VI. L’EspRIf GOUVERNEMENTAL. — L’esprit gou
vernemental aux Etats-Unis est, comme nous ~—
VYavons dit, hostile ad TEglise catholique. Est-il du moins chrétien? On la dit, et comme preuve on apporte la proclamation lancée tous les ans par le président pour inviter les citoyens a se rendre dans leurs temples et a remercier Dieu de
we
ses bienfaits. Voild, dit-on, une reconnaissance
officielle de l’existence d’un Etre supréme, qui est digne Vadmiration, surtout en ce siécle oti tant de gouvernements on ouvertement athées.
On peut opposer a cela des faits nombreux qui prouvent l’absence totale du sentiment chrétien dans Vesprit des gouvernants et dans la grande majorité du peuple.
40 C’est d’abord omission voulue du nom de Dieu dans la constitution fédérale. Quelques croyants en un Etre supréme, des théistes, ont plus d’une fois proposé de modifier la constitution en y introduisant le nom de Dieu. Leur projet ne s’est jamais réalisé et la constitution reste athée.
20 Crest ensuite la maniére essentiellement
naturaliste de célébrer la féte nationale.
La proclamation présidentielle du Thanksgiving Day ne prouve absolument rien en faveur de Vesprit chrétien. Pour immense majorité de la population, e’est une féte purement civile, ot on immole dans toutes les familles tant soit peu al’aise le traditionnel dindon; on mange un peu plus
et un peu mieux qu’a lordinaire :
actions de graces de la plupart des citoyens.
Maintenant quel est le Dieu dont parle la proclamation officielle? Ce n’est certainement pas le Dieu personnel qu’adorent les chrétiens, Mais un Dieu vague. Pour les uns, c’est ’humanité, e’est "homme, c’est le peuple. Pour les autres, c’est le tout-puissant Dollar.
Dés le principe, la République américaine a été fondée uniquement sur Vhumanilé se concrétisant dans la majorité du peuple telle qu’elle se montre aux élections. Son esprit est absolument le méme que celui de la Révolution frangaise ; elle parle uniquement des droits de l’homme, et nulle part des droits de Dieu et des devoirs de VPhomme; elle est remplie de principes erronés.
De fait, on lit dans la Déclaration d’indépendance ce principe essentiellement faux : « Les gouvernements regoivent leurs pouvoirs légitimes du consentement des gouvernés. » Elle proclame aussi le droit 4 la révolte contre le pouvoir légitimement établi pour des causes purement politiques, pour des actes de mauvaise administration. En somme, la République de Washington est établie sur les principes du naturalisme maconnique et se trouve étre la fille ainée des sociétés secretes.
- 30 Le peuple vit comme si Dieu n’existait pas. Shea constate que l’esprit religieux des premiers colons a cessé d’étre un facteur dans le gouvernement actuel, tant de Washington que des diffe-
rents Etats. Il va méme jusqu’a dire que si lon
maintient quelque apparence extérieure de sentiments religieux, c’est pour ennuyer les catholiqwes. « Sans la présence des catholiques dans ce pays, dit-il, il ne resterait plus aucun vestige de christianisme... L’Ktat et Vopinion publique semblent tous deux décidés 4 empécher toute idée religieuse véritable de prévaloir au sein des masses. Une sorte de moralité paienne est tout ce que l’on permet de leur inculquer, laquelle, a cause de Vabsence de tout élément essentiel du christianisme, est impuissante pour le bien. »
Citons quelques exemples. La Cour supréme de VOhio déclare expressément que « ni le christianisme, ni aucune autre religion ne fait partie du droit public de Etat. » — La Cour supréme des Etats-Unis affirme que « le pouvoir souverain réside dans le peuple. » — La Cour supréme du Maine déclare que « l’Etat se dirige d’aprés son propre concept du devoir. Le bien et le mal pour VEtat, c’est le bien et le mal tels qwils sont définis par les statuts de la législature. »
A cela correspond Vidée qu’on se fait de la loi. Le plus célebre des jurisconsultes américains, le juge Kent, la définit : « Une régle de conduite civile, établie par le pouvoir supréme d’un Etat. » Il s’ensuit donc que le droit commun et la loi naturelle ne font pas partie de la jurisprudence des Etats-Unis. On n’y tient compte que du Code, dont l’origine remonte ala majorité des votants. « Jamais, dit avec raison le Catholic World, les
voila toutes les
réves du paganisme le plus extravagant n’ont rien imaginé de semblable, car méme le paganisme . reconnaissait des principes surnaturels et une responsabilité morale. »
Depuis que Jésus-Christ est venu sur la terre, il n’y a que deux esprits qui animent les individus et les gouvernements : lesprit chrétien et Vesprit antichrétien. L’esprit gouvernemental des Etats-Unis n’étant manifestement pas Vesprit chrétien, doit étre de toute nécessité Jesprit antichrétien. Si cet esprit antichrétien y parait moins violent qu’ailleurs, c’est uniquement parce quwil y trouve moins de résistance.
VII. L’nsprir pu smicte. — M. Brunetiere affirme en termes précis que Vesprit du siécle est devenu aux Etats-Unis favorable a l’Eglise. Voila une appréciation que M. Tardivel n’admet pas.
Tl est @abord impossible que le monde se montre favorable a PEclise. Le monde a poursuivi et poursuit encore Jésus-Christ dune haine implacable. Or, tout ce qui représente le Sauveur est en butte a la haine du monde. Trois autorités se partagent cette haine, mais d’une maniére inégale, selon qu’elles se rapportent plus ou moins 4 Vautorité supréme du législateur divin : ce sont la famille, le pouvoir civil et PEglise. Les plus ardents apdtres de l’esprit du monde les enveloppent dans une haine Seq: Pour les autres, ils font grace a la famille et a la société civile a cause du bien temporel qwils en attendent. Quant a l’Eglise, qui ne peut vivre qu’autant quelle sera militante, tous la trouvent de trop dans le monde et emploient tous les moyens pour la faire disparaitre. be sorte que l’Eglise doit s’attendre, sous peine de n’étre plus lEglise, a étre haie jusqu’a la fin des temps par les sectateurs de Pesprit du monde. C’est d’ailleurs la promesse que lui a faite Notre-Seigneur.
Or, le monde recherchant la richesse, le pouvoir, les jouissances, plongé dans la matiére, ne vivant que pour la matiére, ne trouve nulle part autant Wadeptes qu’aux Etats-Unis. Nulle part Vopinion publique, les lois, les institutions, les usages ne sont plus imprégnés de esprit du monde. ~
Chez les autres peuples, l’Eglise a apporté une civilisation basée sur sa doctrine; et méme apres qwils se sont laissés entrainer dans V’hérésie, Vesprit chrétien reste dans le fond des meurs et leur conserve quelque chose des beautés du passé. Aux Etats-Unis, on ne rencontre pas cette influence bienfaisante de l’Eglise et de son esprit. Dans les commencements ils étaient peu connus ; et les restes de christianisme qu’avaient conservés les sectes protestantes disparurent bien vite pour faire place a Vindifférence et a une hostilité ouverte contre Jésus-Christ et son ceuvre.
Aujour@hui, les Etats-Unis, loin d’étre la patrie de PEglise, sont plutét habitat du naturalisme maconnique. Les chiffres sont la pour le prouver. Le Freeman’s Journal, de New-York, 4 la date du 41 février 1899, a déclaré que sur 75 millions
@habitants que renferme la République, 25 millions seulement fréquentent les différentes églises. Il y aurait donc une population de 50 millions de personnes qui n’y pratiquent absolument aucune forme de religion chrétienne. = > __ Ainsi done, @aprés le dernier recensement, plus des deux tiers des habitants du pays ne professent aucune religion *.
~ Que faut-il penser du christianisme des 45 millions de protestants? Le gouverneur Rollins, du New-Hampshire, disait derniérement dans une proclamation ordonnant un jour de jetine : « Le dépérissement de la religion chrétienne, particuliérement dans les districts ruraux, est la carac- ‘téristique de notre épogue... Il y a des villes ot aucune Cloche n’appelle les fidéles a l’église, d’un bout de année a l’autre. Il y a des villages ot les enfants grandissent sans baptéme. Il y a des endroits ot! les morts sont: confiés au tombeau sans que le nom du Christ soit prononcé, ot les mariages se font exclusivement devant le juge de paix. » 5 3
On commence a avoir honte d’appartenir 4 une secte quelconque. Quand le président Garfield fut mort, le clergyman de Véglise qu’il fréquentait - déclara qu’il n’appartenait pas 4 son troupeau. A Vélection de M. Arthur, les journaux ont eu soin de dire que, bien qwil accompagnat les membres de sa famille a l’église épiscopalienne, il n’appartenait pas lui-méme a cette église.
Par contre, les catholiques, au lieu de Vindifférence, rencontrent plutéot la Haine dans les masses populaires, méme aprés les avances faites par plusieurs d’entre eux. Témoin Vostracisme politique dont nous ayons parlé. Loin de les considérer comme ayant des droits égaux au reste de la population, on les écarte avec dédain, quand on ne les combat pas avec acharnement. Le Trés Réy. James O’Connor écrivait en 1876 : « Nous n’avons besoin de dire 4 personne qu’il existe en ce pays un sentiment d’hostilité trés répandu contre l’Kglise catholique. Le marchand se heurte 4 ce sentiment dans son magasin, Vartisan dans son atelier, et méme la servante dans sa cuisine n’y échappe pas... Notre littérature est anticatholique. Les lecteurs américains connaissent a peine un seul ouvrage classique d’histoire, de science populaire ou de littérature, qui, chaque fois qu’il touche 4 des sujets catholiques, ne les présente pas sous un faux jour, soit de propos délibéré, soit par ignorance. Le plus grand nombre de nos magazines et de nos revues sont fonciérement hostiles. »
C’est certainement aprés avoir contemplé les sombres couleurs de ce tableau que M. W.-H.
Thorne a écrit : « La persécution violente qui brile les villages et qui martyrise les fidéles vau-
4 Tes sociétés secrétes et maconniques pullulent aux Etats-Unis et chacune d’elles compte de nombreux adeptes. Dés 1877 les spirites se vantaient d’étre trois millions. Depuis cette époque elles se sont développées d’une maniére formidable.
