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si restreint que le directeur est naturellement tenté de prendre moins soin de ces quelques attardés et dé continuer, comme auparavant, 4 reporter tous ses efforts sur la formation des plus nombreux, des plus petits. —
Ce sont ces jeunes gens au-dessus de quinze ans qui. — forment généralement dans les patronages ce que lon appolle un petit cercle. Crest d’eux quiil s’agit d’orienter définitivement la vie intellectuelle et morale. Or, dans ces petits cercles, il arrive trop souvent quwils s’onnuient. On s’imagine qu’il suffit de mettre a leur disposition une salle avec différents jeux, dames, dominos, billard. On croit mieux faire de ne pas s’occuper d’oux, de les laisser entre eux: « Ils s’amusent mieux comme cela. » Tout au plus utilisera-t-on, aux grands jours, leurs aptitudes naissantes a déclamer ou jouer le drame ou la comédie.
Crest autre chose qu’il leur faut, a ces jeunes gens. Ce ne sont plus de grands enfants. Ils commencent 4 soupconner ce que c’est que la vie, et ils veulent qu’on les forme a s’y frayer leur voie. Une multitude d’idées bourdonnent a leurs oreilles, et ils veulent qu’on les éclaire. Ils entendent oes: les appétits sociaux, et ils veulent savoir ce qu’il peut y avoir de vrai et de légitime au fond de tout cela. Sachons le reconnaitre : il est arrivé plus d’une fois parmi nous, ecclésiastiques, qu’on sest fait illusion sur la capacité et les besoins de ces jeunes intelligences, qu’on les a trop traitées en enfants, qu’on sest trop flatté de les calmer, de les endormir avec des jouets qui ne sont plus de leur age, avec des caresses qui ne prennent plus ou des pratiques pieuses sans fond solide, comme s'il s’agissait de bébés a bercer. C’est facheuse- étroitesse d’esprit que de prendre le monde pour un amas dimbéciles. La premiére qualité d’un éducateur, c’est une estime sincére pour ceux quwil est chargé d’élever.
Une chose au contraire qui frappe les observateurs, c'est le gout prononcé des milieux populaires pour les idées générales. Mare Sangnier raconte qu’au regiment, parmi les conferences morales quwil faisait a ses soldats, les plus gottées étaient celles qui portaient sur le développement logique de quelques idées générales constituant comme un petit systéme trés simple, quwils éprouvaient sans doute une véritable joie et comme une sorte de fierté intellectuelle 4 pouvoir facilement pénétrer.
« Un jour, craignant de les ennuyer par trop d’abstractions, je proposai de leur raconter, pour changer, quelque histoire trés concréte de bataille : ils n’en youlurent pas entendre parler, et l'un d’entre eux se prit a dire — c’était un petit graveur de Montmartre : — Non, ce que nous aimons le mieux, cest la philosophie! — Il avait trouvé lui-méme ce mot-la pour désigner ce gu’il youlait dire. Surtout chez les ouvriers, et peut-étre plus particuliérement encore a Paris, les idées générales sont si fort en honneur que les socialistes ont tout de suite compris l’avantage qwils auraient a s’en servir comme d’un appdt pour prendre les intelligences ; et cela, sans awe nia pas été sans contribuer efficacement a leur si rapide progrés dans les masses ouvriéres. » :
Songez bien que ce que Mare Sangnier dit 14 des ouvriers est vrai aussi des paysans, et que leur exposer clairement, dans leur langage, des idées solides et logiques, les idées de l’Evangile et de la théologie, les intéresserait et les captiverait beaucoup plus stirement que toutes ces allocutions ot on leur déroule les papillotements plus ou moins multicolores et biscornus d’une yaine sentimentalité:
La loi de Cain, par Seth. — In-18 jésus de 4173 p., 4 fr. 50. — Paris, Retaux.
Joseph Sépet, Avocat ala Cour d’appel d’ Aix, président de la Conférence Saint-Louis de Gonsague, par le P. Adam, S. J. — In-18 jésus de xv1-188 p., 4 fr. 25. — Paris, Retaux.
I. — La lot de Cain est un tableau effrayant. Ils’agit de la fameuse loi dite du stage scolaire, qui prétend obliger toute la jeunesse francaise 4 subir les lycées et colleges officiels pour arriver aux fonctions publiques. L’autenr nous suppose au lendemain du vote de la loi. Un brillant adolescent, fils ainé d’une famille chrétienne, se destine 4 l’Keole polytechnique. Il comptait s’y préparer dans un collége chrétien, quand la maudite loi
vient jeter le pére et surtout la pauvre mére dans J’angoisse et le désespoir. D’un cété Pame de Venfant, de Pautre son avenir. Alternative épouvantable! Mais le pére est entrée 4 l Ecole, il faut que le fils y entre, c’est absolument arrété. Il ira donc au lycée. Et au lycée, cest tout ce que vous savez... Aprés trois années d’échec — trois années de débauche et d’impiété, — le ps homme finit par forcer les portes de l’Ecole. A HKeole, vie de désordre. A l’armée, duel malpropre, blessure mortelle, mort parmi les blasphémes les plus horribles, sous les yeux de la mére consternée, cette mére frappée de folie et répétant jusqu’a la fin de ses jours, a travers les grands corridors grillés d’une maison d’aliénés : Damnés! damnés! damnés !
Voila un livre qwil faut absolument faire lire dang les milieux intéressés.
