J. LA THESE ET LES PREUVES DE M. BRUNETIPRE
M. Brunetiére commence par signaler l’ac- —
croissement prodigieux des catholiques aux Etats- Unis. Hux qui n’étaient, il y a cent vingt-cing ans, — que 30 ou 40.000 sur 3 millions habitants, sont aujourd’hui 9 ou 40 millions sur une population | qui n’atteint pas encore tout a fait 65 millions. Il en cherche la cause et la trouve dans ce triple fait : 40 que le catholicisme est parvenu aux Etats-Unis a se soustraire aux haines politiques; 20 que l’esprit du siecle lui est devenu trés favorable; 3° qivil a fait tout a coup de grandes conquétes.
M. Tardivel pense, au contraire, que Punique cause de ce développement, moins extraordinaire qu’on pourrait le croire, se trouve dans l’immigration. Quant aux pretives de faits a ’encontre, il n’y en a pas, ou ce sont des détails de peu d’importance — dont on ne peut tenir compte en présence de faits contraires bien plus nombreux et bien mieux prouvés.
174 SITUATION RELIGIBUSE AUX ErArs-Unis. Illusions et réalité, par Jules Tardivel, directeur de la Vérité de Québec. — In-12, de 300 pages. — Société de Saint- Augustin, 1900. — Prix : 3 f. 50.
M. Tardivel prend une 4 une les assertions de M. Brunetiére et les met 4 néant dans une discus- Sion serrée et corps a corps. Nous retrouverons dans la seconde partie le développement de toutes Ges idées. 0 .
II. Quip DICIS DE TE IPso? — Que pensent d’euxmémes les Américains américanisants ? — D’abord, ils prétendent que leur pays offre un terrain propice a l’Eglise. « L’Eglise est chez elle, aux Etats-Unis, » disent-ils. Le monde n’aurait jamais vu bonheur semblable au bonheur de l’Eglise en ce pays.
De plus, les catholiques américains seraient appelés a jouer dans le monde actuel un réle nouveau et important: celui de démocratiserl’Eglise, de la rendre populaire et acceptable a tous les hommes. Tous les papes, 4 l’exception de Léon XII, auraient plus ou moins négligé leur devoir, au point de laisser croire que I|’Kglise était lennemie traditionnelle des Républiques. La religion chrétienne dans toute sa pureté serait d’invention moderne et américajne par dessus le marché. La forme du gouvernement des Etats-Unis serait préférable pour les catholiques a toutes les autres
formes.
Enfin beaucoup de ces catholiques sont persuadés gue non seulement la séparation absolue est une nécessité qui s’impose aux Htats-Unis, — ce qui est trés vrai, — mais que les pays qui ne sont pas soumis a ce régime sont arriérés, revéches au progres et forta plaindre. L’Wtat mettant toutes les religions, la vraie et les fausses, sur un pied dégalité, ce n’est pas a leurs yeux un systeme qu’on doit par la force des choses adopter aux Etats-Unis pour éviter un plus grand mal; c’est la perfection méme, théorique et pratique, des relations qui doivent exister entre les deux ordres. Citons a4 titre d’échantillon ce passage du Catholic Union and Times, de Buffalo, 23 mars 1899 :
Quand l’Hglise s’américanise, dans le sens déja indiqué, elle met de cdté les habillements vermoulus des pays épuisés et se couvre des vétements brillants de la liberté. Car ici elle est plus libre que dans tout autre pays du monde entier, et cette liberté lui est garantie a tout jamais par la Constitution. C’est done de laméricanisme pour l’Hglise de nétre pas en ce pays entravée par les concardats des tyrans intrigants. C’est de l’américanisme pour les membres de son clergé d’étre accueillis dans les rues, non par des huées, mais par des
‘saluts de leurs concitoyens, et d’étre subventionnés par
leurs ouailles affectueuses, et non par l’Etat qui se propose d’en faire ses serviteurs.
