur des motifs allégués par lépoux mécontent de la cohabitation. C’est donc dans les vieux auteurs de droit canonique et dans les recueils de décisions de jurisprudence qu'il faudrait aller chercher le détail que vous désirez. 20 Les modernes théologiens n’entrent pas non plus en grandes explications sur cette matiére, parce quwils la savent soumise en fait a l’autorité des tribunaux civils, soustraite par conséquent 4 peu prés toujours au jugement privé du confesseur in foro conscieniice.

Je dis «a peu prés toujours, » par ce que, s'il se présentait un cas ot la femme par exemple consulterait le prétre sur un projet de séparation

privée, spontanée, étant assurée que son mari la

subira sans recourir contre elle aux revendications civiles, il pourrait y avoir lieu alors de

donner, au seul point de vue de la théologie.

morale, une réponse indépendante des tribunaux du for externe, ecclésiastiques ou civils.

Je suppose que votre cas rentre dans cette hypothése, aujourd’hui rare. Et a votre question Vivrognerie, la dissipation financiére suffisentelles? je réponds : Oui, si Vivrognerie entraine une cohabitation moralement intolérable, si la dissipation compromet gravement la substance temporelle de la famille. Non, s'il s’agit d’ivrognerie et de dissipation, méme habituelles, qui, tout en étant désagréables, trés désagréables méme, ne présentent cependant pas les caractéres graves et certains dont je viens de parler.

Il faut ici se garder d’aller trop vite. La séparation, outre qu’elle est un outrage au sacrement de mariage et un “seandale public, constitue pour VYordinaire un periculum lequel il faut compter. Sans doute, le mari coupable s’est mis lui-méme en mauvais cas; il est répréhensible. Mais, toute faute de sa part n’entraine pas, comme reméde ou comme peine, la

incontinentice avec

mesure extrémement sévére de la séparation. Et cette considération devient beaucoup plus sérieuse encore s'il. y a des enfants. Il ne faut done approuver la femme qui cherche la séparation, qu’a la derniére extrémité pour ainsi dire, d’au-tant plus que la vie matrimoniale comporte dans le consensus initial l’acceptation faite de bien des — miséres en échange des plaisirs et avantages

qu’elle procure par ailleurs. L’Eglise abhorre les €s

séparations, sauf le cas ou le souci religieux dela conservation de la foi au sein dela famille l’auto- — rise pour ainsi dire de plein droit.

Ceite solution a également sa raison vétre i quand on est consulté par une femme qui se

demande s’il n’y a point lieu pour elle d’entamer une procédure en séparation devant les tribunaux civils. Le prétre doit se montrer toujours plutét

incliné 4 maintenir jusqu’au bout la vie conju-

gale, surtout s'il a affaire 4 un ménage dont les — sentiments chrétiens permettent d’espérer un temps plus calme aprés quelques violentes tem- | pétes. Fis

Il convient de suivre cetle ligne de conduite aujourd’hui plus que jamais, a cause de la me- — nace de divorce civil qui est au bout de la sépara-— tion.

Inutile enfin de rappeler que le prétre invité 4 donner son avis sur une question si épineuse ne — devra le faire qu’apres avoir étudié de prés dans le Code civil et, au besoin, auprés d’un homme de loi compétent, la législation présente de la séparation et du divorce, avec tout ensemble de leurs. conditions et conséquences légales. :

Q. — ie Qu’y a-t-il d’historiquement certain dans ce que l’on raconte de la vie de la Sainte Vierge depuis | lV Ascension jusqu’a sa mort ? ; ae

2° Quel estle degré de certitude de sa résurrection et de — son Assomption ? [1 me semble que l’on pourrait peutétre donner pour origine ala foi enl’Assomption de Marie — Vhypothése suivante : Trois jours aprés la sépulture — de la Sainte Vierge, les apdtres, cédant au désir de ~ saint Thomas, ouvrent le tombeau. Is le trouvent vide. Alors, infaillibles et inspirés qu’ils sont comme apdtres, — ils concluent 4 ’Assomption de Marie et lancent cette yérité dans la tradition. is

R. — Ad I. Par le livre des Actes, nous savons que ja Sainte Vierge était au Cénacle avec les apotres. Par l’évangile de saint Luc, nous devinons que Marie seule a pu si bien renseigner Vévangéliste sur Venfance de Jésus. Voila la

seule certitude et la seule probabilité que nous e

ayons sur la vie de la Sainte Vierge aprés ]’As- : cension.