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drait mieux que les efforts que tentent certains catholiques pour concilier deux choses inconciliables : esprit du siécle aux Etats-Unis et PKelise catholique. »...
VIII. La QUESTION scoLAIRE. — Le fameux principe «instruction neutre, gratuite et obligatoire » ne date pas d’aujourd’hui et n’est pas né en Europe. Kin 1647, la législature de la colonie du Massachussetts vota une loi qui proclamait que « tout le peuple doit recevoir un certain degré d’instruction, au dépens du public, sans tenir compte des différences sociales. » Cette année-la méme, une école publique fut créée dans toutes les localités ayant une population de cinquante familles, et elle fut entretenue par l’Ktat au moyen d’impdéts scolaires
prélevés sur les habitants.
Les autres Htats de la Nouvelle Angleterre, savoir le Maine, le Connecticut, le Vermont, le New-Hampshire et le Rhode Island, s’engagérent dans la méme voie.
Par contre, les colonies qui se groupaient autour de la Virginie : le Maryland, le Delaware, la Géorgie et les deux Carolines, laissérent aux parents le soin de la formation de l’enfant, et se contentérent de voter des crédits pour Vinstruction des enfants indigents.
Cet état de choses dura jusqu’en 1860. Quels en.
furent les résultats? Au point de yue de linstruction, les HKtats de la Nouvelle Angleterre ne comptaient qu'un adulte sur 312 qui ne savait ni lire ni écrire, tandis que dans la Virginie la pro-
portion des illettrés était de un sur douze. Par
contre, au point de vue criminel, dans le groupe d’Ktats ot florissaient les écoles publiques, -il y avait six fois plus de personnes sous le coup dune condamnation des tribunaux, que dans le groupe ou ce systéme était encore inconnu.
La statistique des suicides n’est pas moins éloquente : un sur 13.285 dans le premier groupe, un sur 56.584 dans le second.
Hn 1860, le Maryland adopta le systeme des écoles publiques. Aprés dix ans, la proportion de la criminalité était montée de un sur 5.276 a un
sur 1.717 habitants de race blanche indigene nés
dans le pays.
Depuis, tous les Etats sont entrés dans la méme voie. On se demande pourquoi ces mauvais reésultats ne les ont pas arrétés.
D’abord, on asans doute désiré voir l’instruction plus répandue.
Mais il y a mieux. L’esprit sectaire est au fond de la question scolaire. Les sectes naturalistes et maconniques poussent partout Etat a s’emparer de la direction des écoles dans l’espoir de ruiner V’Eeglise catholique. Grace a ce systéme, il suffit de gater l’Etat pour gater tout le corps social. L’Etat devenu mauvais rend l’école mauvaise, puisque c’est lui qui la dirige. Kt ’école mauvaise déprave la jeunesse. Sous ce régime, a moins dun miracle de la grace, chaque génération sera moins chrétienne, plus naturaliste que la génération pré-
cédente.
Brownson, un célébre converti,
publique en fayeur des
~ TPAMI DU CLERGE
Les protestants entrérent aussi dans cette voie dans Vespoir que, si les écoles neutres nuisaient quelque peu au protestantisme, elles détruiraient le catholicisme. C’est le contraire qui a eu lieu. Le catholicisme a souffert par suite de ces écoles, et un ministre méthodiste du Massachussetts a pu
dire, sans étre accusé d’exagération, qu’en douze
ans ces écoles publiques avaient enlevé 4 l’Hglise 4.800.000 enfants catholiques; mais les mémes écoles ont presque détruit le protestantisme, malgré les efforts faits par l’Ktat pour saturer les enfants d@idées protestantes. :
De fait, aujourd’hui, les écoles publiques des Etats-Unis deviennent de plus en plus irréligieuses, sans cesser d’étre parfaitement sectaires. Chaque jour nous les montre plus imbues de l’esprit naturaliste ou maconnique, plus hostiles a toute idée chrétienne, a toute morale divine. C’est au point que certains écrivains protestants commencent a s’alarmer et a dénoncer le péril de Véducation sans religion que recoit la jeunesse dans ces institutions de l’Ktat. Mais la francmaconnerie ne permettra pas qu’on porte atteinte a son couvre de sécularisation, —
C’est bien son cuvre, car, au témoignage de elle avait établi une société secréte dont les membres s’engageaient a employer tous les moyens dont ils disposaient, chacun dans sa localité, pour former l’opinion écoles neutres et pour faire élire a la législature de chaque Htat des hommes disposés a favoriser ces desseins.
« Les catholiques des Hitats-Unis, dit M. Tardivel, semblent avoir été bien lents a comprendre la nécessité de lutter vigoureusement contre |’influence de l’école publique, et cette institution maconnique avait causé de terribles ravagés dans leurs rangs avant quils se soient apercus du danger. »
Ils avaient alors deux ou trois colléges et quelques écoles élémentaires, qui laissaient beaucoup 4 désirer. C’est 4 James Mac-Master, le Louis Veuillot des Etats-Unis, mort il y a une dizaine @années, qu’on doit le mouvement d’opinion qui inspira le troisiéme concile de Baltimore. Voici les quatre décrets élaborés par cette sainte assemblée :
I. Dans un délai de deux ans aprés la promulgation des décrets du concile, une école catholique deyra étre instituée et maintenue 4 perpétuité dans chaque paroisse qui n’est pas déja pourvue d’une telle école, a moins que l’évéque, a cause de certaines difficultés particuliéres, ne juge 4 propos d’accorder une prorogation du délai.
II. Le prétre qui, par une négligence grave, n’aura pas institué une école catholique dans le délai accordé, ou qui ne l’aura pas maintenue, ou qui, aprés des ayertissements réitérés, Paura négligée, aura mérité de perdre sa cure. ~
Jil. La mission ou la paroisse qui aura négligé d’aider au desservyant ou au curé & instituer ou a maintenir une école paroissiale, de telle sorte que, par suite de cette négligence, l’école ne puisse pas étre instituée ou maintenue, devra étre réprimandeée par l’éyéque, qui de-
vra, par les moyens les plus propres et les plus efficaces, lengager a fournir aide nécessaire.
IV. Tous les parents catholiques sont obligés d’envoyer leurs enfants a l’école paroissiale, 4 moins quils ne pourvoient suffisamment 4 leur éducation chrétienne
sdit Ala maison,’soit dans d’autres' écoles catholiques, ou 4 moins que, avec les sauvegardes voulues, ils n’aient obtenu de leur évéque la permission d’envoyer leurs enfants aux écoles publiques. :
A la suite de ce décret, les catholiques fondérent partout des écoles paroissiales. C’est pour eux une lourde charge, car les catholiques des Ktats- Unis se recrutent principalement dans les rangs de la classe ouvriére et de la petite bourgeoisie. De plus, comme contribuables, ils fournissent aussi leur quote-part pour le soutien des écoles publiques. Aussi a-t-on plus d’une fois cherché des remédes a la situation. Le plan de Faribault est la tentative quia fait le plus de bruit. Voici en quelques mots son histoire, Ou le récit des faits, sans commentaires. !
Le curé de la paroisse de l’Immaculée-Concep- tion de Faribault, avec la permission de Mgr Ireland, archevéque de Saint-Paul, transformait son école paroissiale en école publique aux conditions suivantes : il conservait les religieuses qui étaient a la téte de Pécole, mais lPécole devenait publique en ce sens qu’elle était soumise a l’inspection de VHtat, qwil ne devait plus y avoir aucun embléme religieux, ni aucune priére, et que l’enseignement religieux ne se donnerait qu’en dehors des heures des classes. Par conire, l’école devait participer au budget de l’instruction publique comme toutes les autres écoles publiques.
Peu aprés, a Stillwater, dans le méme diocése, on suivit exemple de Faribault. Une discussion assez vive s’éleva dans les journaux sur ce point : les uns, surtout les journaux hérétiques, louant sans réserve ; les autres y voyant une infraction — aux régles du concile de Baltimore. Des faits on passa aux principes. M. Bouquillon, dans une brochure restée célébre, déclara que I’éducation appartenait a Vindividu, aux parents, a Etat et al’Eglise. Le P. Holaind, §. J., répondit que si le droit @enseigner appartient 4 quiconque sait, Péducation ou formation de Yenfance appartient, de droit naturel, aux parents, sous la haute direction de l’Eglise si les parents sont catholiques.
L’affaire fut portée 4 Rome. Le 24 avril 1892, la Propagande répondit : Tolerari potest. Le 3 mai suivant, une lettre de la Propagande adressée a tous les évéques des Etats-Unis expliquait ainsi ce Tolerari potest : «Tout en maintenant fermement en vigueur les décrets des conciles de Baltimore © sur les écoles paroissiales, la convention conclue par le R. archevéque Jean Ireland, relativement aux écoles de Faribault et de Stillwater, peut, toutes les circonstances bien considérées, étre tolérée, »
En somme, la régle était maintenue, et ’on ne
faisait que tolérer deux exceptions pour des causes © particuliéres.
Le bruit s’étant répandu que pour obtenir le Tolerari potest, on s’était servi d’un langage comminatoire, les évéques de la province de Néw-
York en écrivirent au Souverain, Pontife, qui leur
repondit que c’était la une pure inventiom et que
personne n’avait fait de menaces.