Il est bon de faire observer, répond en substance M. Tardivel, que les prétres des Etats-Unis se croient encore obligés de ne pas porter la soutane dans la rue. Beaucoup de prétres séculiers, je devrais peut-étre dire tous, y compris les évéques, s*habillent en clergymen méme a la maison. Ils ont un costume clérical, mais 4 peu prés le méme que. celui que portent les ministres protestants. Les religieux portent généralement leur costume particulier chez eux, mais quand ils sortent de leurs couvents, ils se transforment en clergymen.
« Méme a New-York, ville ot: les catholiques sont trés nombreux, je n’ai jamais vu un religieux traverser seulement la rue revétu du costume de son ordre » ee
Faisons encore observer que les idées qu’on vient d’exposer ne sont pas celles de tout le clergé et de tous les catholiques des Etats-Unis, mais qu’elles sont restreintes 4 une classe d’individus.
SECONDE PARTIE: La réalité
I. LES BEAUTES DE L’HGLISE AUX Erats-UNIs. — Nous laissons la parole 4 M. Tardivel :
Oui, je vénére l’Eglise des Etats-Unis, parce que si la faiblesse de l’homme s’y montre comme elle se montre partout, la vertu divine y éclate non moins glorieusement qu’elle se manifeste au sein des autres Hglises.
Comme elles, l’Eglise des Etats-Unis est sainte ; comme ses scours ainées, l’Eglise d’Amérique inspire ces dévouements sublimes, mais inconnus du grand nombre, ces actes de vertu héroique, mais cachée, qui sont lune des preuves de la divinité de l’ceuvre de Jésus-Christ.
Je connais Vhistoire de ses éyéques missionnaires, hommes admirables, doués d’une énergie et d’un courage vraiment apostoliques; qu’aucune fatigue, qu’aucune course, qu’aucun danger ne rebutait; qui ont organisé paroisses et diocéses aurprix de labeurs incessants... 8
Je connais les travaux et la sainteté de ses prétres, fidéles a leur devoir tous les jours de leur vie et jusqu’a la mort, visitant les malades au premier appel, a de longues distances, par tous les temps, parcourant les plus mauvais chemins.
Kt les religieuses des Etats-Unis, je ne saurais dire combien je les admire, combien elles sont admirables! Combien de fois ne suis-je pas resté confondu en constatant la somme énorme de travaux pénibles qu’accomplit une de ces fréles créatures par pur amour de Dieu et du prochain! Je les ai vues dans les classes surchargées des écoles paroissiales des grandes villes : une seule petite religieuse, pale, exténuée, mais souriante, instruisant et moralisant de quatre-vingt-dix a cent éléves turbulents. Kt les religieuses hospitaliéres des Etats- Unis ne sont pas moins sublimes que les Sceurs de charité des autres pays. Enfin, les vierges qui se consacrent exclusivement @ la priére et a ja mortification sont peut-étre plus parfaitement admirables aux Etats- Unis quailleurs, 4 cause du contraste que leur douce vie contemplative offre avec tant d’existences enfiévrées qui les entourent.
Quant aux simples fidéles, beaucoup parmi eux ménent une vie exemplaire, pratiquent toutes les vertus chrétiennes, conservent une foi vive au sein de l’incrédulité et du matérialisme, une grande pureté de mceurs au milieu de la corruption générale. Ordinairement peu fortunes, ils ont cependant érigé de magnifiques temples, des monastéres, des couvents, des hospices; et aprés avoir payé Vimpét inique pour le soutien des écoles sans Dieu, ils entretiennent en grand nombre leurs propres écoles. Leur mérite est d’autant plus grand que les sollicitations au mal sont plus nombreuses et plus puissantes.
Voila le cdté du bien.