La plupart des auteurs qui ont écrit sa vie racontent bien plusieurs détails sur ses derniéres années. Mais, quand on veut remonter a la source ot ils les ont puisés, on n’en trouve point d’authentique. Nous n’avons rien de certain, ni sur les occupations de Marie aprés la Pentecdte, ni sur la date de sa mort, ni sur le lieu de sa sépulture.

On a souvent fait dire et l’on fera sans doute

longtemps encore dire a saint Jérdéme que la Sainte Vierge aimait 4 parcourir les lieux consaerés par les souffrances et la mort de son divin Fils. Que les choses se soient passées ainsi, c'est

assurément fort vraisemblable. Mais la lettre de saint Jéréme sur laquelle oa voudrait s’ap-

puyer est incontestablement apocryphe.

S’agit-il de l’époque ot mourut la Sainte Vierge ? Aucun document ne peut nous l’apprendre avec quelque certitude. Dans sa Vie de la Sainte Vierge, le chanoine Maynard avance avec aplomb que Marie vécut vingt-quatre ans aprés i’Ascension (p. 310). Plusieurs biographes disent la méme chose. Ils ne nous disent pas sur quoi ils fondent

leur affirmation. Peut-étre est-ce sur les révéla- |

tions de Marie d’Agréda. Mais si l’on fait appel a de si pauvres preuves, il faut bien savoir que nous avons des témoignages plus autorisés que

celui de la voyante espagnole, et qui le contredisent formellement. D’aprés Catherine Emmerich, la Sainte Vierge ne resta sur la terre que quinze ans aprés le départ du Sauveur, elle mourut a soixante-quatre ans moins vingt-trois jours. (Vie de la Sainte Vierge, traduction Cazalés, p. 483). Au xive siécle, V’écrivain grec Nicéphore Callixte

-. inséra dans son Histoire ecclésiastique un témoi-

- gnage d’Evode, premier évéque d’Antioche aprés - gaint Pierre. Suivant ce témoignage, la mére de Jésus serait morte trois ans aprés Ja conversion de saint Paul, c’est-a-dire une dizaine d’années aprés Ascension. Si ce document était authentique, il trancherait la question. Malheureusement, nous ne savons pas ot Nicéphore l’a puisé.

Méme incertitude sur le lieu ot mourut et fut ~ ensevelie la Sainte Vierge. Nous avons sur ce point deux traditions opposées : l'une qui désigne Jérusalem ; et l'autre, Ephése. Mais nous n’avons rien qui puisse nous faire adopter résolument

Tune ou autre.

Assurément, ’opinion qui place a Jérusalem le tombeau de Marie est de beaucoup la plus commune; et les preuves qui ’appuient ne manquent pas d’un certain poids. Nous ne la trouvons pas exprimée avant le vue siécle. Mais en ce vite siécle elle est affirmée par plusieurs évéques dont le témoignage est venu jusqu’a nous : Modeste, patriarche de Jérusalem ; Germain, évéque de Constantinople; André, archevéque de Créte. Au siécle suivant, saint Jean Damascéne lexpose tout au long dans ses trois homélies sur la Dormition de la Vierge.

Malgré toutes ces autorités, la tradition qui fait mourir la Sainte Vierge 4 Ephése est aussi bien fondée que la précédente. D’abord, elle a pour elle un texte du premier concile d’Ephése, texte qui nest pas entiérement conservé, mais qui, tout mutilé qu’il est, n’en établit pas moins une forte présomption en faveur de cette ville : il y est dit que «le théologien Jean et la sainte mére de Dieu demeuraient a Ephéso. » (Labbe, t. mr, p. 5738). En second lieu, le quatri¢me évangile nous apprend