Bientdt les discussions recommencérent sur le
sens du Tolerari potest. Mgr Ireland y voyait une
approbation pleine et entiére, en pratique, du plan
de Faribault. Par contre, dans une lettre du
19 mai 1892, Mgr Matz, évéque de Denver, disait
a ses fidéles « que le plan de Faribault est le plan
que les francs-magons ont voulu imposer a la Bel-
gique et contre lequel l’épiscopat belge a déclaré la guerre. » Et il termine par cette adjuration :
« Que notre main droite soit flétrie si jamais
nous donnons notre approbation 4 un tel compro-
. mis!» ;
E La discussion devenant de plus en plus apre,
un délégué apostolique, Mgr Satolli, fut envoyé
aux Etats-Unis. Le 146 novembre 1892, il réunit les archevéques a New-York et leur soumit certaines propositions sur la question scolaire. Ces proposi-
elles furent interprétées par les partisans de la sé- - cularisation des écoles comme favorables a leur thése. Enfin, on fit.une nouvelle rédaction des propositions, qui fut suivie de deux résolutions : «40 Tl est résolu qu'il faut promouvoir Pérection @écoles catholiques, afin qu’elles puissent, si possible, recevoir tous les enfants catholiques, selon les décrets du troisiéme concile plénier de Baltimore. 2° I] est résolu que, pour les enfants catholiques qui, actuellement, ne fréquentent pas les
- €coles catholiques, nous ordonnons que l’on pour-
--yoie'a leur instruction religieuse dans les écoles
ouvertes le dimanche ou quelque jour de la
semaine, et que l’on presse les parents d’ensei-
gner a leurs enfants, chez eux, la doctrine chré- © tienne. »
: La division continuant a régner méme entre les membres de l’épiscopat, le Pape consulta chaque évéque personnellement. Le 50 mai 1893, Léon XIII répondit par une lettre adressée au cardinal Gibbons. Tout en déclarant que les propositions de Mer Satolli, « livrées mal a propos 4 la publicité, » avaient été « formulées par le-délégué lui-méme, » Léon XIII s’applique a défendre son représentant contre ’imputation d’avoir voulu déroger en quoi que ce soit aux décrets du concile de Baltimore ; puis il déclare que l’on doit fidélement observer ces décrets et « tout ce quia été prescrit touchant la méme question par les pontifes romains, soit directement, soit par les Sacrées Congrégations. »
En fait, sauf dans quelques paroisses du diocese de Saint-Paul, on ne rencontre nulle part Vapplication pratique du plan de Faribault, et Pon ne voit pas qu’on songe a Vétablir ailleurs.
Longtemps les catholiques ont payé le double impét scolaire sans rien entreprendre pour réfor-
‘mer la loi. En 1893, il y eut enfin un mouvement qualifié de plan de Baltimore. La législature de
Etat de New-York devait étre saisie d’un projet de loi décrétant en substance ce qui suit : « Lorsqu’un particulier, une corporation, une association ou june organisation quelconque constituée civilement ou non, aura établi une école pour la libre instruction de la jeunesse dans les sciences élémentaires, si cette école est fréquentée par au moins cinquante éléves, et si, de plus, elle est soumise a Vinspection des autorités scolaires de V Etat, elle aura droit & une part proportionnelle des sommes prélevées par l’Etat ou les municipalités pour les fins scolaires. » — CO Cétait fort peu demander. Cependant l’Association Protectrice Américaine s’émut et fit entendre des menaces. Bientét le projet était complétement abandonné et chacun en désayouait la paternité.
Depuis, rien n’a été repris, et les catholiques des Kitats-Unis sont condamnés a rester pendant un temps indéfini dans le statu quo. :
Nous ne pouyons passer sous silence ce qui regarde l’enseignement supérieur. Il est encore libre, mais on a lieu de penser qu’il ne le sera pas longtemps. Déja dans Etat de New-York, les colleges catholiques ne peuvent conférer des grades sans le consentement et l’approbation du Board of Regents, institution scolaire de l’Ktat, qui a usurpé et qui exerce seul le droit de conférer les grades universitaires. Dans les Etats de lTlinois, du Missouri et du Michigan et dans dautres encore, des projets de loi ont été presentés a la législature pour porter atteinte 4 la liberté de ’enseignement supérieur en créant des monopoles odieux. Ces projets n’ont pas été votés; mais les promoteurs se proposent de reve-. nir a la charge. Le-Church Progress, de Saint- Louis, dans son numéro du 3 juin 41899, affirme qu’ « il existe manifestement une conspiration en ce pays contre la liberté de Penseignement supériéur. »
IX. LA QUESTION DES NATIONALITES. — Les Ktats- Unis, comme peuple indépendant, ne remontent qu’a un siecle. On estime aujourd’hui leur popu- lation de 70 a 75 millions. Toutes les races d’Kurope y sont représentées, plusieurs d’entre elles par des millions d’individus. La race noire y a pris aussi fortement racine, et l’on compte aujourd’hui huit millions de negres aux Etats-Unis..
Quel avenir est réservé 4 cette immense agglomération ? .
Plusieurs ont cru que dans un temps assez rapproché la République se fractionnerait en divers Etats, parlant des langues différentes, Vanglais, l’allemand, le francais, le slave, etc., comme a fait autrefois ’empire de Charlemagne. D’autres prévoient la domination de la race noire sur tous les Etats du Sud. D’aucuns croient & une invasion des races asiatiques par louest. Enfin un grand nombre expriment l’opinion que la langue anglaise doit tout dominer et sera bientot la langue unique. :
Il existe parmi les catholiques un groupe assez nombreux, a la téte duquel on trouve
3 Sie
650 RR 7 eT Sa OR
Mer Ireland, dont le désir est @opérer immeédiatement Vassimilation des catholiques allemands, frangais, polonais, etc., en leur faisant adopter la langue anglaise, les mours et les coutumes particuliéres aux Etats-Unis, et en les détachant aussi rapidement que possible de tout souvenir de leur patrie d’origine.
D’autres, bien plus nombreux, y sont opposés. Cette maniére d’agir, disent-ils, se concevrait pour un peuple homogéne; mais elle souleve de nombreuses difficultés. Ils pensent que les étrangers qui respectent la constitution et les lois justes, ont fait tout leur devoir, et qu’il leur est loisible de garder leur langue aussi longtemps qwils le voudront, si cela leur plait, ou leur est plus avantageux.
L’Eglise veut rester neutre-dans le conflit. Ele désire assurément que les fidéles qui ne comprennent pas l’anglais aient des prétres de leur langue, mais elle leur laisse la liberté de changer de paroisse quand ils seront assez instruits. C’est ce qu’a déclaré la Propagande par son décret du 41 avril 1897 :
« I. Les enfants nés en Amérique de parents étrangers dont la langue n’est pas l’anglais, ne sont pas obligés, en arrivant a leur majorité, de devenir membres de la quasi-paroisse dont leurs parents font partie; mais ils ont le doit d’entrer dans une quasi-paroisse ott l’on fait usage de la langue du pays ou de langlais.
« II. Les catholiques qui ne sont pas nés en Amérique, mais qui connaissent la langue anglaise, ont le droit de devenir membres de Péglise dans laquelle on fait usage de V’anglais, et on ne peut pas les forcer a se soumettre a la juridiction du recteur de l’église établie pour l’usage de leurs nationaux. »
Apres avoir ainsi laissé toute liberté a ceux qui veulent entrer de suite dans le courant américain, lKglise doit songer 4 ceux qui ne peuvent ou ne veulent oublier leur patrie primitive. Les priver de prétres parlant leur langue et connaissant leurs meoeurs, c’est les exposer a une apostasie certaine. C’est pour répondre a4 cette pensée que Léon XIII écrivait aux évéques d’Ameérique, pendant V’hiver 1888-89 : « Nous avons decidé @’envoyer chez vous plusieurs prétres italiens quai soient 4 méme de soulager leurs nationaux en parlant leur langue, de les instruire de la doctrine de la foi et des préceptes ignorés ou négligés de la vie chrétienne, d’exercer auprés d’eux ladministration des sacrements, d’élever la génération croissante dans la religion et dans les sentiments Vhumanité, d’étre
‘enfin utiles 4 tous par le conseil et ’assistance, et ?
de leur venir en aide par les soins du ministére sacerdotal. » Des prétres de toutes les langues européennes ont suivi cet exemple.
Enfin la Propagande a permis l’établissement de paroisses formées par les individus parlant la
-méme langue et dirigées par des prétres de leur
pays @origine.
Pour Pépiscopat, PHuvre de Saint-Raphaél a
fait aupres du Souverain Pontife une démarche qui a été vivement combattue par les tenants de VPaméricanisme. Disons d’abord que cette euvre s’est fondée ‘dans le but de procurer aux émigrants: des- secours religieux et un appui moral dans les ports d’embarquement, durant la traversée, et des leur arrivée sur le continent américain. Dans une adresse signée en congrés, a Lucerne, au mois de décembre 1890, et adressée au Souverain Pontife, elle demandait non pas Vétablissement de diocéses frangais, allemands, italiens, etc., comme on Va dit faussement, mais la nomination d’évéques de diverses origines pour représenter les divers peuples qui composent la population des Etats-Unis au sein de l’épiscopat. « Ce que l’on attend de la sagesse et de la justice du Saint-Siége, y était-il dit, c’est que, dans le corps épiscopal, il fasse entrer des évéques des diverses nations, afin’ que les différents peuples soient représentés par quelques-uns des leurs dans — l’épiscopat, dans les provinces ecclésiastiques, dans les conciles. » Cette adresse fut vivement combattue par ceux qui voudraient ne voir en Amérique que des évéques anglo-saxons.
Il n’est pas sans intérét de* remarquer, avec M. l’abbé Maignen, que les défenseurs les plus chauds de l’assimilation immédiate sont nés ‘en France, comme Mer Ireland, ou bien en Irlande, comme Mer Keane, et nombre d’autres partisans de ce systéme.
Néanmoins le Souverain Pontife a nommeé un Francais, Mer Chapelle, au siege archiépiscopal de la Nouvelle-Orléans et l’a chargé des intéréts catholiques a Cuba et aux Philippines. Cela ne se serait pas fait sans difficulté, dit encore M. Maienen *.
Voila les faits et la situation. Discutons les motifs allégués par chaque parti. :
« Si vous n’habituez pas les catholiques étrangers a pratiquer leur religion en se servant de Vanglais, vous les exposez a de sérieux inconvé= nients lorsqwils viennent a quitter une ville ot il y aun groupe de leurs nationaux pour aller dans un endroit ot il n’y en a pas. » Voila l’objection. On répond : 4° On trouve a peu prés partout des prétres de toute langue. 20 Ceux qui n’en trouvent pas sauront ordinairement aprés quelque temps assez d’anglais pour se confesser. 3¢ Enfin le danger signalé, ftit-il sans reméde, est moins grave que ceux qui résultent de Vassimilation immédiate.