Il. —Avec Joseph Sépet, nous sortons du domaine de la fiction pour entrer dans celui de la réalité, et de la plus consolante des réalités. Joseph Sépet mérite d’étre proposé a tous comme un type de jeune homme chrétien, mais du chrétien vigoureux et convaincu, qui se travaille sans cesse, plagant la dévotion dans la victoire sur soi-méme; du chrétien qui communie pour prendre des forces, qui va 4 Dieu simplement, avec méme une certaine candeur. qui a horreur de tout ce qui sent la routine, la banalité, le convenu. Comme il raille finement ces « bons petits jeunes gens, » qui n’ont de passion pour rien, également incapables de se dévouer et de se comprometitre :
« Crest trés gentil, un bon jeune homme! Les dames en parent volontiers leur salon parfumé. » — Ce ne sont pas ceux-la qui serviront glorieusement l’Hglise et la France.
Kt il ne fut pas de ceux-la. Dans ses impressions d’une retraite de la yvingtiéme année : « Avant de venir a cette retraite, je me disais : Pour moi, c’est bien inutile, je marche dans les bonnes yoies... Mais combien je vois tout 4 coup que je cétoyais Vabime. Haltela! » — Ailleurs, dans son journal spirituel : « Dans notre temps, le caractére peut bien se traduire avec une pointe d’orgueil et d’entétement pour le bien. Il faut en imposer !» Kt il a soin d’ajouter : « Cette pensée est de moi, done critiquable. » C’est que son intransigeance sur les principes n’ayait d’égale que son urbanité, sa courtoisie, sa charité pour tous. Nul autant que lui n’avait horreur de ces héroismes faciles et tapageurs qui trompent quelques exaltés sur la stérilité de leur vie ; nul n’était plus éloigné de ces étroitesses de vue et de ces acrimonies intempestives qui semblent se donner parfois pour mission de creuser des fossés a plaisir :
« Nous sommes, disait-il un jour 4 sa conférence, nous sommes une réunion de jeunes gens chrétiens. Quelle doit étre l’attitude du chrétien envers tout le monde ? Je songe que, pour beaucoup de gens, le chrétien est un étre qui hait ou méprise tout ce qui n’est “pas chrétien. »
Et il s’éléve contre cette définition. Il reprend a son - compte la déclaration de Paul Orose : « En quelque lieu que je porte mes pas, je suis un Romain parmi des Romains, un chrétien parmi des chrétiens, un ~ homme parmi des hommes ; » et il la commente ainsi :
« Le chrétien n’éprouve aucun embarras a s’unir avec ceux qui ne sont pas chrétiens, comme aucune hésitation a se séparer d’eux, dés qu'il le faut. Il s’unit a eux, il marche avec eux, il est avec eux, tant que la chose a penser, a dire, a faire, est de celles ou il suffit d’étre homme pour penser, dire et faire ce qwil faut. Il accepte done, il recherche le concours de tous les hommes éclairés et droits, de tous les hommes de sens, de tous les hommes honnétes, et il entretient avec eux de cordiales relations... Bon camarade..., se séparant d’eux seulement quand la conscience l’exige, mais alors sans concessions ni respect humain; défendant hautement VEglise quand on l’attaque devant lui, dans son role historique, politique et social, mais en meme temps tachant de gagner ses adversaires...; le plus accommodant et le plus intraitable des hommes. »
Contre certain néo-libéralisme : « Allez-vous assoupir
toutes les questions, mettre des coussins et des tampons partout? Non pas. Vous regarderez en face et les choses qui divisent, et les hommes que ces choses divisent : la paix se fera par la lumiére et la franchise. Vous aurez une attitude hardie et non pas incertaine ; trés droite, et non pas courbée ou fuyante... Vous ne diminuerez jamais la vérité, comme jamais vous ne diminuerez en vous la dignité du caractére ni l’honneur de la vie. »
Celui qui parlait ainsi avait vingt-deux ans, et on Pécoutait.
Voila un livre qui a sa place marquée sur le pupitre |
de tous nos étudiants chrétiens et dans la bibliothéque de toutes les cuvres de jeunesse.
Les moimes d@’Orient antérieurs au Concile de Chalcédoine (451), par dom
J.-M. Besse. — Grand in-8° de 560 pages. —-
H. Oudin, Paris. — Prix : 7 fr. 50.
Qui n’a lu les Moines d’Occident et n’a été charmé par cette série de tableaux ot se refléte lexistence des Pee représentants de la vie monastique en Occi-
ent?
D’autre part, qui n’a entendu parler des Péres du désert, les Antoine, les Hilarion, les Paul, les Siméon, les Pacéme, ete.? Au titre de son livre, on pourrait croire que dom Besse, marchant sur les traces de Montalembert, aurait retracé les faits importants de la vie de chacun d’eux. I] n’en est rien, et c’est plutdt le genre de vie que menaient les premiers moines d’Orient “qu’il sest attaché a décrire.
Le but poursuivi par l’auteur, vest d’y trouver un commentaire a la régle bénédictine. Saint Benoit n’a pas inventé de toute piéce la vie monastique ; il a emprunté aux Péres du désert sa doctrine et la plupart de ses institutions. Les moines d’Orient sont les précurseurs des moines d’Occident. Le genre de vie des premiers, leurs régles, leur mode de recrutement et de formation, leur régime alimentaire, leur liturgie, leurs occupations, leur costume, en un mot leur genre de vie tout entier a servi de type aux seconds. Par conséquent si Pon veut comprendre les institutions auxquelles ces derniers étaient soumis, il est indispensable d’avoir une idée exacte de la vie des premiers.
Dans son étude, l’auteur s’est arrété au concile de Chalcédoine, parce que de cette époque date la décadence des moines d’Orient, coincidant avec les divisions doctrinales.
Il nous serait impossible d’analyser ces chapitres sans reproduire une partie du volume. Contentons-nous de citer leurs titres :