II. RIEN DE NOUVEAU. SOUS LE SOLEIL pD’AMn- RIQUE. — M. Brunetiére parle souvent de lesprit
particulier des Mtats-Unis, sans dire ce quwil en-
tend par la. Faut-il donc admettre en Amérique des vertus ou des idées neuves que l’on ne trouverait pas ailleurs ? =
Non. Les peuples et les. pays les plus dissem-
blables en apparence se ressemblent singuliére-
ment dés le moment qu’on quitte la surface des choses. Partout on retrouve les mémes passions, les mémes vices, les mémes ambitions, les mémes espoirs, les mémes désespérances, les memes, joies toujours courtes, les mémes longues tristesses. Et a coté des mémes miséres humaines, les mémes rayons d’Kn-Haut, les mémes vertus surnaturelles. Crest une question de plus ou de moins. Dans E quelle proportion, en tel ou tel pays, le mal est-il ¢ mélé au bien? C’est tout ce que l’on peut se de- --mander avec quelque chance de trouver une réponse. Rechercher un vice nouveau ou une vertu nouvelle, c’est perdre son temps assurément.
C’est aussi une illusion de croire qu’il existe une idée américaine dont la diffusion et la réalisation générale doivent assurer au monde son proerés futur. « La vérité, dit M. Snell, un américain, ¢’est que toutes nos idees politiques, sociales et économiques nous viennent de lune de ces
-. deux sources? ou bien elles représentent l’ordre > social normal et divinement constitué, que lEelise catholique n’a cessé de confirmer et de propager depuis le commencement de l’ére chrétienne jusqu’a nos jours; oudbien elles repréesentent les désordres théoriques et pratiques, les infractions et les négations de cet ordre social que la faiblesse - de Phomme et la malice satanique ont toujours conspiré a introduire dans le monde depuis la chute. En tant que ces idées sont conformes a la constitution chrétienne des Etats, elles sont bonnes et vraies; mais en tant qu’elles sortent des principes du paganisme, du protestantisme, de Vinerédulité et de l’anarchie, elles sont fausses et pernicieuses; mais, dans aucun cas, elles ne sont nouvelles, ni, dans aucun cas, sautaen tones, »
Il. Les PERSECUTIONS VIOLENTES. — D’abord on peut dire d’une maniére générale que depuis le commencement des treize colonies jusqu’a la guerre de l’Indépendance, les catholiques dans — cette partie de Amérique n’ont connu que la per- - gécution 4 la fois violente et légale. Pendant cent cinquante ans, la persécution a sévi dans les colonies comme elle sévissait en Angleterre.
Lors de la guerre de l’Indépendance, il y eut une tréve, due plutét au besoin de ménager les ~ nations catholigues qu’a l’estime pour la liberté 4 religieuse. Méme ace moment, la situation des
catholiques du Canada, colonie anglaise, était infiniment supérieure, en pratique, 4 celle des catholiques des Etats-Unis. ; En 1834, le fanatisme se rallume. Le couvent des Ursulines de Charlestown, prés Boston, por- “tait ombrage aux sectes protestantes a cause de ges succés comme maison d’éducation. On résolut de le détruire. Voici le prétexte qu’on mit en avant. Une jeune personne, miss Harrison, perdit Péquilibre mental par suite d’une application soutenue 4 ses études musicales. Elle quitta la maison pour se réfugier chez des amis. Son frére, un protestant, la ramena au couvent. Journaux et ministres protestants répétérent les plus atroces calomnies
Bx
‘8 aout,
contre les religieuses. Les échevins de Charlestown nommeérent une commission d’enquéte dont le rapport fut tout a fait favorable aux religieuses. Mais avant qu'il fut publié, les émeutiers avaient pillé et incendié la maison. Les religieuses et leurs éléves eurent juste le temps d’échapper a la fureur de la foule en se sauvant précipitamment par une porte dérobée.
Comme réparation, la législature du Massachussetts offrit dix mille dollars, tandis que les pertes furent estimées 4 cent mille. Le chef des
emeutiers, un nommé Buzzelb, fut acquitté aux applaudissements de la foule, malgré une preuve
écrasante de sa culpabilité. Un’ jeune garcon fut seul condamneé, sy
Peu de temps aprés, un cimetiére catholique de Lowell fut profané, et une maison de Wareham, ou Von célébrait la messe, attaquée.