L’autre objection est tirée de Vordre politique. « En faisant de tous ses enfants des américains de langue anglaise, dit-on, ’Eglise s’attirera les sympathies et la confiance du gouvernement et du peuple des Etats-Unis. » On répond : 40 L’Kglise, parce qu'elle est ’Kglise, sera toujours tenue en suspicion par le gouvernement et les sociétés secretes qui sont a4 la téte du mouvement. 20 Les
* Revue canonique, janvier et février 1899 : La vraie situation du catholicisme aux Etats-Unis.
catholiques de langue anglaise ne sont pas, en fait, mieux vus que les autres. 30 Les luthériens tiennent autant a garder leur langue que, les catholiques. 4° Tout ce que le gouvernement peut exiger, c’est que l’Eglise forme. de. bons citoyens, préts a remplir leurs devoirs.
Voici maintenant les raisons de ceux qui veulent retarder le plus possible l’assimilation et conserver les paroisses séparées.
1o L’expérience des années derniéres prouve que la ou les catholiques ne sont pas groupés par nationalité, ils sont exposés 4 perdre la foi. « Les populations catholiques qui nous sont arrivées de Europe, ont été exposées a perdre la foi. Les pertes provenant de cette source ont été incommensurablement plus grandes que les gains que nous avons faits par les conversions. » On cite une paroisse canadienne-francaise de 450 familles, maintenant toutes fidéles, 4,leurs devoirs, dans laquelle soixante personnes seulement s’approchaient des sacrements avant l’établissement de la paroisse, en 1884.
20 Les dangers de la presse américaine anglaise. Aujourd@’hui, en Amérique, Vanglais sert de véhicule a la pensée protestante, naturaliste et maconnique. C’est en anglais que se publienit les plus grands journaux quotidiens et les principales revues vouées au culte du progrés purement matériel. C’est en anglais que s’expriment les propagateurs du matérialisme moderne dans les chaires des universités et a toutes les tribunes publiques. Dés lors on. congoit. combien il importe de conserver aux catholiques étrangers leur langue maternelle, qui sert a les rattacher a la foi:
D’ailleurs les catholiques, qui ont des revues hebdomadaires et mensuelles en langue angldise, nont pas de journal quotidien catholique. Tous les journaux quotidiens de langue anglaise aux Etats-Unis sont hostiles a l’Eglise, ou purement séculiers. Les catholiques francais et les catholiques allemands ont, au contraire, chacun quatre feuilles quotidiennes franchement orthodoxes *. « Tant que les catholiques des Etats-Unis, dit M. Tardivel, n’auront pas une presse catholique quotidienne de langue anglaise, ce serait un acte de folie criminelle que de vouloir faire disparaitre les autres langues, qui sont-le véhicule quotidien de la pensée catholique. »
Voila done l’état de ’Eglise @’Amérique. Elle comprend dans son sein des fidéles de presque toutes les races de l’Europe. Avec le temps ces éléments viendront peut-étre a se fondre en une seule et méme race, la race wmericaine, qui parlera exclusivement Vanglais. Mais ce travail @assimilation est 4 peine commencé. Le hater indiment, ce serait exposer un trés grand
1 D’aprés le Catholic Directory, sur 268 publications catholiques aux Etats-Unis, 172 sont en langue anglaise, 42 en langue allemande ; les 54 autres se publient en francais, en tchéque, en polonais, en espagnol, en flamand, en slave et en magyar.
nombre de catholiques 4 Vapostasie. Il y a méme, nous avons vu, de trés puissants motifs de retarder cette assimilation autant que possible. La diversité des langues offre sans doute des inconvénients, mais ces inconvénients ne sont rien si on les compare aux maux qui résulteraient @une tentative persistante et générale Vaméricaniser tous les catholiques des Etats- Unis.
Que l’on cowtinue a exhorter les catholiques a se montrer toujours des citoyens exemplaires, qu’on travaille a les unir parle lien de la charité fraternelle ; mais qu’on ne cherche pas 4 substituer la langue anglaise aux autres langues dans. le vain espoir de se concilier les bonnes graces du
gouvernement et de l’opinion publique. > X. LPACCROISSEMENT DE L’HGiiss. — Les catho-
liques, qui n’étaient que de trente a quarante mille aux Etats-Unis, il y a cent vingt-cing ans, y sont aujourd’hui pres de dix millions. Voila le fait matériel. M. Brunetiére le qualifie Vaccroissement prodigieun.
Avant de le suivre dans son admiration, il faut | se demander les causes de ce développement. Les auteurs qui se sont occupés de cette question en citent trois: la fécondilé, Vagrandissement du territoire, Vimmigration.
140 Le développement naturel des familles catholiques par une « multiplication plus considérable, laquelle parait résulter d’une habitude de vie plus réguliére et mieux assise, d’une moralité soutenue, et @un respect particulier du mariage et de la famille. »
Remarquons, avec notre auteur, que ce phénoméne n’est pas particulier aux Htats-Unis, mais gu’on le rencontre dans tous les pays fonciérement catholiques. Ajoutons encore que, comme on le dira plus loin, si toutes les familles catholiques avaient gardé la foi, on compterait aujourd’hui, en tenant compte uniquement de cette multiplication naturelle, trois fois plus de catholiques.
20 Lragrandissement du territoire. — Depuis cent ans, on a annexé la Louisiane, la Floride, le Texas, la Californie-et le Nouveau-Mexique. Ces territoires renfermaient une population de plus de 200.000 habitants, presque tous catholiques.
50 immigration. — Le Caiholic World disait — en juillet 1877: « L’augmentation du nombre des catholiques aux Etats-Unis est due presque exclusivement a Vimmigration.»
M. Shea, dans American Catholic Quarterly Review, de juillet 1884, écrivait: « L’augmentation de l’élément catholique aux Etats-Unis, depuis la Révolution, a pour cause l’augmentation naturelle des catholiqgues qui étaient alors dans le pays, Vaccession des habitants des territoires annexés subséquemment, et dans une proportion plus forte encore, Vimmense immigralion des pays d’Kurope.»
On aurait pu invoquer une autre cause, les conversions, mais il faut y renoncer. « Les conversions a la foi catholique, dans la premiére partie
du siécle, ont été rares et isolées; mais dans le cours des vingt-cing derniéres années, elles sont devenues plus nombreuses. » Ainsi s’exprimait le Catholic World en 1879. Mais bien que plus ‘nombreuses, elles ont encore été rares, puisque le méme journal disait ailleurs : «L’augmentation du nombre des catholiques aux Etats-Unis est due presque exclusivement a Vimmigration. »
A quoi faut-il attribuer cette absence de conversions? ‘
40 Au manque de zéle chez les catholiques, d@aprés labbé Lentz. « Qu’a-t-on fait dans ce sens ? dit-il. Presque rien. Quelques 4mes zélées ont fait ea et la leur petit possible; mais y a-t-il eu une ~ priere universelle pour la conversion de ce pays, comme celle qui, depuis des années, monte vers le tréne de la grace pour obtenir la conversion de VYAngleterre ? »
De fait, on voit quelques tentatives isolées de zéle, mais nulle part un effort général, ni surtout une ligue de priéres. D’apres M. Tardivel, les catholiques américains, dans leur ensemble, ne comprennent pas la nécessité et lefficacité dune pareille ligue. Pour eux, le zéle consiste a faire connaitre la doctrine catholique par la parole et les écrits, 4 participer aux sociétés de tempérance et du repos dominical, 4 créer des écoles catholiques pour la jeune génération ; toutes choses qui ont un cété purement naturel. Quant aux moyens exclusivement surnaturels, ilsn’en saisissent pas assez lopportunité.
20 La seconde cause qui a empéche les conversions, c’est le préjugé qui existe encore dans certains milieux et qui fait confondre |’Welise catholique avec le peuple Irlandais. I] y a eu quelque fondement a ce préjugé, puisque pendant la premiére moitié du siécle élément irlandais composait le gros de la population catholique. Ce mest que plus tard que sont venues les autres nations.
Or élément irlandais est mal vu des protestants :
a) Parce qu'il représente la race vaincue, qui ne peut marcher sur un pied d’égalité avec ses vainqueurs, les Anglo-Saxons ;
6) Parce que ses enfants appartiennent & une race pauvre ;
c) Parce que beaucoup d’entre eux figurent dans la statistique criminelle pour délits ee rixes, etc.;
d) Parce que, en politique, ils se ficbait les instruments d’un parti. « Des hommes sans principes, sans conscience et sans religion, dit Shea, furent ¢levés a des charges publiques par les votes des Irlandais catholiques, ce qui offensa profondément la partie la plus saine dela population. »
Pour étre juste, il faut cependant reconnaitre chez les Irlandais des Etats-Unis une foi trés vive et une grande générosité. C’est aux ouvriers irlandais et aux servantes irlandaises principalement qu’on doit la construction de nombreuses églises catholiques.
Auprés des sauvages, les missionnaires et les
religieuses ont travaillé avec un zéle admirable. Mais leurs efforts ont été contrecarrés et en grande partie neutralisés par le mauyais vouloir du gouvernement fédéral et de ses agents. Aussi les résultats sont-ils A8sez médiocres. Du reste, d’apres les évéques et les journaux catholiques, le zéle des laiques appelés a fournir les fonds nécessaires au maintien des missions parmi les sauvages n’est pas 4 la hauteur des besoins de leuvre. I semble méme que le nombre des sauvages catholiques
diminue. Au lieu de 81.690 que Von. comptait en —
1889, le dernier recensement ne porte que 74.268.
Qu’en est-il des négres? On en compte huit millions, sur lesquels 144.616 seulement sont catholiques. C’est peu. Quelles sont les causes de cet état de choses? — Il y en a deux : c’est d’abord le peu d’ardeur des laiques pour les missions, c’est ensuite le défaut de prétres.
Il y a fort peu de voeations sacerdotales aux Ktats-
Unis. Naguére, Mgr Shanley, évéque de James-
town, en a dcnné une preuve saisissante, quoique involontairement. Préchant la cathédrale de Saint-Paul, Minnesota, a l’occasion de la premiére messe de M. ’abbé Doherty, il a fait remarquer que ce prétre était le newviéme” que la paroisse cathédrale donnait 4 l’Eglise. Or, cette paroisse est établie depuis cinquante ans au moins. Neuf prétres en cinquante ans, c’est peu, on en convien-
dra. Kt Mer Shanley citait cette paroisse comme
une paroisse modele.