: AMI DU CLERGE : | Sah P Bs a Se NSIS USSR ETE Nag a SS NP OT TEPER SS em aer

que saint Jean prit chez lui ta mére de Jésus. Or e’est une tradition incontestée que l’apdtre séjournait A Ephése. Le silence de saint Jérdéme nous fournit aprés cela une preuve contre Jérusalem. Dans son éloge de sainte Paule, il recense avec soin tous les lieux sacrés de Palestine. Or, il ne mentionne pas le tombeau de la Sainte Vierge a Jérusalem. L’aurait-il oublié, si ce tombeau avait été connu? — On a supposé, d’autre part, avec beaucoup de vraisemblance, que ia tradition en

’ faveur de Jérusalem a pour auteur un évéque de

cette ville nommé Juvénal. Il vivait au ve siécle, et il fut un de ceux gui condamnérent Nestorius. Toute son ambition était de faire ériger son siége en patriarcat. Dans ce but, il produisit plusieurs écrits apocryphes. C’est le pape saint Léon le Grand qui l’en accuse formellement. (Letire a Maxime WAntioche). Enfin, vous n’avez pas oublié gu’a la-fin de l’année 1892, Mgr Timoni, vicaire apostolique de l’Asie-Mineure, désireux de contrdéler les indications si précises de Catherine Emmerich sur la maison ou. Marie serait morte aux environs d’Ephése, y découvrit les ruines de Panaghia-Capouli qui concordent merveilleusement avec la description de la voyante.

De cette discussion, nous avons au moins le droit de conclure qu’on ne sait rien d’historiquement certain sur le hHeu ot mourut Ja Sainte Vierge. ©

Ad II. Que la Sainte Vierge soit ressuscitée, qu’elle soit montée au ciel en corps et en ame, ce n’est pas une vérité définie de foi catholique par le magistere de l’Eglise. Néanmoins c’est certainement une vérité révélée. Si elle n’est pas dans V’Kcriture, elle est dans la tradition.

Pour le démontrer, on pourrait citer plusieurs témoignages qui établissent l’antiquité de la croyance chrétienne 4 l’Assomption de Marie.

Ainsi, au ive siécle, saint Epiphane (Homélie LXxX¥xX11) affirme que, si l’Ecriture n’a rien dit de la mort de Marie, c’est 4 cause du miracle prodigieux dont elle fut l’objet. Dés le vie siécle, la féte de l’Assomption se célébrait dans les Gaules le 18 janvier; et elle avait le méme sens qu’aujourd’hui. L’an 602, lempereur Maurice établit cette féte en Orient et en fixa la date au 15 aott. Ajoutez a cela le témoignage des évéques du vie et du vire siécle que nous avons cités plus haut.

Mais ce qui prouve mieux encore que les textes que VAssomption de la Sainte Vierge est une vérité révélée, c'est le consentement du peuple chrétien. Jésus Christ a promis l’infaillibilité a son Kglise. Celle-ci ne peut donc se tromper, quand elle tient universellemont une vérité pour révélée. Or c’est le cas pour l’Assomption.

La révélation chrétienne ayant été close avec les apotres,, cest du vivant de ceux:ci que l’Assomption de Marie a dt étre révélée. En quelle occasion et de quelle maniére le fut-elle? Nous ne le savons pas avec certitude. L’hypothése que vous faites n’a certes rien d’invraisemblable. Elle

‘LYAMI DU CLERGH

-alavantage d’étre dans la deuxiéme homélie de saint Jean Damascéne sur la Dormition de la Vierge, et nous la lisons tous les ans au 48 aott dans le -bréviaire romain. Néanmoins elle reste

toujours une hypothése : les hommes sur le témoignage desquels le saint docteur appuie son récit, Kuthymius, Juvénal et Denys, manquent en effet dautorité.

~ Q.— 1° La confession requise pour gagner l’indulgence de la Portioncule peut étre faite dés le 30 juillet. — Les personnes qui ont Vhabitude de se confesser tous les quinze jours, doivent-elles ajouter une confession spéciale pour gagner lV’indulgence de la Portioncule dans: les diocéses qui ont un indult pour les confessions?

2° Le gardien d’un couvent de capucins aurait dit, m/assure-t-on, que les tertiaires franciscains seuls peuvent gagner l’indulgence de la Portioncule dans les paroisses qui n’ont pas une église appartenant aux religieux de saint Francois. Le cher Ami voudrait-il bien me dire ce quil y a de vrai dans cette assertion ?