Kn 1836, une compagnie de milice de l’Etat, composée principalement de catholiques, fut lapidée dans les rues de Boston par une foule de trois mille personnes:
En mai 1844, 4 Philadelphie, deux églises eaehe: liques et une académie de jeunes filles furent bralées, devant une foule qui applaudissait. La milice refusa de protéger les catholiques. Vingt personnes furent tuées, beaucoup griévement blessées, et deux cents familles réduites a la misére. Mgr Kenrick dut suspendre « tout exercice du culte dans les églises qui restaient encore, jusqu’a ce que les
catholiques pussent jouir de leurs droits cine ss
tutionnels. »
Hn 1854, on voit, en avril, une attaque contre le couvent de la Merci, en Rhode Island. Le=«7 et le a Saint-Louis, dix personnes furent tuées dans les rues et un grand nombre de maisons catholiques pillées et démolies. En septembre, un catholique est tué dans l’église de Newark. En octobre, un jésuite, le Pere Bapst, fut laissé pour mort dans la rue a Ellesworth.
Le 6 et le 7 aotit 1855, les rues de Louisville furent inondées: du sang des citoyens d’origine étrangere.
Les actes de violence contre les catholiques des Etats-Unis sont devenus plus rares de nos jours. Néanmoins, on a tenté récemment d’incendier des institutions catholiques de la Nouvelle-Orléans, et les hommes les plus optimistes sont loin d’étre sans apprehension. « Personne ne peut nier, écrivait ’un d’eux en 1894, qu’au moins en Amérique nous n’ayons de sérieuses causes de craindre, car, sous le calme de notre vie politique, nous sayons que des éléments brilants se meuvent et se rencontrent, et n’attendent qu’une occasion pour se lancer au dehors avec une fureur épouvantable. »
Il est bon de remarquer que ces actes de violence ne doivent pas étre attribués a la majorité des citoyens des Etats-Unis. I] fallait cependant les signaler pour permettre aux lecteurs impartiaux d’apprécier la situation.
IV. HOosTILITES ET PERSECUTIONS ADMINISTRA- TivEs. — La constitution fédérale ne reconnait au-
cune religion, et elle met sur le pied de l’egalité
VEglise catholique, les diverses sectes et les sociétés secrétes, laissant chacun § se gouverner selon ses propres lois.
Il en résulte un certain bien qu il faut reconnaitre. Ainsi les évéques peuvent communiquer librement entre eux et avec Rome; se réunir en -concile aussi souvent qwils le veulent; tenir des synodes; nommer des curés; ¢riger des églises, des écoles élémentaires, des académies, des’ colleges, des couvents, des universités; ouvrir des hospices, des orphelinats, etc., sans avoir a de- -mander permission au gouvernement. Les évéques sont, de plus, nommeés directement par le Saint- Siége, sans que le pouvoir politique ait rien a y voir, Tout cela est bien.
“Voila des libertés que I’Nglise n’a pas dans toutes les nations catholiques. Cependant ce n’est pas l’ideal, comme la déclaré le Souverain Pontife, et comme il est facile de le démontrer.
D’abord l’Eglise ne peut jouir de ces libertés qu’a la condition d’étre mise en paralléle avec toutes les sectes et de prendre les mémes moyens que les sociétés secrétes : c’est une humiliation profonde.
De plus, elle doit strictement se renfermer dans ses temples et ne point chercher 4 étendre son action sur les fidéles au dehors. Prenons’ des exemples dans les différents cas oti elle se trouve en contact avec administration, et nous vyerrons comment elle est combattue.
40 Aumoniers militaires. -— I] est probable que ‘plus de la moitié des soldats et des marins sont catholiques. Il y a cinquante-huit aumoniers nommés par le gouvernement. Sur ce nombre, cinquante-deux sont protestants et six catholiques.
20 Religiewuses hospitaliéres. — Pendant la derniére guerre, un grand nombre de retigieuses de diverses communautés se dévouerent jour et nuit pour soigner les blessés et les malades. Quatre sont mortes 4 la peine. Le président Mac-Kinley remercia publiquement les garde-malades de la société de la Croix-Rouge, sans avoir un mot pour les religieuses. Une résolution de remerciements présentée au Congrés ate renvoyée a une commission, depuis il n’en a plus été question, et elle est définitivement enterrée.