Aujourd@hui, tout en regrettant le passé, on cherche a le réparer. Devant le congrés catholique de Chicago, tenu en 1893, M. l’abbé Slatteri a fait la déclaration suivante : « Les catholiques américains, on peut le dire, se sont croisé les bras depuis deux cent cinquante ans, plus particuliérement depuis la guerre de Sécession, et ont laissé 4 leurs concitoyens non catholiques le contréle absolu de l’éducation de la race noire. Nous avons rempli notre devoir a l’égard des négres, sous
d’autres rapports. Mais sous le rapport de la reli-
gion, nos efforts en leur faveur ont été faibles. »
Ce qwil en est résulté, M. V’abbé Chassé, chancelier du diocése de la Nouvelle-Orléans, va nous Vapprendre : «Il n’y a pas plus de cent soixante mille négres dans ce diocése; presque tous ont été baptisés par ’Eglise; mais pour diverses raisons,
spécialement a cause de l’absence de toute instruc-
tion religieuse, le plus grand nombre d’entre eux sont perdus pour l’Eelise. »
« De tous ces faits, dit M. Tardivel, nous pouvons conclure que le progrés de l’Eglise aux Etats-Unis est loin @avoir été ce qu’il aurait pu étre. » Si du moins il n’y avait pas eu de pertes!
XI. Les PERTES DE L’EGLISE EN AMERIQUE. — Donnons la parole aux auteurs catholiques améri-
cains. M. Murray, auteur @’une Histoire de Pietise
tres estimée, dit a ce sujet :
Avant la Révolution, l’Eglise a fait de grandes pertes dans les colonies anglaises de l’Amérique. A part beaucoup de catholiques d’autres nationalités, il est certain que quelques eentaines de mille catholiques irlandais
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-LVAMI DU CLERGE —
ont débarqué sur nos rives pendant les cent cinquante ans qui ont précédé la déclaration d’indépendanee... A lépoque de la Révolution, on caleule quwil y avait seulement 25.000 catholiques dans les treize colonies: “qui formérent l'Union. Qu’étaient devenus. les autres milliers? Us abandonnérent leur religion. Leurs descendants, malheureusement, allérent grossir les rangs de Vhérésie..
i Qu’ est- il arrivé pendant les cinquante ans qui ont suivi la Révolution? Les pertes se sont continuées. Mer England, évéque de Charlestown, fut le premier qui étudia cette question avec soin et patience. En 1836, il estimait la population catholique des Etats-Unis a 1.200.000. « Nous devrions, disait V’illustre prélat, s'il n’y avait pas eu de pertes, compter cing millions de catholiques, et nous avons moins d’un million un quart; il doit y avoir une déperdition de trois millions et trois quarts. Kt les personnes ainsi perdues se trouvent dispersées au sein des diverses sectes, en trois fois plus
. grand nombre que la population catholique de tout le
pays. J’estime que, dans mon diocése, il y a moins de 12.000 catholiques, et que les descendants des catholiques appartenant aux différentes:sectes sont au nombre de 38.000 a 40.000. »
Les derniéres quarante ou cinquante années ont également connu des pertes. L’iminigration catholique arrivait par flots pressés en ce pays, et il était impossible de pourvoir aux besoins de cette population nouvelle.
' Sans églises, sans prétres, sans instruction, leurs en- - fants en grandissant se joignirent aux sectes, ou tom-
bérent dans Vindifférence... On peut dire que, pendant les deux cent cinquante derniéres années, le nombre des “catholiques qui ont abandonné la foi est plus considérable oe le nombre de ceux qui la professent.
D’aprés un travail de M. Ford, directeur de VJrish World, cité par M. Murray, s'il n’y avait pas eu de pertes, il aurait dt se trouver, en 1870, 24 millions de catholiques aux Etats-Unis, sur une population de 38.000.000.
« Le moins qu’on puisse dire, ajoute M. Tardivel, c’est qu’au lieu d’étre dix millions 4 peine, les eatholigues des Etats-Unis devraient étre vingt millions. Ce chiffre est certainement en deca dela vérité...
« Quelle est la cause de ces pertes formidables, ajoute-t-il, puisqu’il n’y a eu ni révolte violente, ni schisme a l’intérieur, ni persécution sanglante a Vextérieur ? Comment tous ces millions sont-ils morts 4 la vie de la grace? Ils sont morts empoisonnés par lair vicié qu’on respire aux Etats- Unis. Voila la vérité. L’atmosphére morale de la
grande République, l’ambiance, comme on dit, est
chargée de miasmes qui affaiblissent et tuent les ames, comme les germes morbides qui flottent dans l’air de certaines régions, la malaria, les émanations marécageuses font périr les corps. Voila la grande cause, »
Il en est de secondaires. D’abord les écoles publiques, que beaucoup d’enfants de parents catholiques ont fréquentées dans le passé et quiils frequentent encore, parce que les écoles catholiques me sont pas établies partout, et ot les enfants respirent le méme air empesté.
Les sociétés secrétes font aussi beaucoup de mal. Il est difficile de croire que les catholiques s’enroleraient dans la franc-maconnerie proprement dite. Mais beaucoup ne se font aucun scrupule d’entrer dans les sociétés secrétes secondaires
organisces par la franc-maconnerie sous prétexte de bienfaisance, de patriotisme, de secours mutuels. Toutes ces sociétés neutres échappent com-
plétement a la direction de l’Eglise et sont autant
de foyers Virréligion.
Les mariages mixtes, qui sont acceptés sans la moindre difficulté, enlévent de nombreux adeptes a l’Eglise. Quelquefois la partie hérétique se convertit; le plus souvent c’est le contraire qui a lieu, ou du moins les enfants sont sacrifiés 4 l’hérésie ou a Vindifférence. ; :
Le manque de prétres doit étre aussi considéré comme une cause du dépérissement de la foi. On compte aux Htats-Unis environ 411.000 prétres pour 10 millions de catholiques; ce qui fait une moyenne d’un prétre pour 909 catholiques. Forcément ces prétres sont obligés de fixer leur séjour dans les centres. I] s’ensuit que les catholiques
qui s’éloignent dans la campagne n’ont ni prétres,
ni écoles, ni voisins catholiques. Quand quelques
familles sont groupées, pas trop loin d’une yille, —
un prétre passe a de rares intervalles. Mais ces visites de temps a autre n’empéchent pas une grande déperdition. L’école publique et lambiance poursuivent leur ceuvre d’empoisonnement.
Pour les familles isolées qui s’enfoncent dans
les lieux écartés, elles sont nécessairement perdues
au moins a la seconde génération. Il faudrait dans chaque diocese un nombre considérable de prétres qui s’occuperaient uniquement de ces brebis égarées. Or, pour cette ceuvre, les prétres et les fonds. manquent, de l’aveu de tous.
«Si Pon arrive un jour a pourvoir efficacement
aux besoins religieux de toutes les familles catho-
liques dispersées dans les campagnes; si l’on réussit jamais a faire instruire tows les enfants catholiques dans les écoles catholiques, alors les pertes de Piglise seront réduites au minimum... Néanmoins elles seraient encore nombreuses, car la terrible ambiance ferait toujours son ceuvre... Avec, en plus, une sérieuse propagande, basée sur
la priére, en vue de conquérir des ames a Jésus-
Christ, on pourrait espérer voir les conversions l’emporter enfin sur les désertions. »
Nous voila au terme d’une longue étude, ou ila été question non de personnes ni de tendances, mais de faits et de chiffres que chacun peut contréler. Nous pensons avoir fait plaisir a nos lecteurs en les mettant 4 méme d’apprécier une
situation certainement intéressante.
QUESTIONS de science ecclésiastique CONSULTATIONS DIVERSES
Q. — Jean, voulant emprunter 500 fr. 4 une banque, demande, comme garantie auprés du banquier, la signature de Pierre, qui la Jui donne sans savoir a quoi il s’engage. — Le banquier fait faillite, et six ans aprés un agent se présente chez Pierre pour le rem-
L’AMI DU CLERGH
boursement des 500 francs prétés, Jean ayant fait passer tous ges biens sur la téte d’un parent et s’étant rendu par le fait insolvable. :
Pierre, qui n’a rien touché, ne se croit de boniie ets tenu a rien et nie sa signature pouP'se’ dégager "entierement. — Mais aprés sa mort, sa femme qui Lavait poussé, aussi de bonne foi, 4 nier sa signature, réfléchit et demande si au point de vue de la justice sa cons-
cience est engagée.-
1o Hst-elle tenue a2 restituer ?
2° Aprés six ans de silence du préteur, y a-t-il en fayeur de son mari une prescription dont elle pourrait
user ?
30 Sil y a liew a restitution, comme les créanciers du banquier sont nombreux et que la somme est menacée de se perdre, cette restitution pourrait-elle se faire en ~ faveur dune bonne ceuvre?
R. — Les cas de conscience relatifs a la justice sont toujours trés délicats, parce qu'il s’agit ou du dommage des tiers ou du dommage de celui qui interroge. Le cas présent semble,au moins au premier aspect, encore plus difficile a cause des complications dont il est enveloppé. Essayons cependant de répondre aux trois questions posées.