R. — Ad J. D’aprés un décret du 414 juillet 1894, que nous avons donné en 1895, p. 112, il est permis a tous les fidéles qui veulent gagner lV’indulgence de la Portioncule de se confesser dés le 30 juillet, c’est-a-dire trois jours 4 Vavance. Comme dans certains pays, par. exemple en Autriche, Vindulgence est renvoyée au dimanche, on demanda au S. Pontife la permission de faire la confession dés le jeudi; ce qui fut accordé par un décret du 20 juillet 1896. (A272, 1897, page 96).

D’aprés le décret du 12 mars 1855, les fidéles qui ont Vhabitude de se confesser chaque semaine et qui n’ont pas commis de faute grave depuis leur

derniére confession peuvent gagner l’indulgence de la Portioncule sans nouvelle confession.

Ce privilege s’étend-il aux personnes qui vivent dans les diocéses ou, en vertu d’un indult, elles peuvent se contenter de la confession de chaque quinzaine ? Nous le pensons. Du moment, en effet, que par une concession pontificale la confession de chaque quinzaine a tous les priviléges de la confession hebdomadaire, on peut en conclure qu’elle suffit pour gagner l’indulgence de la Portioncule.

Ad II. Le religieux en question a raison. On peut gagner l’indulgence de la Portioncule en vertu de deux titres forts différents : 1° en visitant une église qui posséde le privilége d’une maniére universelle, ou bien 2° en vertu d’un privilége personnel qui permet de gagner l’indulgence dans une église qui n’a pas ce privilége local.

40 Tl est certain que la constitution Mzsericors Dei Filius, du 30 mai 1883, a enlevé aux chapelles du tiers ordre séculier la faveur de lindulgence de la Portioncule. Le 30 janvier 1893, la S. Congrégation des Indulgences déclara qu'il n’élait pas opportun de la leur rendre d’une maniére générale. Le Saint-Siége toutefois ne se refuse pas 4 des concessions partielles; mais il exige que Véglise qui doit étre favorisée soit la propriété des tertiaires -et quiils en fassent la preuve devant la S. Congrégation des Indulgences.

Plusieurs fraternités de France ayant fait la preuve demandée ont pu obtenir la faveur de la

Portioncule pour leurs chapelles en faveur de tous les fidéles 1.

20 Comment les tertiaires qui n’ont pas de chapelle ainsi privilégiée peuvent-ils gagner l’indulgence de la Portioncule? — I] faut d’abord remarquer que la constitution Misericors Dei Filius ne renferme qu’une indulgence pléniére ordinaire pour le 2 aotit, féte de Notre-Dame des Anges. Mais en vertu d’une concession du 34 janvier 1893, les tertiaires ont le pouvoir de gagner les indulgences attachées aux églises franciscaines, y compris la Portioncule, en visitant la chapelle ot est établi le tiers ordre, quand il n’y a pas d’église de Fréres Mineurs, de Clarisses, ou du tiers ordre régulier, et méme en visitant leur église paroissiale quand le tiers ordre n’est pas établi au lieu out ils se trouvent. 5

C’est a cela qu’a fait allusion le Gardien.

Q. — Comment donc interprétez-vous expression ew professo, pour faire tomber sous le coup de cette restriction comme immoraux tous les ouvrages de Balzac?

R. — Nous allons demander 4 plusieurs canonistes l’explication des expressions : ex professo de immoralibus. Quant aux mots ex professo contra religionem, nous les avons expliques en 1898, p. 877.

Je « On comprend, dit M. Péries, la différence qui existe entre les livres intentionellement immoraux, corrupteurs des moeurs, et d’autres ouvrages traitant des matiéres extrémement délicates, sans doute, mais tendant ex professo vers un tout autre but. Ainsi, les traités de médecine et de chirurgie spéciale ne rentrent pas dans la catégorie des livres défendus ici. La loi naturelle seule en interdit l’'usage 4 ceux que leurs études ou leurs besoins n’autorisent pas 4 en user et qui par ailleurs y rencontreraient peut-étre l'occasion de tentations. j

« Les romans ordinaires, méme les moins recommandables, ne tombent pas directement sous la défense de cet article : il faudrait qu’ils réalisent positivement la condition requise, c’est-a-dire quwils décrivent ex professo des obscénités. Le fait est malheureusement trop fréquent aujourd'hui *. »