30 Prisons de VEtat et maisons de réforme. — Dans l’Etat de New-York, sur sept maisons de détention, trois seulement permettent qu’on y dise la messe et qu’on y administre les sacrements. Il y a quatre maisons de réforme : une seule accorde cette faculté.
Bien plus, il ya un aumdnier protestant et les catholiques sont forcés d’assister au service religieux des protestants, de lire la Bible protestante, chanter des cantiques protestants et entendre des instructions données par des ministres ou des gardiens protestants. Souvent on a réclamé dans les divers Etats contre ces procédés qu’on ne retrouve plus aujourd’hui en Angleterre, mais ce fut en vain.
ho Patronage officiel accordé au protestantisme. — Les lois du mariage sont basées sur les” doctrines-du protestantisme; les écoles publiques sont conduites dans Vintérét du protestantisme et de Vindifférentisme ; la pose de la pierre angulaire de la plupart des édifices publics se fait sous les auspices des sectes maconniques; les établissements de charité et les pénitenciers du gouvernement sont presque tous dirigés par des institutions protestantes ; de sorte qu’on peut dire que la conscience catholique est constamment sacrifiée
par l’Etat en faveur du protestantisme.
Des faits récents démontrent que Vhostilité gouvernementale est toujours la méme aux KEtats- Unis. A peine installées 4 Cuba et a Porto-Rico, les autorités américaines ont bouleversé le code civil pour y introduire le mariage purement civil entre catholiques. Puisy au mois d’ayril 1899, on a sécularisé les cimetiéres en les déclarant propriété des municipalités et en obligeant le clergé, qui en avait la possession, a faire la preuve de ses droits. A la méme époque, 4 La Havane et a Santiago, on voulut substituer les écoles publiques, systéme américain, aux écoles catholiques, malgré le rapport de la commission favorable aux écoles existantes.
59 La religion @Htat. — Le Congrés, ou Parle-. ment central, ne peut pas établir ou proscrire une religion quelconque ; mais chacun des Etats peut le faire. Et de fait et en pratique, plusieurs Etats ont profité de cette lacune dans la constitution fédérale pour proscrire la religion catholique. D’autres ont fait de la religion protestante la religion de l’Kitat. Le New-Hampshire, jusque dans ces derniers temps, ne permettait pas aux catholiques de remplir le moindre emploi de l’Etat. L’Etat de New-York avait une constitution perfidement hostile aux catholiques. Or, « ce quia été peut se répéter, » dit Shea, le grand historien catholique — des Etats-Unis. :
6° La question des sauvages. — En 1870, on voulut essayer de s’appuyer sur lidée religieuse pour civiliser les sauvages. On devait confier chaque section de sauvages aux Hglises qui avaient déja établi des missionnaires au milieu de ces peuplades ou qui voudraient en établir pour l’avyenir, L’Eglise catholique évangélisait 100.000 sauvages, et toutes les sectes réunies 15.000. Sur 72 sections, les missionnaires catholiques en 0¢cupaient 38. Or, on leur en. enleva 30, et on ne leur en laissa que 8. Et comme dans ces huit sections ils faisaient des merveilles avec les allocations du gouvernement, on vient de leur supprimer les secours.
V. OSTRACISME POLITIQUE. — Nous avons vu que certains Ktats ne permettaient pas aux catholiques de remplir le moindre emploi, et cela en vertu de : lois réguliérement votées. Pour le gouvernement fédéral, c’est le méme ostracisme, non pas en vertu d’une loi écrite, mais en vertu dun préjugé qui a toute la force eae loi organique. M. Daniel Dougherty disait, devant le Congrés catholique de
ie a
oa m,
‘Baltimore, que les catholiques des Etats-Unis, « bien qwils soient les égaux de leurs concitoyens |
par lintégrité, Vintelligence et l’instruction, \re- - goivent bien rarement des been ade » Wxaminons les faits. BD
40 Présidence de la Re anibisnee: Mig cae parti politique ne songerait a4 proposer un catholique au poste de premier magistrat de la République.