40 La veuve est-elle tenue ad payer les 500 lf; réclamés précédemment a son mari?
De l’avis de tous les théologiens, quand on posséde injustement ce qui appartient 4 autrui, la restitution est obligatoire, et, si la matiére est grave, absolument nécessaire au salut, in re vel, casu impossibilitatis, 1n voto, necessitate procepti naturalis et diwini. C’est en effet seulement ainsi que la justice, Péquité et Vordre se rétablissent ; celui qui possédait ce qui n’est pas légitimement 4 lui cesse de l’avoir, et celui qui n’avait pas ce qui lui appartient légitimement en reprend possession. Mais pour que cette obligation existe, il faut que Vinjustice soit certaine, c’est-d-dire, il faut qu’il soit certain qu’on a en sa possession quelque chose qui appartient vraiment et légiti-
-mement 4 autrui, d’autant plus qu’il est toujours particuliérement pénible de se dépouiller de quelque chose qu’on a en sa possession : Non est
obligatio’ nist certo de ea constelt. — Ici Pierre a
bien donné sa signature, mais sans savoir a quoi il
sengageait, dit l’exposé du cas. Légalement cepen-
dant sa signature lengage, parce que la loi ne peut pas admettre cette ignorance compléte ; aussi sil était condamné a payer par une sentence juridique, il y serait obligé, parce que cette loi est pour le bien général, et pour lui elle obligerait au moins autant qu’une loi pénale, d’autant plus qu’en elle-méme elle peut étre regardée comme une loi morale. — Mais en dehors d’une sentence judiciaire, Pierre est-il obligé en conscience? — Non, car il ne pourrait l’étre qu’en raison d’un contrat, et si Pierre n’a réellement pas sua quoi il s'engageait, il n’y a pas eu contrat réel. Pour qu’un contrat oblige en conscience, il faut qu’il soit un vrai contrat devant la conscience, et par la-méme, que les trois choses essentielles 4 tout contrat : materia apta, subjectum:capan et consensus legitimus, s’y trouvent : or la troisiéme n’y est pas; il n’y a pas eu consentement légitime et véritable, puisqu’il ne savait pas a quoi il s’enga-
geait, ou s'il y a eu un consentement quelconque, il est vicié parce qu’il s’y trouvait erreur substantielle.
Il est ceépendant assez difficile d’admettre que Pierré, comme le suppose. le cas, ne savait pas du tout ce qu’jl faisait en signant: il ett fallu pour cela qu'il efit été bien simple et que Jean lui etit affirmé qu’il ne s’engageait a rien absolument, que c’était une simple formalité, et qu’il lett cru pleinement : et c’est dans ce sens que nous ayons parlé jusqu’ici. — Il n’en serait pas de méme si Pierre, tout en sachant bien qu’il serait obligé de payer 4 défaut de Jean, si celui-ci ne le pouvait pas, avait cru cependant ne s’obliger 4 rien dans le fait, parce quil se disait : « Jean est trés solvable, je n’ai donc rien 4 craindre en donnant ma signature.» Dans ce casi] y aurait eu contrat véritable et il serait cbligé de payer, obligation qui passerait 4 ses héritiéfs°aprés sa mort. — Ajoutons cependant que celui qui se porte pour garant ou caution n’est obligé envers le créancier qu’a défaut du débiteur, qui doit étre préalablement discuté dans ses biens, a moins que la caution n’ait renoncé au bénéficé de la discussion. Si done il reste encore quelque chose 4 Jean qui puisse étre saisi, la veuve ne sera obligée de payer que ce qui manquera a la somme.
Quant a la négation de la signature, si Pierre et sa femme, comme le cas le dit expressément, étaient de bonne foi, il n’y a eu aucune faute au moins formelle, et méme s’il etit cru quelque peu mal faire, dans le cas ot il n’aurait vraiment pas été tenu en conscience a payer les 500 francs par défaut de consentement légitime au contrat, il n’y aurait eu aucune favte contre la justice commutative et par la-méme rien obligeant a restitution ou paiement.
20 Y a-t-il prescription ?
Il s’agit ici d’une prescription libérative. Or ces sortes de prescriptions ne s’acquiérent généralement que par trente ans; il y a bien des prescriptions libératives de cing ans, de trois ans, deux ans, un an et méme six mois, que les théologiens discutent, mais cette discussion serait ici hors de saison, puisqu’elles ne peuvent s’appliquer qu’aux cas expressément mentionnés par la loi, qui ne parle aucunement, dans ces sortes de prescription, du cautionnement. Il n’y a donc pas lieu pour la yeuve d@invoquer la prescription.
30 Les créanciers du banquier étant nombreux el la somme menacée de se perdre, a qui devrait se faire le paiement, s’il était nécessaire ? Pourrait-il se favre au profit d’une bonne cuvre ?
On pourrait presque nierle swppositum, car dans les faillites il y a toujours un syndic ou quelqu’un qui est chargé de gérer les affaires, de recueillir tout ce qui est di, et de le répartir proportionnellement entre les différents créanciers. — Mais en supposant par un cas exceptionnel ou qu'il n’y ait personne chargé de régir la faillite, ou que l’argent remis au syndic devrait étre perdu pour les
créanciers, et qu'il faille s’adresser directement a eux, et que la veuve ne puisse les connaitre, ou qwils soient tellement nombreux qu’il ne pourrait
-revenir a chacun qu'une somme, insignifiante, la
restitution pourrait bien se faire aux pauvres ou
- aux bonnes ceuvres. C’est la en effet la volonté de
Dieu qui les a constitués comme ses représentants
dans ces cas-la, et c’est le meilleur moyen d’étre
encore utile a celui ou a ceux au nom de qui ces aumdnes se font.
J’ajouterai méme que dans le cas ot le
paiement ne pourrait se faire A ceux a qui il serait
MS
légalement di, on pourrait soutenir avec beaucoup de probabilité que la veuve de Pierre peut considérer ces cing cents francs comme un objet perdu ou comme un bien abandonné et les garder
‘pour elle, parce que dans le fait elle ne fait tort a
personne en particulier, puisqu’il ny a aucun pauvre ni aucune cuvre.en:particulier a qui la chose soit due, et que de plus elle n’a bénéficié de rien et ne s'est point enrichie du bien d’autrui. On ne peut donc lui imposer la restitution aux titres ordinaires, 4 savoir, ne ditescat re aliena, ou bien ne aliquis fraudetuy.re sua. Mais encore une
fois cette supposition semble.ici bien probléma-
tique.
Q. — 1° L’Ami admet-il, oui ou non, que certaines maladies (celles, dit Benoit XIV, qui dépendent du fluide nerveux ou des humeurs, voir De canon., lib. IV, p. 1, c. xxxim, n®* 21, 30, 381) peuvent étre soulagées ou
- guéries par la seule action de l’imagination, et dés lors - par suggestion?
2° Si la réponse est affirmative, faut-il tenir compte de ce principe, quand on résout des cas de conscience relatifs aux guérisseurs de villages ?
R. — Aa I. Oui.
Ad II. Oui encore, mais sans oublier que la suggestion ne peut pas tout expliquer, et que pour la produire on ne peut licitement recourir a des moyens condamnés par la morale catholique,
comme sont les pratiques formellement supersti-
tieuses ou entachées d’erreurs certaines.
Il peut y avoir grande difficulté parfois a faire la part du naturel et du diabolique.
Q. — La détermination d’un autel pour une confrérie est-elle obligatoire sous peine de nullité ?
Je ne le pense pas. En effet :
Je Le P. Béringer, si soigneux de préciser tout ce qui est nécessaire 4 la validité de l’érection des confréries, ne parle pas de la nécessité de cette désignation d’un autel.
90 Le méme P. Béringer donne (t. II, p. 22 et 28, Qe édit.) un modéle de supplique a l’évéque pour de-
mander Vérection d’une confrérie, et un modéle d’or-
donnance épiscopale d’érection : dans aucune de ces piéces il n’est question de désignation d’un autel.
30 L’abbé Boudinhon (Canoniste contemporain, 1890, p- 125) résume les points essentiels dont Péveque doit tenir compte dans l’érection @’une confrérie : il n’est pas question d’autel.
4o Le P. Béringer (t. II, p. 182) fait remarquer que Yon doit, au moment de l’érection d’une confrérie du rosaire, désigner une chapelle, ou au moins un autel de la confrérie, pour que les confréres ne soient pas privés
-LVAMI DU CLERGE
dan grand nombre d’indulgences (celles, évidemment, qui sont attachées a l’autel du rosaire). Il admet donc que l’érection de la confrérie, sans désignation d’un autel, estvalide : autrement les confréres seraient privés, non ‘pas dun’ grand;nombre d’indulgences, mais de toutes les indulgences.
5° Liabbé Boudinhon (Canoniste contemporain, 1890, p. 806) cite dans le méme sens un déeret de la Congrégation des Indulgences du 7 juin 1842 (Decreta authentica, n° 303) : « Ka Keclesia sodalitatis Rosarii, ubi hoe altare (rosarii) non reperitur, privilegio quoque altaris omnino careat. » Ainsi, la confrérie du rosaire existe dans cette église, sans qu’il y ait un autel du rosaire.
6° D’autre part, il semble que les textes cités en faveur de l'opinion contraire ne sont pas concluants.
a) Le texte présenté a Grégoire XVI le 8 juin 1845 et cité dans lAmi dw Clergé du 5 octobre 1899 (sodalitates... suam habeant capellam...), ne peut. indiquer une condition nécessaire, pour la validité ; autrement, il prouverait trop, exigeant non seulement un autel, mais une chapelle, ce que personne ne prétend. De méme, le décret de la Congrégation des Indulgences du 29 mai 1841 peut s’interpréter en ce sens qu’il est convenable de désigner un autel pour chaque confrérie.
b) Ne peut-on pas dire que VIndult du 8 juin 1845, accordé pour les pays de mission, était nécessaire surtout a cause des confréries érigées hors des églises et dans les maisons particuliéres? S’il n’y était question que d’autels, la difficulté serait tranchée. Mais comme on y parle aussi et surtout d’églises, on n’en peut conclure a la nullité des confréries érigées dans les églises sans désignation d’autel.
R. — Avant de répondre a cette question, nous avons voulu demanderl’avisdu P. Béringer,l’auteur du Traité des Indulgences que nous aimons 4 citer
si souvent : il est conforme a celui de notre corres- -
pondant. Voici la réponse du savant religieux :
La désignation d’un autel, quand il y en a plusieurs dans Véglise, est certainement utile et pratiquée généralement ; mais je ne connais aucune prescription qui la donne comme nécessaire. Hn effet, on comprend facilement cette désignation d’un autel déterminé pour la confrérie du saint Rosaire, parce que beaucoup de concessions d’indulgences ou de priviléges supposent cet autel; mais dans la plupart des autres confréries il
n’en est pas de méme. Et pour la confrérie du saint
Rosaire elle-méme, le Révérend Pére Général ne désigne pas lautel, mais seulement l’église, quand il érige la confrérie ; la désignation de lautel se fait par celui qui est délégué pour l’érection ou par le directeur dela confrérie. Aussi ce directeur peut changer l’autel dans la méme église, sans recourir au Révérend Pére Général ou au Siége apostolique, comme le disent aussi les Acta S. Sedis... pro Societate SS. Rosarii, P. 1, p. 110. Vous dites le.contraire avec Zamboni; mais ce me semble de trop’ et pas assez fondé. Si cela n’est guére prescrit pour la confrérie du saint Rosaire, comment le prouver pour les autres ? Il y a déja trop de prescriptions, et non sunt multiplicandwe sine necessttate.