2° « Ges dispositions de l’Index, dit le P. Desjardins, sont la condamnation formelle d’une grande partie de notre littérature contemporaine. Ce n’est plus par accident ou en passant, que l’obscénité se glisse dans les livres modernes ; les auteurs se font gloire de fouler aux pieds toutes les lois de la morale; ils se délectent dans la boue et s’honorent du nom de pornographes. Etait-il possible 4 l’autorité ecclésiastique de soumettre a son examen ce tas de romans immoraux qu’enfante chaque jour l’imagination dévergondée de ces corrupteurs de profession? Quand la mesure est comble, comme il est arrivé pour Zola, elle frappe ouvertement. Mais, avant son arrété solennel, ces livres infames n’étaient-ils pas condamnés, non seulement par la loi naturelle, mais aussi par la loi positive? Ils P’étaient par la régle vim de l’ancien Index, ils le sont de nouveau par les articles 9 et 10 de celui-ci. Ces livres ne peuvent done étre lus, ni gardés, ni prétés sans violation grave de la loi ecclésiastique, et le confesseur ne peut admettre au hbénéfice de Vabsolution sacramentelle ceux qui se refusent. & rejeter loin d’eux ces immondes productions *. »

!Tachy, Les Tiers Ordres, n. 189.

2 Péries, L’Index, p. 85.

3 Hiudes, 20 mars 1897, p. 746.

3° « Il nous parait pourtant utile, dit M. Planchard,

Wajouter deux observations. La premiére, c’est quil faut bien remarquer les deux mots : narrant aut docent. Par suite de leur insertion, il est bien évident que la prohibition s’étend et aux ouvrages qui enseignent Vobscénité, et a ceux qui la racontent, ou, si lon aime mieux, aux livres qui traitent ew professo de matiéres lascives et obscénes, sous forme narrative comme sous forme didactique. C’est parce qu’ils traitent de matiéres obscénes en employant la forme narrative que certains romans tomberont sous les décrets ; mais nous répétons que beaucoup y échappent, parce qu’on ne peut dire d’eux que per se et ex professo narrant obscwna*. »

4o « Clausule, dit Vermeersch, ex professo, data opera, vix in. usu differunt ; tanquam idem sonantes a plerisque habentur. Si tamen vim verborum consideres, recte a Pennacchi plus intelligitur per clausulam ew professo quam per alteram data opera.

« Data enim opera, idem est ac de industria, consulto, studiose. Gallice dixeris « de propos délibéré, de parti pris; » italice «a bella posta, » etc., et ei opponi-

tur dictio : obiter, per transennam.

« Ex professo insuper negat dissimulationem talis consilii ita ut agas quasi profitendo, yv. gr. enucleate et propositis argumentis.

« Verum ut lider (et non tantum secriptor in aliquo loco) reputetur data opera, ex professo quid facere,

oportet ut vel ex tendentia sua generali, vel in notabili

parte in istud incumbat. Notabilis pars erit unum caput, quandoque minus, si capita sint prolixa *. »

Nous arrétons ici les citations : elles suffisent pour vous faire comprendre l’enseignement com-

mun sur ce point délicat.

Q. — Un confrére affirmait il y a quelques jours, dans une réunion de conférence, qu'un décret avait paru a Rome il y a deux ans environ, autorisant les curés a

conserver pour eux le montant des quétes faites a

Téglise pendant la messe de mariage par les garcons et

filles @honneur.

L’ Univers aurait publié cela a l’époque de la promulgation. Le confrére ne prendrait-il pas ses désirs pour des réalités?

‘Sly a des curés qui partagent le produit de ces quétes

entre les prétres attachés 4 l’église pour étre distribué aux pauvres, se basant en cela, disent-ils, sur la coutume.

R. — Les quétes des mariages ne sont pres-

crites par aucune loi ecclésiastique; il est donc

de toute impossibilité qu’elles aient été Vobjet d'un décret quelconque émanant du Saint-Siége.

Elles sont régies par ce principe du droit naturel: Une donation tout a fart libre dott aller au but vouiu par le donateur. De fait, quand il s’agit de faire une aumone qu’aucune loi n’impose, celui qui la fait est libre de déterminer celui gui en profitera.