~ Si, par impossible, un des partis faisait une telle
“proposition, il serait littéralement balayé aux élections. On ne peut se figurer un catholique ou un ”égre président des Etats-Unis : c’est une impossibilité morale.
Bien plus, on écarte tout homme gu’ on soupconne d’avoir des parents catholiques.
C’est en vertu de cette loi d’ostracisme qu’ont été écartés : le général Sheridan, parce qu’il était catholique; le général Scott, parce que sa fille s’était convertie au-catholicismeszitle général Sherman, parce que plusieurs membres de sa famille étaient catholiques; M. Blaine, parce qu'il descendait dune famille catholique; et tout derniérement encore M. Blaud, qui a cependant toujours été ala téte du mouvement argentiste, parce que sa femme et ses enfants'sont catholiques, bien qu’il
‘soit protestant.
Pendant la campagne électorale qui précéda Vélection de Garfield, le général Hancock, son concurrent malheureux, fut obligé de déclarer qu’il n’avait aucune sympathie pour ses parents catholiques. Néanmoins, le triomphe du candidat républicain fut assuré, grace au fanatisme anti-catholique, sur le candidat démocratique soutenu par les catholiques.
Remarquons en passant que les catholiques en majorité donnent leurs voix aux candidats démocratiques, qu’ils regardent comme moins hostiiles. Kt cependant, dit Shea, « le parti démocratique n’a jamais favorisé les catholiques en tant que catholiques ; il n’a jamais, quand leurs droits cons-
titutionnels étaient menacés, maintenu fermement
les vrais et sains principes américains. Il s’est toujours opposé au choix des candidats catholiques aux postes importants, et quand il y en avait un de choisi, il ’abandonnait au jour du scrutin. » 20 Positions politiques ou administralives électives importantes. — L’interdiction dont nous venons de parler s’étend 4 toutes les positions politiques ou administratives de quelque importance. Cela est tellement vrai que lorsqu’un catholique parvient par hasard 4 une situation un peu en vue, c’est un événement dont tout le monde parle. Si peu qu’on soupconne un candidat d’étre catholique ou @avoir des parents catholiques, on V’écarte impitoyablement. Ainsi fut-il fait, en 1872, pour M. Kernan, homme trés distingué, qui était candidat au poste de gouverneur de New-York.
30 Représentation nationale. — Le Sénat comprend 90 membres : les catholiques étant dix millions et formant un septiéme environ de la population, auraient droit 2 douze ou treize sénateurs. Or, au dernier Congrés, ils en avaient cing. Trois
étant sortis et aucun n’ayant été réélu aux élec-
tions du 4 mars 4899, il n’y a actuellement que deux sénateurs catholiques 4 la Chambre haute des, Kitats-Unis. Depuis 1837, on en a compté seize en tout : c’est maigre.
La Chambre des députés comprend 357 membres, On y compte, dit-on, de vingt 4 vingt-cing députés catholiques. Aucun d’eux ne s’est présenté comme catholique, et un seul, M. Fitzgerald, représentant du Massachussetts, assiste aux réunions catholiques de Washington.
On s’est demandé pourquoi les députés catholiques d’Amérique ne formaient pas un groupe compact, comme ceux des autres pays. Il en est qui y ont vu une sorte de timidité confinant a la lacheté ; d’autres, plus dans le vrai, y ont vu un acte de prudence. Ils savent que le jour ou ils feraient mine de s’organiser politiquement, en vue dune défense légitime, les persécutions violentes recommenceraient, plus sanglantes que jamais. Pauvre liberté pour les catholiques !
40 Places ala nomination du président. — Le président lui-méme, en nommant aux postes. qui. sont de son ressort, obéit au méme aveugle pré-—
jugé en écartant tous les catholiques. Le Catholic Record, du 16 avril 1899, a fait-l’observation suivante : « C’est un fait remarquable que le président, en nommant tant de commissions 4 des pays catholiques comme Cuba, Porto-Rico et les Philippines, n’ait pas vu 1’ propos de donner & chaque commission un membre catholique... On nous rappelle durement que nous ne sommes pas les égaux de nos voisins protestants. »