Nous nous inclinons bien volontiers devant cette autorité, et nous conseilions, sinon pour la validité, du moins pour obéir au désir de |’Hglise
et pour sauvegarder les indulgences de l’autel, —
d’en désigner un pour chaque confrérie.
Q. — Ami, 1895, p. 908 : Mgr Battandier dit avec rai-
son qu’on doit dresser acte de l’émission et rénovation
des veux. Mais comment le faire si les personnes renouvelant les yooux sont nombreuses et que la chose
se fasse infra missam, toutes récitant simultanément la formule des veux? Je connais une congrégation ou Von faisait ainsi bien avant le décret de 1894. Plus tard, un des sujets prétendit n’avoir point prononcé les vooux. Depuis, en cette congrégation, les votants ne récitent plus la formule simultanément.
Si pour la premiére émission des voeux le décret du 27 mars 1894 fait réciter la formule des vooux alternatiyement, pourquoi pour la rénoyation la formule est-elle lue par tous simultanément ?
R. — On peut dresser un procés-verbal mentionnant éowtes les personnes qui ont pris part a
~ la rénovation des voeux, et le faire signer par toutes.
Q. — Est-il permis, pour gagner le jubilé, de faire plusieurs visites le méme jour ?
R. — Oui et non. Il est permis de faire deux visites le méme ‘jour civil, pourvu qu’on n’en fasse qu’une le jour ecclésiastique. Le jour ecclésiastique commence avec les premiéres vépres. Il est donc permis a celui qui a fait une visite le matin d’en faire une seconde le soir, aprés deux heures, en temps ordinaire : la premiére se trouve en effet dans le jour ecclésiastique qui finit aux premiéres vépres, et la seconde dans celui qui commence aces premiéres vépres. (Sacrée Pénitencerie, 31 janvier 1900; Amz, p. 502).
Le lendemain ce ne sera pas possible, parce que le jour qui doit finir aux premiéres vépres a déja eu sa visite. On peut recommencer chaque troisiéme jour.
Q. — Une paroisse a sainte Anne pour patronne. Il est d’usage d’y célébrer solennellement la féte de-saint Blaise, au 3 février. On s’est demandé si saint Blaise
était patron secondaire ou simplement féte de dévotion.
On tient saint Blaise pour patron secondaire, malgré Vabsence de titre dans les archives de la paroisse, pour les motifs suivants :
Les habitants, de temps immémorial, ont regardé saint Blaise comme leur patron. Dans la récitation du Confiteor, ils invyoquent : sainte Anne et saint Blaise, nos patrons. [ls ont Phabitude de ceélébrer la féte profane ce jour-la comme en la féte de sainte Anne.
Dites-nous si nous avons tort de considérer saint Blaise comme patron secondaire.
R. — La question que vous posez, pour étre traitée 4 fond, demanderait une foule de renseignements que nous n’avons pas.
On distingue les patrons de lieu et les titulaires des églises, dont les droits ne sont pas les mémes.
Le titulaire de l’église paroissiale n’est honoré sous le rite double de premiére classe avec octave que par les clercs attachés au service de cette église, et non par les autres clercs qui ont leur domicile sur la paroisse ; de méme, la commémoraison du titulaire aux suffrages communs n’est obligatoire que pour les premiers; le curé n’est pas obligé d’appliquer la messe pro grege a la féte du titulaire; enfin la solennité n’en doit pas étre, de droit, transférée au dimanche suivant.
Pour le patron de lieu, tous les clercs séculiers,
obligés au bréviaire, qui habitent le lieu, sont obligés d’en faire la féte,
On distingue deux sortes de patrons de lieu: les” patrons primaires et les patrons secondaires.
Les patrons primaires sont honorés sous le rite double de premiére classe avec octave pour les clercs séculiers, mais sans octave pour les religieux et les religieuses. La messe pro populo est obligatoire et, en France, la solennité oxterne est renvoyée au dimanche suivant.
On peut avoir plusieurs patrons primaires quand ils sont tous honorés le méme jour. Dans le cas ou ils seraient honorés 4 des jours divers, il faudrait un indult du Saint-Siége ou une coutume plus que centenaire pour les autoriser.
Pour les patrons secondaires, ils sont célébrés sous le rite double majeur, mais sans octave, quand il ya solennité ; et sous le rite double ae neur quand il n’y a pas de solennité.
Ajoutons enfin que la bulle Christz Domini, qui |
@ supprimé les paroisses et les titulaires des
églises, n’a pas supprimé les patrons de lieu, comme on peut le voir par une décision de la Sacrée Congrégation des Rites, pour Angouléme, © du 18 mai 4883 :
I. An sanctus Georgius velut loci Patronus habendus: et colendus sit, quamvis ‘territorium non amplius parociam distinctam efformet, sed alteri parcecie unitum fuerit ; licet de titulis Ececlesiarum tantum, non vero de locorum patronis Constitutio s. m. Pii Pp. VII Qui Christi Domini et Decretum subsequens mentionem faciant?
Resp. — Affirmative, attenta preesertim oppidi denominatione a S. Georgio, quod grave argumentum suppeditat Patronatus *.
Enfin, quand une coutume ancienne a accordé — au titulaire de l’église les priviléges du patron de lieu, il faut la suivre, d’aprés la Sacrée Congrégation des Rites, 7m Oveten., du 11 aotit 1877:
... V. Maxima Pareeciarum pars hujus Diceceseos ex variis oppidulis seu pagis efformatur ; nonnull ex uno tantum. Ab immemorabili Titularis Ecclesie parochialis tamquam Patronus loci seu locorum ejusdem Parcecice colitur ejusque dies a fidelibus uti Festus habetur sub — utroque precepto. lis in Parceciis tenenturne omnes Clerici ad Officium Titularis, tamquam Patroni loci seu locorum ?
Resp. — Ad VY. Affirmative *.
A vous de juger, d’aprés ces données, quelle
place il convient de donner 4 saint Blaise dans | votre calendrier paroissial.
, n. 3431-5708, Dub. circa recitationem officit,
“Ey
IMPRIMATUR Lingonis, die 18 julii 1900.
y} Sepastianus, Hpiscopus Lingonensis.
Le berate J. MAITRIER.
LANGRES. — IMPRIMERIE MAITRIER ET GOURTOT
le 80
(Ch NUMERO A UN SUPPLEMENT DE 16. PAGES)
PDU: CLERGE..:
REVUE DE TOUTES LES QUESTIONS ECCLESIASTIQUES DOGME, MORALE, LITURGIE, DROIT CANON, KCRITURE SAINTE, PATROLOGIE,
HISTOIRE SACREE. — LEGISLATION CIVILE-ECCLESIASTIQUE. — ‘PASTORALE, PREDICATION, CATECHISMES. — BIBLIOGRAPHIE
DIRECTEUR ET RepDacTEUR EN CHEF: F. PERRIOT ANCIEN SUPHRIZUR DU GRAND SEMINAIRE DE LANGRES
Parait 4 Langres, tous les jeudis
L'abonnement, pour tout U Univers, est de 15 fr. avee le Supplément : L’Awt pu CLERGE PAROISSIAL, de 10 frames sans le Supplément ¥
Toutes les lettres doivent étre adressées 4 M. le Directeur de Ami du Clergé, Maison Saint-Pierre, rue Tassel, 4 Langres (Haute-Marne)
LES MISSIONS SOUS LA RESTAURATION Jean-Marie de la Mennais, missionnaire
Q. — Ardeux reprises, dans vos études si intéressantes sur l’Eglise de France au XIX® siécle, vous
-ayez parlé (p. 260 et. 392) des missions qui eurent lieu
sous la Restauration. Mais ce que vous en avez dit n’a fait qu’exciter en moi le désir de vous en demander davantage...
R. — Et comme votre désir était celui de nom-
breux lecteurs, nous avons cherché a y faire droit.
Estimant qu'une monographie serait le meilleur moyen de faire revivre ces anciens jours, nous avons demandé au R. P. Laveille Vautorisation d@emprunter 4 sa prochaine Vie de J.-M. de la Mennais le chapitre consacré au missionnaire.
L’apostolat de la jeunesse et de Venfance est
une ceuvre qui suffit d’ordinaire a absorber toute une vie. Mais en entrant en fonctions comme vicaire capitulaire de Saint-Brieuc, Jean-Marie de la Mennais s’était dit que, pour sa bonne part, il répondrait devant Dieu de toutes les mes confiées & son zéle, des Ames adultes aussi bien que des Ames d’enfants, et que, pour préparer l’avenir, il n’avait pas le droit de négliger le présent. ' La ville épiscopale avait recu le bienfait d’une mission, et toutes les ceuvres fondées par l’abbé de la Mennais aprés le départ des missionnaires fonctionnaient avec un admirable entrain. Mais dans les bourgades et surtout les campagnes du diocése, quelle ignorance sauvage, quelle grossiére incrédulité! :
Hélas! la faute n’en était point tout entiére aux paysans! as
«Quinze ans, dit Mgr de Léséleuc, ne s’étaient pas écoulés depuis le Concordat. Il n’y:en avait pas vingt-cing depuis que le schisme avait commencé son ceuvre miséricordieusement interrompue de destructions et de scandales. Or, nous ne
savons plus assez qu’une certaine liberté rendue a
VEglise n’avait pas, beaucoup s’en faut, fermé —
tout @un coup ses blessures.
« Que de paroisses, longtemps ravagées par des
loups mal couverts dela peau des brebis, n’avaient pas encore pu se rasseoir des ébranlements les plus funestes! Que d’autres avaient subi de repentirs douteux, et s’étaient vues forcées de garder, tardivement réconciliés avec l’Eglise, ceux qui, la veille encore, étaient justement un objet d’hor-
reur! Que M@influences perverses, établies 4 la : faveur de la tempéte, devaient 4 peine étre sup- — primées par la mort! Que de chaires muettes, que de populations oubliées, que de mauvaises doc-—
trines habilement jetées au milieu des ignorants ou des simples! 1 » .