Dans Vespéce, la quéte est la sollicitation d’une aumone aupres des gens gui assistent a la messe de mariage. A qui doit profiter cette aumdne ? A ceux qui sont désignés soit par l’opinion publique, soit par le curé de la paroisse. A défaut de désignation positive, la quéte est censée attribuée a la fabrique, et non au curé. De fait, la pratique commune qui réserve au curé le montant des offrandes faites au moment des offertes, &4 moins d’indications contraires, ne parle pas des quétes.

* Revue Théologique, p. 287, année 1897.

* Vermeersch, De prohibitione, 2° édit., p. 48.

Un curé ne peut donc seles approprier quedans — deux cas :

40 Sila coutume de la paroisse les lui attribue ~ d’une maniére certaine ; ;

20 S’il a pris lui-méme Ja précaution de prévenir publiquement les fidéles de cette destination donnée aux quétes. Comme les fidéles seraient prévenus, ils donneraient en connaissance de cause.

Il ne faut pas oublier d’autre part le droit cer- — tain de l’évéque pour autoriser des quétes extraordinaires.

Q. — 1° Est-il nécessaire pour le gain des indulgences que toute une communauté récite 4 haute voix la priére — « O bon et trés doux Jésus, » ou bien suffit-il qu’un lecteur la récite et que les autres répondent simplement aux Pater et Ave?

2° Peut-on continuer a croire que les indulgences pléniéres attachées a la récitation des six Pater, Ave et Gloria quand on porte le scapulaire bleu se gagnent toties guoties & w’importe quel jour de V’année, ou bien est-ce seulement aux jours de stations qu’on gagne ces indulgences ? :

R. — Ad I. Nous pensons que chacun des membres dela communauté doit prononcer distinctement, mais non a haute voix, chacune des — paroles de la priére O bon et trés doux Jésus. Quant aux Pater et Ave qui la suivent pour prier aux intentions du Souverain Pontife, ils peuvent étre récités alternativement. ; “heey

Ad II. Laissant de cdté la question théorique, nous vous rappelons seulement ces deux principes que personne ne peut nier :

4° Les questions de probabilité n’ont rien 4 voir dans les indulgences. On ne peut gagner que les indulgences réellement accordées par le Souverain Pontife, sans que les discussions des théologiens influent en quoi que ce soit sur leur existence ou leur non existence. .

2° Ti n’est pas nécessaire de connaitre dans le détail les indulgences pour pouvoir les gagner ; il suffit d’avoir la volonté ou Vintention de les gagner si elles existent et telles qu’elles existent.

Dans le cas présent, que chacun récite le plus souvent gu’il pourra les Pater, etc., avec l'intention de profiter de toutes les indulgences que le Souverain Pontife y a attachées.

Q. — Quid juris Vune communauté de sceurs 4 vooux simples dont le réglement, approuvé a Vorigine par YOrdinaire @alors, contient des dispositions ‘identiquement les mémes que celles que Rome fait disparaitre de réglements soumis 4 ses examen et approbation par des’ communautés similaires ?

R. — Il faut garder les dispositions en question Jusqu’a ce que l’autorité compétente, l’évéque ou le Saint-Siége, prescrive une modification.

A ATT CRP eee IMPRIMATUR Lingonis, die 4 julii 1900.

{ SEpastTianus, Zpiscopus Lingonensis.

Le gérant : J. Marrerer.

LANGRES. — IMPRIMERIG MAITRIER ET cOURTOT.

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ADU CLERGE -

REVUE DE TOUTES LES QUESTIONS ECCLESIASTIQUES DOGME, MORALE, LITURGIE, DROIT CANON, ECRITURE SAINTE, PATROLOGIE,

HISTOIRE SACREH, -——- LEGISLATION CIVILE-ECCLESIASTIQUE. — PASTORALE, PREDICATION,

a ce CATECHISMES. — BIBLIOGRAPHIE

DIRECTEUR ET REDACTEUR EN CHEF: F, PERRIOT ANCIEN SUPERIEUR DU GRAND SEMINAIRE DE LANGRES :

| Parait a Langres, tous les joudis

Labonnement, pour tout V Univers, est de 15 fr. avec le Supplément : L’Amt pu CLERGH PAROISSIAL, s de 10 frances sans le Supplément rd

Toutes les lettres doivent étre adressées 4 M. le Directeur de Ami du Clergé, ~ Maison Saint-Pierre, rue Tassel, 4 Langres (Haute-Marne)

NOTES ET SOUVENIRS

DUN VIEUX MORALISTE

§ XXXV. — Travaux d’approche

OU L’AUTEUR SE PREPARE A REBATIR ; APPROCHE + DES MATERIAUX. — LINTELLIGENCE BT LES DEUX - RAISONS. — PSYCHOLOGIE DE LA PROBABILITH. — L’OPINION wnice probabilis.