A la vue de ces paroisses livrées 4 des mains
débiles quand elles n’étaient pas mercenaires et | de cet abaissement moral qui menacait de ramener |
les mceurs patennes, M. de la Mennais se dit que les cadres réguliers de la hiérarchie étaient loin de répondre a tous les besoins. Pour secouer la navrante torpeur des villageois, il fallait des missions nombreuses, habilement conduites, préchées avec entrain, et, sil était possible, avec éclat.
Mais ot trouver des missionnaires ? Les Jésuites, qui avaient évangélisé Saint-Brieuc et quelques villes voisines, étaient trop peu nombreux pour se livrer a Japostolat des campagnes. Tous les prétres du diocése, sauf un ou deux, étaient immobilisés par des fonctions sédentaires.
Le grand vicaire se souvint qu’4 Saint-Malo bien des auditoires avaient frémi au souffle de son ardente parole, et, dés 1815, il simprovisa missionnaire. Comment concilierait-il ce ministére accablant, cette vie d’agitation et de courses continuelles, avec la surveillance générale du personnel ecclésiastique, avec ses ceuvres scolaires, avec cette vie de cabinet qu’a certaines heures au moins nécessitait sa fonction? Cette question ne
; Oraison funebre de Jean-Marie de la Mennais, p- 20. :
es
en
658 as ~ IYAMI DU CLERGE
le troubla point. Des ames étaient en péril, lui seul peut-étre pouvait les sauver : il volait a leur secours, laissant 4 la Providence de pourvoir au lendemain.
Que furent ces campagnes oratoires, organisées au milieu de tant d’obstacles? Mgr de Léséleuc nous en a laissé un vivant tableau : « Des missions ordonnées, présidées, animées par linfatigable vicaire capitulaire remuaient, jusque dans ses profondeurs, cette vieille terre, ot le’ racines de la foi sont si tenaces, et l’on voyait refleurir dans toutes les villes les vigoureuses moeurs des anciens ages, auxquelles il ne manquait, pour se relever, comme aux os desséchés vus par Ezéchiel, que le
~ souffle de Dieu et la parole d’un prophete. Les
vieillards racontent encore quels prodiges enfantait cette voix vraiment prophétique; ils redisent encore ces discours pleins de séve, oti la brieveté méme faisait ressortiy Vautorité ‘de Ta parole, et dont V’impétueuse éloquence était produite surtout par l’accent de la foi. Toutes les voix saluaient en lui le grand missionnaire de la Bretagne, Vhomme que le dix-neuvieme siécle pouvait se croire en droit d’attendre,' parce que Dieu n’a jamais manqué, la veille ou. le lendemain des grands assauts, d’envoyer un nouvel apdtre a cette province privilégiée. La voix du peuple le proclamait, car jamais orateur ne fut plus assuré de trouver partout d’immenses auditoires ; le succés d’une mission était assuré par cela seul qu’on y annoncait sa présence. Que de croix de pierre on montre encore, auxquelles le nom du saint homme se trouve attaché par la reconnaissance des paroisses, en méme temps que le souvenir de leur
‘récénération! C’est au pied de ces croix gue sa g
voix énergique et vibrante adressait aux peéres de ceux qui vivent maintenant une derniere sommation de garder leur foi et de la transmettre, sommation solennelle et vraiment divine, que Ja conscience du peuple n’oublie guére, mais que la justice de Dieu n’oublie pas 1! »
Les témoignages contemporains confirment ce magnifique. éloge. Dans Vimpossibilité ot nous sommes de passer en revue tous les triomphes oratoires de M. de la Mennais, nous signalerons du moins les plus éclatants.
Ags
Avant de parcourir en apdtre les campagnes bretonnes, il veut affermir par une nouvelle retraite la piété des habitants de Saint-Brieuc, pour lesquels il a déja tant travaillé.
Les exercices sont annoncés, et il monte en chaire pour le sermon d’ouverture. En promenant son regard sur l’auditoire, il s’apergoit que la cathédrale est absolument comble, et que, dehors, devantla grande porte restée ouverte, des centaines de personnes essayent vainement d’entrer.
Alors, tres simplement, s’adressant 4 l’énorme foule : « Je descends, dit-il, je ne préche pas
* Ouvrage cité, p. 28.
ici. Suivez-moi; je monte la rue de la Vicairerie et je vais donner mon sermon sur la place Saint- Pierre. »
Et, traversant les rangs pressés de l’assistance, il s’en va sous le grand soleil, entrainant aprés lui tout un peuple. Arrivé sur la place Saint- Pierre, il gravit une éminence. Une simple chaise lui sert d’appui, et, du haut de cette humble tribune, il jette 4 la multitude passionnée et haletante des apostrophes qui bouleversent les ames et arrachent des larmes. Pendant une semaine la méme scone se renouvelle, et, chaque jour, ’auditoire va grossissant. Un soir,il entraine la foule au pied de la croix qui domine la place, cette croix que les Briochins ont plantée aprés la mission de 1816, aux acclamations de toute la ville.
« A Vaspect de cette croix, dit-il, les plus doux souvenirs, et, en méme temps, les pensées les plus douloureuses remplissent mon ame. Je me rappelle ces jours de miséricorde ot, ala voix de quelques hommes apostoliques, les pécheurs ébranlés et comme fascinés par une force miraculeuse vinrent aux pieds de Jésus-Christ demander grace et promettre de lui demeurer a jamais fidéles. Plusieurs ont persévéré, je le sais, mais combien dautres se sont hatés de violer des promesses que nous devions croire sincéres, et qui pourtant, hélas! n’étaient que de vaines et perfides paroles! »
Et comparant ces convertis d’un jour aux Juifs déicides quifrapperent Jésus dans le prétoire aprés lui avoir donné le baiser de paix: « Je vous accuse de l’avoir frappé, s’écria-t-il, vous qui, depuis la mission, avez fréquenté de nouveau les lieux de débauche, pour vous y abandonner 4 d’infames exces! Je vous accuse de l’ayoir frappé, vous qui étes retournés aux bals, aux danses, aux spectacles! Je vous accuse, vous qui troublez encore la paix de vos familles par des violences continuelles, qui les ruinez par de folles dépenses, qui les scandalisez par vos jurements et par vos propos obscenes ! Je vous accuse, vous tous qui étes retombés dans le péché, et qui, sous les plus misérables prétextes, vous étes éloignés du tribunal de la pénitence, malgré vos promesses ! — Malgré vos promesses, vous vous étes moqués de Jésus- Christ, mon Sauveur et le votre; vous l’avez traité comme un roi de théatre, et les hommages que vous lui avez rendus sont aussi dérisoires que ce salut des Juifs: « Ave, rea Judcworum!» ©
« Si je vous accuse a tort, eh bien! préparez vos excuses. Aujourd’hui, Jésus se tait, Jesus autem tacebat. Il semble maintenant ne pas vous connaitre, parce que c’est votre heure et celle de la puissance des ténébres; nunc est hora vestra et potestas tenebrarum. Mais son heure viendra aussi. Vous verrez ce Jésus que vos mains ont percé et dont vous avez compté les os, revétu de majesté, assis sur un trdne de gloire; vous verrez sur son front cette couronne d’épines que vos mains ont tressée; sur son corps glorieux, les cicatrices des plaies que vous lui avez faites; et
-a ges vengeances,
-VAMI DU CLERGE
moi aussi, je verrai si aucun de vous échappera en disant : « Devine qui ta frappé! 1 »
Cesoir-la, plus d’un auditeur regagna sa maison en se frappant la poitrine, et, les jours suivants, les confessionnaux furent assiégés. A la fin dela retraite, le grand vicaire n’avait pas réconcilié moins de neuf cents hommes.
~Jusqu’a la vieillesse, il resta maitre de gouverner au gré de sa parole l’Ame populaire. En 4841, nous le retrouvons 4 Guingamp. Méme affluence et méme succés qu’a Saint-Brieuc. A Vheure du sermon, le prédicateur ne peut se frayer un passage jusqu’a la chaire. Jetant les yeux vers le bas de la nef, il apergoit sur la place, au-dela de la grande porte entr’ouverte, une immense foule de bourgeois et de paysans, de femmes de toutes classes, de jeunes gens et d’enfants, qui semblent Vimplorer du regard.
Aussitét il sort de l’église et va se poster prés de la fontaine publique qui donne son nom a la place. On apporte des barriques et des planches, on éleve a la hate une estrade rustique, et c’est du haut de ce piédestal qu'il donne son premier sermon. Pendant plusieurs jours de suite, immense auditoire se retrouve, 4 l’heure dite, au pied de la chaire improvisée, et, la place elle-méme étant trop étroite, la foule envahit jusqu’aux fenétres des maisons voisines.
De tels faits justifient assurément l’opinion d’un historien breton, au dire duquel« M. de la Mennais fut un des hommes les plus complétement orateurs de son temps 2
Toutefois, ce qui l’attirait vers ce ministére, ce n’était pas le spectacle des grands auditoires enthousiasmés et frémissants. Ce qu’il voulait avant tout, c’était instruire les pauvres, porter l’Evangile aux paysans.
Apprenait-il que le pasteur d’un village perdu au fond des landes sentait son courage faiblir devant l’ignorance et la grossiereté de ses ouailles? Vite, il écrivait aux recteurs voisins, et requérait leur concours, soit pour le ministére de la chaire, soit au moins pour celui du confessionnal ; puis il annone¢ait au prétre découragé son arrivée et l’ouverture d’une grande mission.
Il partait 4 cheval, emportant comme unique bagage les manuscrits de ses sermons.) Tantot il s’enfoncait sous bois, et suivait, pendant plusieurs kilométres, des chemins ravinés et bourbeux, tantot il dévorait au’grand galop de sa monture les vastes plaines fleuries de bruyere rose. Le soir, il arrivait dans ’humble presbytere, harassé, les yétements couverts de poussiére ou trempés de pluie, mais l’ame vaillante et le sourire aux
lévres. dV
1 Fragment inédit. — Archives des Freres.
2 Geslin de Bourgogne et de Barthélemy. — Anciens évéchés de Bretagne. Diocése de Saint- Brieuc,