Nous voici arrivés au tournant difficile. Aprés avoir démoli, il faut rebatir: Il faut échapper au ridicule dont se couvre toujours la sotte critique -quine sait que faire des ruines pour le plaisir d’y promener son orgueilleuse vanité et admirer la puissance de ses coups. Je tiendrais, je vous ]’as- “i sure, pour stérile au moins, et par dessus le mar- - ché gravement imprudente, l’ceuvre que je fais 4 3 PAmi du Clergé, si je n’avais la certitude de laisser 4 mon lecteur une impression finale salutaire, - des conclusions claires et solides.

Le sujet est de haute importance, la conduite morale des Ames y est intéressée. Beaucoup de saints et de docteurs infiniment respectables s’y FP sont exercés. Qui suis-je, moi, pour oser prendre & mon tour la parole? Et si, enfin, jose dire aussi mon mot, usant du droit de librement penser et parler que me laisse l’Kglise, au moins dois-je

le faire avec grande révérence d’abord pour les

anciens, et évidence de bon sens telle que je ne laisse personne scandalisé de ma légéreté ou de mon insuffisance.

Est-ce un systeme nouveau que j’apporte? Oh!

- que nenni! Toutes les places sont prises, toutes les issues fermées; impossible de mettre au jour aucune « nouveauté. » Je serais bien désolé qu’on me supposat piqué de la tarentule de « Vinédit » en pareille matiére, ot il n’y a vraiment plus rien a inventer. Tout ce qu’il est permis d’ambitionner, et tout ce que je souhaite, c’est de projeter quel- ~ ques traits de lumiére plus intense sur certains

points de la controverse, mal éclairés 4 mon avis. Sil n’est pas nouveau dans tous ses détails, le tableau final de notre solution aura peut-étre le meérite de frapper davantage le spectateur et de Iui plaire, grace au jour meilleur sous lequel, pour la premiére fois peut-étre, il aura l’occasion dele regarder. oe

Voici done tout d’abord, pour aujourd’hui, une étude préliminaire des trois points de la controverse, absolument fondamentaux, que je me permets de trouver insuffisamment éclairés dans nos auteurs, et qu’il importe de saisir trés exactement avant de s’embarquer dans les conclusions finales d’ensemble : 1° la probabilité de raison, 20 la probabilité Vautorité, 30 opinion wnice probadilis. Je demande, pour le bon ordre du développement, la permission de diviser tout cela comme il suit.

§ 4. — La psychologie de la probabilité

Tout le monde sait ce qu’il faut entendre par ce mot probabilité. Les logiciens en donnent une définition classique fort claire. Aussi n’est-ce point sur la logique de la probabilité, mais sur la psychologie de la probabilité que je voudrais un instant disserter. Je m’explique.

Toute proposition quelconque a deux cétés, pile.

et face, lun, objectif, par ou elle regarde la vérité éternelle dont elle est une participation, une sorte de reflet ou Vimage; lautre, swbjectif, par ou elle exerce son influence pratique sur notre esprit. Une proposition peut étre trés vraie, en” soi, comme on dit, cété pile ou objectif, et cependant paraitre trés fausse ou simplement probable a Pierre, 4 Jean, 4 Joseph, etc., parce que Pierre, Jean ou Joseph, vu les dispositions swbjectives de leur intelligence, recoivent du contact de cette proposition une impression défectueuse, modifiée, autre enfin que celle qui, réguli¢rement parlant,

devrait exister si le cerveau récepteur recueillait.

bien, sans en perdre un seul, tous les rayons lumineux qu’émet la vérité en question. Voila un fait certain qui ne sera, je pense, contesté

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